Vos lieux de culte

Dans le système paroissial, actuellement en crise, comme dans les passages essentiels de notre vie chrétienne, nous faisons, tous et toutes, la déroutante expérience du renoncement. Qu'on le veuille ou non, en effet, pour avancer, pour dépasser l'épreuve qui nous atteint, il faut renoncer. « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même et prenne sa croix et qu'il me suive », dit Jésus dans l'Evangile de Marc (8,34).

Rien de très réjouissant, en apparence, dans cette parole qui semble nous appeler à un réel abandon. Et pourtant, lorsque Jésus s'adresse à ses disciples et à la foule pour leur parler de renoncement, il vise tout autre chose. Déjà, Jésus ne dit pas qu'il faut « porter » sa croix mais qu'il faut la « prendre », la lever de terre. Il y a là quelque chose de très actif, de volontaire, de décidé. Rien d'un châtiment, d'une condamnation que l'on subirait.

Quant à la croix, elle représente bien sûr un supplice connu à l'époque, mais surtout elle signifie que le condamné porte la charge qu'il est capable de porter. Porter sa croix devient alors davantage soulever la charge que je suis capable de porter.

Renoncer à soi-même, c'est renoncer à porter plus que ce que l'on peut porter. Il ne servirait donc à rien de conserver plus que de raison. Plus que ce que soi-même on est capable de conserver. Ce qui finalement se cache derrière le renoncement, c'est l'abandon d'une certaine prétention. Prétention religieuse de certains à s'attribuer le monopole de la foi, prétention des Eglises à vouloir répondre seules aux grandes questions existentielles, prétention d'autres encore à assumer une seule tradition possible, une seule doctrine, une seule lecture, une seule foi. Qu'y aurait-il alors à conserver si ce n'est cet unique acquiescement à la Parole du renoncement ?

A la Parole qui enjoint de soulever la charge journalière dont on se sent capable ; à la Parole qui rappelle la marque donnée par Dieu, elle qui fait de nous les signes du divin sur la terre des vivant-es.

Jules Neyrand

Source: Isabelle Graesslé

Article paru dans le Réformés de juillet-août 2023

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