Les ministres de la paroisse partagent leur prédication

Les ministres déposent régulièrement leurs prédications sur le site de la paroisse afin de permettre aux personnes qui le désirent de retrouver l’essentiel de la prédication du dimanche.

La prédication depuis le lutrin ou la chaire ne se réduit pas à la lecture d’un texte. En effet, le prédicateur prend toujours des libertés face à son texte écrit, parce qu’il a devant lui une assemblée avec laquelle il entre en interaction au fur et à mesure que se vit la prédication.

Nous vous souhaitons une agréable lecture et n'hésitez pas à prendre contact avec la prédicatrice ou le prédicateur du jour.

Lectures : Genèse 11,1-9 ; Néhémie 2,1-18 ; Matthieu 28,16-20

Intro Néhémie

Il y a une trentaine d’année (1999), j’étais au Sud du Cameroun avec une équipe de jeunes. Nous construisions les fondations d’une église au milieu de la forêt tropicale. Durant 3 semaines, chaque matin, nous prenions un temps de recueillement. La Ligue pour la lecture de la Bible nous proposait de suivre le livre de Néhémie. Cela tombait très bien, car Néhémie est la personne qui a reconstruit Jérusalem après l’exil du peuple d’Israël à Babylone. Néhémie était haut fonctionnaire du roi de Perse Artaxerxes. Voyant que Jérusalem peinait à renaître de ses cendres, Néhémie a demandé au roi l’autorisation d’aller sur place pour reconstruire Jérusalem. Avec les jeunes, nous construisions une église, et Néhémie relevait les remparts de Jérusalem. Nous n’avions pas trop de peine à nous mettre à sa place, le texte biblique rejoignait vraiment les jeunes.

Plus récemment, au début de la nouvelle législature de notre Église en 2024, départ du projet Église 29, Vincent Guyaz, président du Conseil synodal, apportait au synode, une stimulation issue du livre de Néhémie. Le pasteur relevait que les livres d’Esdras et Néhémie avaient été un seul livre qui avait été partagé en deux après coup. Esdras, c’est le prêtre, c’est celui qui va relire les Écritures, réinstaurer une foi vivante au sein du peuple. Néhémie, c’est le laïc qui va permettre au peuple de retrouver son identité et la confiance en reconstruisant les remparts de la ville.

Plus récemment encore, cet été, alors que j’étais en vacances en Haute-Savoie, je suis allé à la messe à la Chartreuse du Reposoir. Le prêtre a évoqué l’encyclique du pape Léon XIV, sortie en mai cette année. Le pape nous demande de faire attention à la manière dont nous construisons l’Église. Érigeons-nous une nouvelle tour de Babel ou bâtissons-nous la cité de Dieu à l’image de Néhémie ? Cette question m’a interpelé, et ni une ni deux, j’ai acheté l’encyclique à la Chartreuse. Ce livre a été une de mes lectures de vacances. C’est bien la première fois que je lis une encyclique en vacances, mais c’était passionnant !

Voilà, du Cameroun, en passant par le Synode, la Chartreuse et l’encyclique, j’ai choisi ce matin de vous parler de Néhémie. Néhémie a des choses à nous dire, sur la façon de bâtir Eglise 29, mais aussi sur la manière dont nous construisons notre vie.

Un laïc

Néhémie, n’est ni un prêtre, ni un prophète, c’est un laïc. Comme gouverneur, il a des responsabilités importantes, il sait gérer un projet et le mener à bien. Il a l’habitude aussi de diriger des personnes, de déléguer. Il sent les choses, il les voit et prend ses décisions en conséquence. 

Cela fait cinq ans que Jérusalem a recommencé sa construction. Mais rien ne bouge. Alors Néhémie se porte volontaire pour aller sur place à Jérusalem et diriger les travaux. Artaxerxés, roi de Perse, le nomme gouverneur et lui donne tout ce dont il a besoin.

Construire Ensemble

Sur les 13 chapitres que compte le livre de Néhémie, quatre (§3, §7, §11, §12) sont une longue liste de noms de personnes. Des Juifs de retour de Babylone pour participer à l’énorme chantier de reconstruction de leur capitale, des Juifs revenu habiter à Jérusalem.

La reconstruction n’est pas l’affaire que d’un seul homme, ni celle d’une élite. Tout le monde participe avec ses charismes, ses capacités, ses forces, ses faiblesses, sa richesse, sa personne et ses convictions. La ville rebâtie ne sera pas le résultat d’une construction de quelques élus, mais le fruit de tous : hommes, femmes et enfants, riches et pauvres, jeunes et vieux, religieux et laïcs. La nouvelle Jérusalem, c’est l’affaire de tous !

Tout le contraire de la Tour de Babel. Un projet orgueilleux, qui ne favorise pas ce qu’il y a de bon dans l’être humain. Au contraire, ce projet permet à l’humain d’assouvir sa volonté de puissance, de maitrise de bout en bout, son besoin de tout gérer seul, de ne devoir rien à personne, et encore moins à Dieu. Babel, c’est l’homme à l’envers, ce n’est pas l’homme à l’image de Dieu, mais l’homme qui s’en détourne.

Le pape Léon XIV le dit de la manière suivante : Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque. D’en faire un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. L’humanité court le risque de perdre son visage. (Encyclique, intro p. 7)

Résister

L’apôtre Paul est conscient du danger qui nous guette. Dans sa lettre aux Corinthiens, il écrit : Que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit (I Cor 3.10) .

Du temps de Néhémie, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Tout le monde n’est pas d’accord. Des oppositions fortes cherchent à enrayer le processus de reconstruction, à diviser, à garder certains privilèges. 

Les ouvriers sur les murailles ont dans une main la truelle et dans l’autre une lance, nous dit la Bible (Neh 4.11). Ils doivent résister, se défendre contre ceux qui veulent détruire.

La tentation est toujours forte de se construire une tour de Babel plutôt qu’une nouvelle Jérusalem. Demandons à Dieu de nous préserver de cette tentation de toute puissance. Que l’Esprit Saint fasse de nous des artisans de paix, des bâtisseurs d’amour (St-François d’Assise).

Pour que notre construction résiste à la tentation, construisons sur la pierre d’angle. C’est la pierre d’angle qui fait la solidité de la maison. Cette pierre d’angle, nous la connaissons, c’est Jésus-Christ. Regardez, dit Dieu, j’ai choisi une pierre précieuse et je la pose dans Sion comme pierre principale. Celui qui s’appuie sur elle ne sera pas déçu (I Pierre 2.6). Notre personne est à l’image d’une construction, nous sommes des pierres vivantes, nous sommes le temple du St-Esprit (I Pierre 2.5). Appuyons-nous sur la pierre d’angle, Jésus-Christ.

Prière

Néhémie avant d’entreprendre quoi que ce soit, avant même de s’adresser au roi Artaxerxes, Néhémie jeûne et prie. Il intercède pour son peuple. Par la suite, il accompagne les différentes étapes de la reconstruction par la prière. Celle-ci manifeste d’ailleurs souvent les tensions, les hésitations, le découragement, la colère qu’il éprouve lui-même face aux enjeux. C’est une prière vraie qui ne cache rien de ses faiblesses. Quand Néhémie se sent menacé, il en appelle à Dieu, il exprime son besoin d’être fortifié. Sa prière lui donne la force de continuer.

Le peuple, lui aussi, est engagé dans la prière, elle fait partie de la résistance au même titre que la lance que chaque ouvrier tient dans sa main. Le peuple reconstruit Jérusalem, et non pas Babel.

Dans le cadre d’Église 29, un groupe de prière se met en place. Il se réunira dès la rentrée, le 1er mercredi du mois de 19h à 20h à Lussy. Libre à chacune et chacun d’y participer et prier pour notre future paroisse.

Nouvelle Jérusalem

L’image de la reconstruction de Jérusalem évoque la promesse du Nouveau Testament, celle de la ville sainte qui nous est donnée. Dans l’Apocalypse, la nouvelle Jérusalem descend vers nous comme un don pour tout le peuple de Dieu, comme une épouse parée pour son époux dit la Bible (Ap 21.2). 

Jésus aussi nous envoie pour construire, pour construire son Église. 

Le prophète Néhémie disait :  « Allons et bâtissons ! ».

Aujourd’hui, Jésus nous dit :  « Allez et baptisez ! ».

Olivier Rosselet

Lectures : Esaïe 55,10-11 ; 1 Pierre 1,22-25 ; Matthieu 13,10-16

La sécheresse

« La pluie et la neige tombent du ciel. Elles n’y retournent pas sans produire un résultat : elles arrosent la terre, elles la rendent fertile et font pousser les graines. Ainsi, elles donnent des graines à semer et de la nourriture à manger. » (Esaïe 55,10)

On aimerait bien voir tomber cette eau – peut-être pas la neige, mais de la pluie ne ferait vraiment pas de mal, s’avère nécessaire. 

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai particulièrement été interpellé par l’incendie des champs de blés de ces dernières semaines, pas loin d’ici à Denens d’ailleurs, mais ailleurs dans le canton aussi, ayant à l’esprit les importants feux de forêt qui, en France, dévastent les Pyrénées-Orientales, la Drôme – mais aussi en Bretagne, en Savoie et ailleurs encore. Au total 7,800 hectares de forêts ont été ravagées par les flammes en France (c’étaient les informations de mercredi). Ça, c'est pour le plus spectaculaire, mais la sécheresse fait évidemment d’autres ravages – que je n’ai pas besoin de rappeler ici.

Dans ces moments, on reprend peut-être conscience de notre fragilité, de la vitesse à laquelle les choses peuvent basculer. On se questionne peut-être aussi sur notre part de responsabilité – que l’on pense au changement climatique en général, ou plus spécifiquement à ce que nous faisons de nos champs et de notre eau dans notre région.

Cette manière de poser les enjeux n’est pas si étrangère à la « Parole de Dieu » telle que la Bible en parle. En effet, c’est bien dans un contexte de crise existentielle, de remise en question radicale, que se développe un regard, une manière de voir les choses, qui s’appuient sur la « Parole de Dieu ».

Avant d’en dire plus, j’aimerais dire comment elle nous concerne la Parole de Dieu – et pourquoi je fais une prédication sur ce sujet.

La Parole de Dieu comme boussole

Pour les protestants, la Parole de Dieu, c’est ce qui est censé nous orienter – par sa Parole, Dieu nous enseigne, il nous ouvre les yeux et les oreilles sur la réalité. Il nous indique le nord. Mais en vérité, c'est plus que ça : la Parole de Dieu transforme le monde – comme la pluie qui fait pousser les champs. 

Mais le deuxième aspect, c’est que c’est nous qui sommes aujourd’hui porteurs et porteuses de cette Parole – nous, c'est-à-dire le corps du Christ vivant sur terre, cette assemblée convoquée par Dieu pour prolonger la résonance de sa Parole dans le monde.

