Les ministres de la paroisse partagent leur prédication

Les ministres déposent régulièrement leurs prédications sur le site de la paroisse afin de permettre aux personnes qui le désirent de retrouver l’essentiel de la prédication du dimanche.

La prédication depuis le lutrin ou la chaire ne se réduit pas à la lecture d’un texte. En effet, le prédicateur prend toujours des libertés face à son texte écrit, parce qu’il a devant lui une assemblée avec laquelle il entre en interaction au fur et à mesure que se vit la prédication.

Nous vous souhaitons une agréable lecture et n'hésitez pas à prendre contact avec la prédicatrice ou le prédicateur du jour.

Lectures : Genèse 2,15 ; 2 Timothée 2,6-7 ; Jacques 5,3-4.

Dieu, défenseur des pauvres

Je m’inspire ce matin pour cette prédication, du message du pasteur Pierre Kabore du Burkina Faso, spécialiste de l’environnement.

Dans toute la Bible, Dieu se révèle comme le défenseur des pauvres, des opprimés et des personnes privées de leurs droits. Les versets entendus de la lettre de Jacques ne font pas exception.

L’injustice commise envers les ouvrières et les ouvriers qui moissonnent vos champs n’est pas invisible aux yeux de Dieu. Le salaire qui leur est refusé devient lui-même un cri qui parvient jusqu’à lui. (Jac.5.4)

Cette parole biblique conserve toute son actualité. Dans de nombreuses régions du monde, des productrices et producteurs agricoles, des travailleuses et travailleurs ruraux nourrissent leurs communautés sans parvenir à vivre dignement de leur activité. Et pourtant l’apôtre Paul le disait déjà : Les fruits de la récolte sont d’abord pour celle ou celui qui cultive. (II Tim 2.6).

Le travail de la terre demeure toujours insuffisamment reconnu et rémunéré, alors même qu’il est indispensable à la vie collective. 

Chez nous, en Suisse et chez nos voisins directs, ce n’est malheureusement pas très différent. Combien de films, de documentaires, de discussion, d’articles sur les difficultés que rencontrent les paysannes et les paysans sortent ces dernières années : Devenir paysan, Être paysanne, Petit paysan, Au nom de la Terre.

Notre vocation : cultiver la terre

Le cri des travailleuses et des travailleurs de la terre est aussi indissociable de celui de la Création. Leur activité dépend directement de la fertilité des sols, de l’accès à l’eau, du climat et du rythme des saisons. Or, la dégradation des terres et les changements climatiques frappent en premier lieu les communautés rurales déjà fragilisées par la pauvreté et les inégalités. La justice sociale ne peut donc pas être séparée de la sauvegarde de la création : protéger les conditions de vie des productrices et producteurs suppose aussi de préserver les milieux naturels dont leur activité dépend.

Cette responsabilité trouve son fondement dans la vocation confiée par Dieu à l’être humain : cultiver et garder la terre (Gn 2,15). Cultiver signifie produire ce qui est nécessaire à la vie, en collaborant à l’œuvre créatrice de Dieu. Garder signifie protéger, prendre soin et transmettre la Création aux générations futures.

Ces deux dimensions sont inséparables. « Produire sans préserver » épuise les ressources et détruit les conditions mêmes de la vie ; vouloir « préserver sans répondre aux besoins humains » risque, à l’inverse, d’ignorer les réalités sociales. La terre appartient à Dieu, et l’être humain n’en est pas le propriétaire absolu, mais l’intendant responsable.

Contribuer à l'œuvre de Dieu

Les paysannes et les paysans peuvent ainsi être considérés comme des gardiens de la création. Par leur connaissance des sols, des plantes et des saisons, ils participent quotidiennement à la préservation de la vie. Soutenir leur activité, c’est reconnaître leur contribution à l’œuvre de Dieu.

Au Burkina Faso, au Bénin, au Cameroun et au Togo, les expériences des organisations membres du Secaar montrent concrètement comment justice sociale et protection de l’environnement peuvent se renforcer mutuellement. La restauration des sols, la gestion durable de l’eau, l’agroforesterie, la diversification des cultures, les pratiques écologiques, permettent aux familles de vivre de leur travail. (pause)

Ensemble

Plusieurs films et articles sur les paysans en Suisse pointent du doigt la solitude de cultivateur, de l’éleveur. Tout s’est mécanisé, il est possible de tout faire tout seul. 

Même la laiterie qui était encore il y a peu, un lieu de rassemblement, d’échange, disparaît. Les paysans ont arrêté les vaches ou alors, le camion à lait vient jusqu’à la ferme. Les agriculteurs ne rencontrent plus personne. Ils restent seuls. 

Pourtant, se retrouver, être ensemble, se soutenir est essentiel. Face à l’isolement. Se retrouver permet de s’entraider, de mutualiser les ressources, d’échanger les savoirs, de donner du poids lors de négociations. Etre ensemble contribue à de meilleurs revenus et à une plus grande sécurité. 

Cette dynamique rejoint la vision biblique de la solidarité. Rappelez-vous les débuts de l’Eglise : les premières communautés chrétiennes, mettaient leurs biens en commun et veillaient aux besoins de chacune et chacun (Actes 2.44-45),  

Le rôle des Eglises

Nous, communauté croyante, avons également une responsabilité spirituelle, sociale et prophétique. Nous sommes invités à soutenir des filières équitables, à privilégier la production locale, à limiter le gaspillage et à faire un usage sobre et responsable des ressources.

Le cri de celles et ceux qui moissonnent, et le cri de la création blessée parviennent jusqu’à Dieu (Jac. 5.4).

Entendre ces cris nous oblige à interroger nos systèmes économiques, nos modes de production et nos habitudes de consommation. Toute injustice envers les travailleurs de la terre est une atteinte à leur dignité, mais aussi une offense au Créateur, car nos paysans répondent à notre vocation première : cultiver et garder la Création. 

Chez nous en Suisse, la politique agricole 2030 (PA30+) vient d’être mise en consultation. Cette nouvelle politique oblige les exploitations soit à s’agrandir, soit à disparaître. Il n’y aura plus de place pour les petits paysans, les exploitations familiales, les marchés de niche, ou les productions locales. 

L’Eglise est appelée à vivre une foi engagée : 

- En écoutant le cri des travailleurs de la terre,

- en encourageant l’action collective,

- et en soutenant une agriculture durable. 

Nous témoignerons ainsi concrètement de l’amour de Dieu.

Amen

 

Lectures : Ésaïe 25,6-10 ; Matthieu 22,1-14 ; Apocalypse 19,5.7-9a 

Dédicace

Cette prédication, je la dédie à Adjovi-Grâce !

Vous avez entendu les textes du jour ? Des récits de repas, de fête, de banquets. Inévitablement, quand on parle « repas » dans notre paroisse, on pense au beau cadeau qu’Adjovi-Grâce nous a offert ce printemps, les « Délices bibliques » à Lussy (19.04.26). Ce culte apprêté comme un repas, ou ce repas apprêté comme un culte, c’est selon. Nous en sommes tous ressorti enrichis, bénis. La communauté a renforcé ses liens, aussi avec des personnes que l’on voit moins. Oui, il y avait quelque chose de divin dans ces « Délices », nourriture du corps et de l’esprit.

Pour cette prédication, je me suis aussi inspiré d’un petit livre écrit pas notre pasteur Claude Demissy que vous connaissez bien, intitulé « La Bible des festins » (éditions Cabédita). Je l’avais dans ma bibliothèque depuis quelques mois, et vu les textes proposés pour aujourd’hui, c’était l’occasion de le découvrir.

De plus, comme nous vivrons la cène dans la seconde partie du culte, cela forme un tout qui a du sens.

Importance du repas

Le repas est très présent dans la vie de notre paroisse. Pensez à la fête paroissiale en automne, au Festival de soupes pendant Carême, le repas Terre Nouvelle à Cottens, le repas des bénévoles pour vous dire merci, les repas des aînés au refuge, au Foyer ou à Noël, le banquet Foodsave qui sensibilise au respect de la nourriture, ou encore les 10 ans du parrainage à St-Prex, un repas qui rassemblera des gens de tous horizons, de toutes cultures.

