Les ministres de la paroisse partagent leur prédication

Les ministres déposent régulièrement leurs prédications sur le site de la paroisse afin de permettre aux personnes qui le désirent de retrouver l’essentiel de la prédication du dimanche.

La prédication depuis le lutrin ou la chaire ne se réduit pas à la lecture d’un texte. En effet, le prédicateur prend toujours des libertés face à son texte écrit, parce qu’il a devant lui une assemblée avec laquelle il entre en interaction au fur et à mesure que se vit la prédication.

Nous vous souhaitons une agréable lecture et n'hésitez pas à prendre contact avec la prédicatrice ou le prédicateur du jour.

Lectures : Exode 34,4-9 ; 2 Corinthiens 13,11-13 ; Jean 3,16-18 

Nous vivons dans l’élan de Pentecôte

Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu – Lui, et lui seul, est Seigneur. Et Dieu a déversé son esprit dans le monde, le souffle de vie. Et par son esprit nous nous sommes au bénéfice de la même puissance, de la même autorité, de la même vie que celle qu’a vécu Jésus de Nazareth. 

Et nous sommes aussi au bénéfice du même soutien : comme le Père n’a pas laissé tomber son Fils, de même il ne nous lâchera pas face à tout ce qui veut tuer la création de Dieu, à tout ce qui hait cette création, à tout ce qui s’y oppose.

Voici la promesse qui se trouve à la base de notre vie, de notre communauté, de tout ce que nous faisons et vivons comme Église, comme corps du Christ – ici, dans nos villages, nos familles, là où nous nous engageons. Ce n’est pas quelque chose qui est relégué à plus tard : c’est quelque chose qui est vrais et réel déjà ici et maintenant.

 Et Dieu ne se lasse pas de nous le redire. Il revient constamment vers nous, avec cette promesse.

En Jésus, Dieu a fait cette offre au monde, à présent et pour tous les âges : on a pu le voir dans le visage de Jésus, on a pu le sentir par la force de ses mains, on a pu l’entendre dans ses paroles.

Et comme on a pu le voir chez lui, de même on a pu le voir dans la communauté de ses disciples, dans ce mouvement coloré, divers, pluriel, foisonnant, contradictoire, qui a changé la face du monde – le mouvement de la foi chrétienne. 

Une communauté dans laquelle la vie n’est pas un fardeau qu’il faut subir, mais un cadeau à partager. Dans laquelle « faiblesse » ne rime pas avec « échec », mais avec « soins » et « soutien ». Une communauté qui refuse les frontières qui tuent et qui cherche les gestes qui réconcilient. Une communauté qui ne s’oppose pas au puissance de la mort avec la force brute, mais par la légèreté d’un souffle.

Voilà ce que nous sommes, nous qui avons reçu l’Esprit de Vie, nous qui croyons que Jésus est bel et bien le Christ, le messie, de Dieu – qu’il est l’Emmanuel, Dieu qui a marché avec nous. 

Mais …

Et maintenant il faudrait poser un « mais ». Il faut marquer une hésitation. Peut-être que ces paroles vous enthousiasment – peut-être qu’elles vous mettent mal à l’aise. Dans les deux cas, ça devrait poser question… 

Ces paroles vous mettent mal à l’aise ? Mais pourquoi ? C’est une offre gratuite. Il n’y a pas de condition pour accéder à cette promesse : ce que je viens de dire, c’est ce que vous êtes réellement, que vous êtes dans tous les cas. Vous êtes au bénéfice de cette promesse surabondante de Dieu. Dieu vous aime réellement à ce point, qu’il vous donne tout cela, que vous l’avez déjà reçu. Ce n’est pas du marketing. Il n’y a rien à acheter. C’est donné. Pourquoi douter de ce que Dieu vous a donné ? 

Mais peut-être que c’est l’inverse : ces paroles vous enthousiasment. Vous vous sentez prêts à partir au combat, à tout donner, tout lâcher pour suivre la voie que le Christ étend sous vos pieds. Mais avez-vous concrètement pris le temps de vous examiner ? Cette communauté est-elle si débordante de vie, de joie et d’espérance ? Les morts ressuscitent-ils autour de vous ? La grâce du royaume est-elle la boussole de votre cœur et de tout ce que vous faites ? Vous avez donc atteint la perfection que l’apôtre Paul appelle de ses vœux ? 

Dans tous les cas, vous ne pouvez rester tranquilles. Et – « et » pas « mais »  – Et Dieu ne vous lâche pas, il continue de tenir à vous. Il continue à vous offrir son Esprit. 

Une contradiction persistante

Lorsque j’ai commencé à préparer cette prédication, en lisant les textes, je me suis heurté à cette thématique de la repentance, de la conversion du cœur. Repentance : ce mot si lourd, au passé si chargé et problématique.

Le récit que nous avons entendu de l’Exode se passe juste après à l’épisode du veau d’or. Un moment de rupture, où le peuple trahit sa confiance envers Dieu. Le texte de Paul, la finale de cette lettre, fait suite à un conflit qui l’oppose lui et cette communauté. Si Paul leur écrit cette lettre, c’est que ça se passe mal. Et le texte de Jean, ce texte magnifique, si connu « Dieu a tant aimé le monde… » est suivi d’une obscurité étrange, qui divise à nouveau le monde en deux – alors que Dieu veut la vie du monde, au bout du compte, il y a une division entre celles et ceux qui croient et suivent Jésus, et celles et ceux qui ne le suivent pas, qui le refusent Lui et son enseignement. Les premiers sont dans la lumière, les seconds dans l’obscurité – un texte qui reflète les conflits et les contradictions, auquel les premières communautés chrétiennes, l’Église naissante, fait face.

Dans les trois cas, l’amour débordant de Dieu, s’accompagne d’une exigence, d’une attente – et d’une forme d’échec ou de refus. Oui : la vie vous est donnée gratuitement, inconditionnellement. Et en même temps, il y a une exigence, une orientation, un chemin à suivre. Oui, je vis de la vie éternelle, déjà ici et maintenant – oui, je constate à quel point elle semble encore éloignée de moi.

Dieu nous a tout donné : tout est entre nos mains, pour répondre à son appel, pour vivre la vie de Dieu. Nous n’avons pas besoin d’autre chose, nous n’avons pas besoin de plus. Et en même temps, vraiment en même temps, Dieu parait encore devoir aller mourir sur une croix, parce que nous regardons ailleurs, parce que nous donnons notre cœur à d’autres puissances, parce que nous ne sommes pas parfaits, parce que nous ne suivons pas les commandements de Jésus. 

La repentance

C’est pour cela qu’il faut parler de repentance. Nous devons apprendre à le faire à nouveau. La repentance, ce n’est pas s’imposer une flagellation morale – ce qu’on fait toujours, en cherchant une faute à se faire pardonner, en cherchant à se mettre au propre devant Dieu, etc. Non : la repentance ce n’est pas ça. 

Je reprends ici l’exemple de Moïse : Dieu vient de dire que son amour surabonde. « Je suis un Dieu plein de tendresse et de bienveillance, lent à la colère, riche en bonté et en vérité. Je manifeste ma bonté envers les êtres humains jusqu'à mille générations, en supportant les péchés, les désobéissances et les fautes » Et en même temps il dit qu’il n’oublie pas le mal commis, et qu’il y aura des conséquences. « Je ne tiens pas le coupable pour innocent, j'interviens contre celui qui a péché, contre ses enfants et ses descendants jusqu'à la troisième ou la quatrième génération » 

Moïse devrait avoir bien compris : c’est un avertissement. Dans l’épisode du veau d’or, il fait partie, lui, de la génération des coupables. Il est celui qui entend la promesse de Dieu, son amour abondant, et qui entend en même temps son accusation, et la menace à peine voilée qu’elle contient.

Et Moïse se tourne vers Dieu : et il lui dit. Oui : je sais, nous sommes ce peuple à la nuque raide, nous sommes ce peuple qui n’arrive pas à faire juste. Et pourtant nous te le redemandons, marche au milieu de nous, soit présent avec nous, considère-nous comme ton peuple.

En fait la repentance c’est un affront, quelque chose de complètement insolent. Oui, avec toutes nos peines, nos misères, nos erreurs, nos fautes, nos hésitations, nos doutes, nous nous tournons vers Dieu et lui demandons : tiens-toi auprès de nous, marche avec nous, soutiens-nous dans ce labeur qui est le nôtre. Fais ce que tu as promis de faire. Que nous soyons bénis ou que nous soyons punis, là n’est pas la question : tiens-toi près de nous.

La repentance, c’est prendre Dieu au sérieux, encore plus que nous-mêmes, en lui apportant avec clarté nos hésitations, nos dilemmes, nos incertitudes. La repentance c’est se tenir devant Dieu avec tous ces doutes, ces incertitudes, en les assumant : c’est cela se tenir dans la lumière, c’est cela grandir en perfection. Parce que Dieu nous a déjà tout donné – et qu’il continuera à le faire. 

Amen  

Pour une réflexion personnelle

  • À quels autres mots est-ce que j’associe celui de « repentance » ? 

  • Est-ce que je sais d’où ça me vient ? De quelle expériences ?

Lectures : Genèse 41,14-42 ; Jean 15,26-27 ; Jean 16,12-15 ; Actes 2,1-6 et 12-18

Introduction

L’Alliance. Une fête qui prend ses racines dans la nuit des temps. 

La « nuit des temps », au contact des trois histoires entendues, devient une lumière bien présente pour nous aujourd'hui.

Joseph

Joseph, le chouchou de Jacob, Celui qui arrivait rouler son père dans la farine. Celui à qui tout était dû. Celui qui ne se prenait pas pour la queue de la poire. Ce Joseph, on le retrouve croupissant au fond d’une prison en Egypte. Il avait été vendu quelques années plus tôt par ses frères à des marchands d’esclaves qui passaient par là.

Joseph est au fond du trou. Au propre comme au figuré. D’abord il a été jeté au fond d’une citerne, pour ensuite se retrouver en prison très loin de chez lui.

Pendant ces années aux fers, il a eu le temps de ruminer, de réfléchir, de prier, de se révolter, de se laisser aller, de se poser des questions. Qu’est-ce qui m’arrive, qu’est-ce que j’ai fait, pourquoi moi, où es-tu Seigneur ?