La Parole c’est à la fois un don que Dieu nous fait – c’est aussi une responsabilité qui nous revient. Non pas de faire exister la Parole de Dieu – mais bien de témoigner de cette Parole, de son existence.

Il me semble important aujourd’hui de revenir à cette dimension fondamentale de notre existence – existence croyante, ecclésiale, chrétienne – à cause des défis auxquels nous devons faire face collectivement, aussi un peu à cause du processus de refonte qu’est Église29. 

Donc voici pour les principes. Mais qu’est-ce que c’est cette Parole maintenant ? Qu’est-ce qu’on veut exactement dire par là ? Je vais prendre maintenant le temps de revoir cela en détail avec vous.

Les prophètes

C’est dans les prophètes de l’Ancien Testament qu’on trouve les racines de ce qu’est la Parole de Dieu pour nous chrétiens.

La Parole de Dieu ce sont avant tout ces mots qui ont été prononcés par des prophètes : des mots qu’ils ont adressés aux dirigeants d’Israël, ainsi qu’au peuple dans son ensemble. Des personnes qui, après réflexions, expériences et inspirations – peut-être aussi avec une part d’expériences mystiques et extatiques – prennent le risque de porter une Parole qui vient de Dieu et de la communiquer aux responsables politiques et au grand publique.

La parole des prophètes est souvent en concurrence ou en conflit avec celles d’autres groupes et autorités : prêtres, rois et autres devins prétendent aussi à un accès à la parole. L’enjeu est commun : il s’agit d’orienter la vie collective, en fonction de la parole des divinités – de Dieu – cette parole qui, dans l’orient ancien, maintient le monde dans l’existence. C’est la parole des divinités qui fait exister le monde. Et donc s’orienter sur cette parole est un enjeu fondamental si l’on veut exister comme peuple, comme état, comme groupe.

La mise par écrit des prophètes

D’habitude, la parole des prophètes est surtout une performance immédiate, orale, sur la place publique – mais avec l’Ancien Testament, on voit une tradition qui compile, met par écrit, rassemble et actualise des textes. Pourquoi ? 

Parce qu’ils ont découvert dans ces paroles de prophètes une force qui orientent leur vie – une force qui ne se lie justement pas à la caste des prêtres, ou des rois, mais qui se maintient de manière indépendante – jusqu’à ce que, plusieurs siècles après, les paroles du prophète continuent à éclairer l’existence actuelle du peuple. En relisant les paroles des prophètes anciens à la lumière des événements présents, le monde s’éclaire – et la Parole de Dieu devient à nouveau audible.

Ce sont d’abord des paroles de promesses, d’engagements – d’encouragements.

« Le peuple qui marche dans la nuit, voit une grande lumière. Pour celles et ceux qui vivent dans le pays de l’obscurité, une lumière se met à briller. Seigneur, tu les inondes de bonheur, tu fais grandir leur joie. Ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant les récoltes. » (Ésaïe 9,1-2)

Dans ce cas, c’est une parole qui est dite alors que la menace assyrienne pèse sur le royaume. Alors que la situation est incertaine, précaire, insécurisée. C’est une parole d’espérance, qui porte dans la souffrance, qui annonce la vie.

Les paroles ce sont aussi des paroles de jugements, qui indiquent les impasses des comportements et politiques actuelles. « Oui, la méchanceté brûle comme un feu qui dévore les épines de toutes sortes. Il gagne les buissons de la forêt et fait monter vers le ciel des colonnes de fumées. » (Ésaïe 9,17)

Ici, c’est une parole tranchante, qui démasque et dévoile ce qui ne va pas, les causes de l’injustice et de la souffrance – qui offre une interprétation de la crise, en appelant au changement. Et là où le changement n’a pas lieu, le feu continue de se répandre.

« À cause de la colère du Seigneur de l’univers, le pays est en flammes. On dit que le feu dévore le peuple. Personne n’a pitié de son frère. Les gens déchirent à droite et ils ont encore faim. Ils dévorent à gauche et ils ne sont pas rassasiés. Chacun s’attaque à son prochain. » (Ésaïe 9,18)

Des paroles qui sont promesses qui nourrit l’espérance et jugement qui appelle à la conversion, à un repositionnement actif. Des paroles qui transforment celles et ceux qui les entendent.

La parole dans la chair

Donc les mots de ces prophètes ont été mis par écrit. Mais avec Jésus, c’est encore une étape supplémentaire qui est franchie : cette parole n’est plus seulement écrite, elle est devenue une vie humaine, concrète. La Parole de Dieu se présente à nous dans l’histoire de cette personne – dans ce qu’elle enseigne d’une part, mais aussi dans ce qu’elle fait, dans ce qu’elle vit et dans ce qu’elle subit.

C’est le constat qu’on fait les premiers chrétiens, à la suite de la mort et de la résurrection de Jésus : il y a une concordance, une résonance forte, entre la parole des prophètes, telle qu’elle a été retenue et mise par écrit, et la vie de cet homme. Les promesses et le jugement que l’on vit à l’écoute des paroles des prophètes, on le vit dans la rencontre de cette personne et la découverte de son histoire. 

Entendre la Parole ce n’est donc pas uniquement écouter des prophètes, lire leurs écrits : c’est écouter cette personne et s’exposer à son histoire. La Parole, ce ne sont pas uniquement des mots : c’est une vie concrète, singulière et unique. C’est cette vie qu’il s’agit d’écouter, d’entendre, de percevoir.

La Parole dans le corps du Christ

Et il faut encore faire un pas de plus : non seulement la Parole est cet homme, Jésus. Mais à partir de lui, les chrétiens et les chrétiennes deviennent celles et ceux qui, comme corps du Christ vivant, exposent leur propre vie au monde afin qu’il entende la Parole de Dieu. Nous sommes, dans nos vies, dans ce que nous faisons, disons et subissons, les porteurs de la Parole du Dieu vivant dans le monde.

Non pas moi qui vous parle maintenant, mais vous, vous qui êtes assis, là, à m’écouter parler depuis maintenant bien trop longtemps.

J’ai commencé en évoquant la sécheresse et les incendies. Le manque d’eau. C’est un aspect des crises que nous traversons. Il y en a d’autres.

C’est bien dans ce contexte que nous avons à porter la Parole dans le monde, par notre vie – pas uniquement par nos discours, ou par nos actes, mais par notre vie dans son ensemble. Et nous avons à le faire sans nous faire d’illusion : la parole que nous portons, et notre vie elle-même, sera contestée. Elle ne mettra pas tout le monde d’accord. 

Mais ce n’est pas l’enjeu : l’enjeu est que notre vie soit porteuse de cette parole. Parole de jugement : oui, nous nous effondrerons sous le poids des injustices et du mal que nous continuons à propager. Et ce ne 

Parole de promesse – « oui, je serai avec vous jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20).

Amen

Lectures : Esaïe 55,1-15 ; Romains 6,3-11

Le prophète Ésaïe s'adresse à un peuple éprouvé par les guerres, l'injustice et l'incertitude. À une humanité fatiguée de courir après ce qui ne rassasie pas, Dieu adresse cette invitation étonnante : « Vous tous qui avez soif, venez vers l'eau. »

Si sa parole nous rejoint encore aujourd'hui, c'est peut-être parce que notre monde cherche lui aussi un chemin d'espérance au milieu des tempêtes.

Il y a en chacun de nous une soif que nous n'avons pas choisie. Nous naissons avec elle, cette étrange sensation que quelque chose manque. Les philosophes l'ont appelée la nostalgie de l'origine. Augustin l'a formulée avec une précision bouleversante : « Notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi. »

Une soif que nous essayons d'étancher de mille façons : par le travail, les relations, les succès, les distractions. Et pourtant, elle demeure.

Et le prophète ajoute quelque chose d'étonnant : « Venez, achetez et mangez sans argent, sans rien payer. » Cette parole paraît presque impossible dans notre monde. Très tôt, nous apprenons qu'il faut mériter, prouver, réussir, être à la hauteur. 

Tout semble fonctionner selon la logique de l'échange : donner pour recevoir, produire pour exister, réussir pour être reconnu.

Or la parole du prophète ouvre une tout autre perspective. Elle nous rappelle qu'auprès de Dieu, l'essentiel de la vie ne s'achète pas. L'amour véritable ne se mérite pas. La grâce ne se monnaye pas.

Dans le langage d'Ésaïe, le lait et le vin deviennent les images de cette vie abondante que Dieu veut offrir. Le lait évoque ce qui nourrit dès le commencement, ce qui permet de grandir dans la confiance. Le vin est le signe de la joie, de la fête et de la communion. Dieu ne nous propose pas simplement de tenir debout. Il désire nous faire entrer dans une vie pleinement habitée par son amour.

Alors Ésaïe pose une question qui traverse les siècles : « Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas ? » Nous vivons dans une société qui nous demande souvent davantage : davantage d'efficacité, de performance, de réussite. Et pourtant, nous découvrons parfois que ce qui remplit nos journées ne nourrit pas forcément notre cœur.

Qu'est-ce qui nourrit véritablement un être humain ? Peut-être la capacité d'accepter d'être aimé et d'aimer en retour. Peut-être la confiance, la paix intérieure, la fraternité. Autant de réalités qui ne s'achètent pas mais qui donnent pourtant toute sa saveur à la vie.

C'est précisément ce qu'Ésaïe essaie de communiquer. Il devient donc essentiel de saisir que Dieu ne dit pas : « Méritez », ni : « Payez ». Le salut n'est pas une transaction au sens où notre réalité humaine le comprend. Il est une invitation adressée à notre manque lui-même, que nous en soyons conscients ou non. 

Cette invitation demeure présente, car chacun de nous participe à cette humanité que Dieu appelle à lui dès l'origine. Dieu est la source de la Vie et de nos vies.

C'est là que le baptême d'Elliott devient un témoignage. Elliott ne vient pas avec des paroles de foi. Il est simplement là, porté par l'amour des siens. Cet amour est aussi porteur de cette soif originelle qui le transcende. Avant même qu'il puisse répondre à Dieu, Dieu l'aime. Avant ses réussites comme avant ses échecs, Dieu le précède toujours par le don de son amour. Elliott n'a rien à prouver aujourd'hui. Il ne vient pas gagner l'amour de Dieu ; il vient recevoir le signe visible d'un amour déjà offert.

Peut-être est-ce là l'une des vérités les plus difficiles à accueillir pour nous, adultes. Nous passons souvent beaucoup de temps à vouloir mériter ce qui compte le plus, alors que certaines des plus grandes réalités de l'existence nous sont simplement données : l'amour d'une mère pour son enfant, la joie d'une naissance, l'amitié véritable, la confiance. Comme l'eau offerte à celui qui a soif.