Dans nos villages, le repas est de toutes les fêtes également : 1er août, Abbaye, assermentation, …

Et pour nous, c’est les anniversaires, les mariages, les baptêmes, les rencontres de famille, d’amis, de contemporains, de voisins. Oui le repas est partout.

La Bible n’est pas en reste, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. L’hospitalité dans la Bible est toujours accompagnée d’un repas. Pensons à Abraham sous les chênes de Mamré qui accueille trois visiteurs en leur offrant un banquet. A Salomon qui dédicace le temple avec un festin qui dépasse l’entendement. A Marthe qui s’active aux fourneaux pour accueillir Jésus est ses disciples. Jésus lui-même nous laisse ce beau signe de repas partagé quand nous prenons la cène, ou encore Lydie qui oblige Paul et ses amis à venir manger chez elle.

Pour dire l’importance du repas dans la Bible, et dans le ministère de Jésus, prenons l’Évangile de Jean. Celui-ci commence avec un repas de noces à Cana et se termine avec un repas que Jésus a préparé pour ses disciples au bord du lac de Galilée, un peu de pain et de poissons grillés.

Le repas, c’est la joie, la convivialité, le partage, l’échange, le rassemblement, le plaisir de manger ensemble.

Le sacrifice, un repas offert à Dieu

J’évoquais Abraham aux chênes de Mamré. Abraham, Sarah et leurs serviteurs se mettent en quatre pour cuisiner un banquet qu’ils offrent à leurs visiteurs de passage. Abraham se tient debout, près d’eux, sous l’arbre. Il ne participe pas au repas. Le texte nous le dit par la suite, les visiteurs représentent Dieu en personne. Ce repas offert par Abraham et Sarah est comme un sacrifice. Ils ont tué le veau gras, l’ont apprêté pour l’offrir à Dieu, pour l’honorer.

Chaque fois qu’il est fait mention de sacrifice dans l’Ancien Testament, il y a quelque chose du repas que nous offrons à Dieu. Aujourd’hui, quand on parle de sacrifice sur un autel, avec une bête qui perd son sang, ça nous dégoute, ça nous répugne. En général, on saute quelques lignes pour reprendre la lecture un peu plus bas. Pourtant le sacrifice, c’est comme un repas que nous offrons à Dieu.

Dans la Bible, pour marquer une étape, telle la traversée de la Mer Rouge, une alliance, une dédicace, on offre un sacrifice à Dieu. On lui demande de participer à nos festivités, de se réjouir avec nous, de partager un repas avec nous.

Et pendant que Dieu répond à notre invitation, qu’il se régale des choses offertes, il nous bénit. À Abraham, il lui fait cette promesse : L’année prochaine, quand je reviendrai, Sarah aura un fils.

Cela me rappelle, mon voyage chez mon ami Paul Sanogo au Mali il y a une dizaine d’années (2015). Toute la famille était réunie à Bamako. Ils ont tué un cochon qu’ils ont fait rôtir tout l’après-midi pour me l’offrir sous forme d’un banquet. Nous avons mangé ensemble. Nous étions habillés avec nos plus beaux tissus africains.

Après s’être régalés, je suis passé devant chacun des enfants, ils sont onze, et je les ai bénis. Chaque fois avec un verset biblique et une parole que j’avais reçue pour eux. Le repas est une bénédiction.

Il n’est pas loin le temps où avant de commencer un repas, le grand-père en bout de table faisait le bénédicité, une prière pour remercier Dieu. Certains d’entre nous le vivent encore. Dieu est présent dans nos repas, nous sommes bénis.

Dieu nous invite à son repas

Si les sacrifices sont un banquet que l’on offre à Dieu, Dieu lui aussi nous prépare des festins. Esaïe nous l’affirme : Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples un repas de viande grasse arrosé de bon vins. 

Nous retrouvons un texte semblable dans l’Apocalypse : Chantez la louange de notre Dieu, vous petits et grands. Ils sont heureux les invités au repas de noces de l’agneau.

Dieu nous invite à son repas de fête. Mais il arrive que les invités ne viennent pas, tel que le raconte Matthieu. Alors Dieu insiste. Il renvoie ses serviteurs, et cette fois en précisant le menu : J’ai fait tuer mes bœufs, mes bêtes bien grasses. Tout est prêt.  Venez au repas de noces !

Mais rien n’y fait, les convives continuent de refuser. Ils repoussent l’invitation, avec de mauvaises excuses, voir même en devenant violent. C’est un affront.

Mais plus que l’affront, refuser l’invitation de Dieu au festin des noces, c’est se priver de sa bénédiction. Refuser de répondre au repas que le Seigneur a préparé pour nous, c’est se priver d’une parole qui nous fait du bien, qui nous remet debout, qui nous encourage, nous donne de la joie, de l’espérance pour demain ; comme pour Abraham et Sarah quand Dieu leur a annoncé qu’ils auraient un fils. En refusant l’invitation de Dieu, on se punit soi-même. 

Dieu envoie alors chercher tous les gens qui se trouvent à la croisée des chemins. « Les mauvais et les bons » dit la Bible. Dieu ouvre son festin des noces au monde entier, sans exclure personne. La parabole commençait en disant : Le Royaume des cieux est semblable à … Ici, le Royaume des cieux est semblable à un banquet préparé par Dieu et destiné à la terre entière.

J’ai cependant un caillou dans la chaussure. Qui est cet invité qui n’a pas d’habit de fête et qui est jeté dehors ? Qui est ce passager clandestin ? Pour moi, c’est une personne qui refuse la bénédiction de Dieu, qui rejette son amour, symbole de l’habit de fête. Il s’exclut lui-même de la fête. Mon espérance, c’est que son cœur ait été touché, et qu’une fois dehors, il se mette en quête de l’habit de fête.

Un Délice biblique tous les mois ?

Mercredi passé, à la prière pour Église 29 à Lussy, Isabelle et moi, alors que nous nous mettions à l’écoute de Dieu, les deux avons eu cette conviction que le repas pourrait prendre une place plus importante dans nos cultes. Pourquoi ne pas faire des « Délices bibliques » chaque mois. Je vois déjà des personnes parmi vous qui sont fatiguées rien que d’y penser, mais le repas peut rester simple. On remplacerait la liturgie et la prédication qui s’adresse à notre cerveau par un repas. Des goûts, des odeurs, des couleurs, qui s’adresse à tous nos sens, à toute notre personne, quel que soit notre âge, petits et grands, enfants, parents, grands-parents, familles, personnes isolées, riches et pauvres. Ensemble.

Dans le livre d’Ézéchiel, le prophète reçoit une vision de Dieu qui lui décrit le nouveau temple (Ez § 40-47). Tout y est, les dimensions, la place des prêtres, le lieu des sacrifices, la cour pour le peuple. Mais surtout, il y est fait mention de quatre cuisines intégrées dans temple (Ez 46.21-24). Quatre cuisines situées aux quatre coins du temple. Et pas des petites, chacune mesure 300 mètres carrés, 15 mètres sur 20 mètres. Même la cuisine de la cure de Lussy est plus petite ! …

Cuisiner fait partie de l’adoration que l’on porte à Dieu. La cuisine, c’est aussi une collaboration avec Dieu. Dieu fournit les légumes, les fruits, la viande, et nous cuisons, nous apprêtons ces bons ingrédients pour en faire des mets succulents. Une belle communion avec Dieu ! D’autant plus si nous dégustons cette nourriture avec reconnaissance et action de grâce.

On entend souvent des pèlerins de St-Jacques nous dire que marcher, c’est prier avec les pieds. Luther disait que chanter, c’est prier deux fois. Pour les derviches tourneurs, danser c’est prier. Chez les orthodoxes, peindre, particulièrement des icônes, c’est prier. Alors, oui, cuisiner, c’est aussi prier, c’est être en communion avec Dieu.

Je termine. Le repas peut être un culte en soi. Pas besoin d’y ajouter des prières et des lectures bibliques pour en faire un culte. Simplement répondre à l’invitation de Dieu et manger avec lui, comme les disciples l’ont vécu tant de fois avec Jésus.