Des questions que chacun de nous se pose à un moment ou l’autre de sa vie.

C’est alors que le miracle se produit. Pharaon, l’homme le plus puissant de la terre, fait appeler Joseph. On le lave, le rase, lui donne de nouveaux habits. Joseph n’est plus le même homme lorsqu’il se présente devant pharaon. 

Lorsque l’on accepte de se retrouver devant Dieu, c’est pareil, on n’est plus le même homme, la même femme. Quelque chose en nous est changé. Difficile de le décrire, c’est un mystère. Le passage au fond du trou n’est pas un passage obligé ; même si parfois, c’est dans les moments difficiles que les vraies questions font surface. 

Et Joseph se retrouve devant Pharaon qui lui dit: . - Il paraîtrait que tu as le don d’interpréter les rêves ?Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui peut t’en donner une explication ! Lui répond Joseph.

Après tout ce qu’il a vécu, Joseph remet l’Eglise au milieu du village. Il ne profite pas de la situation, mais il met Dieu à la première place. Pourtant que la situation lui permettrait d’en tirer avantage, pensez: un prisonnier devant le Pharaon. Mais Joseph n’est plus le même homme, il n’est pas seulement propre sur lui, rasé et bien habillé, mais il est propre à l’intérieur. Il a laissé tomber le chouchou de son père qu’il était pour devenir responsable, vrai et authentique devant son Dieu et devant les hommes. Bien sûr, ça n’a pas été sans mal, cela ne s'est pas fait d'un coup de baguette magique. Dieu a travaillé dans la vie de Joseph, mais aujourd’hui, Joseph confirme sa foi en Dieu.

Pharaon ne s’y trompe pas, en disant à propos de Joseph: - Cet homme est rempli de l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu n’apparaît pas seulement à la Pentecôte sur les disciples. De tout temps, l’Esprit de Dieu est présent. La Bible ne commence-t-elle pas en disant que l’Esprit de Dieu plane à la surface des eaux ?

Et Joseph reçoit alors de la main même de Pharaon son anneau. L’anneau, c’est le symbole de l’alliance, pensons aux alliances que l’on s’échange lorsque l’on se marie. Pharaon donne son anneau à Joseph. C’est aussi un signe de confiance. Ce sceau du roi octroie à Joseph presque autant de pouvoir qu’à Pharaon.

Lorsque Dieu fait alliance avec nous, il nous fait la même confiance. Il s’expose, par notre personne, nos paroles, nos attitudes, notre vie. Nous devenons des intermédiaires, des porte-parole, des ambassadeurs de Dieu Lui-même. Il n’a pas peur Dieu. Il a surtout confiance.

Joseph, ce jeune homme de trente ans, voit sa vie prendre un tournant radical.

Pentecôte

Les disciples aussi vivent un tournant radical. Contrairement à Joseph, ils ne sont pas en prison. Ils sont libres et en attente. Ils attendent la promesse que Jésus leur a faite, de sa présence. Nous sommes au jour de la Pentecôte. Chez les Juifs, la Pentecôte, c’est la fête qui commémore le don de la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï. C’est la fête qui rappelle l’Alliance que Dieu a conclue avec son peuple, à sa sortie d’Egypte, à sa libération. Ce n’est pas innocent si Dieu choisit ce jour pour faire descendre son Esprit sur les apôtres. Dieu est fidèle, il renouvelle son alliance. Le même Esprit qui habitait Joseph et Moïse, descend sur les disciples sous forme de langues de feu. Des langues qui leur permettront d’être témoins jusqu’aux extrémités de la terre.

Oh, bien sûr, ce n’est pas gagné d’avance. Ils s’exposent aux mauvaises langues, comme on dit, ou simplement aux quolibets. On ne devient pas ambassadeur de Dieu, sans être la proie aux moqueries, à l’ironie, ou aux « pointes » bien placées, pas forcément mal intentionnées.

Le changement opéré par l’arrivée du souffle dans sa propre vie ne laisse personne indifférent. En ce qui concerne les disciples, il est dit que la foule est déconcertée, ou perplexe. Certaines personnes croient que les disciples sont sur Soleure. Oui, les disciples sont un peu fous, fous de Dieu.  La parole du prophète Joël se réalise : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrais mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes ».

Prophète…

« Vos fils et vos filles prophétiseront ». Les derniers jours sont là, depuis 2000 ans ; et nous sommes ces fils et ces filles dont parle le prophète Joël. Le Saint-Esprit n’est plus donné parcimonieusement à celui que Dieu destine comme prophète ou roi, comme pour Joseph, Moïse et quelques autres. Dieu ouvre les vannes du ciel. Son Esprit aujourd’hui est pour chacun de nous.

Nous sommes tous destinés à devenir les « fous de Dieu », ou prophètes, si vous préférez. « Prophètes », voilà encore un terme vilipendé. Le prophète n’est pas seulement l’illuminé qui se balade en peau de chèvres au milieu du désert, même si c’est aussi cela. Prophète, c’est être interprète, porte-parole, ambassadeur de Dieu parmi son peuple. C’est celui et celle qui annonce, qui enseigne, et vit sa vie en cohérence avec sa foi, c’est être « héraut (héros) de Dieu. »

Ce matin

Alors ce matin, en ce dimanche de Pentecôte, et de fête de l’Alliance. Ayons en mémoire l’attitude de Joseph, qui laisse Dieu à la première place, alors qu’elle lui est proposée à lui, Joseph.

Rappelons-nous les apôtres, réunis ensemble, qui s’exposent à la foule et aux « qu’en dira-t-on ».

La Bible fourmille d’hommes et de femmes qui un jour ont confirmé leur alliance avec Dieu, et pour qui la vie est devenue pleine, pleine de la présence de Dieu. (n’a plus jamais été la même)

Il y a un mois à Villars, Adjovi-Grâce et Jana ont reçu l’onction d’huile. Il n'y a pas d'orgueil dans cette démarche, cela témoigne simplement de sa confiance, mêlée peut-être d’un peu de curiosité et de crainte aussi. Mais c’est surtout se mettre à disposition de Dieu, et le laisser me conduire.

« Je répandrai mon Esprit sur toute chair, dit Dieu,

vos fils et vos filles seront prophètes,

et vos vieillards auront des songes. ».

Amen

Lectures : Psaumes 139,13-16 ; Romains 6,3-4 ; Matthieu 28,16-20

Qu’est-ce que c’est le baptême ?

Le baptême, c’est la joie des commencements, la joie de Dieu, qui s’est fait sa place, son nid, dans un monde trop triste, trop en colère, trop fatigué pour encore accéder à cette joie.

Si je me mets à l’écoute de notre monde, de son actualité, de tout le bruit qui le traverse, je trouve peu de joie : je trouve beaucoup de violence, de divisions, de ressentiment. Je trouve aussi beaucoup de peur – le récit rampant d’un lendemain sombre, où la vie des générations futures sera plus pénible que celle des générations passées.

Face à cette colère et à cette peur, il y a évidemment beaucoup de moyen de se changer les idées, de se distraire. Mais la peur et la colère restent – avec le risque qu’elles macèrent, forment un espèce de marais émotionnel aux relents toxique. 

Mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire. Parce qu’il y a le baptême.

Le baptême – chaque baptême – c’est Dieu qui résiste à cette macération que je viens d’évoquer. Il ne lui laisse pas le dernier mot – il nous dit qu’il y a autre chose que ces impasses, ces expériences décevantes et inquiétantes. Qu’il y a quelque chose de plus grand, de plus fondamental, de plus vrai, de plus réel : une joie vivante qui ne peut être étouffée. Qui peut jaillir même là où toutes les sources de joie semblent bouchées.

La vie des enfants

La vie des petits-enfants, est une parabole de cette joie profonde, originelle. 

Mais je veux bien me faire comprendre : je ne dis pas que la vie des petits enfants, est toute facile. Elle est tout sauf un long fleuve tranquille. 

Les premiers années de la vie sont, je crois, un défi pour tout le monde, enfant, parents, entourages – un défi que l’on vit de manière très différente selon les situations.

Mais ce qui m’émerveille c’est cette force qui traverse les petits enfants, qui les lance dans l’apprentissage des premiers mouvements – imaginez : il a fallu apprendre à digérer ! Il a fallu apprendre à joindre les mains. À tenir assis. 

Là-derrière il y a une force de vie monumentale, celle qui fait que souvent un enfant ne s’arrête pas face à la difficulté, qu’il essaie et réessaie, il le fait de lui-même, il n’abandonne pas. Et ce qui m’émerveille, c’est la présence de la joie dans cet apprentissage quotidien : l’émerveillement d’avoir découvert ou réussi quelque chose, de faire une certaine expérience pour la première fois : croquer dans une pomme quand les premières dents arrivent, se balancer au rythme d’une comptine, faire rouler des sons dans sa bouche, explorer les textures du sol, de l’herbe.

Les enfants sont un peu l’image vivante d’une vie qui n’est pas fatiguée d’essayer, qui n’a pas encore le goût de l’abandon – qui connaît la tristesse, la colère aussi (elles peuvent être grandes d’ailleurs), mais qui ignore le ressentiment, cette macération visqueuse, que les adultes connaissent mieux.

La source

Alors, le baptême c’est Dieu qui nous dit, nous montre, nous donne à vivre et à voir, que cette force, cette vie, ne s’éteint pas – qu’elle est là, donnée – qui ni le mal, ni la mort, ni notre distance d’avec Dieu, ne peuvent empêcher Dieu de nous la donner.

Pour la foi chrétienne, Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, c’est Dieu qui vient lui-même vivre cette vie, qui vient lui-même traverser le monde et ses agressions, pour devenir une fontaine intarissable en son sein. 

C’est pour ça que Jésus est enfant de Dieu. Que toutes celles et ceux qui reçoivent le baptême à sa suite sont enfants de Dieu – c’est-à-dire : porteuses et témoins de cette vie qui est donnée, qui est là, que l’on ne peut pas étouffer. Cette vie que la foi chrétienne appelle souffle de vie, ou Esprit-Saint.

Le baptême c’est aussi le passage par la mort

 Arrivé à ce point de mon message, la bascule peut vous paraître peut-être un peu raide…

« Le baptême, c’est aussi le passage par la mort. » Je ne le dis par pour être morbide, triste, ou défaitiste. C’est que le baptême c’est aussi ça : un passage par cette zone inquiétante, par ce chemin que personne ne souhaite vraiment emprunter. 

