Et si vos vacances commençaient par un livre ? 
Cet été, les cinq paroisses de la région EERV Lavaux vous offrent chacune un coup de cœur littéraire : 

un essai d'histoire, des romans venus de France et du Japon, un récit d'aventure au Tibet et un conte philosophique. 
Cinq univers différents, une même conviction : la spiritualité et l'humanité se partagent aussi à travers les pages d'un livre. 

Bonne lecture… et bel été !

Histoire :

« Quand notre monde est devenu chrétien » de Paul Veyne

Comment le christianisme a-t-il conquis l'Occident en quelques siècles ? 
C'est la question fascinante que pose le grand historien Paul Veyne dans cet essai paru en 2007. 

Sa thèse : si l'empereur Constantin s'est converti, c'est parce qu'il a vu dans le christianisme une religion à la hauteur de ses ambitions. 
Dans un monde où les dieux païens s'essoufflaient, la foi nouvelle offrait un message universel d'amour et de salut. 
Cette transformation ne s'est pas faite par la force, mais progressivement, presque naturellement : en quelques générations, le monde païen est devenu chrétien.

Paul Veyne soulève au passage des questions étonnamment actuelles : d'où vient le monothéisme ? 
Avons-nous vraiment des « racines chrétiennes » ? 

Un livre érudit et accessible, qui invite à regarder notre histoire avec un œil neuf — idéal pour nourrir les conversations d'été.

Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Paul Veyne, 2007.

Roman :

« Les Sources » de Marie-Hélène Lafon

Oser aller à la rencontre du passé. 
De ce qui fait l'histoire d'une famille, âpre et douce-amère à la fois, unie à un pays — ou plutôt à un paysage. 

Dans ce court roman couronné par la critique, Marie-Hélène Lafon décrit des trajectoires de vie singulières, mais aussi une condition sociale partagée : celle d'un couple de paysans du Cantal, en France, proche de ce qu'a pu connaître la Suisse rurale à la même époque.

L'autrice livre un portrait cru et maîtrisé, mais profondément humain, de ce qui peut se nouer — et se dénouer — dans une maisonnée. 
Une invitation à revisiter d'autres histoires de vie (la nôtre, celles de nos proches), à embrasser la réalité humaine avec lucidité et à entrer en résonance avec nos racines, nos sources…

Les Sources, Marie-Hélène Lafon, 2023.

Évasion japonaise :

« La Papeterie Tsubaki » d'Ito Ogawa

Dans un monde où l'on répond souvent trop vite, que reste-t-il des mots que l'on choisit vraiment ? 
Ce roman délicat de l'écrivaine japonaise Ito Ogawa invite à ralentir, sans jamais faire la leçon.

À Kamakura, au bord de l'océan, Hatoko revient dans la boutique héritée de sa grand-mère et y reprend un métier presque oublié : écrivain public. 
Des inconnus lui confient ce qu'ils n'arrivent pas à dire eux-mêmes — une déclaration, une rupture, des condoléances, une demande délicate. 
Le charme du roman tient à cette attention portée aux gestes minuscules : chez Hatoko, une lettre ne se réduit jamais à un message. 
Le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, la calligraphie, tout participe à la vérité de ce qui doit être transmis. 
Ce soin peut sembler désuet ; il devient pourtant une forme de respect — pour la personne qui écrit, pour celle qui reçoit, pour ce qui cherche à passer entre les deux.

Le livre est aussi une invitation au voyage : on marche dans les rues de Kamakura, on traverse les saisons, on entend presque les cigales de l'été, on devine les temples, les repas, les petits rituels du quotidien. 
On pourrait reprocher au récit une certaine lenteur, une délicatesse presque trop appuyée. 
Mais c'est aussi sa force : il ne cherche pas l'effet spectaculaire et rappelle que les grandes transformations se font parfois dans le silence — par une phrase mieux ajustée, une colère apaisée, un pardon esquissé.

Ce roman a quelque chose de profondément spirituel. Il parle d'écoute, de transmission, de réparation, d'hospitalité intérieure. 
Hatoko ne sauve personne ; elle prête seulement sa main et son attention à celles et ceux qui cherchent leurs mots. 
Dans cette modestie se dessine une belle leçon : prendre soin du langage, c'est déjà prendre soin du lien. 
Et peut-être, dans une époque saturée de messages, redonner à la parole sa part d'âme.

La Papeterie Tsubaki, Ito Ogawa, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, Éditions Philippe Picquier, 2018.

Sabine Pétermann-Burnat

Récit d'aventure :

« La Panthère des neiges » de Sylvain Tesson

Dans les solitudes glaciales du Tibet, Sylvain Tesson accompagne le photographe animalier Vincent Munier dans la quête d'un animal fantôme : la panthère des neiges. 
Mais cette expédition au bout du monde se révèle bien plus qu'une simple chasse à l'image. 
C'est une plongée dans le silence et l'immobilité, une école du regard et de la patience, où l'attente de la bête devient prétexte à une méditation profonde sur la condition humaine.

L'écriture de Sylvain Tesson est ciselée, profonde, précise et belle — un vrai bonheur de lecture, récompensé par le prix Renaudot 2019. 
À prolonger avec le film tiré de cette expédition, sans doute l'un des plus beaux documentaires « animaliers » jamais réalisés.

La Panthère des neiges, Sylvain Tesson, 2019.

S. Demierre

Conte philosophique :

« Jade ou les sacrés mystères de la vie » de François Garagnon

Pour terminer en légèreté : à travers le regard espiègle et émerveillé de la petite Jade, François Garagnon explore les grandes questions de l'existence avec une fraîcheur désarmante. 
Un conte philosophique tout en douceur, profondeur et légèreté — à glisser dans la valise, à lire et à relire, seul ou en famille.

Jade ou les sacrés mystères de la vie, François Garagnon.

Pensée du jour

Mais que la droiture soit comme un courant d’eau, et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. (Amos 5.18-27 "v. 24")

Lire la suite Proposé par : Pain de ce jour