Vos lieux de culte Église 29

Texte publié dans la Rubrique Opinion du journal 24heures, le 28 août 2025, par la pasteure Laurence Bohnenblust-Pidoux, conseillère synodale de l'Église réformée vaudoise.

Féminicide: «Éduquer, protéger, respecter»
 

L’actualité récente nous apostrophe avec force. Le Conseil synodal de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud le rappelle: le féminicide n’est pas une tragédie isolée, mais une réalité qui nous concerne toutes et tous. Cette année, les chiffres explosent. En tant que pasteure, je suis profondément choquée par ces violences faites aux femmes et aux enfants. Leur banalisation de longue date nous interpelle en tant qu’Église, tout comme leur acceptation passée au sein des différentes religions et sociétés. Toutes violences sont inacceptables.

Il s’agit de briser des idées reçues, le féminicide existe depuis la nuit des temps. Il traverse l’histoire des sociétés humaines et ne découle pas de la fragilisation de la place des hommes, bien avant MeToo, bien avant le féminisme. La mythologie grecque en porte des récits tout comme l’histoire du christianisme en garde les traces. Comme le rappelle l’anthropologue Nicole-Claude Matthieu: «Si nous parlons du système de l’oppression des femmes il est le plus ancien et le plus répandu, autant dire le plus «banal» des systèmes d’oppression.»

Pourquoi? Un accès de rage, le désespoir, la volonté de rétablir l’honneur, garder le pouvoir De multiples raisons sont évoquées. Elles n’enlèvent en rien la responsabilité des auteurs de ces meurtres! Longtemps, on a parlé de crime passionnel, de crime d’honneur, ou de drame familial. Ce sont des meurtres qui touchent les femmes parce qu’elles sont des femmes. Ces violences s’enracinent dans des sociétés construites sur le patriarcat, où les Églises, elles aussi, ont eu leur part de responsabilité. Nommer le mot «féminicide» et également le mot «infanticide» aujourd’hui, c’est refuser la banalisation de ces violences faites aux femmes, aux filles et aux enfants. Nommer est primordial pour pouvoir ainsi redonner la parole aux victimes et aux familles des victimes. Comme le dit le philosophe Jean-Michel Chaumont: «Tout mal extrême s’enracine dans le terreau d’un mal à ce point banalisé qu’il cesse d’apparaître comme tel.»

Débanaliser ce mal, voilà ce que nous sommes appelés à faire comme Église au cœur de notre société. Les Évangiles ne retracent-ils pas des épisodes de la vie de Jésus prenant la défense d’une femme adultère alors qu’elle est entourée d’hommes la condamnant, accueillant une femme étrangère ayant eu cinq maris et vivant avec un homme sans être mariée? Il est essentiel que nos Églises ne se taisent pas sur ce sujet, que dans nos cultes, dans la formation auprès des enfants et des jeunes, nous stoppions la banalisation de la violence comme Jésus la débanalise lorsqu’il dit nous inviter non seulement à ne commettre aucun meurtre mais également à ne pas nous mettre en colère contre son frère, contre sa sœur.

À l’heure où nous voyons des panneaux sur nos routes pour prévenir la sécurité «Observer, ralentir, s’arrêter»; et si nous adoptions un slogan pour prévenir la sécurité des femmes et des enfants: «Éduquer, Protéger, Respecter»?

Pasteure Laurence Bohnenblust-Pidoux, conseillère synodale de l’Eglise réformée vaudoise

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Il prêchait le royaume de Dieu et enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ, en toute assurance et sans empêchement. (Actes 28,17-31 "v. 31")

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