Ou plutôt : le baptême n’ignore pas ce passage. Le baptême implique ce passage. Le baptême parle de ces moments d’épreuve, où nous serons exposés à nos limites, nos fragilités, nos angoisses, notre finitude – et où quelque chose va bel et bien mourir. Où quelque chose de nous, va bel et bien prendre fin.

L’eau a en effet cette double signification : Nous en avons besoin pour vivre. Mais elle peut aussi nous engloutir. Elle est aussi une menace inquiétante.

Et pourtant : le baptême n’est pas une noyade. Il est une traversée, un passage. De l’autre côté, on se retrouve vivant, transformé, dans la présence de Dieu et de toutes celles et ceux qui font la traversée.

Et au bout de cette traversée, c’est une naissance : on retrouve la force vitale, la joie, des petits enfants. Et si le baptême, est bel et bien passage par la mort, il l’est dans la mesure où la mort n’a plus le dernier mot. Dans le baptême, nous passons par la mort, oui, mais elle n’est plus notre condamnation. 

Dans la vallée de l’ombre et de la mort, il y a la présence de Dieu – là où nous nous trouvons concrètement, et pas ailleurs.

Célébrer le baptême

Le baptême, celui que nous avons vécu enfant, celui que nous vivrons peut-être un jour, est un signe posé dans notre vie : Dieu a déposé en nous, au cœur de notre existence, une source de vie, de joie, que rien ne saurait éteindre. Nous sommes et resterons ses enfants.

C’est une promesse que Dieu nous a fait – une promesse à laquelle il se tient. Et avec laquelle nous ne sommes pas seuls – unis au-travers des âges avec toutes celles et ceux qui ont traversés les eaux. 

Face aux épreuves que nous rencontrerons, nous n’avons pas à être seuls : il y aura des mains pour soutenir, pour relever ; des pieds qui marchent à nos côtés, des oreilles pour écouter, des yeux pour voir – pour donner à boire et à manger. 

Et même là où il n’y aura plus de contacts possibles, il y aura cette présence, parfois vive, parfois discrète – cette source dans lequel l’humanité a puisé des ressources inespérées, même dans ses heures les plus sombres. 

C’est une promesse que Dieu a placé au commencement de toute vie – et qui fait qu’aucune vie n’est hors de portée de la joie. Une promesse qui nous accompagne au fil notre vie. Pour nous – et au-travers de nous, pour les autres.

« Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c’est l’immense. » (Christian Bobin, La part manquante)

Amen

Lectures : Jean 21,20-25 ; Actes 1,6-11 ; Éphésiens 1,19-23

Le monde change

Jésus vient de monter au ciel. Pour les disciples, le monde ne sera plus jamais comme avant. Pendant trois ans, ces hommes et ces femmes s’étaient habitués à marcher avec Jésus, à lui faire confiance. Ils pouvaient s’appuyer sur lui. Ils avaient construit un réseau, ils avaient des repères. Et là, tout d’un coup, tout change. Jésus n’est plus avec eux.

Nous n’avons pas de difficultés à nous mettre à la place de ces hommes et de ces femmes. Notre monde à nous change également à toute vitesse :

- La digitalisation de nos activités nous entraîne dans un monde de machines. L’IA transforme déjà notre quotidien.

- La politique n’est plus un outil de discussion et de consensus, mais devient la loi du plus fort. Le monde se polarise.

- Notre Eglise se transforme. Eglise 29 est devant nous, mais nous ne savons pas encore à quoi elle va ressembler.

- Cela peut aussi être un changement d’orientation professionnelle, un mariage, l’arrivée d’un enfant, la mort d’un proche, la santé qui fait défaut.

Il y a de quoi se poser des questions, voire être inquiets. Comme les disciples, on peut se sentir désemparés, seuls. C’est la seconde fois que les disciples vivent cette situation. 40 jours auparavant, à la mort de Jésus, les disciples s’étaient déjà crus abandonnés, leur monde s’effondrait.

Le tableau peut sembler peu engageant, et pourtant, c’est à partir de là que la vie peut naître vraiment.

Le disciple que Jésus aime

Avant qu’il monte au ciel, Jésus s’entretient avec Pierre. Puis Pierre se retourne et voit le « disciple que Jésus aime ». Le « disciple que Jésus aime » est souvent identifié à l’apôtre Jean. Mais dans tous l’évangile, il n’est jamais nommé. Alors quand on lit, le « disciple que Jésus aime », c’est vous, c’est moi. On est ce disciple. Comme lui, on est appelé par Jésus, on marche avec Jésus, on l’écoute, on l’a vu sur la croix. Jésus nous est apparu après sa résurrection.

Et aujourd’hui, Pierre questionne Jésus à mon propos. Que va-t-il lui arriver ?

  • Que t’importe, lui répond Jésus, si je veux qu’il vive, qu’elle vive,  jusqu’à ce que je vienne.

Jésus ne dit pas qu’il va revenir de mon vivant, il dit simplement que je suis dans ses mains, qu’il prend soin de moi. Je suis celui et celle que la Bible appelle : le « disciple que Jésus aime ».

Pas besoin de savoir

Se savoir aimé par Jésus, se savoir dans ses mains est notre seule assurance. Le reste ne m’appartient pas. 

Lorsque les disciples demandent à Jésus quand il va établir son Royaume, Jésus leur répond : Vous n’avez pas besoin de connaître le temps et le moment où ces choses doivent arriver. C’est mon Père qui décide cela

Lorsque Jésus s’élève dans le ciel, un nuage le cache. Une fois encore, on ne sait pas tout. 

Il y a des périodes de vie où nous sommes confrontés à des situations avec beaucoup d’inconnues, le futur nous fait peur. On n’ose pas s’engager, cela nous angoisse, nous prend de l’énergie. Jésus me dit comme à Pierre : Qu’importe ce qui va arriver, toi suis-moi !

Suivre Jésus, C’est parfois un saut dans le vide, Dieu est notre seul filet. C’est ce qu’on appelle un acte de foi, un « oui » dans la confiance.

Cela me rappelle une bande dessinée: Un homme est tombé en bas d’une falaise et a pu s’agripper à une branche. Il est pendu dans le vide. Il fait alors cette prière : Dieu, si tu existes, sauve-moi ! Une voix du ciel lui dit : Fais-moi confiance, lâche cette branche ! Et l’homme après quelques secondes, crie : Y a-t-il quelqu’un d’autre pour me sauver ?

Oui, il est difficile de lâcher prise, de faire confiance.

Dans tout projet, il y a des moments comme ça. Pour notre paroisse, Église29 est aussi un de ces moments où il nous faut oser lâcher la branche. Faire confiance.

Les anges

Mais Jésus ne nous laisse pas seul pour autant. Il n’est plus là en chair et en os, et ne sait pas quand il va revenir. Mais il ne nous laisse pas seul.

Dimanche passé, je parlais du baptême du St-Esprit. Le St-Esprit, c’est un soutien, une force, une sagesse, c’est Jésus en moi. Il m’aide à aimer, à discerner, à oser.

Aujourd’hui, nous accueillons une autre aide de Dieu à nos côtés, nous découvrons que Dieu nous envoie des anges. Rappelez-vous, à Pâques, deux anges ont accueilli les femmes au tombeau. Alors qu’elles ne comprennent pas ce qu’il s’est passé, qu’elles ont peur, les anges leur apprennent que Jésus est ressuscité.

Aujourd’hui, jour de l’Ascension, à nouveau deux anges viennent vers les disciples qui ont la tête levée vers le ciel. Pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Leur disent les anges, Jésus reviendra.

Dans les moments où on ne voit pas d’issue, où on est perdu, Dieu envoie souvent des anges pour nous guider, pour nous expliquer, pour nous accompagner, nous rassurer, nous porter.

J’imagine que si je vous demande si vous avez déjà rencontré des anges, il y aurait beaucoup de réponses positives. Oh, pas des anges tels que les représentent les grands peintres, avec des ailes dans le dos, mais des personnes qui à un moment donné de notre vie, ont été salvatrices. Des personnes qui nous ont remis debout, qui ont eu une parole de sagesse, qui m’ont encouragé, m’ont béni.

Je repense à cette dame qui entrait dans l’église de Denens il y a quelques semaines et qui n’avait pas vu les marches qui descendaient. Elle est partie la tête en avant. Heureusement j’étais en bas de l’escalier et j’ai pu la retenir. Depuis, elle m’appelle « son ange » ! 

Oui, on peut aussi être l’ange de quelqu’un. 

Jésus reste présent

En ce jour de l’Ascension, Jésus est allé s’asseoir sur le trône à côté du Père. Cela ne fait pas de lui quelqu’un d’absent, au contraire. Il intercède pour nous, le St-Esprit agit dans le monde et des anges viennent régulièrement nous rendre visite.

L’Église est le corps du Christ, nous dit l’apôtre Paul,

et en elle, le Christ est totalement présent.
 

Lectures : Actes 8,5-8.14-17 ; Jean 14,15-18.25-26 ; 1 Pierre 3,15-18

Philippe à Samarie

J’ai redécouvert le récit de Philippe à Samarie. Philippe, c’est une des sept personnes qui ont été choisies par les apôtres pour les aider dans leur ministère. L’Église grandit et les apôtres n’arrivent plus faire face. Ils choisissent donc 7 diacres pour les aider. On se rappelle d’Etienne, également une de ces sept personnes. Etienne a été lapidé sous les yeux de l’apôtre Paul. Philippe, lui, on le connaît pour avoir rejoint l’Éthiopien dans le désert, alors que ce dernier quittait Jérusalem et rentrait chez lui. Ils se sont arrêtés et Philippe l’a baptisé dans la rivière. Ensuite l’Éthiopien a poursuivi son voyage tout joyeux. Il a certainement été le premier chrétien à annoncer Jésus en Afrique.

Ce matin, on retrouve Philippe à Samarie. Samarie, c’est l’ancienne capitale du Royaume du Nord, c’est des gens auxquels les Juifs de Jérusalem n’adresse pas la parole, ils ne s’aiment pas. On se rappelle Jésus et la Samaritaine au bord du puits, la Samaritaine avait été étonnée que Jésus lui adresse la parole. Philippe est en train d’annoncer Jésus Christ aux habitants de la cité, il fait des miracles aussi. La Bible nous raconte que la joie est grande dans toute la ville. Partout où Jésus est accueilli, que ce soit l’Éthiopien, ou la ville de Samarie, la joie est grande.

