Veuillez trouver ci-après le message du Conseil synodal de l’Église réformée vaudoise à l’occasion de la fête nationale du 1er août.
Made in Switzerland !
Publié leSwiss flag at Vineyard Terraces hiking trail of Lavaux, Lake Geneva and Swiss mountains, Lavaux-Oron district of Switzerland
Made in Switzerland
Qu’y-a-t-il de commun entre la fermeture éclair, le velcro, le LSD, la pince à clamper, la prothèse artificielle de hanche, le remonte-pente * … ? Tous sont des inventions Suisse. Inventions auxquelles il faut ajouter, hélas, les guerres de religions.
Lorsque l’on parle de guerres de religion, nous pensons – bien souvent – qu’à celles qui ont dévasté le Royaume de France et qui ont culminé a∗u massacre de la Saint Barthélémy.
Fêter le 1er août, c’est faire mémoire de nos origines. Or qui se souvient encore que trente ans avant celles de nos voisins, des armées de cantons catholiques et protestants se sont affrontées dans les guerres de Kappel. Historiquement, ce sont là, les premières guerres confessionnelles en Europe ; du « made in Switzerland ».
On ne peut fêter notre pays qu’en ne faisant mémoire que des hauts faits qui ont jalonnés son histoire ; celles des grandes batailles gagnées contre des puissances ennemies : Morgarten, Sempach, Grandson, Morat.
Pour comprendre notre pays et les défis qu’il doit relever, il faut aussi se souvenir que sa cohésion, son unité ne s’est pas faite du jour au lendemain, ni sans douleur.
Le pluralisme qui caractérise notre pays, sera toujours source de tensions.
Au vu de cette histoire, on peut se demander si les chambres fédérales et le peuple suisse étaient bien inspirés de conserver en 1999, le fameux préambule de la Constitution qui commence par ces mots « Au nom de Dieu tout-puissant ».
Cette mention divine, dans un pays où cohabitent des athées, des sans confession, des musulmans, des juifs, des chrétiens et des croyants d’autres religion, n’est-elle pas susceptible de semer la discorde plutôt que le « vivre ensemble » ?
Cette formulation ne vise pas tant à ne reconnaître qu’un Dieu, qu’une religion contre toutes les autres, mais surtout à distinguer ce qui relève de l’absolu et du relatif.
Commencer ce préambule en convoquant Dieu, mais en prenant soin de ne pas le nommer ; sans préciser de qui on parle, vise à affirmer que tous les systèmes religieux et leurs cultes, toutes les idéologies politiques et leurs partis sont de l’ordre du relatif. En d’autres termes, si Dieu est Dieu, il ne peut être qu’au-dessus de Dieu et des représentations que nous nous en faisons. Si Dieu est Dieu, il dépassera toujours les mots, les prières, les liturgies et les dogmes dans lesquels nous essayons de le retenir.
C’est ce que Saint Augustin, écrivait déjà au 5ème siècle de notre ère :
« Que dirons-nous donc de Dieu ? Si vous avez l’intelligence de ce que vous voulez dire, ce n’est pas Dieu ; si vous avez pu comprendre, vous avez compris autre chose que lui. Si vous croyez l’avoir compris, vous êtes le jouet de vos pensées. Il n’est donc pas ce que vous avez compris, il est ce que vous ne comprenez pas.* »
Le malheur des humains vient de ce qu’ils sont toujours tentés d’absolutiser ce qui est de l’ordre du relatif.
Puissions-nous, nous souvenir que la profondeur de toute foi commence par reconnaître humblement qu’elle ne possède pas Dieu.
Des Suisses se sont – jadis - entretués pour l’avoir oublié. Pour cela, il faut s’en souvenir.
*1 Voir d’autres inventions suisses : https://www.swissactivities.com/fr-ch/travel-guide/faits-suisses/inventionssuisses/
*2 Saint Augustin (354 - 430), Sermons 1re série 52 (chap. 6) Histoire juive