Elio Jaillet

Lectures : Matthieu 6,22-23

La Création

Vous le savez peut-être, du 1er septembre au 4 octobre, nous sommes dans la saison de la Création. Personnellement je suis ravie d’entrer en automne qui est ma saison préférée… les arbres avec leurs couleur d’ocre et d’orangé me ravissent ! Mais il n’y a pas que les arbres…la nature est si belle : les montagnes, les arbres, un coucher de soleil, la voûte étoilée …autant de visions où l’on peut être saisi par une émotion profonde, il y a des paysage qui nous coupent le souffle; les animaux aussi peuvent nous émerveiller : le chant d’un oiseau, la robe d’une panthère, le regard malicieux d’un chat ou d’un chien. Savez-vous qu’il existe une méduse d’un centimètre qui a la capacité d’inverser son cycle de vie et ne meurt donc jamais de vieillesse, elle est biologiquement immortelle, n’est-ce pas incroyable ? 

Oui la Création est absolument grandiose. 

Van Gogh

Il y a un créateur, humain cette fois, qui a quelque chose à nous dire sur la nature, c’est Vincent van Gogh ! Cet artiste voulait au départ devenir pasteur, comme son père et son grand-père. Il entreprend des études de théologie mais il n’arrive pas au bout. Il tente alors de devenir évangéliste, mais ce n’est pas mieux. S’ensuivit une crise de foi. Peu à peu, Van Gogh s’éloigne donc de l’Églises et se détache de l’orthodoxie pour s’ouvrir à une spiritualité plus large.

Il ne perd pas pour autant la foi. Dans une lettre à son frère, il confesse même : « J’ai un besoin terrible de… dirai-je le mot ?… de religion. Alors je vais la nuit dehors pour peindre les étoiles. »  tableau La Nuit étoilée

Van Gogh s’oriente ainsi progressivement vers une spiritualité profondément liée à la nature, qu’il considère comme un livre où Dieu se révèle et que l’artiste doit apprendre à lire. On trouve de nombreux témoignages de cette conviction dans sa correspondance. Par exemple, il écrit à son frère : « Je me sens chez moi dans la campagne, dans la nature ; je l’aime presque comme une église. » 

La question pour nous aujourd’hui est : « peut-on découvrir Dieu dans la nature ? » Cette question est en réalité un problème théologique ancien : de nombreux Pères de l’Eglise et autres théologiens ont réfléchi à cette question : est-il possible de connaître Dieu à travers son œuvre, à travers le monde créé ?

Deux positions face à la nature

C’est un débat qui a duré des siècles… Certains, comme Thomas d’Aquin, affirment qu’il est possible de parvenir à la certitude qu’il y a un Dieu par l’observation de la création.

D’autres au contraire, comme le théologien protestant Karl Barth rejettent cette idée en déclarant que la nature ne peut pas du tout nous faire connaître Dieu. Selon lui, on ne peut connaître Dieu que dans la foi, soit dans l’expérience personnelle de sa révélation en Jésus-Christ.

Il y a donc deux positions : d’un côté, ceux qui pensent que la nature peut être une voie de connaissance de Dieu ; 

 

de l’autre, ceux qui estiment que Dieu relève d’un tout autre ordre, inaccessible à l’observation du monde.

Les premiers s’appuient sur un texte de l’épître aux Romains, où Paul dit : « En effet, depuis que Dieu a créé le monde, ses qualités invisibles, c'est-à-dire sa puissance éternelle et sa nature divine, se voient fort bien quand on considère ses œuvres. » (Romains 1,20) Un bon point pour eux. Mais je connais des gens qui adorent la nature mais ne croient pas en Dieu. Donc on ne peut pas dire que la nature conduit forcément à la foi. En plus la création est loin d’être parfaite… il y a des inondations, des tornades et d’autres catastrophes qui créent de gros dégâts. Elle ne correspond pas à l’idée que je me fais de l’œuvre parfaite d’un Dieu parfait. 

De l’autre côté, couper Dieu de la nature et du monde matériel, ça veut dire que Dieu n’aurait aucun rapport avec le monde réel. Un Dieu réduit à n’être qu’une sorte de doudou spirituel, comme un enfant s’attache à un objet rassurant qui lui rappelle sa mère, mais qui, en lui-même, n’a aucune action réelle. Or, si la foi se limite à cela, elle devient très discutable. Croire en Dieu ne se réduit pas à croire en un idéal abstrait, en un concept désincarné. 

Vérité au milieu

Personnellement je crois que Dieu a un rapport au monde, qu’il y est présent et qu’il y agit.

On peut donc affirmer avec Thomas d’Aquin et van Gogh, qu’on peut connaître quelque chose de Dieu à partir de sa création. L’autre jour, je suis tombée sur la phrase d’un célèbre gastronome qui disait : « dis-moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es ». C’est la même chose avec une œuvre d’art : on perçoit toujours quelque chose de l’artiste à travers son travail, de même, la création révèle son créateur. Mais Thomas d’Aquin précisait qu’on ne peut pas tout connaître de Dieu par la nature. Celle-ci nous dit quelque chose de sa grandeur, de sa puissance, de sa magnificence. Mais il y a d’autres qualités essentielles de Dieu, comme l’amour ou la tendresse, qu’on ne peut pas apprendre à partir de la nature. Ces réalités, seul le Christ nous les révèle. Révéler consiste à rendre visible ce qui ne l’était pas, à exposer au regard ce qui auparavant était dissimulé.

Donc en résumé il y a du vrai dans les deux positions. Au lieu de les opposer, il s’agirait plutôt de les articuler.

Je vous propose pour aujourd’hui de poursuivre avec la nature. 

Sentiment de sacré

On a vu que pour van Gogh, la nature est une manifestation de la présence divine. Pour lui, un champ de tournesols, un ciel tourmenté est une occasion de rencontrer Dieu. C’est comme si van Gogh vivait une expérience sacrée avec la nature. Une expérience sacrée, c’est ce moment où l’on se sent tout petit face à un monde qui nous dépasse. On ressent quelque chose de fort, on est touché par un sentiment d’absolu, de paix ou peut-être même par un frisson d’effervescence. Ce type d’expérience ne se limite pas à la nature. On peut ressentir ça en écoutant de la musique, en contemplant une démonstration mathématique, en comprenant une notion philosophique, en priant bien sûr ou en entrant dans une cathédrale.

Van Gogh était doué pour vivre ce sentiment de sacré. Il arrivait à voir le beau. Parce qu’entre nous, un champ de tournesols, c’est joli, mais il y en a partout, et l’on ne s’arrête pas forcément pour les contempler en extase quasi mystique. C’est donc bien son regard qui transcende la nature. 

Le regard : base de la vie spirituelle

Voilà ce que ce grand peintre nous apprend : pour trouver Dieu, il faut donc un certain regard : un regard intérieur. Van Gogh est l’antithèse du disciple Thomas qui voulait voir les stigmates de Jésus. Il voulait voir pour croire. Alors que Gogh croit et voit, il voit le beau même dans ce qui est ordinaire. 

Van Gogh nous apprend que tout est une question de regard. Et c’est probablement la base de toute vie spirituelle : développer ce regard capable de voir la lumière et la vie, au cœur même du banal. Et c’est là que l’incroyable se produit, que nos deux positions se rejoignent : van Gogh part de la nature, concrète, matérielle, objective, puis grâce à un regard intérieur, il découvre Dieu et une spiritualité vivante, par son regard, il accède à un monde invisible, transcendantal.

Dans l’Évangile de Matthieu qu’on a entendu tout à l’heure, Jésus dit: « L’œil est la lampe du corps.» La lumière ne vient pas seulement de l’extérieur mais avant tout de l’intérieur : elle vient de la manière dont je choisis de regarder. 

On retrouve quelque chose de semblable dans le Cantique des cantiques, quand Dieu dit à l’humanité bien-aimée : « Tes yeux sont des colombes. » Comme déclaration amoureuse, on peut en sourire… mais sur le plan théologique, cela signifie beaucoup. La colombe est symbole de l’Esprit Saint. Et Dieu dit à l’homme : tu es merveilleux quand tu regardes comme le fait le Saint-Esprit. 