De la même manière ce matin, parmi nous, la joie est grande !

On apprend aussi que Philippe baptise toutes les personnes qui le désirent, comme il l’avait fait avec l’Éthiopien. L’histoire pourrait s’arrêter là… Mais non ! C’est un commencement, un départ!

Le baptême Du Saint-Esprit

Les apôtres Pierre et Jean apprennent ce qui se passe à Samarie et rejoignent Philippe. Pierre et Jean, c’est les grandes pointures parmi les apôtres, c’est les deux disciples qui ont reçu une mission particulière de la bouche même de Jésus après sa résurrection. Pierre et Jean rejoignent donc Philippe à Samarie et poursuivent ce que Philippe a commencé. Ils posent leurs mains sur tous les baptisés pour qu’ils reçoivent le St-Esprit.

Une sorte de baptême en deux temps, un baptême d’eau, puis un baptême de l’Esprit Saint. Est-ce à dire qu’il faut toujours procéder en deux temps ? La question n’a pas de réponse simple.

Même les Églises ne sont pas d’accord entre elles. Les catholiques, et plus encore les orthodoxes, lors du baptême d’eau pratiquent ensuite l’onction d’huile sur le baptisé, une forme de baptême dans le St-Esprit. Certaines Églises évangéliques pratiquent l’imposition des mains. Qui a raison ?

Là n’est pas la question. Dans la Bible, l’Esprit est donné de manière diverse, parfois avant le baptême d’eau, parfois en même temps, parfois après. Dieu n’est pas soumis à nos pratiques, heureusement.

Mais à quoi ça sert d’être baptisé du St-Esprit ?

Enfants de Dieu

L’Esprit Saint nous fait tous enfants de Dieu, ses fils, ses filles. C’est grâce à l’Esprit Saint, que nous pouvons commencer notre prière par « Notre Père qui est au cieux … ». Il n’y a plus de différences entre les  esclaves et les personnes libres, entre les femmes et les hommes, entre les Juifs et les étrangers, nous sommes tous frères et sœurs, de la même famille, avec un même papa là-haut dans le ciel. Dieu nous accueille de la même manière que Jésus a accueilli les petits enfants qui lui ont été présentés.

Mercredi, avec les catéchumènes, j’aurais dû vivre un rallye Huguenot. Les Huguenots, dans la France catholique du XVIIIe siècle, c’est les protestants français qui étaient persécutés par les catholiques à cause de leur foi. Dans d’autres pays, c’était le contraire, comme en Angleterre, pays protestant, c’était les catholiques qui étaient persécutés. Mercredi, il était prévu que le rallye commence dans l’église catholique de St-Prex, pour bien réaliser que sommes tous frères et sœurs en Christ, que nous soyons catholiques, protestants, évangéliques, orthodoxes, communautés issues de la migration, le St-Esprit fait de chacun de nous un enfant de Dieu. L’œcuménisme est bien vécu en Suisse, et c’est une grâce. Ce n’est malheureusement pas encore le cas dans bien des pays.

Nous avons entendu lors des lectures, que Jésus prie le Père pour que nous recevions le St-Esprit. Pour que nous ne soyons pas « orphelins ». Le St-Esprit est aussi appelé l’Esprit d’adoption. Dieu nous aime comme un père, comme une mère, aime ses enfants. 

La croix huguenote, la croix des protestants français, est constituée d’une croix de Malte et d’une colombe. La colombe, justement, est signe du St-Esprit. Cet Esprit qui fait de nous des frères et des sœurs au-delà des confessions, voire des religions !

« Je suis avec vous »

Jésus, avant de repartir au ciel vers le Père fait une promesse à ces disciples : Vous vous rappelez ? Jésus leur dit, comme il nous dit à nous ce matin : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Jésus nous promet d’être toujours là, auprès de nous, quoi que nous vivions, dans nos joies, dans nos peine, Jésus est là.

Cette présence n’est possible que par le St-Esprit que le Père nous envoie, présence vivante du Christ en chacun. Une fois, dans un groupe auquel je participais, une des dames disait : « Il est bon de voir le Christ lorsque nous regardons une autre personne, ça change notre regard, ça change tout ! »

Oui, le Christ est présent en chacun de nous par son Esprit.

Souffle dans les voiles

L’Esprit fait de nous des enfants de Dieu (1). L’Esprit réalise la promesse de Jésus d’être toujours avec nous (2). Enfin, et je termine là-dessus, le St-Esprit nous envoie (3). De la même manière que Jésus a envoyé ses disciples avant de remonter vers le Père, le St-Esprit souffle dans nos voiles.

Jésus avait dit : le vent souffle, mais on ne sait pas d’où il vient, ni où il va, et qu’il en est de même pour le St-Esprit. Nous sommes tous embarqués sur le bateau de l’Eglise. On prend le large, ensemble, on ne sait pas où cela nous emmène. On rejoint l’équipage, le capitaine nous accueille.

Pensez-y lorsque vous irez regarder la parade des bateaux à Nyon à la fin du mois (31 mai), ou que vous monterez dans un bateau durant la belle saison. Nous faisons tous partie de l’équipage.

L’Abbé Pierre disait : la seule liberté de l’homme est de tenir la voile tendue ou de la laisser choir, le vent n’est pas de nous.

Oui, le vent de l’Esprit souffle dans nos voiles.

Alors, levons l’ancre de l’espérance et prenons le large avec confiance. Dieu est avec nous, et nous sommes ses enfants.

Amen   

Olivier Rosselet

Lecture : Evangile selon Jean 10,1-10

Brebis

© Véronique Rosselet

Introduction

J’aime ce récit où il est question de troupeaux de moutons, d’enclos, de pâturages, de berger. Des images d’Épinal. Les œuvres d’Albert Anker, d’Eugène Burnand, ou de Marcel Imsand se rappellent à notre mémoire. Ces images, ces souvenirs, nous font du bien. Ils caressent notre cœur, ils sont porteurs. La Bible ne se prive pas de nous les offrir pour dire l’amour de Dieu. 

En ce printemps, on entend à nouveau le paysan piqueter son pré, les cloches des bêtes. vaches, les moutons, les chèvres savourent l’herbe verte. En montagnes les premiers troupeaux rejoignent leurs alpages.

Depuis quelques semaines, nous retrouvons le plaisir de flâner dehors, de respirer des parfums de printemps, d’admirer les cerisiers en fleurs, de voir s’ouvrir les tulipes, de s’asseoir sur un banc, le visage tourné vers le soleil, accueillant sa douce chaleur. Qu’est-ce que ça fait du bien.

Le gardien

Mais pour cela, nous devons sortir de notre enclos, de nos habitudes, de notre maison, afin qu’elles ne deviennent pas une prison. La parabole nous parle d’un gardien qui se trouve à l’entrée de l’enclos. Lorsque le berger se présente, le gardien lui ouvre la porte.  Qui est-il ce gardien ?

On pourrait comparer ce gardien à Dieu. Dieu est notre protecteur, la personne sur qui on peut compter, jour après jour. Celui qui nous protège de tout mal. 

Cette porte de l’enclos, me fait penser aussi au tombeau ouvert. Un ange était descendu du ciel pour rouler la pierre, et s’asseoir dessus (Mtt 28). La porte de l’enclos pourrait également être gardée par un ange.

Ou encore, ce gardien, c’est moi-même qui choisis qui il laisse entrer, et qui il laisse dehors. Le livre de l’Apocalypse fait écho à cette possibilité : « je me tiens à la porte et je frappe, dit Jésus. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre sa porte, j’entrerai chez lui, chez elle. ». Jésus ne me violente pas, il ne rentre pas chez moi par effraction, il passe par la porte.

Alors, ce gardien, qui est-il pour moi aujourd’hui ? Dieu ? Un ange ? Moi-même ? Peut-être cela change-t-il en fonction des moments.

Le berger

La parabole nous raconte que le gardien ouvre au berger. Ce berger, c’est Jésus, bien sûr. Le berger vient chercher son peuple dans l’enclos pour le mener à l’extérieur, dans des prés d’herbes vertes et grasses. Ce peuple n’est plus confiné, il suit son berger. J’imagine la porte de l’enclos comme le passage de l’Ancien Testament vers le Nouveau. Le peuple de Dieu n’est plus seulement le peuple sorti d’Egypte, mais tous ceux qui suivent le berger. Nous ne sommes plus confinés dans des textes de lois, mais accueillis à l’extérieur dans une nouvelle Alliance offerte par le berger (Lettre aux Hébreux).

Le berger nous appelle chacun par notre nom. Il nous connaît personnellement. Et nous, nous connaissons sa voix. Le berger marche devant nous. Cette sortie de l’enclos me rappelle mon baptême. Ce jour-là, le pasteur m’a aussi appelé par mon nom. Jésus m’a accueilli en dehors de l’enclos, j’étais accompagné par mes parents et mes proches.

 Si j’ose une comparaison. Avez-vous déjà vu sortir des vaches après l’hiver, lorsqu’elles retrouvent les prés d’herbe fraîche ? Marguerite, Bianca, Duchesse, Pâquerettes, Capucine, … Elles sont toutes follettes, elles courent, elles sautent, leur cloche dreline et n’arrive pas à suivre leur mouvement. Ces vaches ne savent plus où donner de la tête. Elles découvrent un nouveau monde. 

Lorsque nous choisissons de suivre le berger, il y a de ça. Nous découvrons également un nouveau monde. Il y a de la joie, de l’exubérance, nos anciens repères disparaissent. Les murs de l’enclos ne sont plus là pour nous protéger. Notre seule protection c’est le berger. Faisons-lui confiance.

La porte

A l’époque de Jésus, les gens ne comprennent pas cette parabole. Et Jésus ne les aide pas vraiment. A leurs questions, Jésus ne s’identifie pas au berger, mais d’abord à « la porte ». Surprenant. Jésus est à la fois le berger, et à la fois la porte. Deux images fortes, deux images vraies, deux images complémentaires.