Aujourd'hui, nous avons versé quelques gouttes d'eau sur le front d'Elliott. Un geste simple, presque fragile. Et pourtant, cette eau porte une mémoire immense. Elle rappelle les eaux de la création, lorsque l'Esprit de Dieu planait sur le chaos du monde. Elle rappelle la mer Rouge, lorsque le peuple hébreu passe de la peur à la liberté. Elle rappelle aussi le Jourdain, où Jésus lui-même descend dans l'eau pour rejoindre pleinement notre humanité.

L'eau du baptême parle toujours d'un passage. Elle nous rappelle qu'aucune vie n'est enfermée définitivement dans ses blessures, ses peurs ou ses limites. Elle annonce qu'en Dieu, un recommencement demeure toujours possible.

C'est pourquoi l'apôtre Paul ose écrire que le baptême nous fait entrer dans la mort et la résurrection du Christ. Ces mots peuvent sembler démesurés pour un si petit enfant.

Pourtant, ils disent quelque chose de toute existence humaine. Vivre, c'est traverser des passages. Grandir, c'est quitter ce que nous étions pour devenir davantage nous-mêmes. C'est apprendre, perdre parfois, recommencer souvent. C'est traverser des nuits sans renoncer à la lumière.

Le baptême ne promet pas une vie sans épreuve. Il ne protège pas de la souffrance ni des fragilités humaines. Mais il affirme quelque chose d'essentiel : aucune nuit n'aura le dernier mot sur la vie. Au cœur même de nos fragilités, Dieu continue de faire naître quelque chose de nouveau. 

C'est dans ce sens que Paul peut écrire : « Le Christ parmi vous, l'espérance de la gloire. » De quelle gloire parle-t-il ?

Certainement pas de celle que notre époque associe au succès ou à la performance. La gloire dont parle l'Évangile est peut-être beaucoup plus discrète. C'est la beauté d'une vie habitée par l'amour de Dieu. C'est cette présence qui traverse nos joies comme nos inquiétudes, nos forces comme nos fragilités. C'est demeurer debout avec un cœur relié au Père.

Le christianisme n'est pas d'abord un ensemble de règles ou de réponses toutes faites. Il est la découverte progressive d'une présence qui accompagne notre existence et lui donne une profondeur nouvelle. Aujourd'hui, nous affirmons dans la foi que cette présence accompagne déjà Elliott. Non comme un destin écrit d'avance, mais comme une promesse déposée au plus profond de son être.

Cette promesse ne concerne pas seulement Elliott. Elle nous concerne tous. Parents, famille, amis, communauté : nous devenons aujourd'hui les témoins de cette promesse. Non pas des témoins parfaits, mais des femmes, des hommes et des jeunes qui apprennent eux aussi à vivre de cette grâce reçue.

Peut-être qu'en réalité, c'est aussi Elliott qui nous évangélise aujourd'hui. Car il nous rappelle quelque chose que nous oublions souvent : tout commence dans l'accueil. Avant de comprendre, il faut recevoir. Avant de parler, il faut être aimé. Avant d'agir, il faut accepter d'être porté. Le petit enfant nous réapprend cette confiance première que nous, adultes, passons parfois une vie entière à essayer de retrouver.

Frères et sœurs, Dieu continue de déposer son espérance dans nos vies fragiles. Il nous appelle par notre nom. Il se donne avant même que nous le cherchions. Il demeure avec nous dans les jours lumineux comme dans les jours plus sombres. Et il nous ouvre toujours un chemin de vie.

Amen.

 

Lectures : Exode 34,4-9 ; 2 Corinthiens 13,11-13 ; Jean 3,16-18 

Nous vivons dans l’élan de Pentecôte

Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu – Lui, et lui seul, est Seigneur. Et Dieu a déversé son esprit dans le monde, le souffle de vie. Et par son esprit nous nous sommes au bénéfice de la même puissance, de la même autorité, de la même vie que celle qu’a vécu Jésus de Nazareth. 

Et nous sommes aussi au bénéfice du même soutien : comme le Père n’a pas laissé tomber son Fils, de même il ne nous lâchera pas face à tout ce qui veut tuer la création de Dieu, à tout ce qui hait cette création, à tout ce qui s’y oppose.

Voici la promesse qui se trouve à la base de notre vie, de notre communauté, de tout ce que nous faisons et vivons comme Église, comme corps du Christ – ici, dans nos villages, nos familles, là où nous nous engageons. Ce n’est pas quelque chose qui est relégué à plus tard : c’est quelque chose qui est vrais et réel déjà ici et maintenant.

 Et Dieu ne se lasse pas de nous le redire. Il revient constamment vers nous, avec cette promesse.

En Jésus, Dieu a fait cette offre au monde, à présent et pour tous les âges : on a pu le voir dans le visage de Jésus, on a pu le sentir par la force de ses mains, on a pu l’entendre dans ses paroles.

Et comme on a pu le voir chez lui, de même on a pu le voir dans la communauté de ses disciples, dans ce mouvement coloré, divers, pluriel, foisonnant, contradictoire, qui a changé la face du monde – le mouvement de la foi chrétienne. 

Une communauté dans laquelle la vie n’est pas un fardeau qu’il faut subir, mais un cadeau à partager. Dans laquelle « faiblesse » ne rime pas avec « échec », mais avec « soins » et « soutien ». Une communauté qui refuse les frontières qui tuent et qui cherche les gestes qui réconcilient. Une communauté qui ne s’oppose pas au puissance de la mort avec la force brute, mais par la légèreté d’un souffle.

Voilà ce que nous sommes, nous qui avons reçu l’Esprit de Vie, nous qui croyons que Jésus est bel et bien le Christ, le messie, de Dieu – qu’il est l’Emmanuel, Dieu qui a marché avec nous. 

Mais …

Et maintenant il faudrait poser un « mais ». Il faut marquer une hésitation. Peut-être que ces paroles vous enthousiasment – peut-être qu’elles vous mettent mal à l’aise. Dans les deux cas, ça devrait poser question… 

Ces paroles vous mettent mal à l’aise ? Mais pourquoi ? C’est une offre gratuite. Il n’y a pas de condition pour accéder à cette promesse : ce que je viens de dire, c’est ce que vous êtes réellement, que vous êtes dans tous les cas. Vous êtes au bénéfice de cette promesse surabondante de Dieu. Dieu vous aime réellement à ce point, qu’il vous donne tout cela, que vous l’avez déjà reçu. Ce n’est pas du marketing. Il n’y a rien à acheter. C’est donné. Pourquoi douter de ce que Dieu vous a donné ? 

Mais peut-être que c’est l’inverse : ces paroles vous enthousiasment. Vous vous sentez prêts à partir au combat, à tout donner, tout lâcher pour suivre la voie que le Christ étend sous vos pieds. Mais avez-vous concrètement pris le temps de vous examiner ? Cette communauté est-elle si débordante de vie, de joie et d’espérance ? Les morts ressuscitent-ils autour de vous ? La grâce du royaume est-elle la boussole de votre cœur et de tout ce que vous faites ? Vous avez donc atteint la perfection que l’apôtre Paul appelle de ses vœux ? 

Dans tous les cas, vous ne pouvez rester tranquilles. Et – « et » pas « mais »  – Et Dieu ne vous lâche pas, il continue de tenir à vous. Il continue à vous offrir son Esprit. 

Une contradiction persistante

Lorsque j’ai commencé à préparer cette prédication, en lisant les textes, je me suis heurté à cette thématique de la repentance, de la conversion du cœur. Repentance : ce mot si lourd, au passé si chargé et problématique.

Le récit que nous avons entendu de l’Exode se passe juste après à l’épisode du veau d’or. Un moment de rupture, où le peuple trahit sa confiance envers Dieu. Le texte de Paul, la finale de cette lettre, fait suite à un conflit qui l’oppose lui et cette communauté. Si Paul leur écrit cette lettre, c’est que ça se passe mal. Et le texte de Jean, ce texte magnifique, si connu « Dieu a tant aimé le monde… » est suivi d’une obscurité étrange, qui divise à nouveau le monde en deux – alors que Dieu veut la vie du monde, au bout du compte, il y a une division entre celles et ceux qui croient et suivent Jésus, et celles et ceux qui ne le suivent pas, qui le refusent Lui et son enseignement. Les premiers sont dans la lumière, les seconds dans l’obscurité – un texte qui reflète les conflits et les contradictions, auquel les premières communautés chrétiennes, l’Église naissante, fait face.

Dans les trois cas, l’amour débordant de Dieu, s’accompagne d’une exigence, d’une attente – et d’une forme d’échec ou de refus. Oui : la vie vous est donnée gratuitement, inconditionnellement. Et en même temps, il y a une exigence, une orientation, un chemin à suivre. Oui, je vis de la vie éternelle, déjà ici et maintenant – oui, je constate à quel point elle semble encore éloignée de moi.

Dieu nous a tout donné : tout est entre nos mains, pour répondre à son appel, pour vivre la vie de Dieu. Nous n’avons pas besoin d’autre chose, nous n’avons pas besoin de plus. Et en même temps, vraiment en même temps, Dieu parait encore devoir aller mourir sur une croix, parce que nous regardons ailleurs, parce que nous donnons notre cœur à d’autres puissances, parce que nous ne sommes pas parfaits, parce que nous ne suivons pas les commandements de Jésus. 

La repentance

C’est pour cela qu’il faut parler de repentance. Nous devons apprendre à le faire à nouveau. La repentance, ce n’est pas s’imposer une flagellation morale – ce qu’on fait toujours, en cherchant une faute à se faire pardonner, en cherchant à se mettre au propre devant Dieu, etc. Non : la repentance ce n’est pas ça. 

Je reprends ici l’exemple de Moïse : Dieu vient de dire que son amour surabonde. « Je suis un Dieu plein de tendresse et de bienveillance, lent à la colère, riche en bonté et en vérité. Je manifeste ma bonté envers les êtres humains jusqu'à mille générations, en supportant les péchés, les désobéissances et les fautes » Et en même temps il dit qu’il n’oublie pas le mal commis, et qu’il y aura des conséquences. « Je ne tiens pas le coupable pour innocent, j'interviens contre celui qui a péché, contre ses enfants et ses descendants jusqu'à la troisième ou la quatrième génération » 

Moïse devrait avoir bien compris : c’est un avertissement. Dans l’épisode du veau d’or, il fait partie, lui, de la génération des coupables. Il est celui qui entend la promesse de Dieu, son amour abondant, et qui entend en même temps son accusation, et la menace à peine voilée qu’elle contient.

Et Moïse se tourne vers Dieu : et il lui dit. Oui : je sais, nous sommes ce peuple à la nuque raide, nous sommes ce peuple qui n’arrive pas à faire juste. Et pourtant nous te le redemandons, marche au milieu de nous, soit présent avec nous, considère-nous comme ton peuple.