Le mot grec pour dire l’œil dans la bible, c’est ὀφθαλμός (ophthalmos). Cela désigne l'organe physique de la vue. Mais cela a un autre sens. Cela veut également dire : la faculté de comprendre. ὀφθαλμός signifie aussi une compétence de l’esprit. Dans ce sens de la vision, il y aurait ainsi deux idées ! Une terre-à-terre et l’autre spirituelle. A nous d’utiliser nos yeux pour voir ce qui ne se voit pas. L’essentiel est invisible pour les yeux disait St-Exupéry. Alors, si l’on veut comme van Gogh, être capable de voir Dieu dans la nature et en nous-mêmes, chers amis, ouvrons l’œil !

Lectures : Psaume 144 (que chaque génération raconte à la suivante ce que tu as fait) ; Ésaïe 55.6-9 (mes pensées ne sont pas vos pensées) ; Matthieu 20,1-16 (les ouvriers dans la vigne).

Offices à la fille-dieu

Cette semaine, avec Réjane, pasteure-stagiaire de la paroisse, nous avons vécu une retraite à l’Abbaye cistercienne de la Fille-Dieu à Romont. Les sœurs de la communauté rythment leur journée avec des offices selon la règle de St-Benoît. Sept fois par jour, elles se retrouvent à l’église pour prier et chanter les psaumes. Réjane et moi avons apprécié ce temps à part, écouter Dieu, se ressourcer.

Les offices commencent très tôt, à 4 heures avec les Vigiles, suivi des Laudes avant le petit-déjeuner, puis Tierce à 9 heures et ainsi de suite.

Pour celles et ceux parmi vous qui désireraient vivre une telle retraite, nombreux sont les monastères en Suisse prêts à vous accueillir quelques jours ou une semaine. Pas besoin de participer à tous les offices. Réjane et moi, par exemple, avons choisi de laisser tomber les vigiles à 4 heures du matin … 

Dans l’histoire que nous avons entendue dans l’évangile de Matthieu, les ouvriers de la vigne me font penser à ce que nous avons vécu avec Réjane. Le maître vient les chercher le matin de bonne heure, dit la Bible. Puis il revient à 9 heures, puis encore à midi, à 15 heure et enfin à 17 heures. C’est étonnant. Ces heures correspondent parfaitement aux temps des offices.

Tous appelés

C’est comme si Dieu donnait rendez-vous à ces ouvriers, à nous tous, pour nous envoyer travailler dans sa vigne. Il a à cœur que nous soyons nombreux. Le travail est conséquent et Dieu a besoin d’ouvriers. Comme tout bon vigneron, il aime sa vigne. Sa vigne, c’est nos frères et sœurs en humanité sur toute la terre. C’est les enfants, les riches, les pauvres, les actifs, les femmes, les hommes – oui particulièrement les hommes qui abandonnent si vite la foi - les personnes âgées, nos voisins, les lointains, les indifférents, les croyants. Oui, Dieu prend soin de sa vigne, et il compte sur nous.

Il n’arrête pas de venir nous chercher, à toute heure du jour. A Laude, à Tierce, à Sexte, à None, et aux Vêpres à 17h, pour nous mettre au travail. Quel que soit mon âge, à toute heure de ma vie, Dieu vient à ma rencontre. Il n’est jamais trop tard pour être appelé par Dieu.

Le récit nous dit que le maître « sort » pour embaucher ses ouvriers. A chaque fois, Dieu sort pour aller chercher des ouvriers. Il ne fait pas du télétravail, il ne reste pas sur son trône avec sa tablette sur les genoux, il sort. Il vient à ma rencontre, il me parle, il me questionne et il m’embauche. Il aime le contact, il aime être avec moi, me voir.

Le désir de Dieu, c’est que tous soient sauvés, Écrit l’apôtre Paul à Timothée (I Tim. 2.4).

Transmettre

Le psaume du jour que nous avons dialogué tout à l’heure, est également le psaume qui a été lu par une jeune fille lors du culte de consécration à la cathédrale à Lausanne il y deux semaines. Chaque année, dans l’église protestante du Canton de Vaud, des pasteurs, des diacres, des animateurs et des animatrices d’Eglise sont consacrés et accueillis dans l’Eglise. Ils reçoivent l’imposition des mains, une bénédiction, avant d’être envoyés comme des ouvriers dans la vigne. 

La lecture du psaume 144 - 145 pour les protestants – n’était pas un hasard. Le pasteur l’avait choisi, car au verset 4, il est écrit : que chaque génération raconte à la suivante ce que tu as fait. Oui, Dieu nous appelle à témoigner, à raconter, à partager notre foi ; à nos enfants et à nos petits-enfants d’abord, mais plus largement encore.

Dans le canton, on est vite timoré, on est des « taiseux », comme on dit. Sous prétexte que c’est personnel, que ça ne regarde personne, on garde pour soi. Pour ne pas froisser ou s’exposer, on préfère se taire. Mais Dieu m’appelle ! Pas besoin d’être consacré à la cathédrale, pas besoin d’être prêtre ou pasteur. Nous sommes tous des ouvriers dans la vigne. Raconte à la génération suivante ce que Dieu a fait !

En ce week-end du Jeûne, le message du Conseil d’État, en retient deux éléments importants : la tarte au pruneau et le lundi férié. La tarte aux pruneaux symbolise le partage, et le lundi férié, une manière de reprendre le contrôle du temps. Et nos autorités nous exhortent de placer ce week-end du Jeûne sous le signe du temps partagé.  Le temps partagé est une attention, une ouverture à l’autre, un don de soi. C’est le bénévolat sous toutes ses formes.  St-Vincent-de-Paul en est un bel exemple. Le bénévolat est une des nombreuses manières de prendre soin de la vigne. Le message du Conseil d’État cette année, rejoint notre parabole.

Un même salaire

Mais, me direz-vous : le salaire. Pourquoi ceux qui se tirent des flûtes, et qui ne commencent à travailler dans la vigne qu’à la dernière heure, reçoivent le même salaire que ceux qui se sont éreintés toute la journée ? Mmh ?

Ahh, le salaire au mérite a encore de beaux jours devant lui. Mais écoutons le prophète Ésaïe ; 

« Il y a une grande distance, dit Dieu, entre mes façons de faire et les vôtres. Entre mes pensées et vos pensées. Elle est aussi grande que la distance entre le ciel et la terre ».

En résumé, difficile de comprendre Dieu, même si on est créé à son image. À la place de Dieu, on aurait effectivement donné un bonus à ceux qui ont commencé tôt, ou alors retiré une partie du salaire à ceux qui n’ont travaillé qu’une heure.

Dieu, lui, donne une pièce d’argent à tous les ouvriers de la vigne, quelle que soit la durée de leur travail. Chacun reçoit le même salaire.

Injustice ou générosité ?

Une clé de lecture nous est donnée au début de la parabole. Jésus dit : le royaume des cieux est semblable à … Il est question du royaume de cieux.

Le salaire que Dieu donne aux ouvriers, c’est bien plus qu’une pièce d’argent. Pour moi, ce n’est ni plus ni moins que le Royaume des cieux, la vie éternelle. Une vie avec Dieu, dans son amour, dans son pardon, dans sa présence. Une vie qui commence ici et maintenant. Le salaire des ouvriers dans la vigne, qu’ils travaillent dès l’aube ou à la dernière heure, c’est la grâce, c’est la vie éternelle, notre salut. 

Du coup, tout est inversé, les ouvriers qui ont commencé à travailler dans la vigne dès potron-minet ont déjà une vie transformée, une vie lumineuse, ils sont gagnants ! Alors que les ouvriers de la dernière heure, ne profitent de cette vie transformée qu’au dernier moment. Quel dommage !

Tant que je ne travaille pas dans la vigne, ma vie a un manque en forme de Dieu. Plus vite je réponds à l’appel, plus vite je suis gagnant. Il n’est jamais trop tard. Dieu est un Dieu patient, nous l’avons entendu dans le psaume. Il ne cesse de sortir pour venir à moi, pour m’appeler, pour m’embaucher. 

Son salaire, c’est la vie, une vie pleine, une vie en abondance.