« Je suis la porte des moutons, dit Jésus. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ». Sauvé ? Cette porte offre un « passage ». Nous sommes en plein dans le mystère de Pâques. Nous ressuscitons avec le Christ. Sa résurrection ouvre la porte de l’enclos. Vivre en Dieu n’est possible qu’en passant par cette porte. La mort et la résurrection de Jésus ouvrent une brèche, plus rien n’est comme avant. 

Enfin nous pouvons sortir. La résurrection du Christ met un terme au confinement spirituel. Christ nous offre la liberté. La porte reste ouverte. Jésus me l’affirme : Je peux entrer et sortir. Jésus m’offre une vraie liberté. Je ne tire pas un trait sur le passé. Je peux aller et venir par la porte, je trouverai de la nourriture des deux côtés. Jésus est une porte, oui, mais une porte ouverte !

Le pâturage

Chaque année, au catéchisme, je raconte cette parabole avec GodlyPlay. Des animaux et des personnages en bois, une clôture et une porte en cordelette, un pâturage en feutrine verte. 

L’histoire commence avec des brebis dans un enclos. Un berger les appelle, les brebis sortent de l’enclos et le suivent. Après avoir cheminé derrière le berger, les brebis se retrouvent autour d’une table. Le berger est remplacé par un prêtre ou un pasteur. Autour de la table, des personnages du monde entier, hommes femmes, enfants, rejoignent les brebis. Puis toutes ces personnes avec les brebis partagent un repas, la sainte cène. Cette histoire est appelée « la communion mondiale ».

Communion Mondiale

©Godly Play

Autour de la table, les brebis sont toujours là, je suis en communion avec le vivant. Des personnages de tous les pays sont présents également, je suis en communion avec tous mes frères et sœurs sur la terre : des enfants, un vieux monsieur, une maman portant son bébé, un papa tenant la main d’une fillette.

Conclusion

Le dernier verset dit :

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie,

et qu’ils l’aient en abondance ».

Ce verset était la maxime, de l’EPA, l’Eglise protestante africaine au Cameroun. J’y ai passé trois semaines au début de mon ministère en compagnie d’une vingtaine de jeunes. Le pasteur Ebenezer Woungli Massaga, avait cette vision pour son Eglise, pour son pays : Une vie en abondance, c'est-à-dire une vie renouvelée grâce à Jésus et une vie où les produits de la terre fournissent suffisamment de travail à chacun et de la nourriture pour tous. 

Que nous puissions également faire nôtre cette vision de la vie en abondance.

Je termine avec quelques versets du psaume 23 :

Le Seigneur est mon berger.

Tu me fais reposer dans des champs d’herbe verte

Tu m’offres un bon repas

Tu verses sur ma tête de l’huile parfumée.(onction)

Oui, tous les jours de ma vie ton amour m’accompagne

et je suis heureux, je suis heureuse. (ps 23)

Lecture : Psaumes 37,3-6 ; Évangile selon Luc 10,38-42

 « Fais de l’Éternel tes délices… » David écrit cela alors qu’il a connu tant d’épreuves. Étant en fuite, face l’injustice, la menace, il aurait pu choisir la vengeance, la réussite ou la reconnaissance comme délices. Mais il déclare : « Fais de l’Éternel tes délices… »

Pourquoi ? 

Peut-être parce que ce qui fait notre délice gouverne notre vie. Si Dieu est notre délice, alors il devient notre stabilité et la paix de notre cœur.

Ce n’est pas l’abondance qui fait le festin, mais la présence du Seigneur. 

Le Royaume prend saveur dans le partage et l’unité, là où, dès maintenant, nous nous rassemblons en son Nom.

Jésus a choisi la table pour nous révéler un mystère. Comme la nourriture nourrit le corps sans que nous en voyions l’œuvre, la présence du christ nourrit notre être intérieur. Nous en percevons les fruits comme des saveurs — paix, joie ou désir de Sa présence dans nos vies.

Lui le pain descendu du ciel nous rejoint et nous invite à le manger ! 

Le pain, par sa nature peut se mêler à tout. Jésus-Christ nous invite à ne pas l’écarter le de nos chemins de vie. 

Il se donne comme nourriture et vient rejoindre chacun de nous personnellement. Le Royaume devient alors une réalité à goûter, un état d’être.

Ainsi, à travers le pain, nous sommes invités à vivre de la vie du Christ, portés par l’amour de Dieu, dans l’espérance d’une vie déjà offerte et partagée avec tous.

Frères et sœurs, amis et famille,

Nous redécouvrons aujourd’hui une scène que seul l’évangéliste Luc nous rapporte : Jésus entre dans un village, Marthe l’accueille dans sa maison, et Marie, sa sœur, s’assoit à ses pieds pour écouter sa parole.

On a souvent opposé ces deux figures : Marthe, la servante active, et Marie, la contemplative silencieuse, comme s’il fallait choisir entre agir ou recevoir.
Et si ce texte ne nous demandait pas de choisir ?

Marthe est debout, elle sert. Cela rend l’engagement réel et concret.

Cependant, Marthe se sent seule, débordée, peut-être incomprise. Ce qui me touche, c’est qu’elle ose le dire. Elle ne se replie pas sur elle-même : elle s’adresse au Seigneur. Elle lui confie ce qui la traverse. Quelle sagesse.
Comme si, dans son désir de bien faire, elle s’était peu à peu éloignée de la paix.

La réponse de Jésus met en lumière un détail : ce n’est pas son service qui est en cause. Cela suppose donc quelque chose qui n’a rien d’extérieur à Marthe.

Jésus ne lui demande pas d’arrêter de servir. Il vient plutôt révéler ce qui se passe en elle : une inquiétude, une agitation intérieure.

Marie, elle, est assise aux pieds de Jésus. Dans la culture de l’époque, c’est la place du disciple. Elle reconnaît son besoin de recevoir.

Ce qui m’a touchée aussi dans ce texte, c’est que Marie ne se justifie pas, elle ne se défend pas. Elle est simplement là, présente, disponible. Elle choisit de s’arrêter, de faire silence, d’écouter.

Dans une situation qui pourrait valoriser le mouvement, elle ose l’arrêt. Dans une situation où elle pourrait déborder de parole, elle choisit de se taire et d’écouter.
Dans une situation qui pourrait exiger un mode d’action, elle choisit d’accueillir la présence.

Elle ne fuit pas l’action : elle prend le temps de se laisser nourrir.

Et si Marthe et Marie représentaient plutôt deux dimensions, deux saisons d’une même vie ?

Peut-être que c’est là que ce texte nous rejoint profondément. Car nous connaissons tous, à différents moments, ces deux réalités en nous. Il y a des saisons où nous sommes appelés à agir, à nous lever, à servir, et d’autres où nous avons profondément besoin de nous asseoir, de reprendre souffle, de nous laisser renouveler.

La fatigue, l’agitation, voire la frustration, naissent peut-être d’un certain déséquilibre.
Il peut arriver que nous continuions d’agir alors que notre cœur, lui, a besoin d’être nourri.

« Seigneur, cela ne te fait-il rien ? »
Par cette parole, Jésus rejoint Marthe, debout dans son élan, parce qu’elle s’est adressée à lui malgré sa posture active.

Cette parole de Marthe résonne encore aujourd’hui.
Elle peut devenir la nôtre : lorsque nous nous épuisons, lorsque nous avons le sentiment de porter seuls, lorsque l’intérieur ne suit plus l’extérieur.

Et si, au lieu de juger, nous choisissions la compassion ?
La compassion pour nous-mêmes et pour notre prochain ?

Nous entendons dans la réponse de Jésus une invitation douce : revenir à l’essentiel.
« Une seule chose est nécessaire. »

Dans notre monde qui va si vite — où tout s’accélère, où les sollicitations sont constantes, où nous cherchons à répondre à tout — oui, beaucoup de choses sont importantes. Mais à quel prix ?

Cette parole vient comme un appel à discerner ce qui est vraiment essentiel, ce qui nourrit réellement notre cœur.

Prendre le temps de s’asseoir, de faire silence, d’écouter, n’est pas une perte de temps. C’est un investissement profondément fécond.
C’est dans ces moments que quelque chose se dépose en nous, souvent de manière invisible, mais réelle, comme une nourriture qui agit en profondeur.

Lorsque le cœur est nourri, alors l’action change véritablement de goût.

Nous pouvons servir sans nous perdre, agir sans nous agiter, donner sans nous épuiser.
Il y a une paix qui se donne et demeure, même au cœur des grandes œuvres.

Autrement, peu à peu, s’installent la comparaison, la tension, la frustration.

Jésus, dans ce texte, ne choisit pas entre Marthe et Marie. Il aime les deux. Il appelle Marthe par son nom, deux fois : « Marthe, Marthe… », signe d’une profonde tendresse.
Il accueille Marie sans la juger. L’amour de Jésus est évident pour les deux.

Cela signifie que, pour chacun de nous, il y a place pour ces deux dimensions dans notre vie.

Cela éclaire aussi notre manière de vivre la foi aujourd’hui. Nous pourrions croire qu’elle se mesure à ce que nous faisons, à notre engagement, à notre activité.
Mais Jésus nous rappelle qu’elle commence par une relation, par une écoute, par une présence à l’autre.

Cela me fait penser aussi au mystère de la résurrection. Dans les Évangiles, le Christ ressuscité ne se révèle pas de manière uniforme. Il se manifeste dans des contextes différents : à Marie de Magdala près du tombeau, aux disciples dans une pièce fermée, à Thomas à qui il propose de le toucher, à d’autres disciples sur la route d’Emmaüs, au bord du lac de Tibériade.

Chaque rencontre est unique, personnelle.

Comme si le Seigneur venait rejoindre chacune et chacun là où il en est, dans son histoire, dans son attente, dans son chemin.

La résurrection n’est pas seulement un événement à croire, c’est une réalité à vivre pleinement dans tout ce que nous expérimentons.

Oui, il y a des résurrections en toute situation, dans une relation vivante avec le Christ.

Alors la question devient simple, mais essentielle : sommes-nous disponibles pour cette rencontre ?
Sommes-nous prêts, parfois, à nous arrêter pour écouter ? À faire de la place en nous pour accueillir sa présence ? À revenir à cette « seule chose nécessaire » ?

Peut-être sommes-nous aujourd’hui davantage du côté de Marthe : actifs, engagés, mais fatigués intérieurement. Peut-être avons-nous besoin d’entendre cette invitation à revenir à la source.