En fait la repentance c’est un affront, quelque chose de complètement insolent. Oui, avec toutes nos peines, nos misères, nos erreurs, nos fautes, nos hésitations, nos doutes, nous nous tournons vers Dieu et lui demandons : tiens-toi auprès de nous, marche avec nous, soutiens-nous dans ce labeur qui est le nôtre. Fais ce que tu as promis de faire. Que nous soyons bénis ou que nous soyons punis, là n’est pas la question : tiens-toi près de nous.

La repentance, c’est prendre Dieu au sérieux, encore plus que nous-mêmes, en lui apportant avec clarté nos hésitations, nos dilemmes, nos incertitudes. La repentance c’est se tenir devant Dieu avec tous ces doutes, ces incertitudes, en les assumant : c’est cela se tenir dans la lumière, c’est cela grandir en perfection. Parce que Dieu nous a déjà tout donné – et qu’il continuera à le faire. 

Amen  

Pour une réflexion personnelle

  • À quels autres mots est-ce que j’associe celui de « repentance » ? 

  • Est-ce que je sais d’où ça me vient ? De quelle expériences ?

Lectures : Genèse 41,14-42 ; Jean 15,26-27 ; Jean 16,12-15 ; Actes 2,1-6 et 12-18

Introduction

L’Alliance. Une fête qui prend ses racines dans la nuit des temps. 

La « nuit des temps », au contact des trois histoires entendues, devient une lumière bien présente pour nous aujourd'hui.

Joseph

Joseph, le chouchou de Jacob, Celui qui arrivait rouler son père dans la farine. Celui à qui tout était dû. Celui qui ne se prenait pas pour la queue de la poire. Ce Joseph, on le retrouve croupissant au fond d’une prison en Egypte. Il avait été vendu quelques années plus tôt par ses frères à des marchands d’esclaves qui passaient par là.

Joseph est au fond du trou. Au propre comme au figuré. D’abord il a été jeté au fond d’une citerne, pour ensuite se retrouver en prison très loin de chez lui.

Pendant ces années aux fers, il a eu le temps de ruminer, de réfléchir, de prier, de se révolter, de se laisser aller, de se poser des questions. Qu’est-ce qui m’arrive, qu’est-ce que j’ai fait, pourquoi moi, où es-tu Seigneur ?

Des questions que chacun de nous se pose à un moment ou l’autre de sa vie.

C’est alors que le miracle se produit. Pharaon, l’homme le plus puissant de la terre, fait appeler Joseph. On le lave, le rase, lui donne de nouveaux habits. Joseph n’est plus le même homme lorsqu’il se présente devant pharaon. 

Lorsque l’on accepte de se retrouver devant Dieu, c’est pareil, on n’est plus le même homme, la même femme. Quelque chose en nous est changé. Difficile de le décrire, c’est un mystère. Le passage au fond du trou n’est pas un passage obligé ; même si parfois, c’est dans les moments difficiles que les vraies questions font surface. 

Et Joseph se retrouve devant Pharaon qui lui dit: . - Il paraîtrait que tu as le don d’interpréter les rêves ?Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui peut t’en donner une explication ! Lui répond Joseph.

Après tout ce qu’il a vécu, Joseph remet l’Eglise au milieu du village. Il ne profite pas de la situation, mais il met Dieu à la première place. Pourtant que la situation lui permettrait d’en tirer avantage, pensez: un prisonnier devant le Pharaon. Mais Joseph n’est plus le même homme, il n’est pas seulement propre sur lui, rasé et bien habillé, mais il est propre à l’intérieur. Il a laissé tomber le chouchou de son père qu’il était pour devenir responsable, vrai et authentique devant son Dieu et devant les hommes. Bien sûr, ça n’a pas été sans mal, cela ne s'est pas fait d'un coup de baguette magique. Dieu a travaillé dans la vie de Joseph, mais aujourd’hui, Joseph confirme sa foi en Dieu.

Pharaon ne s’y trompe pas, en disant à propos de Joseph: - Cet homme est rempli de l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu n’apparaît pas seulement à la Pentecôte sur les disciples. De tout temps, l’Esprit de Dieu est présent. La Bible ne commence-t-elle pas en disant que l’Esprit de Dieu plane à la surface des eaux ?

Et Joseph reçoit alors de la main même de Pharaon son anneau. L’anneau, c’est le symbole de l’alliance, pensons aux alliances que l’on s’échange lorsque l’on se marie. Pharaon donne son anneau à Joseph. C’est aussi un signe de confiance. Ce sceau du roi octroie à Joseph presque autant de pouvoir qu’à Pharaon.

Lorsque Dieu fait alliance avec nous, il nous fait la même confiance. Il s’expose, par notre personne, nos paroles, nos attitudes, notre vie. Nous devenons des intermédiaires, des porte-parole, des ambassadeurs de Dieu Lui-même. Il n’a pas peur Dieu. Il a surtout confiance.

Joseph, ce jeune homme de trente ans, voit sa vie prendre un tournant radical.

Pentecôte

Les disciples aussi vivent un tournant radical. Contrairement à Joseph, ils ne sont pas en prison. Ils sont libres et en attente. Ils attendent la promesse que Jésus leur a faite, de sa présence. Nous sommes au jour de la Pentecôte. Chez les Juifs, la Pentecôte, c’est la fête qui commémore le don de la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï. C’est la fête qui rappelle l’Alliance que Dieu a conclue avec son peuple, à sa sortie d’Egypte, à sa libération. Ce n’est pas innocent si Dieu choisit ce jour pour faire descendre son Esprit sur les apôtres. Dieu est fidèle, il renouvelle son alliance. Le même Esprit qui habitait Joseph et Moïse, descend sur les disciples sous forme de langues de feu. Des langues qui leur permettront d’être témoins jusqu’aux extrémités de la terre.

Oh, bien sûr, ce n’est pas gagné d’avance. Ils s’exposent aux mauvaises langues, comme on dit, ou simplement aux quolibets. On ne devient pas ambassadeur de Dieu, sans être la proie aux moqueries, à l’ironie, ou aux « pointes » bien placées, pas forcément mal intentionnées.

Le changement opéré par l’arrivée du souffle dans sa propre vie ne laisse personne indifférent. En ce qui concerne les disciples, il est dit que la foule est déconcertée, ou perplexe. Certaines personnes croient que les disciples sont sur Soleure. Oui, les disciples sont un peu fous, fous de Dieu.  La parole du prophète Joël se réalise : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrais mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes ».

Prophète…

« Vos fils et vos filles prophétiseront ». Les derniers jours sont là, depuis 2000 ans ; et nous sommes ces fils et ces filles dont parle le prophète Joël. Le Saint-Esprit n’est plus donné parcimonieusement à celui que Dieu destine comme prophète ou roi, comme pour Joseph, Moïse et quelques autres. Dieu ouvre les vannes du ciel. Son Esprit aujourd’hui est pour chacun de nous.

Nous sommes tous destinés à devenir les « fous de Dieu », ou prophètes, si vous préférez. « Prophètes », voilà encore un terme vilipendé. Le prophète n’est pas seulement l’illuminé qui se balade en peau de chèvres au milieu du désert, même si c’est aussi cela. Prophète, c’est être interprète, porte-parole, ambassadeur de Dieu parmi son peuple. C’est celui et celle qui annonce, qui enseigne, et vit sa vie en cohérence avec sa foi, c’est être « héraut (héros) de Dieu. »

Ce matin

Alors ce matin, en ce dimanche de Pentecôte, et de fête de l’Alliance. Ayons en mémoire l’attitude de Joseph, qui laisse Dieu à la première place, alors qu’elle lui est proposée à lui, Joseph.

Rappelons-nous les apôtres, réunis ensemble, qui s’exposent à la foule et aux « qu’en dira-t-on ».

La Bible fourmille d’hommes et de femmes qui un jour ont confirmé leur alliance avec Dieu, et pour qui la vie est devenue pleine, pleine de la présence de Dieu. (n’a plus jamais été la même)

Il y a un mois à Villars, Adjovi-Grâce et Jana ont reçu l’onction d’huile. Il n'y a pas d'orgueil dans cette démarche, cela témoigne simplement de sa confiance, mêlée peut-être d’un peu de curiosité et de crainte aussi. Mais c’est surtout se mettre à disposition de Dieu, et le laisser me conduire.

« Je répandrai mon Esprit sur toute chair, dit Dieu,

vos fils et vos filles seront prophètes,

et vos vieillards auront des songes. ».

Amen

Lectures : Psaumes 139,13-16 ; Romains 6,3-4 ; Matthieu 28,16-20

Qu’est-ce que c’est le baptême ?

Le baptême, c’est la joie des commencements, la joie de Dieu, qui s’est fait sa place, son nid, dans un monde trop triste, trop en colère, trop fatigué pour encore accéder à cette joie.

Si je me mets à l’écoute de notre monde, de son actualité, de tout le bruit qui le traverse, je trouve peu de joie : je trouve beaucoup de violence, de divisions, de ressentiment. Je trouve aussi beaucoup de peur – le récit rampant d’un lendemain sombre, où la vie des générations futures sera plus pénible que celle des générations passées.

Face à cette colère et à cette peur, il y a évidemment beaucoup de moyen de se changer les idées, de se distraire. Mais la peur et la colère restent – avec le risque qu’elles macèrent, forment un espèce de marais émotionnel aux relents toxique. 

Mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire. Parce qu’il y a le baptême.

Le baptême – chaque baptême – c’est Dieu qui résiste à cette macération que je viens d’évoquer. Il ne lui laisse pas le dernier mot – il nous dit qu’il y a autre chose que ces impasses, ces expériences décevantes et inquiétantes. Qu’il y a quelque chose de plus grand, de plus fondamental, de plus vrai, de plus réel : une joie vivante qui ne peut être étouffée. Qui peut jaillir même là où toutes les sources de joie semblent bouchées.

La vie des enfants

La vie des petits-enfants, est une parabole de cette joie profonde, originelle. 

Mais je veux bien me faire comprendre : je ne dis pas que la vie des petits enfants, est toute facile. Elle est tout sauf un long fleuve tranquille. 

Les premiers années de la vie sont, je crois, un défi pour tout le monde, enfant, parents, entourages – un défi que l’on vit de manière très différente selon les situations.

Mais ce qui m’émerveille c’est cette force qui traverse les petits enfants, qui les lance dans l’apprentissage des premiers mouvements – imaginez : il a fallu apprendre à digérer ! Il a fallu apprendre à joindre les mains. À tenir assis. 

Là-derrière il y a une force de vie monumentale, celle qui fait que souvent un enfant ne s’arrête pas face à la difficulté, qu’il essaie et réessaie, il le fait de lui-même, il n’abandonne pas. Et ce qui m’émerveille, c’est la présence de la joie dans cet apprentissage quotidien : l’émerveillement d’avoir découvert ou réussi quelque chose, de faire une certaine expérience pour la première fois : croquer dans une pomme quand les premières dents arrivent, se balancer au rythme d’une comptine, faire rouler des sons dans sa bouche, explorer les textures du sol, de l’herbe.