Amen

Lectures : Genèse 2,18-25 ; Jean 1,14-18

Ce n’est pas souvent que j’ai l’occasion de prêcher sur ce verset lors d’un culte du dimanche. C’est en effet ce fameux verset que nos Églises utilisent pour parler de « l’institution biblique du mariage » – avec cette idée qu’il y a dans le mariage une réalité qui plonge ses racines dans la Création elle-même.

Pour être tout à fait franc, je ne trouve pas complètement évident de prêcher sur ce sujet. 

On projette beaucoup d’attentes sur le mariage – qu’on le veuille ou non. On est censé y trouver une forme d’accomplissement de soi-même et de la personne qu’on aime. Même si les tendances changent, je crois qu’on l’idéalise encore pas mal. La perspective est celle d’un engagement à vie – ce n’est pas rien ! 

Et pourtant, je crois que nous savons tous et toutes à quel point les histoires en matière de mariage ne se ressemblent pas. Il y a ces histoires heureuses, où l’on passe par différentes phases, des hauts, des bas, où l’on finira ses vieux jours ensemble. Mais il y a aussi ces histoires où deux personnes se sont brisées l’une sur l’autre, où l’une a tenu pour les deux, où l’histoire s’est terminée avec tristesse, où l’on se dit que, face à la violence et au ressentiment, l’histoire aurait dû se terminer depuis longtemps. Ce sont des histoires qui existent – c’est peut-être votre histoire. 

Et par ailleurs, aujourd’hui la vie de couple prend de nombreuses formes, avec à chaque fois des histoires singulières. Et c’est difficile de tirer des conclusions simples et générales de cette diversité.

Et en même temps, je crois qu’il y a quelque chose d’important et de bon dans la vie de couple, qu’il y a une dimension profonde de notre humanité qui se joue en elle. 

Je reviens à cette vision biblique : l’union entre deux personnes, comme partie de la Création de Dieu – donc de cette bénédiction qui nous précède, d’une vie abondante dans laquelle nous découvrons la joie et l’épanouissement. Et la vie de couple fait partie de cette bénédiction originaire, de cette abondance première. Et à ce titre, la vie de couple fait signe vers la vie de Dieu lui-même. Rien que ça.

Qu’est-ce que c’est que ce couple ? 

C’est intéressant : au niveau du texte biblique, la création du couple vient répondre à ce constat que Dieu fait au moment de créer l’humain : « Il n’est pas bon que l’être humain soit seul, je vais lui faire un vis-à-vis capable de lui venir en secours » (v. 18). La création de cette aide ne suit pas tout de suite : il y a d’abord la nomination des animaux. Mais le vis-à-vis dont il est question ne fait pas partie de ce qu’il peut nommer. C’est au moment où il rencontre cet autre, dans lequel il se reconnaît lui-même, qu’il découvre son secours. Le vis-à-vis dans le couple n’est pas un objet que je peux délimiter par mes mots. 

Ce qui est sous-tendu ici, c’est une histoire : je fais la rencontre de ce vis-à-vis, qui, non seulement, me correspond, mais en plus me vient en secours. Face à la crise, au besoin, lorsque je suis vulnérable : je fais l’expérience que je ne suis pas seul.

La Genèse interprète le couple à partir de l’expérience du secours – et cette expérience fait directement écho à l’histoire de Dieu avec sa Création. Car Dieu est lui-même cet Autre, celui dont l’être humain est l’image, et qui vient au secours de la Création lors de sa détresse, qui l’accompagne dans ses moments de souffrance, de travail et qui se réjouit avec elle au jour de fête.

L’histoire du couple, c’est un peu une parabole de l’histoire de Dieu avec l’humanité et l’ensemble du vivant. Chaque histoire de couple raconte de manière indirecte cette histoire de Dieu avec nous, pointe en direction de cette histoire. Une histoire qui n’est précisément pas un long fleuve tranquille : une histoire traversée de toutes ces choses que j’ai déjà mentionnée, où toute l’ambivalence de l’expérience du monde trouve sa place.

Pourquoi la vie de couple est une parabole ?

Parce qu’elle est précisément l’histoire d’une rencontre et d’une fidélité faîtes de hauts et de bas, de joie, mais aussi de passion, où la rupture, voire la mort, peuvent s’immiscer – mais dont la fin n’est pas encore écrite. C’est une histoire qui est au bénéfice d’une promesse : comme on l’indique le début de l’évangile selon Jean, Dieu se rend présent dans la chair, c’est-à-dire dans la vie et l’histoire d’une personne, pour répondre à la détresse et à la souffrance du monde. C’est ce que Jésus a vécu et qu’il donne à vivre à tout un chacun.

Une personne seule ne peut pas raconter cette histoire, celle où une personne rencontre une autre en lui venant au secours et se lie à elle dans cette histoire partagée, qui devient une histoire commune. Il y a donc bien quelque chose de singulier dans cette vie de couple, qui mérite qu’on y prête attention. Un signe pour la présence d’une vie encore plus abondante que celle qu’on connait.

Encore une fois, je ne dis pas cela pour idéaliser le couple – parce que les histoires sont à chaque fois différentes, parce que ça peut être compliqué. Parce que la vie de couple n’est pas en soi la garantie d’une vie heureuse.

Mais j’aimerais simplement partager un encouragement pour celles et ceux qui ont reçu l’appel pour cette vie, qui chemine parfois depuis longtemps ensemble. 

Un encouragement d’abord à ne pas perdre de vue l’un de sens profond de la vie de couple : celui du secours. 

Là où la vie de couple se fait oppression, domination, exploitation et violence, on ne se trouve pas dans le secours mutuel, mais dans un rapport mortifère qu’il n’y a aucune nécessité à soutenir ou à défendre – une réalité de laquelle nous avons la liberté de nous distancer. Et cette possibilité de la distance, fait aussi partie de l’histoire de la vie de couple, comme elle fait partie de l’histoire de Dieu avec le monde. Une distance qui libère, lorsque la proximité ne permet plus de respirer.

Et de l’autre côté, j’aimerais aussi vous encourager à ne pas perdre de vue la bénédiction qui est promise, à cette histoire partagée, à cette chair commune, à la bonté, à la joie et à l’abondance dont la relation peut être le lieu. Je vous encourage à ne pas la perdre de vue et, si cela fait partie de votre histoire, à faire rayonner votre joie – comme nous le vivrons un peu aujourd’hui, avec la bénédiction d’un mariage.

Une joie, qui reflète l’amour que Dieu partage avec ce monde – un amour qui se trouve à la racine de toute chose et qui est promis à tous et à toutes. 

Amen

Lecture : Luc 5, 18 à 20 + 24b à 26

LA JOIE

Réjane
Les amis, qu’est-ce qui vous rend joyeux ? 

Olivier
Moi je suis toujours content de lire une bonne bande dessinée !

Renaud
Moi je suis joyeux quand j’écoute de la musique.

Olivier
Pourquoi tu nous pose cette question ? 

Réjane
J’ai lu dernièrement un passage dans la Bible qui parle de la joie. Dans la première lettre que l’apôtre Paul écrit aux Thessaloniciens se trouve le verset le plus court de toute la Bible (1 Thess 5 :16). Paul dit : « Soyez toujours joyeux ! » Aaah la joie, c’est un beau sujet ! Le monsieur qui a inventé les scouts, Baden Powel disait : « Relève les coins », c’était sa façon de pousser à sourire ! Savez-vous que notre cerveau ne sait pas faire la différence entre un vrai sourire et un sourire forcé ? Notre corps ressent aussi intensément les émotions qu’elles soient simulées ou bien réelles. Les scientifiques ont pu démontrer que poser un sourire sur son visage (réel ou feint) permet de libérer des endorphines et d’activer la sensation de bien-être. Alors la Bible a vraiment raison de nous dire : « soyez toujours joyeux ! ».

Olivier
Non mais franchement, Réjane, tu exagères ! Tu crois vraiment qu’on peut être toujours joyeux ? Parfois on est triste, parfois on pleure, c'est comme ça, on peut pas toujours être joyeux. Il y a des moments où on est fatigué, morose ou déprimé ! Et puis il arrive qu’on traverse des moments qui sont difficiles.

Renaud
Je suis d’accord avec Olivier, en plus la joie c’est un sentiment qui ne se commande pas forcément. Et puis c’est culpabilisant de nous obliger à être joyeux. C’est de la tyrannie. 