Ou peut-être sommes-nous appelés à nous lever, après un temps d’écoute, pour entrer dans un service renouvelé.

Dans tous les cas, le Seigneur nous rejoint là où nous sommes. Il ne nous demande pas d’être parfaits, mais disponibles :
disponibles pour recevoir, disponibles pour agir, disponibles pour demeurer en lui.

Alors oui, il y a un temps pour s’asseoir aux pieds du Maître, et un temps pour se lever et servir.
Mais la vraie question n’est pas : « Suis-je actif ou contemplatif ? »
La vraie question est : « Est-ce que je me laisse suffisamment nourrir pour vivre et agir dans la paix ? »

Frères et sœurs, restons en éveil. Apprenons à reconnaître ces saisons en nous.
Accueillons aussi nos limites sans culpabilité.

Et avançons avec cette confiance : le Seigneur marche avec chacun de nous, en tout temps. Il nous précède, il nous accompagne, il nous nourrit, pour que, dans tout ce que nous vivons, nous puissions garder un cœur paisible et joyeux, enraciné dans sa présence.

Ainsi, il semblerait que nous nous tenions à la croisée de trois réalités : le corps, enraciné dans ses besoins ; l’âme, en quête de lien et de relation ; et l’esprit, plus insaisissable, aspirant vers un royaume qui est sa source.

Comme le dit David : « Fais de l’Éternel tes délices, et il te donnera ce que ton cœur désire. »

Si le corps demande à être nourri et l’âme à être reliée, l’esprit, lui, trouve sa véritable joie en se délectant de l’essentiel : Dieu, son Créateur.

J’aime penser que Marthe et Marie ne s’opposent pas : elles révèlent en chacun de nous l’appel à recevoir et à servir, tout en demeurant dans la grâce qui découle de l’amour inconditionnel de Dieu pour chacun de nous.

Amen

Lectures : Actes 2,29-36 ; 1 Pierre 3,18-22 ; Jean 20,24-29

Une histoire d’incrédulité

 « Bienheureux celles et ceux qui ont cru sans avoir vu ». On peut croire sans avoir expérimenté, sans avoir vu, sans avoir de preuves – on peut croire, et c’est même mieux de croire ainsi. Un plaidoyer pour une foi aveugle ? Essayons d’approfondir cela.

« Voir »

Dans l’évangile selon Jean, « voir » est toute une thématique à soi. En effet, il y a régulièrement des choses à « voir » dans le ministère de Jésus : il change de l’eau en vin, il fait des guérison, il multiple des poissons et des pains, il enseigne de manière provocante, il semble omniscient, etc. 

Jésus est un peu un animal de foire : on veut le voir Lui et on veut voir ce qu’il fait. Il fascine, il attire. 

Mais il y a un jeu de malentendu autour du fait de « voir ». Voir quelque chose ne signifie pas tout de suite que l’on comprenne de quoi il s’agit. Voir Jésus, ou ses miracles ne signifie pas encore que l’on comprenne tout de suite qui il est et quel est le sens des choses qu’il fait. 

Ainsi, voir Jésus et ses miracles c’est d’abord être confronté à une question : qui est-il et que fait-il ? Quelle est son identité profonde et quel est le sens de sa mission, ou simplement de son existence, ici sur terre ?

Des questions qui restent

En fait l’évangile part du principe que le lecteur ou la lectrice a pour sa part une vague idée de quoi il s’agit : d’une manière ou d’une autre, les lecteurs de l’évangile reconnaissent Jésus comme « Fils de Dieu » ou « Seigneur », et il est attendu des lecteurs, qu’eux aussi disent de lui qu’il est venu apporter le Salut de Dieu, la victoire finale de la Lumière sur les Ténèbres. Ou quelque chose du genre.

Donc, en principe, les lecteurs en savent toujours un peu plus sur Jésus que les personnages du récit. Certains d’entre eux arrivent progressivement à cette connaissance. Pour d’autres ça prend du temps, d’autres y arrivent plus rapidement. D’autres encore n’y arrivent jamais.

Mais même si les lecteurs et lectrices en savent toujours un peu plus que les personnages du récit, eux aussi, sont confrontés à cette question de l’identité de Jésus et du sens de sa mission.

Et c’est normal : parce que cette identité et cette mission concernent leur propre existence. 

Ils sont celles et ceux qui poursuivent cette mission, maintenant que Jésus est « remonté auprès du Père ». Ils sont celles et eux qui, à la suite de Pierre, lors de la Pentecôte, témoignent de la résurrection du Crucifié. Et ils héritent de cette même identité d’enfants de Dieu, celle qu’affirme Jésus dans le lien qui l’unit à celui qu’il appelle son « Père ». 

Thomas est une figure qui fait le lien avec les lecteurs et les lectrices de l’Évangile : comme eux, il ne fait pas partie des premiers témoins de la résurrection – sept jours s’écoulent entre les deux rencontres. Symboliquement : le temps d’une création tout entière ! Il vient pour ainsi dire dans un second temps – après les femmes, après le cercle des disciples, après les premiers témoins. 

On pourrait d’une certaine manière le comparer à Paul, qui lui aussi rencontre le ressuscité bien après les premières apparitions.

Et donc : avec Thomas, les lecteurs sont aussi confrontés à la question de leur foi. Et donc aussi de la compréhension de ce que nous pouvons voir quand nous voyons Jésus – particulièrement lorsqu’il est question de la résurrection. 

« Croire »

Dans les récits de l’évangile, il y a des moments de déclics, lorsque les personnages font des confessions de foi, lorsqu’ils reconnaissent Jésus comme le Messie, le Seigneur, le Fils de Dieu ou encore comme Dieu lui-même.

Mais croire ne se limite pas à une reconnaissance formelle : croire ce n’est pas donner la bonne réponse à une interro surprise. 

« Croire » signifie s’attacher à Jésus, à sa manière de vivre. Il y a dans le fait de « croire » l’idée d’un mûrissement, d’un chemin, d’une découverte de ce que ce chemin signifie pour nous, de manière singulière. D’ailleurs, la confession de foi n’est parfois qu’une étape d’un chemin plus long, avec des rebondissements. 

Il y a cet épisode cocasse du début de l’évangile, lorsque Jésus rencontre ses premiers disciples : ici le personnage au centre, c’est Nathanaël. Au début cela semble mal parti pour lui – il est plutôt sceptique face à l’enthousiasme de ses amis pour Jésus. Mais il suffit que Jésus dise qu’il l’a vu sous un figuier, pour que Nathanaël le reconnaisse comme Fils de Dieu et Roi d’Israël. Donc : il croit. Mais Jésus répond : « Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois ? Tu verras des choses plus grandes encore ! » (Jean 1,50)

Ici il y en a un qui croit – alors qu’il ne s’est encore rien passé à proprement parler ! Donc, comme le fait de « voir » peut poser question, le fait de « croire » le fait aussi ! À nouveau : croire est une question de maturation continue.

La chose la plus grande qu’il y a à « voir » dans l’évangile selon Jean, c'est la crucifixion. La mise à mort de Jésus sur la croix. Et toute la question est bien la suivante : qu’est-ce que je vois quand je vois la crucifixion ? Et qu’est-ce que je crois quand je suis confronté à cette vision ? 

« Voir » la croix c’est toujours plus que simplement la regarder de ses yeux, comme on peut regarder un crucifix. « Voir » la croix, c’est percevoir la passion du Christ, le chemin de souffrance. Et la « croire » c’est s’attacher à marcher sur ce chemin balisé par la croix – c’est adopter une manière de vivre où la croix est présente à l’horizon.

C’est d’ailleurs là toute la thématique du baptême : l’entrée confiante dans un chemin menaçant (l’entrée dans les eaux, qui symbolisent le retour au chaos, l’entrée dans la mort), avec la confiance qu’au bout du chemin, je me tiens debout devant Dieu – comme cela a été le cas pour Jésus lui-même.

« Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu »

J’en arrive – enfin – aux exigences de Thomas. Il se situe pour ainsi dire à l’opposé de Nathanaël : Nathanaël avait encore des choses à voir. Thomas lui a bel et bien vu la crucifixion, la mort de Jésus.

« Je ne croirai pas si je n’ai pas touché la marque des clous et mis la main dans son flanc ». Jésus a spontanément montré ses blessures aux disciples lorsqu’il les rencontre – c’est bien lui, celui qui a traversé cette violence, qui se montre à eux, maintenant. Ce n’est pas un artifice.

Mais Thomas n’était pas là lorsqu’il s’est montré. Et lui aussi veut voir le Crucifié, le rencontrer sans artifice. Mais sait-il ce qu’il demande ? Car peut-on voir le Crucifié autrement qu’en se situant avec Lui sur le Calvaire ? La seule manière de recevoir la preuve que Thomas semble demander serait de passer encore une fois par la Croix – au point de la vivre dans sa propre chair. Car le Christ lui-même est assis maintenant à la droite du Père. 

Or, l’Évangile est clair sur ce point : si le Christ passe par ce chemin, ce n’est pas pour que ses disciples l’empruntent à nouveau, comme lui. Ils auront leur propre chemin à l’ombre de la croix – mais ils n’auront pas à prendre la place de l’agneau.

« Bienheureux celles et ceux qui ont cru sans avoir vu ». Cette phrase est peut-être moins un appel à la foi aveugle, qu’une parole de grâce : entrer dans la foi ne suppose d’avoir tout vu, donc d’avoir aussi tout subit. L’entrée dans la foi peut être autre – avec en même temps l’espérance que le Christ répondra à la demande de celui qui le recherche. 

Amen

Elio Jaillet

Lectures : Psaume 100 ; Jean 16,16-22 et 20,1-23

La joie : un point de repère fondamental pour la foi

S’il y a une chose que j’aimerais que vous reteniez aujourd’hui c’est la suivante : Dieu vous appelle à faire de la place pour la joie dans votre vie, à la cultiver, à être attentifs aux moments où elle pointe le bout de son nez. 

Oui, ne méprisez pas la joie, prenez-la au sérieux – sans vous prendre vous-mêmes trop au sérieux ! — Faîtes-lui de la place, priorisez-la.

Et je ne parle pas ici d’une joie mentale, intellectuelle – détachée, abstraite. Je parle d’une joie qui sait être paisible, comme elle sait être exubérante, débordante, colorée et un peu bruyante. 