Les enfants sont un peu l’image vivante d’une vie qui n’est pas fatiguée d’essayer, qui n’a pas encore le goût de l’abandon – qui connaît la tristesse, la colère aussi (elles peuvent être grandes d’ailleurs), mais qui ignore le ressentiment, cette macération visqueuse, que les adultes connaissent mieux.

La source

Alors, le baptême c’est Dieu qui nous dit, nous montre, nous donne à vivre et à voir, que cette force, cette vie, ne s’éteint pas – qu’elle est là, donnée – qui ni le mal, ni la mort, ni notre distance d’avec Dieu, ne peuvent empêcher Dieu de nous la donner.

Pour la foi chrétienne, Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, c’est Dieu qui vient lui-même vivre cette vie, qui vient lui-même traverser le monde et ses agressions, pour devenir une fontaine intarissable en son sein. 

C’est pour ça que Jésus est enfant de Dieu. Que toutes celles et ceux qui reçoivent le baptême à sa suite sont enfants de Dieu – c’est-à-dire : porteuses et témoins de cette vie qui est donnée, qui est là, que l’on ne peut pas étouffer. Cette vie que la foi chrétienne appelle souffle de vie, ou Esprit-Saint.

Le baptême c’est aussi le passage par la mort

 Arrivé à ce point de mon message, la bascule peut vous paraître peut-être un peu raide…

« Le baptême, c’est aussi le passage par la mort. » Je ne le dis par pour être morbide, triste, ou défaitiste. C’est que le baptême c’est aussi ça : un passage par cette zone inquiétante, par ce chemin que personne ne souhaite vraiment emprunter. 

Ou plutôt : le baptême n’ignore pas ce passage. Le baptême implique ce passage. Le baptême parle de ces moments d’épreuve, où nous serons exposés à nos limites, nos fragilités, nos angoisses, notre finitude – et où quelque chose va bel et bien mourir. Où quelque chose de nous, va bel et bien prendre fin.

L’eau a en effet cette double signification : Nous en avons besoin pour vivre. Mais elle peut aussi nous engloutir. Elle est aussi une menace inquiétante.

Et pourtant : le baptême n’est pas une noyade. Il est une traversée, un passage. De l’autre côté, on se retrouve vivant, transformé, dans la présence de Dieu et de toutes celles et ceux qui font la traversée.

Et au bout de cette traversée, c’est une naissance : on retrouve la force vitale, la joie, des petits enfants. Et si le baptême, est bel et bien passage par la mort, il l’est dans la mesure où la mort n’a plus le dernier mot. Dans le baptême, nous passons par la mort, oui, mais elle n’est plus notre condamnation. 

Dans la vallée de l’ombre et de la mort, il y a la présence de Dieu – là où nous nous trouvons concrètement, et pas ailleurs.

Célébrer le baptême

Le baptême, celui que nous avons vécu enfant, celui que nous vivrons peut-être un jour, est un signe posé dans notre vie : Dieu a déposé en nous, au cœur de notre existence, une source de vie, de joie, que rien ne saurait éteindre. Nous sommes et resterons ses enfants.

C’est une promesse que Dieu nous a fait – une promesse à laquelle il se tient. Et avec laquelle nous ne sommes pas seuls – unis au-travers des âges avec toutes celles et ceux qui ont traversés les eaux. 

Face aux épreuves que nous rencontrerons, nous n’avons pas à être seuls : il y aura des mains pour soutenir, pour relever ; des pieds qui marchent à nos côtés, des oreilles pour écouter, des yeux pour voir – pour donner à boire et à manger. 

Et même là où il n’y aura plus de contacts possibles, il y aura cette présence, parfois vive, parfois discrète – cette source dans lequel l’humanité a puisé des ressources inespérées, même dans ses heures les plus sombres. 

C’est une promesse que Dieu a placé au commencement de toute vie – et qui fait qu’aucune vie n’est hors de portée de la joie. Une promesse qui nous accompagne au fil notre vie. Pour nous – et au-travers de nous, pour les autres.

« Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c’est l’immense. » (Christian Bobin, La part manquante)

Amen

Lectures : Jean 21,20-25 ; Actes 1,6-11 ; Éphésiens 1,19-23

Le monde change

Jésus vient de monter au ciel. Pour les disciples, le monde ne sera plus jamais comme avant. Pendant trois ans, ces hommes et ces femmes s’étaient habitués à marcher avec Jésus, à lui faire confiance. Ils pouvaient s’appuyer sur lui. Ils avaient construit un réseau, ils avaient des repères. Et là, tout d’un coup, tout change. Jésus n’est plus avec eux.

Nous n’avons pas de difficultés à nous mettre à la place de ces hommes et de ces femmes. Notre monde à nous change également à toute vitesse :

- La digitalisation de nos activités nous entraîne dans un monde de machines. L’IA transforme déjà notre quotidien.

- La politique n’est plus un outil de discussion et de consensus, mais devient la loi du plus fort. Le monde se polarise.

- Notre Eglise se transforme. Eglise 29 est devant nous, mais nous ne savons pas encore à quoi elle va ressembler.

- Cela peut aussi être un changement d’orientation professionnelle, un mariage, l’arrivée d’un enfant, la mort d’un proche, la santé qui fait défaut.

Il y a de quoi se poser des questions, voire être inquiets. Comme les disciples, on peut se sentir désemparés, seuls. C’est la seconde fois que les disciples vivent cette situation. 40 jours auparavant, à la mort de Jésus, les disciples s’étaient déjà crus abandonnés, leur monde s’effondrait.

Le tableau peut sembler peu engageant, et pourtant, c’est à partir de là que la vie peut naître vraiment.

Le disciple que Jésus aime

Avant qu’il monte au ciel, Jésus s’entretient avec Pierre. Puis Pierre se retourne et voit le « disciple que Jésus aime ». Le « disciple que Jésus aime » est souvent identifié à l’apôtre Jean. Mais dans tous l’évangile, il n’est jamais nommé. Alors quand on lit, le « disciple que Jésus aime », c’est vous, c’est moi. On est ce disciple. Comme lui, on est appelé par Jésus, on marche avec Jésus, on l’écoute, on l’a vu sur la croix. Jésus nous est apparu après sa résurrection.

Et aujourd’hui, Pierre questionne Jésus à mon propos. Que va-t-il lui arriver ?

  • Que t’importe, lui répond Jésus, si je veux qu’il vive, qu’elle vive,  jusqu’à ce que je vienne.

Jésus ne dit pas qu’il va revenir de mon vivant, il dit simplement que je suis dans ses mains, qu’il prend soin de moi. Je suis celui et celle que la Bible appelle : le « disciple que Jésus aime ».

Pas besoin de savoir

Se savoir aimé par Jésus, se savoir dans ses mains est notre seule assurance. Le reste ne m’appartient pas. 

Lorsque les disciples demandent à Jésus quand il va établir son Royaume, Jésus leur répond : Vous n’avez pas besoin de connaître le temps et le moment où ces choses doivent arriver. C’est mon Père qui décide cela

Lorsque Jésus s’élève dans le ciel, un nuage le cache. Une fois encore, on ne sait pas tout. 

Il y a des périodes de vie où nous sommes confrontés à des situations avec beaucoup d’inconnues, le futur nous fait peur. On n’ose pas s’engager, cela nous angoisse, nous prend de l’énergie. Jésus me dit comme à Pierre : Qu’importe ce qui va arriver, toi suis-moi !

Suivre Jésus, C’est parfois un saut dans le vide, Dieu est notre seul filet. C’est ce qu’on appelle un acte de foi, un « oui » dans la confiance.

Cela me rappelle une bande dessinée: Un homme est tombé en bas d’une falaise et a pu s’agripper à une branche. Il est pendu dans le vide. Il fait alors cette prière : Dieu, si tu existes, sauve-moi ! Une voix du ciel lui dit : Fais-moi confiance, lâche cette branche ! Et l’homme après quelques secondes, crie : Y a-t-il quelqu’un d’autre pour me sauver ?

Oui, il est difficile de lâcher prise, de faire confiance.

Dans tout projet, il y a des moments comme ça. Pour notre paroisse, Église29 est aussi un de ces moments où il nous faut oser lâcher la branche. Faire confiance.

Les anges

Mais Jésus ne nous laisse pas seul pour autant. Il n’est plus là en chair et en os, et ne sait pas quand il va revenir. Mais il ne nous laisse pas seul.

Dimanche passé, je parlais du baptême du St-Esprit. Le St-Esprit, c’est un soutien, une force, une sagesse, c’est Jésus en moi. Il m’aide à aimer, à discerner, à oser.

Aujourd’hui, nous accueillons une autre aide de Dieu à nos côtés, nous découvrons que Dieu nous envoie des anges. Rappelez-vous, à Pâques, deux anges ont accueilli les femmes au tombeau. Alors qu’elles ne comprennent pas ce qu’il s’est passé, qu’elles ont peur, les anges leur apprennent que Jésus est ressuscité.

Aujourd’hui, jour de l’Ascension, à nouveau deux anges viennent vers les disciples qui ont la tête levée vers le ciel. Pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Leur disent les anges, Jésus reviendra.

Dans les moments où on ne voit pas d’issue, où on est perdu, Dieu envoie souvent des anges pour nous guider, pour nous expliquer, pour nous accompagner, nous rassurer, nous porter.

J’imagine que si je vous demande si vous avez déjà rencontré des anges, il y aurait beaucoup de réponses positives. Oh, pas des anges tels que les représentent les grands peintres, avec des ailes dans le dos, mais des personnes qui à un moment donné de notre vie, ont été salvatrices. Des personnes qui nous ont remis debout, qui ont eu une parole de sagesse, qui m’ont encouragé, m’ont béni.

Je repense à cette dame qui entrait dans l’église de Denens il y a quelques semaines et qui n’avait pas vu les marches qui descendaient. Elle est partie la tête en avant. Heureusement j’étais en bas de l’escalier et j’ai pu la retenir. Depuis, elle m’appelle « son ange » ! 

Oui, on peut aussi être l’ange de quelqu’un. 

Jésus reste présent

En ce jour de l’Ascension, Jésus est allé s’asseoir sur le trône à côté du Père. Cela ne fait pas de lui quelqu’un d’absent, au contraire. Il intercède pour nous, le St-Esprit agit dans le monde et des anges viennent régulièrement nous rendre visite.

L’Église est le corps du Christ, nous dit l’apôtre Paul,

et en elle, le Christ est totalement présent.
 