Réjane
Vous êtes vraiment des rabat-joie ! Moi je trouvais que le thème de la joie c’était vraiment cool pour un culte d’ouverture du catéchisme ! 

Olivier
Je suis d’accord, mais ce verset qui dit « soyez toujours joyeux » ça ne joue pas.

Réjane
Mais alors pourquoi est-ce que Paul a écrit ça ? D'autant plus qu'il le dit dans une autre lettre, les Philippiens, il enfonce le clou. Il dit : "Soyez toujours joyeux, je le répète, soyez toujours joyeux." Pourquoi dit-il cela si ce n’est pas possible ? 

Renaud
C’est vrai que c’est étonnant. Surtout que Paul a eu une vie très difficile. Ce n’est pas un naïf, il sait que le monde n’est pas facile.

LE PARALYTIQUE

Réjane
On a entendu tout à l’heure, l’histoire de cet homme handicapé. Ben moi, après ce qu’on a partagé, je suis comme lui, paralysée. Je ne comprends plus rien. Je n’arrive plus à avancer dans ma réflexion, je suis figée. Etre toujours joyeuse, c’est pas gagné.

Olivier
C’est drôle que tu te compares au paralytique. Je me disais justement que nous sommes tous un peu comme lui.

Réjane
C’est-à-dire ?

Olivier
Et bien, quand on a de la peine à être heureux, nous aussi nous sommes portés, comme cet homme, portés par nos parents, soutenus par nos amis, conseillés par nos profs etc. On lui ressemble finalement.

Renaud
Oui, c’est juste, on a tous des paralysies, des handicaps, pas forcément physiques bien sûr. On a tous des limites à dépasser. Et on a parfois besoin des autres pour nous aider, pour retrouver la joie.

Réjane
C’est vrai qu’on est un peu comme le paralytique. Et on aussi besoin de Jésus. Quand les quatre amis qui portent le paralytique arrivent sur place, ils se rendent compte que ça ne va pas être facile d’arriver tout près de Jésus. Une grand foule leur barre l’accès. Il faut qu’ils trouvent un autre moyen de s’approcher.

Olivier
Exactement, et c’est pour ça qu’ils vont monter sur le toit !

Renaud
Pour nous aussi ce n’est pas facile d’arriver jusqu’à Jésus. Il n’y a pas de formule magique pour se sentir proche de Dieu. On doit faire comme le paralysé et ses amis : monter sur le toit, trouver son propre chemin, oser prendre des passages que personne n’a encore pris.

Réjane
Oui mais quand ils arrivent sur le toit, ils ne sont pas encore arrivés près de Jésus, ils doivent encore enlever des tuiles, ouvrir le toit et faire descendre leur ami devant Jésus.

Olivier
Exact. Encore une fois, c’est pareil pour nous, quand on est tout près de Jésus, il faut encore ouvrir notre cœur pour l’accueillir.

Renaud
Et c’est là, qu’on se sent tout proche de Jésus.

Olivier
Oui, c’est là que le paralysé est guéri, sauvé ! Qu’il peut accueillir la joie.

Réjane
C’est bien joli votre histoire, mais on fait comment pour se sentir proche de Dieu en vrai ?

LA PRIÈRE

Olivier
Ben tu sais quoi ? Tu as parlé tout à l’heure d’un des versets les plus courts de la Bible. Il y en a un autre, qui se trouve juste après ta fameuse phrase : Soyez toujours joyeux. Ce verset dit : Priez sans cesse. 

Renaud
C’est peut-être bien ça la clé de tout : prier pour se sentir proche de Dieu.

Réjane
C’est vrai que quand on prie, c’est comme un moment de cœur-à-cœur avec Dieu. Un moment où l’on se laisse descendre devant Jésus. On est en communion avec lui.

 

Lecture : Matthieu 11,2-6

Regarde ! Écoute ! Marche !

C'est ce que les enfants apprennent à l'école, pour traverser une route. "Regarde" d'abord, puis "écoute", et enfin "marche".

Trois « L » comme les apprentis conducteurs. Nous sommes tous des apprentis dans la vie.

Ce dessin, je l'ai découvert dans une église Mennonite près de Tavannes au Jura. 

Les Mennonites sont issus, comme nous, de la Réforme, mais aux XVIe siècle ils étaient plus radicaux. Entre autres, ils ne reconnaissaient pas le baptême des enfants. Aujourd’hui, ils seraient contents. Ils ont été persécutés par le courant majoritaire que nous représentions. Aujourd'hui, les communautés mennonites, surtout présentes dans le Jura, sont un peu le trait d'union entre les évangéliques d'un côté et les réformés de l'autres.

Luege ! Lose ! Loufe !

Regarde ! Ecoute ! Va !

Lorsqu'elles sont affichées dans une église, ces trois recommandations prennent une couleur toute différente. Il ne s'agit plus d'une consigne pour traverser une route, c'est le chemin que Jésus nous demande de vivre tous les jours, notre chemin de foi: 

Luege ! Lose ! Loufe !

Lorsque Jean-Baptiste pose la question à Jésus s'il est bien le Messie, le Christ? Jésus lui répond : "Regarde", "écoute", et "va" le raconter à tout le monde. On retrouve les mêmes verbes.

Regarde !

Luege Luege! Regarde ! "Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris" dit Jésus. Lors de camps de catéchisme, lors de cultes, il arrive que des frères et des sœurs témoignent de l'action de Dieu dans leur vie. Oui Dieu agit toujours aujourd'hui. Regarde! Ce n'est pas le hasard, ce n'est pas fortuit, Dieu est là, il agit dans ta vie, autour de toi. Déjà rien que dans la beauté de la nature, regardez autour de vous. Dieu agit aussi dans une prière exaucée, une aide inattendue, une guérison, une paix reçue, un amour partagé, une protection particulière. Oui, Dieu est là. Luege! Regarde!

Écoute !

Lose Et puis Lose ! Écoute ! "Les pauvres reçoivent la bonne nouvelle" dit Jésus. La bonne nouvelle, ce n'est pas la carte "cumulus" ou les "prix garanti", la bonne nouvelle, c'est que Jésus est ressuscité. Il offre à chacun de nous une vie nouvelle. Il promet aussi de ne jamais nous abandonner. Il nous accompagne, il nous aime. Toute la Bible nous parle de ce Dieu présent, qui prend soin de nous, qui a des projets pour chacun.

Alors, écoute ! Dieu te parle. Le plus direct, c'est par la bible, par la prière; mais la Parole passe aussi par un témoignage reçu, par une conviction qui vient de l'Esprit Saint. Parfois aussi, lors d'une retraite, d'un moment à part, lorsque le silence offre de la place à Dieu.
Lose ! Écoute !

Va !

Loufe Et enfin, Loufe ! va ! Annonce cette bonne nouvelle, témoigne de ce que tu vis. Dieu s'engage pour toi, engage-toi pour lui. Jésus répond à Jean-Baptiste: "Vas raconter ce que tu vois, ce que tu entends. [...] Il est heureux celui qui me suit."

"Suivre le Christ", les mennonites et bien d'autres avec eux appellent cela: la "suivance". Jésus, plusieurs fois dans la Bible appelle une personne en lui disant: "Suis-moi". Par exemple les disciples Matthieu (Mtt 9.9), Philippe (Jn 1.43), et Pierre (Jn 21.22), ou encore le jeune homme riche, Jésus lui répond: Vends tout ce que tu as, et suis-moi! (Lc 18.22) Oui, la "suivance" du Christ peu être exigeante. 

Loufe ! va ! Et suis-moi !

Le baptême

Le chrétien qui reçoit le baptême s'engage à des choix qui ne sont pas toujours faciles, il s'engage à rester fidèle à Dieu. Cela oblige parfois d'aller à contre-courant. 

Lors de la préparation du baptême, Ineo, tu as choisi cette photo : Un cygne qui prend son envol. Oui, le baptême est un envol. Comme tu le disais, Ineo, tu choisis de prendre une autre direction. Tu changes d'élément, tu passes de l’eau au ciel, tu changes de dimension. Le baptême, c'est un élan vers Dieu. 