Il y a évidemment la joie intérieure, « profonde » –  celle-là, on l’aime beaucoup, la joie « profonde », chez les protestants – la joie tranquille que l’on peut éprouver le matin en regardant le lever du soleil sur le lac, face au travail bien fait, où lorsque l’on a l’impression que les choses sont en ordre.

Mais il y a aussi la joie un peu survoltée, la joie des jours de fête, lorsque l’on rit à gorge déployée, quand on ne pense plus au regard des autres, mais qu’on se laisse juste porter par les bouffées qui nous prennent – cette joie un peu contagieuse des enfants qui s’entraînent mutuellement dans leurs frasques.

Bref : Dieu ne souhaite ni ne veut une vie triste, terne, grise et morne – une vie sans joie. Dieu veut une vie pleine de joie, qui peut être tant celle d’un chant de Taizé, que celle d’un jour de carnaval – ou d’abbaye !

Oui, il faut insister sur la joie : elle est le point de repère de notre vie à la suite du Christ. Elle est le signe de sa vie, bien vivante, parmi nous et avec nous – alors même que lui reste absent.

Il y a en effet un risque dans la vie chrétienne : celle de se prendre terriblement au sérieux. Justement, parce que le Christ est absent, c’est à nous que revient la tâche de vivre la vie apportée par Jésus, et de continuer à l’annoncer, à la faire rayonner dans le monde, à inventer des manières de lui rendre témoignage.

Face à cette tâche, il y aurait effectivement d’autres candidats que la joie : la certitude aveugle, l’engagement résigne ou encore la folie de la fuite en avant. Ce n’est dans tous les cas pas le choix de Dieu pour nous ni celui du Christ.

Donc oui, il faut revenir à la joie – et je veux donner quelques précisions.

La joie ne se marchande pas

Pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce que notre expérience de la joie est aujourd’hui fondamentalement parasitée par un système économique qui souhaite d’abord faire croître un capital, plutôt que de faire grandir la joie. C’est notamment lié au fait que la satisfaction du plaisir fait partie des mécanismes qu’investit ce système, notamment via la publicité, mais aussi par les microgratifications constantes.

Pourtant, il y a un lien entre la joie et le plaisir : c’est absolument évident – et le plaisir fait partie de la joie de Dieu. 

Du point de vue biologique, la joie est liée au bien-être, ou encore au sentiment d’accomplissement. La sensation agréable que l’on a à manger, lire un roman, boire un bon vin, faire l’amour, etc. Or, il y a aujourd’hui un mouvement général à utiliser notre plaisir comme levier pour accéder à nos ressources.

Donc c’est pour cela que je précise cela ici : la joie, ça ne se marchande pas – la joie de Dieu ne relève pas d’une transaction. Elle est un don gratuit, le plaisir libéré de son instrumentalisation par le flux économique. Si la joie se partage, elle ne s’achète pas. 

Dans le même registre, il faut préciser que la joie, ça ne se commande pas – « Soyez toujours joyeux ! » (1 Th 5,16) nous dit Paul. C’est à entendre comme orientation de fond, pas comme un nouveau commandement : autrement, c'est un couvercle que l’on met sur la marmite des émotions.

Non : Jésus nous invite à un autre rapport à la joie, un rapport un peu particulier. Il nous propose la joie comme un mystère à approfondir : une part de nous, de notre expérience, dans laquelle Dieu approfondit sa présence, tout en nous invitant à le suivre dans cet approfondissement.

La joie est un mystère à approfondir

La joie dont parle Jésus est une joie qui, dans son approfondissement, fait face à tout ce qui la nie : la peur, la tristesse, la solitude, l’absence, le rejet, la souffrance, la mort.

C’est bien de ça que parle Jésus face aux disciples : sous peu, vous ne me verrez plus, et un peu après, vous me verrez « encore » ou « à nouveau ». Cet espace entre le « plus » et « à nouveau » indique au départ une rupture. Il y a un trou. Un moment d’absence – de mort. Quelque chose qui, pour un temps, était là n’est plus là. Et la promesse, c'est que ça reviendra : mais différemment. Parce qu’il y aura eu le passage de cet écart.

Jésus est vivant – et avec sa vie, c’est bien la joie qui affirme sa présence indéracinable dans ce monde. Oui, Jésus est allé dans la mort – l’endroit où il n’y a plus aucune joie possible. Et il est vivant – à partir de là, la joie ne pourra plus jamais être retirée – même si pour un temps, nous ne la percevons plus.

Il y a la traversée de cet espace d’absence, de ce moment où la source de la joie échappe à toute saisie, où l’on se demande où elle se trouve, se cache. Jésus dit se trouver auprès du Père : la belle affaire. Et nous, alors ?

Eh bien, c’est une partie de l’enjeu de cette traversée – et de Pâques ! Lorsque Marie rencontre le ressuscité et qu’elle le reconnaît, elle ne peut le retenir, le saisir. Elle ne peut le garder auprès d’elle. Et pourtant, justement : elle l’a revu ! Pour un temps, elle ne le voyait plus – il était caché, son corps enlevé. Et voilà qu’elle le revoit. Et pourtant, elle ne le gardera pas. C’est même plutôt l’inverse qui se passe en fait : les disciples aussi, lorsque le Christ se présente à eux, sont remplis de joie. Mais il ne les garde pas auprès d’eux : alors que lui retourne vers le Père, ils les envoient au loin, dans le monde.

Oui, ils se sont revus. Et cependant, la distance ou l’écart – celui de l’absence – semble être plus grand encore.

C’est que dorénavant, c’est nous qui sommes porteurs de ce ressourcement de la joie, de ce passage de la joie au travers de ce qui la nie. Oui : nous sommes porteurs et porteuses du mystère de la présence de Dieu en Jésus.

Et c’est pour cela que la joie est si précieuse : parce que c’est ce que nous partageons de plus profond avec Dieu. Parce que notre joie n’est pas uniquement la nôtre, mais qu’elle est toujours un moment de partage avec le monde, avec le Christ, avec Dieu. Parce que nous ne sommes jamais seuls avec cette joie – et qu’elle est préservée en Jésus-Christ, et dans les frères et sœurs qu’il nous donne, au moment où nous ne la voyons plus.

Oui – Christ est ressuscité – il est vraiment ressuscité. La mort n’a plus d’emprise ni la tristesse ni le mal. 

Des phrases anciennes, mais que nous disons aujourd’hui encore. Je vous souhaite de pouvoir goûter à la joie dont ces mots témoignent – d’être un peu transporté – et pourquoi pas : exalté ! 

Parce qu’aujourd’hui – et pour toute l’éternité – c’est une fête que Dieu veut vivre avec nous, une fête qui nous saisit, qui va jusqu’en profondeur, et qui sait aussi rester dans la légèreté.

Notre temps est submergé par les grincements de dents, la frustration, la colère. Mais notre temps, celui que Dieu nous donne, le temps de la vie éternelle, c’est celui de la joie. 

Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. 

Amen

Lectures : Esaïe 35,1-2 ; Marc 5,22-42 ; Jean 3,7-8

Introduction

« Le printemps » ! Vous les jeunes, vous nous faites un beau cadeau en choisissant comme thème des Rameaux, le printemps. Le printemps a commencé le 21 mars il y a une semaine. Des fleurs, des couleurs, des odeurs, des oiseaux chanteurs, quel bonheur ! Il y aussi quelques odeurs de purin et des rhumes des foins. Mais faut tout prendre. Le printemps, c’est surtout une formidable énergie qui nous booste. C’est un renouveau.

J’ai choisi ce matin, trois récits pour exprimer ce renouveau.

Le désert fleurira

Tout d’abord une histoire de désert qui refleurit. Une belle image pour nous aujourd’hui, une espérance forte ! Car, sur notre globe, le désert a tendance à s’étendre. Les cultures industrielles épuisent la terre, les forêts disparaissent, le climat se réchauffe. Le contexte est morose. Mais Dieu nous promet que le désert fleurira. Dieu nous dit même : soyez dans la joie, réjouis-toi terre sèche !

Dieu s’adresse directement à la terre. Etonnant !

Cette terre, c’est vous, c’est moi. Il arrive que nous passions par des moments où nous nous sentons secs. Plus rien ne pousse. Mais Dieu nous promet que nous allons fleurir, que nous allons nous couvrir de fleurs.

Quand on a votre âge, chers catéchumènes, l’avenir est plein de promesses, de possibilités. Mais il peut aussi faire un peu peur. L’inconnu n’est jamais facile à affronter. Dieu vous appelle à vous réjouir, vous allez fleurir ! Dieu vous le promet. Vous allez fleurir. Vous pouvez compter sur lui.

Devant la fenêtre de mon bureau à la cure, il y a un grand arbre, un magnolia. Durant tout l’hiver, je n’ai vu que des branches. Pas de feuilles, pas de fleurs. Des branches. On aurait dit qu’il était mort. Mais les promesses étaient déjà là, le jardinier du ciel avait déjà préparé d’énormes bourgeons prêts à éclore. Aujourd’hui, ce magnolia explose de vie, de couleur. Des magnifiques fleurs roses se sont ouvertes. Ce magnolia est une belle image des promesses que Dieu vous fait, chers catéchumènes. Vous êtes comme des bourgeons gonflés de vie qui ne demandent qu’à éclore. Et Dieu vous le promet, vous allez fleurir !

L’eau du baptême exprime bien cette eau qui fait fleurir le désert. Dieu nous promet une vie pleine, une vie riche, une vie qui a du sens, une vie où l’on est accompagné, aimé. L’eau du baptême nous fait fleurir comme un nouveau printemps, telle la rivière sur l’affiche de ce dimanche. Le baptême, - ou la confirmation de votre baptême, chers catéchumènes, - ouvre une nouvelle saison dans votre vie, une saison qui ressemble au printemps !

Lève-toi !

Durant toute votre enfance, vos parents ont pris soin de vous, comme avec une jolie fleur ou un petit arbre. Ils vous ont arrosé, mis parfois un tuteur, changé la terre, retiré les mauvaises herbes. Ils vous ont aussi ouverts la fenêtre à cette lumière que vous avez appris à mieux connaître au culte de l’enfance, au KT. Vos parents ont pris soin de vous. Ils vous ont aimés.