Lectures : Actes 8,5-8.14-17 ; Jean 14,15-18.25-26 ; 1 Pierre 3,15-18

Philippe à Samarie

J’ai redécouvert le récit de Philippe à Samarie. Philippe, c’est une des sept personnes qui ont été choisies par les apôtres pour les aider dans leur ministère. L’Église grandit et les apôtres n’arrivent plus faire face. Ils choisissent donc 7 diacres pour les aider. On se rappelle d’Etienne, également une de ces sept personnes. Etienne a été lapidé sous les yeux de l’apôtre Paul. Philippe, lui, on le connaît pour avoir rejoint l’Éthiopien dans le désert, alors que ce dernier quittait Jérusalem et rentrait chez lui. Ils se sont arrêtés et Philippe l’a baptisé dans la rivière. Ensuite l’Éthiopien a poursuivi son voyage tout joyeux. Il a certainement été le premier chrétien à annoncer Jésus en Afrique.

Ce matin, on retrouve Philippe à Samarie. Samarie, c’est l’ancienne capitale du Royaume du Nord, c’est des gens auxquels les Juifs de Jérusalem n’adresse pas la parole, ils ne s’aiment pas. On se rappelle Jésus et la Samaritaine au bord du puits, la Samaritaine avait été étonnée que Jésus lui adresse la parole. Philippe est en train d’annoncer Jésus Christ aux habitants de la cité, il fait des miracles aussi. La Bible nous raconte que la joie est grande dans toute la ville. Partout où Jésus est accueilli, que ce soit l’Éthiopien, ou la ville de Samarie, la joie est grande.

De la même manière ce matin, parmi nous, la joie est grande !

On apprend aussi que Philippe baptise toutes les personnes qui le désirent, comme il l’avait fait avec l’Éthiopien. L’histoire pourrait s’arrêter là… Mais non ! C’est un commencement, un départ!

Le baptême Du Saint-Esprit

Les apôtres Pierre et Jean apprennent ce qui se passe à Samarie et rejoignent Philippe. Pierre et Jean, c’est les grandes pointures parmi les apôtres, c’est les deux disciples qui ont reçu une mission particulière de la bouche même de Jésus après sa résurrection. Pierre et Jean rejoignent donc Philippe à Samarie et poursuivent ce que Philippe a commencé. Ils posent leurs mains sur tous les baptisés pour qu’ils reçoivent le St-Esprit.

Une sorte de baptême en deux temps, un baptême d’eau, puis un baptême de l’Esprit Saint. Est-ce à dire qu’il faut toujours procéder en deux temps ? La question n’a pas de réponse simple.

Même les Églises ne sont pas d’accord entre elles. Les catholiques, et plus encore les orthodoxes, lors du baptême d’eau pratiquent ensuite l’onction d’huile sur le baptisé, une forme de baptême dans le St-Esprit. Certaines Églises évangéliques pratiquent l’imposition des mains. Qui a raison ?

Là n’est pas la question. Dans la Bible, l’Esprit est donné de manière diverse, parfois avant le baptême d’eau, parfois en même temps, parfois après. Dieu n’est pas soumis à nos pratiques, heureusement.

Mais à quoi ça sert d’être baptisé du St-Esprit ?

Enfants de Dieu

L’Esprit Saint nous fait tous enfants de Dieu, ses fils, ses filles. C’est grâce à l’Esprit Saint, que nous pouvons commencer notre prière par « Notre Père qui est au cieux … ». Il n’y a plus de différences entre les  esclaves et les personnes libres, entre les femmes et les hommes, entre les Juifs et les étrangers, nous sommes tous frères et sœurs, de la même famille, avec un même papa là-haut dans le ciel. Dieu nous accueille de la même manière que Jésus a accueilli les petits enfants qui lui ont été présentés.

Mercredi, avec les catéchumènes, j’aurais dû vivre un rallye Huguenot. Les Huguenots, dans la France catholique du XVIIIe siècle, c’est les protestants français qui étaient persécutés par les catholiques à cause de leur foi. Dans d’autres pays, c’était le contraire, comme en Angleterre, pays protestant, c’était les catholiques qui étaient persécutés. Mercredi, il était prévu que le rallye commence dans l’église catholique de St-Prex, pour bien réaliser que sommes tous frères et sœurs en Christ, que nous soyons catholiques, protestants, évangéliques, orthodoxes, communautés issues de la migration, le St-Esprit fait de chacun de nous un enfant de Dieu. L’œcuménisme est bien vécu en Suisse, et c’est une grâce. Ce n’est malheureusement pas encore le cas dans bien des pays.

Nous avons entendu lors des lectures, que Jésus prie le Père pour que nous recevions le St-Esprit. Pour que nous ne soyons pas « orphelins ». Le St-Esprit est aussi appelé l’Esprit d’adoption. Dieu nous aime comme un père, comme une mère, aime ses enfants. 

La croix huguenote, la croix des protestants français, est constituée d’une croix de Malte et d’une colombe. La colombe, justement, est signe du St-Esprit. Cet Esprit qui fait de nous des frères et des sœurs au-delà des confessions, voire des religions !

« Je suis avec vous »

Jésus, avant de repartir au ciel vers le Père fait une promesse à ces disciples : Vous vous rappelez ? Jésus leur dit, comme il nous dit à nous ce matin : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Jésus nous promet d’être toujours là, auprès de nous, quoi que nous vivions, dans nos joies, dans nos peine, Jésus est là.

Cette présence n’est possible que par le St-Esprit que le Père nous envoie, présence vivante du Christ en chacun. Une fois, dans un groupe auquel je participais, une des dames disait : « Il est bon de voir le Christ lorsque nous regardons une autre personne, ça change notre regard, ça change tout ! »

Oui, le Christ est présent en chacun de nous par son Esprit.

Souffle dans les voiles

L’Esprit fait de nous des enfants de Dieu (1). L’Esprit réalise la promesse de Jésus d’être toujours avec nous (2). Enfin, et je termine là-dessus, le St-Esprit nous envoie (3). De la même manière que Jésus a envoyé ses disciples avant de remonter vers le Père, le St-Esprit souffle dans nos voiles.

Jésus avait dit : le vent souffle, mais on ne sait pas d’où il vient, ni où il va, et qu’il en est de même pour le St-Esprit. Nous sommes tous embarqués sur le bateau de l’Eglise. On prend le large, ensemble, on ne sait pas où cela nous emmène. On rejoint l’équipage, le capitaine nous accueille.

Pensez-y lorsque vous irez regarder la parade des bateaux à Nyon à la fin du mois (31 mai), ou que vous monterez dans un bateau durant la belle saison. Nous faisons tous partie de l’équipage.

L’Abbé Pierre disait : la seule liberté de l’homme est de tenir la voile tendue ou de la laisser choir, le vent n’est pas de nous.

Oui, le vent de l’Esprit souffle dans nos voiles.

Alors, levons l’ancre de l’espérance et prenons le large avec confiance. Dieu est avec nous, et nous sommes ses enfants.

Amen   

Olivier Rosselet

Lecture : Evangile selon Jean 10,1-10

Brebis

© Véronique Rosselet

Introduction

J’aime ce récit où il est question de troupeaux de moutons, d’enclos, de pâturages, de berger. Des images d’Épinal. Les œuvres d’Albert Anker, d’Eugène Burnand, ou de Marcel Imsand se rappellent à notre mémoire. Ces images, ces souvenirs, nous font du bien. Ils caressent notre cœur, ils sont porteurs. La Bible ne se prive pas de nous les offrir pour dire l’amour de Dieu. 

En ce printemps, on entend à nouveau le paysan piqueter son pré, les cloches des bêtes. vaches, les moutons, les chèvres savourent l’herbe verte. En montagnes les premiers troupeaux rejoignent leurs alpages.

Depuis quelques semaines, nous retrouvons le plaisir de flâner dehors, de respirer des parfums de printemps, d’admirer les cerisiers en fleurs, de voir s’ouvrir les tulipes, de s’asseoir sur un banc, le visage tourné vers le soleil, accueillant sa douce chaleur. Qu’est-ce que ça fait du bien.

Le gardien

Mais pour cela, nous devons sortir de notre enclos, de nos habitudes, de notre maison, afin qu’elles ne deviennent pas une prison. La parabole nous parle d’un gardien qui se trouve à l’entrée de l’enclos. Lorsque le berger se présente, le gardien lui ouvre la porte.  Qui est-il ce gardien ?

On pourrait comparer ce gardien à Dieu. Dieu est notre protecteur, la personne sur qui on peut compter, jour après jour. Celui qui nous protège de tout mal. 

Cette porte de l’enclos, me fait penser aussi au tombeau ouvert. Un ange était descendu du ciel pour rouler la pierre, et s’asseoir dessus (Mtt 28). La porte de l’enclos pourrait également être gardée par un ange.

Ou encore, ce gardien, c’est moi-même qui choisis qui il laisse entrer, et qui il laisse dehors. Le livre de l’Apocalypse fait écho à cette possibilité : « je me tiens à la porte et je frappe, dit Jésus. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre sa porte, j’entrerai chez lui, chez elle. ». Jésus ne me violente pas, il ne rentre pas chez moi par effraction, il passe par la porte.

Alors, ce gardien, qui est-il pour moi aujourd’hui ? Dieu ? Un ange ? Moi-même ? Peut-être cela change-t-il en fonction des moments.

Le berger

La parabole nous raconte que le gardien ouvre au berger. Ce berger, c’est Jésus, bien sûr. Le berger vient chercher son peuple dans l’enclos pour le mener à l’extérieur, dans des prés d’herbes vertes et grasses. Ce peuple n’est plus confiné, il suit son berger. J’imagine la porte de l’enclos comme le passage de l’Ancien Testament vers le Nouveau. Le peuple de Dieu n’est plus seulement le peuple sorti d’Egypte, mais tous ceux qui suivent le berger. Nous ne sommes plus confinés dans des textes de lois, mais accueillis à l’extérieur dans une nouvelle Alliance offerte par le berger (Lettre aux Hébreux).

Le berger nous appelle chacun par notre nom. Il nous connaît personnellement. Et nous, nous connaissons sa voix. Le berger marche devant nous. Cette sortie de l’enclos me rappelle mon baptême. Ce jour-là, le pasteur m’a aussi appelé par mon nom. Jésus m’a accueilli en dehors de l’enclos, j’étais accompagné par mes parents et mes proches.

 Si j’ose une comparaison. Avez-vous déjà vu sortir des vaches après l’hiver, lorsqu’elles retrouvent les prés d’herbe fraîche ? Marguerite, Bianca, Duchesse, Pâquerettes, Capucine, … Elles sont toutes follettes, elles courent, elles sautent, leur cloche dreline et n’arrive pas à suivre leur mouvement. Ces vaches ne savent plus où donner de la tête. Elles découvrent un nouveau monde. 

Lorsque nous choisissons de suivre le berger, il y a de ça. Nous découvrons également un nouveau monde. Il y a de la joie, de l’exubérance, nos anciens repères disparaissent. Les murs de l’enclos ne sont plus là pour nous protéger. Notre seule protection c’est le berger. Faisons-lui confiance.