Femmes africaines Eléonore, toi, tu as choisi ces femmes africaines qui portent de l’eau sur leur tête. L’eau, élément essentiel pour la vie. On en sait quelque chose cet été ! C’est un besoin du corps.

Tu as aussi choisi cette autre photo (Hindous dans le Ganges), des Hindous dans le Ganges. Tu me disais que l’eau du baptême étanche aussi la soif de l’âme et nourrit l’esprit.

Corps et Esprit, Dieu prend soin de nous dans notre totalité.

Ineo et Eléonore, votre témoignage devant votre famille, vos amis, devant l’Église rassemblée, est un acte de foi courageux.

C’est aussi un cadeau pour nous tous. Être témoins de votre baptême renouvelle notre foi, notre engagement.

Luege ! Lose ! Loufe !  

Ces trois recommandations sont pour chacun de nous ce matin.

Regarde ! Écoute ! Et va !

Lectures : Psaumes 65,10-14 ; Jacques 1,16-18 ; Matthieu 14,13-21

La bénédiction. Je suis en découverte émerveillée de ce que signifie ce mot – et de la réalité de la bénédiction. De la manière dont elle invite à voir le monde et notre place en son sein : la bénédiction invite à une reconnaissance large et généreuse, débordante. Elle invite aussi à entrer dans la fragilité et la vulnérabilité, d’une manière où celles-ci n’ont plus à nous faire peur, mais deviennent précisément le lieu où découvrir une saveur et une richesse que l’on ne peut jamais vraiment soupçonner.

Qu’est-ce que la bénédiction ?

On aime bien définir la bénédiction de la manière suivante : bene-dictus, dire du bien. La bénédiction, c’est dire du bien ou dire le bien. Et dire le bien, ça change le monde. La bénédiction, c’est à la fois quelque chose que Dieu dit, mais c’est aussi quelque chose que Dieu fait – et que nous sommes appelés à dire et à faire à sa suite. La bénédiction transforme le monde. 

Je vais essayer d’être plus concret : l’une des portes d’entrées pour parler de la bénédiction dans la Bible est le monde agricole. Moisson, récolte, élevage, pêche : ce sont à chaque fois des contextes associés à la bénédiction de Dieu. 

Comme êtres humains, nous avons besoin de nourriture pour vivre. Or face à ce besoin fondamental, il arrive qu’on fasse l’expérience d’une abondance : du point de vue la quantité d’une part – il y a à manger en suffisance pour nous et même plus encore ! Mais une abondance en qualité aussi – non seulement il y a de quoi se nourrir, mais en plus ça a bon goût ! Non seulement j’ai assez à manger, mais j’éprouve du plaisir à manger. 

J’ai un mûrier et un cerisier à la maison : je suis toujours étonné du nombre de pot de confitures qu’on arrive à faire à partir du fruit de ces arbres ! Et il n’y a rien de meilleur au goût que le fruit que l’on cueille à la main, tout juste mur de l’arbre ou du buisson, gorgé de liquide et de sucre. Et ce qui est encore plus étonnant, c’est que ce cerisier et ce mûrier produisent bien plus que ce que moi-même, je peux consommer ! Du coup avec mon épouse, on propose aux amis du quartier de venir cueillir, eux aussi, – et on compte sur les oiseaux pour se nourrir des cerises qui se trouvent sur les branches les plus élevées de l’arbre.

Ce mûrier et ce cerisier étaient là avant que j’arrive – et je n’ai pas grand-chose à faire pour qu’ils produisent leur fruit. Éventuellement tailler un peu le mûrier.

J’y décèle la bénédiction de Dieu – celle qui traverse toute sa création, accessible à tous et à toutes. Universelle. 

La Bible parle souvent de cette abondance en termes de « multiplication » et de « peuplement » : je fais l’expérience que je reçois non seulement ce dont j’ai besoin pour survivre, mais aussi pour grandir et pour m’épanouir. C’est une expérience qui peut être associée aux besoins de base (boire, manger, avoir un abri), mais qui s’étend aussi à la vie en société et à la famille : la richesse d’une nation ou la naissance d’un enfant peuvent être perçus comme le signe de cette bénédiction.

Fragilité

Maintenant il faut donner une précision. Si je parle de bénédiction, je sais aussi que la vie est fragile et précaire. Je perçois la bénédiction de Dieu, tout en sachant qu’il n’y a rien d’évident à cette abondance, qu’elle ne va pas de soi – qu’il y a des moments de manque, où l’on ne sait pas si l’on aura encore de quoi vivre demain. Il y a aussi toutes ces expériences de la vie abimée, malmenée, diminuée qui contredisent l’abondance et la bonté. Je parle de bénédiction, tout en sachant aussi à quel point la vie peut faire mal.

La bénédiction n’est pas quelque chose qui va de soi : reconnaître une bénédiction implique de voir la réalité sous un angle précis – un angle où le manque, la douleur, la mort ne sont pas la dernière vérité de ce monde.

Reconnaître mon mûrier, mon cerisier ou mes enfants comme signe d’une bénédiction, c’est reconnaître une possibilité, une ouverture, une cause de joie, qui co-existe avec la fragilité, la vulnérabilité, l’échec et la mort.

Ainsi, reconnaître une bénédiction, implique une forme de confiance : il y a en moi une ouverture, une disponibilité, qui résonne avec cette possibilité de vie, qui n’a rien d’automatique, ni d’évident, qui est même parfois contestée par les faits. 

Reconnaître la bénédiction, c’est entrer dans cette joie, se laisser saisir par elle – où c’est non seulement moi qui me réjouis, mais tout ce qui m’entoure aussi, comme participation d’une joie plus grande et englobante. Les collines, les vallées, les pâturages chantent eux aussi ! Les arbres, les champs, les rivières vibrent de cette même reconnaissance.

Déceler la bénédiction de Dieu, c'est voir le monde transformé : par-delà la dualité du manque et de la satiété. Et cette transformation du monde, me change moi aussi, me fait être dans le monde différemment. Ce n’est pas qu’une question de perspective : le monde n’est plus le même. 

La multiplication des pains

L’épisode de la multiplication des pains est un exemple magnifique de cette transformation : la foule est dans le désert et doit faire face à une situation de manque.

On ne nourrit pas une foule de milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons. Ça paraît évident.

Jésus invite à voir les choses différemment : là où le manque s’impose, la confiance en une abondance possible transforme la situation. La situation de base n’a pas changé : c’est toujours cinq pains et deux poissons. Et pourtant à la fin tout le monde a eu assez à manger – et même, il en reste encore : douze corbeilles.

 L’abondance s’est invitée dans le désert. Alors, on pourrait se dire : oui bon, c’est Jésus. C’est facile aussi quand on peut faire des miracles, plier les lois de la nature à sa volonté. Mais ce n’est pas tout à fait ça. Jésus n’a rien « fabriqué » ou « créé ». Les ressources viennent uniquement des disciples : Jésus a rendu grâce Dieu pour ses dons et les disciples ont distribué. C’est tout : il a partagé ce qu’ils avaient déjà reçu. Oui, il y a un miracle, mais c’est le même miracle qu’avec mon mûrier : je découvre qu’il y a ce don premier, cette générosité fondamentale, qui donne ce qu’il faut pour vivre, et même plus encore. Et c’est la découverte d’une bénédiction dont la portée me dépasse, tout en m’impliquant. 

Cette générosité débordante de la bénédiction de Dieu, elle s’exprime dans la vie de Jésus lui-même : sa vie est ancrée dans la reconnaissance de cette générosité débordante et lui-même déborde de cette générosité – jusqu’au point d’être lui-même une source abondante.

L’histoire de la multiplication des pains m’invite à ouvrir les yeux : les disciples pensaient qu’il fallait renvoyer les gens, parce qu’ils n’auraient pas de quoi manger – « il n’y a pas ce qu’il faut ici pour vivre ». Et Jésus leur dit l’inverse : non, vous avez tout ce qu’il faut.

Il y a dans ce récit, l’invitation à découvrir le monde différemment – et à trouver la joie, l’abondance, la vie, même là où rien ne semble suffire. Et à agir en conséquence, en cherchant à me mettre au diapason de cette bénédiction.