Comme vous parents, Jaïrus, ce papa dans la Bible, prend soin de sa fille. Elle va très mal. Il ne sait plus quoi faire. Il se jette alors au pied de Jésus, et lui demande de venir guérir sa fille.

En tant que parents, ils nous arrivent aussi de prier, de nous jeter au pied de Jésus, pour lui demander de venir vous guérir, vous relever, vous accompagner. 

Jésus suit Jaïrus et entre dans la chambre de la jeune fille. Il lui prend la main et lui dit : Talita koum, jeune fille, lève-toi ! Et la jeune fille se lève.

Si vous regardez l’affiche du jour, en écho à ce récit, Jésus tient la main d’une jeune fille. Ils marchent ensemble.

La jeune fille du récit a 12 ans. 12 ans, à l’époque de Jésus, c’est l’âge où on devient majeur dans sa foi, où on prend ses responsabilités. Il y a un rite de passage comme la confirmation pour vous aujourd’hui. C’est la bar-mitsvah pour les garçons ou la bat-mitzvah pour les filles. Grâce à Jésus, la jeune fille se lève. Elle commence une nouvelle vie. Le bourgeon éclot, elle fleurit. Un printemps nouveau l’attend. La jeune fille marche avec confiance, la main dans celle de Jésus.

Vous, chers catéchumènes, vous avez atteint votre majorité religieuse, vous vivez aujourd’hui votre bar-mitsvah ou votre bat-mitzvah. Jésus vous prend aussi par la main, et vous dit : Talita koum ! Jeune fille, lève-toi ! - Talya koum ! Jeune garçon, lève-toi ! - Je désire marcher avec toi.

Naître de nouveau

Prendre la main de Jésus ne veut pas dire que nous prenons un chemin morne et ennuyeux, au contraire ! Chers catéchumènes, je vous laisse en parler avec vos parents, vos grands-parents, vos parrain et marraine, avec les Jacks. Ils vous raconteront peut-être des anecdotes surprenantes de leur pérégrination avec Jésus.

Prendre la main de Jésus, c’est comme une nouvelle naissance. Un peu comme toutes les plantes au printemps. C’est les mêmes fleurs, les mêmes arbres, mais ils commencent une vie nouvelle.

Jésus donne une belle image de cette nouvelle vie qu’il met devant vous, chers catéchumènes : Le vent souffle où il veut, et tu entends le bruit qu'il fait. Mais tu ne sais pas d'où il vient, ni où il va. C’est la même chose pour tous ceux qui sont né de l'Esprit Saint.

Être fille du vent, fils du vent, c’est découvrir le monde avec les yeux de Dieu, c’est aller là où le vent nous pousse. On peut toujours marcher contre le vent, résister. 

Mais nous sommes dans une région où l’on sait que ce n’est pas forcément agréable. Ceux qui font du vélo, la savent d’autant plus.

Le vent souffle où il veut, nous dit Jésus. Il parle de l’Esprit Saint. Il nous entraîne parfois là où on ne pensait pas, mais toujours vers des horizons de lumière. Une lumière nécessaire pour nous faire fleurir et accueillir le printemps.

Amen

Lectures : Evangile selon Jean 11,1-38

La mort

Il y avait une vie, présente. Une fois la mort intervenue, elle n'est plus. L’existence a atteint sa limite. Une histoire est arrivée à son terme.

Quelque chose était vivant – où nous apparaissait en tout cas comme tel. Je dis « quelque chose » : en parlant de la mort on pense d’abord aux personnes décédées. Peut-être que vous avez des visages qui vous viennent à l’esprit, des souvenirs qui remontent.

Mais il n’y a pas que les êtres humains : tout ce qui vit meurt. Cela vaut pour les plus petites bactéries comme pour les grandes civilisations : il y a certaines cultures dont nous n’avons que les traces, des tessons et des bouts de ruines enfouis sous le sable ou sous terre. On parle aussi de langues mortes – ce qui est le cas par exemple pour les textes de notre Bible.

À un autre niveau, quand on regarde l’actualité internationale, on peut se demander si on n’est pas en train d’assister à la mort du système international porté par l’ONU.  

Dans notre actualité plus proche, les processus de Réforme de notre Église, signalent eux-aussi la fin d’un état de fait. Si le canton de Vaud faisait partie des cantons dits « protestants », la réalité semble bien différente aujourd’hui : aujourd’hui moins de 20% se déclare protestante alors qu'ils étaient encore 63% dans les années 1970, . Aussi une forme de mort ? En tout cas la fin d’un statut dominant, majoritaire, de certaines évidences, de certains fonctionnements.

Le deuil

Ma formation a mis un accent particulier sur l’importance du deuil – qu’il s’agisse de la mort d’un proche, d’un licenciement, d’une perte irréversible : il y a quelque chose à traverser.

S’exposer à la perte, à la douleur, prendre le temps de vivre les émotions que cette perte suscite, en parler, poser des gestes et des actes qui signalent le passage du cap, entre l’avant et le maintenant.

On y est tous et toutes confrontées à un moment ou à un autre : il y a une rupture qui change tout, où la vie échappe à notre maîtrise. Et alors il vaut mieux éviter de garder le couvercle sur la marmite : les émotions fortes, contenues trop longtemps, peuvent faire énormément de dégâts.

Les émotions que l’on peut vivre dans ce moment du deuil ne sont d’ailleurs pas toujours négatives. Vivre la perte, peut aussi déboucher sur une forme de joie paisible, de reconnaissance – où la tristesse n’est plus douloureuse, mais la trace d’une joie passée.

Cette perspective trouvera de nombreuses résonance dans l’Ancien Testament, où la confrontation à la mort et à la finitude prend une grande place – particulièrement dans le livre de Job ou des Lamentations. 

Je dois dire en revanche que c’est plus compliqué dans le Nouveau Testament. Pour celui-ci, le deuil semble plutôt quelque chose de dépassé – quelque chose qui n’a plus lieu d’être. 

Un héritage compliqué

 Le nouveau testament est entièrement écrit à la lumière de la Résurrection de Jésus, de la victoire définitive sur la puissance de la mort et de la promesse de résurrection adressée aux fidèles. Pas beaucoup de place pour la tristesse et le deuil ici.

On peut prendre pour exemple ce que Jésus répond à un disciple qui souhaite enterrer son père : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts ! ».

C’est quelque chose qu’on retrouve dans le passage que nous avons entendu tout à l’heure, de l’histoire de Lazare. Ainsi à propos de son ami : « La maladie de Lazare ne va pas le faire mourir, mais elle va servir à montrer la gloire de Dieu. Ainsi elle donnera de la gloire au Fils de Dieu. » (Jn 11,4) Plus loin, lorsqu’il s’avère que Lazare est décédé de sa maladie, le ton ne change pas : « Lazare est mort. Je n’étais pas là et je m’en réjouis, à cause de vous. De cette façon, vous pourrez croire en moi. » (Jean 11,15). Jésus présente une telle souveraineté, que même la mort en est renversée : elle n’est plus une menace, mais une occasion de glorification !

Nos morts ne sont en fait jamais vraiment morts : ils attendent juste d’être ressuscité, de revenir à la vie. « Ça va aller » ! Ou : « Ne sois pas triste ! Pense seulement à ce que Dieu nous a promis » (cf. 1 Th 4,13-18)

Pour être tout à fait franc : je crois qu’il y a là un risque important de surestimation dans cette perspective. Comme si nous pouvions réellement faire l’économie de cette traversée du deuil. Comme si la conviction croyante suffisait pour rendre toute tristesse, toute colère, toute crainte caduque – comme si la limite, la fin, la mort, devait nous laisser de marbre. 

Mais, je crois que notre texte est en fait plus subtil que ça : je crois que notre texte est justement au courant de cette surestimation.

Deux témoignages

Avec Marthe et Marie, le texte nous présente en quelques sortes deux manières de faire face à la mort dans la foi : il y a d’abord la réponse de Marthe – confiante en Jésus et dans les promesses de Dieu. Son intervention se conclut d’ailleurs par une confession de foi tout à fait remarquable. 

Ensuite il y a la réaction de Marie : celle-ci est toute différente. Marie est prise par le chagrin et le regret : Jésus n’était pas là. L’irréversible est arrivé. C’est trop tard. Son émotion est si forte qu’elle semble contaminer les personnes qui l’entourent – jusqu’à Jésus lui-même. 

Le trouble de Jésus

Jésus est irrité par cette réaction. Il est déstabilisé. Et finalement, il en vient même à pleurer. Cela vaut la peine de le noter : dans l’évangile selon Jean, Jésus semble toujours souverain de la situation : lui il comprend le sens de son existence, la plupart des personnes qui le rencontre, ne le comprennent pas. Quelques-uns arrivent à changer de regard et à rejoindre Jésus dans sa connaissance : Marthe en fait partie. 

Mais face à Marie, Jésus est perturbé. Jésus est débordé.

Et on ne saura d’ailleurs pas pourquoi : tristesse de la perte de son ami ? Sentiment d’échec ? Mais si c’est cela, de quel échec ? De n’avoir pu sauver son ami, comme semble le souligner certain des observateurs ? Ou bien de n’avoir pu recevoir de Marie la même confiance que celle que Marthe lui a accordé ? Ou celle de sa propre mort, qu’il voit se profiler dans la vie de son ami ? Car oui : la résurrection de Lazare sera le miracle de trop, celui qui déclenche les événements qui mèneront à son élévation sur la croix. 

Traversée

Durant le Carême nous nous préparons à Pâques : Pâques c’est la victoire définitive de Dieu sur les puissances qui s’opposent à son don d’amour. C’est aussi l’entrée dans la mort et l’abandon.

La foi chrétienne vit de la confiance qu’en définitive, toutes les larmes versées à cause de l’injustice, du mal et de la mort seront séchées. Que toute meurtrissure trouve en Jésus une consolation débordante.

Et en même temps, cette foi n’efface pas la réalité du désespoir, de la souffrance qui prend le dessus sur la confiance – du sillon douloureux que la perte creuse dans l’âme de l’endeuillé.

Les deux réalités coexistent – et il y a entre les deux un chemin qui doit être traversé. Que Jésus a déjà traversé – et que nous traverserons avec lui.

Amen

 

Pensée du jour

Maintenant, si vous m’écoutez et si vous gardez mon alliance, vous serez mon bien propre parmi tous les peuples. (Exode 19.5)

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