La porte

A l’époque de Jésus, les gens ne comprennent pas cette parabole. Et Jésus ne les aide pas vraiment. A leurs questions, Jésus ne s’identifie pas au berger, mais d’abord à « la porte ». Surprenant. Jésus est à la fois le berger, et à la fois la porte. Deux images fortes, deux images vraies, deux images complémentaires.

« Je suis la porte des moutons, dit Jésus. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ». Sauvé ? Cette porte offre un « passage ». Nous sommes en plein dans le mystère de Pâques. Nous ressuscitons avec le Christ. Sa résurrection ouvre la porte de l’enclos. Vivre en Dieu n’est possible qu’en passant par cette porte. La mort et la résurrection de Jésus ouvrent une brèche, plus rien n’est comme avant. 

Enfin nous pouvons sortir. La résurrection du Christ met un terme au confinement spirituel. Christ nous offre la liberté. La porte reste ouverte. Jésus me l’affirme : Je peux entrer et sortir. Jésus m’offre une vraie liberté. Je ne tire pas un trait sur le passé. Je peux aller et venir par la porte, je trouverai de la nourriture des deux côtés. Jésus est une porte, oui, mais une porte ouverte !

Le pâturage

Chaque année, au catéchisme, je raconte cette parabole avec GodlyPlay. Des animaux et des personnages en bois, une clôture et une porte en cordelette, un pâturage en feutrine verte. 

L’histoire commence avec des brebis dans un enclos. Un berger les appelle, les brebis sortent de l’enclos et le suivent. Après avoir cheminé derrière le berger, les brebis se retrouvent autour d’une table. Le berger est remplacé par un prêtre ou un pasteur. Autour de la table, des personnages du monde entier, hommes femmes, enfants, rejoignent les brebis. Puis toutes ces personnes avec les brebis partagent un repas, la sainte cène. Cette histoire est appelée « la communion mondiale ».

Communion Mondiale

©Godly Play

Autour de la table, les brebis sont toujours là, je suis en communion avec le vivant. Des personnages de tous les pays sont présents également, je suis en communion avec tous mes frères et sœurs sur la terre : des enfants, un vieux monsieur, une maman portant son bébé, un papa tenant la main d’une fillette.

Conclusion

Le dernier verset dit :

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie,

et qu’ils l’aient en abondance ».

Ce verset était la maxime, de l’EPA, l’Eglise protestante africaine au Cameroun. J’y ai passé trois semaines au début de mon ministère en compagnie d’une vingtaine de jeunes. Le pasteur Ebenezer Woungli Massaga, avait cette vision pour son Eglise, pour son pays : Une vie en abondance, c'est-à-dire une vie renouvelée grâce à Jésus et une vie où les produits de la terre fournissent suffisamment de travail à chacun et de la nourriture pour tous. 

Que nous puissions également faire nôtre cette vision de la vie en abondance.

Je termine avec quelques versets du psaume 23 :

Le Seigneur est mon berger.

Tu me fais reposer dans des champs d’herbe verte

Tu m’offres un bon repas

Tu verses sur ma tête de l’huile parfumée.(onction)

Oui, tous les jours de ma vie ton amour m’accompagne

et je suis heureux, je suis heureuse. (ps 23)

Lecture : Psaumes 37,3-6 ; Évangile selon Luc 10,38-42

 « Fais de l’Éternel tes délices… » David écrit cela alors qu’il a connu tant d’épreuves. Étant en fuite, face l’injustice, la menace, il aurait pu choisir la vengeance, la réussite ou la reconnaissance comme délices. Mais il déclare : « Fais de l’Éternel tes délices… »

Pourquoi ? 

Peut-être parce que ce qui fait notre délice gouverne notre vie. Si Dieu est notre délice, alors il devient notre stabilité et la paix de notre cœur.

Ce n’est pas l’abondance qui fait le festin, mais la présence du Seigneur. 

Le Royaume prend saveur dans le partage et l’unité, là où, dès maintenant, nous nous rassemblons en son Nom.

Jésus a choisi la table pour nous révéler un mystère. Comme la nourriture nourrit le corps sans que nous en voyions l’œuvre, la présence du christ nourrit notre être intérieur. Nous en percevons les fruits comme des saveurs — paix, joie ou désir de Sa présence dans nos vies.

Lui le pain descendu du ciel nous rejoint et nous invite à le manger ! 

Le pain, par sa nature peut se mêler à tout. Jésus-Christ nous invite à ne pas l’écarter le de nos chemins de vie. 

Il se donne comme nourriture et vient rejoindre chacun de nous personnellement. Le Royaume devient alors une réalité à goûter, un état d’être.

Ainsi, à travers le pain, nous sommes invités à vivre de la vie du Christ, portés par l’amour de Dieu, dans l’espérance d’une vie déjà offerte et partagée avec tous.

Frères et sœurs, amis et famille,

Nous redécouvrons aujourd’hui une scène que seul l’évangéliste Luc nous rapporte : Jésus entre dans un village, Marthe l’accueille dans sa maison, et Marie, sa sœur, s’assoit à ses pieds pour écouter sa parole.

On a souvent opposé ces deux figures : Marthe, la servante active, et Marie, la contemplative silencieuse, comme s’il fallait choisir entre agir ou recevoir.
Et si ce texte ne nous demandait pas de choisir ?

Marthe est debout, elle sert. Cela rend l’engagement réel et concret.

Cependant, Marthe se sent seule, débordée, peut-être incomprise. Ce qui me touche, c’est qu’elle ose le dire. Elle ne se replie pas sur elle-même : elle s’adresse au Seigneur. Elle lui confie ce qui la traverse. Quelle sagesse.
Comme si, dans son désir de bien faire, elle s’était peu à peu éloignée de la paix.

La réponse de Jésus met en lumière un détail : ce n’est pas son service qui est en cause. Cela suppose donc quelque chose qui n’a rien d’extérieur à Marthe.

Jésus ne lui demande pas d’arrêter de servir. Il vient plutôt révéler ce qui se passe en elle : une inquiétude, une agitation intérieure.

Marie, elle, est assise aux pieds de Jésus. Dans la culture de l’époque, c’est la place du disciple. Elle reconnaît son besoin de recevoir.

Ce qui m’a touchée aussi dans ce texte, c’est que Marie ne se justifie pas, elle ne se défend pas. Elle est simplement là, présente, disponible. Elle choisit de s’arrêter, de faire silence, d’écouter.

Dans une situation qui pourrait valoriser le mouvement, elle ose l’arrêt. Dans une situation où elle pourrait déborder de parole, elle choisit de se taire et d’écouter.
Dans une situation qui pourrait exiger un mode d’action, elle choisit d’accueillir la présence.

Elle ne fuit pas l’action : elle prend le temps de se laisser nourrir.

Et si Marthe et Marie représentaient plutôt deux dimensions, deux saisons d’une même vie ?

Peut-être que c’est là que ce texte nous rejoint profondément. Car nous connaissons tous, à différents moments, ces deux réalités en nous. Il y a des saisons où nous sommes appelés à agir, à nous lever, à servir, et d’autres où nous avons profondément besoin de nous asseoir, de reprendre souffle, de nous laisser renouveler.

La fatigue, l’agitation, voire la frustration, naissent peut-être d’un certain déséquilibre.
Il peut arriver que nous continuions d’agir alors que notre cœur, lui, a besoin d’être nourri.

« Seigneur, cela ne te fait-il rien ? »
Par cette parole, Jésus rejoint Marthe, debout dans son élan, parce qu’elle s’est adressée à lui malgré sa posture active.

Cette parole de Marthe résonne encore aujourd’hui.
Elle peut devenir la nôtre : lorsque nous nous épuisons, lorsque nous avons le sentiment de porter seuls, lorsque l’intérieur ne suit plus l’extérieur.

Et si, au lieu de juger, nous choisissions la compassion ?
La compassion pour nous-mêmes et pour notre prochain ?

Nous entendons dans la réponse de Jésus une invitation douce : revenir à l’essentiel.
« Une seule chose est nécessaire. »

Dans notre monde qui va si vite — où tout s’accélère, où les sollicitations sont constantes, où nous cherchons à répondre à tout — oui, beaucoup de choses sont importantes. Mais à quel prix ?

Cette parole vient comme un appel à discerner ce qui est vraiment essentiel, ce qui nourrit réellement notre cœur.

Prendre le temps de s’asseoir, de faire silence, d’écouter, n’est pas une perte de temps. C’est un investissement profondément fécond.
C’est dans ces moments que quelque chose se dépose en nous, souvent de manière invisible, mais réelle, comme une nourriture qui agit en profondeur.

Lorsque le cœur est nourri, alors l’action change véritablement de goût.

Nous pouvons servir sans nous perdre, agir sans nous agiter, donner sans nous épuiser.
Il y a une paix qui se donne et demeure, même au cœur des grandes œuvres.

Autrement, peu à peu, s’installent la comparaison, la tension, la frustration.

Jésus, dans ce texte, ne choisit pas entre Marthe et Marie. Il aime les deux. Il appelle Marthe par son nom, deux fois : « Marthe, Marthe… », signe d’une profonde tendresse.
Il accueille Marie sans la juger. L’amour de Jésus est évident pour les deux.

Cela signifie que, pour chacun de nous, il y a place pour ces deux dimensions dans notre vie.

Cela éclaire aussi notre manière de vivre la foi aujourd’hui. Nous pourrions croire qu’elle se mesure à ce que nous faisons, à notre engagement, à notre activité.
Mais Jésus nous rappelle qu’elle commence par une relation, par une écoute, par une présence à l’autre.

Cela me fait penser aussi au mystère de la résurrection. Dans les Évangiles, le Christ ressuscité ne se révèle pas de manière uniforme. Il se manifeste dans des contextes différents : à Marie de Magdala près du tombeau, aux disciples dans une pièce fermée, à Thomas à qui il propose de le toucher, à d’autres disciples sur la route d’Emmaüs, au bord du lac de Tibériade.

Chaque rencontre est unique, personnelle.

Comme si le Seigneur venait rejoindre chacune et chacun là où il en est, dans son histoire, dans son attente, dans son chemin.

La résurrection n’est pas seulement un événement à croire, c’est une réalité à vivre pleinement dans tout ce que nous expérimentons.

Oui, il y a des résurrections en toute situation, dans une relation vivante avec le Christ.

Alors la question devient simple, mais essentielle : sommes-nous disponibles pour cette rencontre ?
Sommes-nous prêts, parfois, à nous arrêter pour écouter ? À faire de la place en nous pour accueillir sa présence ? À revenir à cette « seule chose nécessaire » ?

Peut-être sommes-nous aujourd’hui davantage du côté de Marthe : actifs, engagés, mais fatigués intérieurement. Peut-être avons-nous besoin d’entendre cette invitation à revenir à la source.

Ou peut-être sommes-nous appelés à nous lever, après un temps d’écoute, pour entrer dans un service renouvelé.

Dans tous les cas, le Seigneur nous rejoint là où nous sommes. Il ne nous demande pas d’être parfaits, mais disponibles :
disponibles pour recevoir, disponibles pour agir, disponibles pour demeurer en lui.

Alors oui, il y a un temps pour s’asseoir aux pieds du Maître, et un temps pour se lever et servir.
Mais la vraie question n’est pas : « Suis-je actif ou contemplatif ? »
La vraie question est : « Est-ce que je me laisse suffisamment nourrir pour vivre et agir dans la paix ? »

Frères et sœurs, restons en éveil. Apprenons à reconnaître ces saisons en nous.
Accueillons aussi nos limites sans culpabilité.

Et avançons avec cette confiance : le Seigneur marche avec chacun de nous, en tout temps. Il nous précède, il nous accompagne, il nous nourrit, pour que, dans tout ce que nous vivons, nous puissions garder un cœur paisible et joyeux, enraciné dans sa présence.

Ainsi, il semblerait que nous nous tenions à la croisée de trois réalités : le corps, enraciné dans ses besoins ; l’âme, en quête de lien et de relation ; et l’esprit, plus insaisissable, aspirant vers un royaume qui est sa source.

Comme le dit David : « Fais de l’Éternel tes délices, et il te donnera ce que ton cœur désire. »

Si le corps demande à être nourri et l’âme à être reliée, l’esprit, lui, trouve sa véritable joie en se délectant de l’essentiel : Dieu, son Créateur.

J’aime penser que Marthe et Marie ne s’opposent pas : elles révèlent en chacun de nous l’appel à recevoir et à servir, tout en demeurant dans la grâce qui découle de l’amour inconditionnel de Dieu pour chacun de nous.

Amen

Lectures : Genèse 9,13-17 ; 1 Pierre 3,20b-21 ; Luc 5,1-6

Sur un bateau

C’est la première fois que je célèbre un culte sur un bateau. C’est magique. Ça change d’une église, avec des murs épais, bien ancrés dans la terre, solide, stable.

Le bateau, lui, est toujours en mouvement, même à l’arrêt, il tangue, il y a toujours un léger roulis. Le bateau est beaucoup plus propice à vivre un culte. Dieu ne nous a jamais demandé de nous installer, de lui construire un temple, Dieu est un Dieu Nomade. Il est toujours en mouvement. Que ce soit avec Abraham et Sarah, avec les Hébreux durant l’exode, Jésus dans son ministère qui ne tient pas en place, ou encore avec l’apôtre Paul qui voyage dans toute l’Europe. Oui, notre Dieu est un Dieu qui bouge.

Quand le roi David a eu l’idée de lui construire un temple, Dieu n’a pas été fan. La tente de la rencontre, dans laquelle il avait traversé le désert lui allait très bien. Dieu n’aime pas trop qu’on le phagocyte.

Alors ce matin, Dieu doit être content, sur ce bateau. Jésus aussi d’ailleurs, ça doit lui rappeler bons souvenirs. Alors qu’il était avec nous sur cette terre, Jésus s’est souvent déplacé en bateau. Il avait le pied marin. Il était tellement en confiance dans une barque, qu’une fois, il dormait paisiblement en fond de cale, la tête sur un coussin, alors que ses disciples luttaient contre la tempête.

La Bible contient plusieurs récits avec des bateaux. J’ai choisi ce matin de prendre les deux plus célèbres : 

  • L’arche de Noé
  • La pêche miraculeuse

Des récits qu’on connaît par cœur. Des histoires que notre grand-maman nous racontait alors qu’on était assis sur ses genoux, des histoires qu’on a entendues au culte de l’enfance, au KT. Des histoires que nous-même avons racontées à nos enfants, nos petits-enfants. Les récits de Noé et de la pêche miraculeuse font partie de notre patrimoine, de notre mémoire. Ce matin, je pouvais difficilement passer à côté.

Noé

L’histoire de Noé finit bien mieux qu’elle ne commence. Au début, de l’histoire, on a affaire à un Dieu qui veut détruire la terre et tout ce qui l’habite. Dieu est amer, il est en colère contre le mal, contre les hommes. La fin de l’histoire nous présente un Dieu tout autre, il se repent. Il promet à Noé que plus jamais il ne détruira la terre. Il fait alliance. C’est comme une nouvelle Création. On connaît la première création avec Adam et Eve. Cette création-là a été ensevelie sous les flots. Avec Noé, sa famille et tous les animaux qui sortent de l’arche, Dieu recommence quelque chose de neuf. Il fait même une promesse : Plus jamais, dit-il, je ne détruirai la terre et ce qui y vit ». Plus jamais. Je le promets. Et comme nous, Dieu a parfois besoin d’un signe, alors il met son arc dans le ciel. Pour se souvenir.

Quand il y a un bel orage sur le lac, que le ciel est noir, qu’il tonne, que les éclairent zèbrent le ciel. Après, il arrive qu’un bel arc-en-ciel succède à cette fureur et nous offre du repos, de la paix. C’est ce que Dieu désire nous offrir aujourd’hui, du repos, de la paix.

L’arche de Noé a sauvé une parcelle de La Création :  Une famille, des couples d’animaux. Qui n’as pas son livre d’enfant à la maison, ou son arche Playmobil ? … avec ces éléphants, ces lions, ces canards, ces lapins, ces girafes qui montent deux par deux dans l’arche.

Le baptême

Ce n’est pas pour rien si l’apôtre Pierre a repris cette image de l’arche pour nous parler du baptême. Le baptême nous sauve de la même manière aujourd’hui, dit l’apôtre. Et il ajoute, oui, le baptême nous sauve parce que Jésus s’est relevé de la mort.

Comme les animaux ont répondu à l’appel de Noé et sont montés dans l’arche, nos sommes appelés à répondre à l’appel de Dieu. C’est aussi une vie nouvelle qui nous attend. Comme l’arc-en-ciel, le baptême est signe de l’alliance entre Dieu et nous. Dieu s’engage envers nous, de la même manière que nous nous engageons pour lui.

La pêche miraculeuse

Notre engagement ne va pas de soi. Ce n'est pas facile. L’apôtre Pierre, encore lui, était pêcheur. Il avait pêché toute la nuit sans rien prendre, et on le retrouve le matin en train de laver ses filets sur la rive du lac.

Jésus s’approche, et demande à Pierre de s’éloigner un peu du bord. Jésus monte avec lui dans la barque et enseigne les foules. Pierre est bonne pâte, je trouve. Il a autre chose à faire que mettre sa barque à disposition de cet étranger qui tombe du ciel. Et pourtant.

La suite est encore plus étonnante. Jésus lui demande d’aller au large et de jeter ses filets. Après une hésitation, Pierre obéit. Sur ta parole, je jetterai le filet, dit-il à Jésus. Envers et contre tout, Pierre fait confiance. 

Avant que la pêche devienne miraculeuse, il y a eu de l’obéissance, de la confiance. 

Dans beaucoup de nos entreprises, l’obéissance, la confiance précèdent les fruits du travail.

Pour ce 200e anniversaire de l’Abbaye de St-Prex, j’imagine qu’il y a eu également du travail. Le Conseil a passablement changé. Il vous a fallu renaître, reconstruire sur des bases nouvelles. C’est un peu comme si vous sortiez de l’arche, pour habiter une nouvelle terre. A l’image du baptême, ça vous a demandé de l’engagement. Vous avez mouillé vos chemises. Il y a eu de l’obéissance, du respect et de la confiance.

Fête

Et aujourd’hui, c’est la fête !

Imaginez les animaux qui sortent de l’arche, vous pensez qu’ils sont sortis aussi sagement qu’ils étaient entrés ? après tous ces mois enfermés dans quelques mètres carrés. Vous avez déjà vu des modzons ou des vaches vivre leur première sortie au pâturage après l’hiver ? Ils courent, ils sautent, ils traversent le champ à toute vitesse. Ils sont ivres de joie.

Après un baptême, c’est un peu la même chose. La même joie nous habite, on n’est plus les mêmes. Ça ne se voit pas forcément quand on baptise des bébés. Mais lorsque des jeunes ou des adultes reçoivent le baptême, leur vie n’est plus la même. Ils rayonnent, ils témoignent, ils partagent leur joie.

Lorsque Pierre et ses amis, dans leurs barques, n’arrivaient plus remonter leurs filets tant ils étaient pleins de poissons. Au-delà de l’incrédulité, de la surprise, j’imagine leur joie, leur transformation. Ce n'étaient plus les mêmes personnes. Ils étaient prêts, eux aussi, à faire des miracles.

À vous, les organisateurs de ce 200e. Ce week-end, c’est la sortie de l’arche, c’est la pêche miraculeuse ! C’est l’aboutissement de toute une année, des hauts, des bas, des questions, des coups de blues, des ras-le-bol, des bonnes surprises aussi, des aides inattendues. Vous avez fait des miracles. Et aujourd’hui, c’est le baptême, une vie nouvelle, de la joie. 

Ce bateau sur lequel nous nous tenons ce matin, c’est l’arche de Noé, c’est la barque de Pierre. Dieu nous offre son alliance, son abondance et sa joie. Que la fête soit belle !

Prière d'intercession

Seigneur, 

Nous te prions pour nos villages, pour leurs autorités.
Nous te prions pour toutes les sociétés qui nous rassemblent, 
telle la « Concasseuse » et l’Abbaye de St-Prex.

Nous te prions pour notre pays, pour celles et ceux qui travaillent la terre,
nos paysans, nos vignerons, nos arboriculteurs, nos maraîchers.
Aide-nous à respecter notre planète et fais tomber la pluie
afin que la terre puisse à nouveau être source de vie.

Nous te prions pour notre monde,
Pour les hommes, les femmes, les enfants sur les chemins de l’exil
Donne amour et discernement à nos puissants.
Aide-nous à partager ta paix auprès comme au loin.

Comme tu l’as fait avec l’apôtre Pierre,
Viens t’asseoir dans notre barque, emmène-nous au large,
Donne-nous le courage de faire confiance à ta parole.
Tu nous offres ton Alliance, et tu nous la rappelles
chaque fois que ton arc colore le ciel.

Seigneur, en ce jour de fête,
ton Esprit souffle au milieu de nous comme le vent du large.
Qu’il renouvelle notre obéissance, notre confiance,
pour que ta joie, notre joie, soit parfaite.

Amen

Olivier Rosselet

Pensée du jour

Alors Jésus dit aux Douze : « Et vous, ne voulez-vous pas partir ? » (Jean 6.60-71 "v. 67")

Lire la suite Proposé par : Pain de ce jour