Elio Jaillet

Lectures : Genèse 9,13-17 ; 1 Pierre 3,20b-21 ; Luc 5,1-6

Sur un bateau

C’est la première fois que je célèbre un culte sur un bateau. C’est magique. Ça change d’une église, avec des murs épais, bien ancrés dans la terre, solide, stable.

Le bateau, lui, est toujours en mouvement, même à l’arrêt, il tangue, il y a toujours un léger roulis. Le bateau est beaucoup plus propice à vivre un culte. Dieu ne nous a jamais demandé de nous installer, de lui construire un temple, Dieu est un Dieu Nomade. Il est toujours en mouvement. Que ce soit avec Abraham et Sarah, avec les Hébreux durant l’exode, Jésus dans son ministère qui ne tient pas en place, ou encore avec l’apôtre Paul qui voyage dans toute l’Europe. Oui, notre Dieu est un Dieu qui bouge.

Quand le roi David a eu l’idée de lui construire un temple, Dieu n’a pas été fan. La tente de la rencontre, dans laquelle il avait traversé le désert lui allait très bien. Dieu n’aime pas trop qu’on le phagocyte.

Alors ce matin, Dieu doit être content, sur ce bateau. Jésus aussi d’ailleurs, ça doit lui rappeler bons souvenirs. Alors qu’il était avec nous sur cette terre, Jésus s’est souvent déplacé en bateau. Il avait le pied marin. Il était tellement en confiance dans une barque, qu’une fois, il dormait paisiblement en fond de cale, la tête sur un coussin, alors que ses disciples luttaient contre la tempête.

La Bible contient plusieurs récits avec des bateaux. J’ai choisi ce matin de prendre les deux plus célèbres : 

  • L’arche de Noé
  • La pêche miraculeuse

Des récits qu’on connaît par cœur. Des histoires que notre grand-maman nous racontait alors qu’on était assis sur ses genoux, des histoires qu’on a entendues au culte de l’enfance, au KT. Des histoires que nous-même avons racontées à nos enfants, nos petits-enfants. Les récits de Noé et de la pêche miraculeuse font partie de notre patrimoine, de notre mémoire. Ce matin, je pouvais difficilement passer à côté.

Noé

L’histoire de Noé finit bien mieux qu’elle ne commence. Au début, de l’histoire, on a affaire à un Dieu qui veut détruire la terre et tout ce qui l’habite. Dieu est amer, il est en colère contre le mal, contre les hommes. La fin de l’histoire nous présente un Dieu tout autre, il se repent. Il promet à Noé que plus jamais il ne détruira la terre. Il fait alliance. C’est comme une nouvelle Création. On connaît la première création avec Adam et Eve. Cette création-là a été ensevelie sous les flots. Avec Noé, sa famille et tous les animaux qui sortent de l’arche, Dieu recommence quelque chose de neuf. Il fait même une promesse : Plus jamais, dit-il, je ne détruirai la terre et ce qui y vit ». Plus jamais. Je le promets. Et comme nous, Dieu a parfois besoin d’un signe, alors il met son arc dans le ciel. Pour se souvenir.

Quand il y a un bel orage sur le lac, que le ciel est noir, qu’il tonne, que les éclairent zèbrent le ciel. Après, il arrive qu’un bel arc-en-ciel succède à cette fureur et nous offre du repos, de la paix. C’est ce que Dieu désire nous offrir aujourd’hui, du repos, de la paix.

L’arche de Noé a sauvé une parcelle de La Création :  Une famille, des couples d’animaux. Qui n’as pas son livre d’enfant à la maison, ou son arche Playmobil ? … avec ces éléphants, ces lions, ces canards, ces lapins, ces girafes qui montent deux par deux dans l’arche.

Le baptême

Ce n’est pas pour rien si l’apôtre Pierre a repris cette image de l’arche pour nous parler du baptême. Le baptême nous sauve de la même manière aujourd’hui, dit l’apôtre. Et il ajoute, oui, le baptême nous sauve parce que Jésus s’est relevé de la mort.

Comme les animaux ont répondu à l’appel de Noé et sont montés dans l’arche, nos sommes appelés à répondre à l’appel de Dieu. C’est aussi une vie nouvelle qui nous attend. Comme l’arc-en-ciel, le baptême est signe de l’alliance entre Dieu et nous. Dieu s’engage envers nous, de la même manière que nous nous engageons pour lui.

La pêche miraculeuse

Notre engagement ne va pas de soi. Ce n'est pas facile. L’apôtre Pierre, encore lui, était pêcheur. Il avait pêché toute la nuit sans rien prendre, et on le retrouve le matin en train de laver ses filets sur la rive du lac.

Jésus s’approche, et demande à Pierre de s’éloigner un peu du bord. Jésus monte avec lui dans la barque et enseigne les foules. Pierre est bonne pâte, je trouve. Il a autre chose à faire que mettre sa barque à disposition de cet étranger qui tombe du ciel. Et pourtant.

La suite est encore plus étonnante. Jésus lui demande d’aller au large et de jeter ses filets. Après une hésitation, Pierre obéit. Sur ta parole, je jetterai le filet, dit-il à Jésus. Envers et contre tout, Pierre fait confiance. 

Avant que la pêche devienne miraculeuse, il y a eu de l’obéissance, de la confiance. 

Dans beaucoup de nos entreprises, l’obéissance, la confiance précèdent les fruits du travail.

Pour ce 200e anniversaire de l’Abbaye de St-Prex, j’imagine qu’il y a eu également du travail. Le Conseil a passablement changé. Il vous a fallu renaître, reconstruire sur des bases nouvelles. C’est un peu comme si vous sortiez de l’arche, pour habiter une nouvelle terre. A l’image du baptême, ça vous a demandé de l’engagement. Vous avez mouillé vos chemises. Il y a eu de l’obéissance, du respect et de la confiance.

Fête

Et aujourd’hui, c’est la fête !

Imaginez les animaux qui sortent de l’arche, vous pensez qu’ils sont sortis aussi sagement qu’ils étaient entrés ? après tous ces mois enfermés dans quelques mètres carrés. Vous avez déjà vu des modzons ou des vaches vivre leur première sortie au pâturage après l’hiver ? Ils courent, ils sautent, ils traversent le champ à toute vitesse. Ils sont ivres de joie.

Après un baptême, c’est un peu la même chose. La même joie nous habite, on n’est plus les mêmes. Ça ne se voit pas forcément quand on baptise des bébés. Mais lorsque des jeunes ou des adultes reçoivent le baptême, leur vie n’est plus la même. Ils rayonnent, ils témoignent, ils partagent leur joie.

Lorsque Pierre et ses amis, dans leurs barques, n’arrivaient plus remonter leurs filets tant ils étaient pleins de poissons. Au-delà de l’incrédulité, de la surprise, j’imagine leur joie, leur transformation. Ce n'étaient plus les mêmes personnes. Ils étaient prêts, eux aussi, à faire des miracles.

À vous, les organisateurs de ce 200e. Ce week-end, c’est la sortie de l’arche, c’est la pêche miraculeuse ! C’est l’aboutissement de toute une année, des hauts, des bas, des questions, des coups de blues, des ras-le-bol, des bonnes surprises aussi, des aides inattendues. Vous avez fait des miracles. Et aujourd’hui, c’est le baptême, une vie nouvelle, de la joie. 

Ce bateau sur lequel nous nous tenons ce matin, c’est l’arche de Noé, c’est la barque de Pierre. Dieu nous offre son alliance, son abondance et sa joie. Que la fête soit belle !

Prière d'intercession

Seigneur, 

Nous te prions pour nos villages, pour leurs autorités.
Nous te prions pour toutes les sociétés qui nous rassemblent, 
telle la « Concasseuse » et l’Abbaye de St-Prex.

Nous te prions pour notre pays, pour celles et ceux qui travaillent la terre,
nos paysans, nos vignerons, nos arboriculteurs, nos maraîchers.
Aide-nous à respecter notre planète et fais tomber la pluie
afin que la terre puisse à nouveau être source de vie.

Nous te prions pour notre monde,
Pour les hommes, les femmes, les enfants sur les chemins de l’exil
Donne amour et discernement à nos puissants.
Aide-nous à partager ta paix auprès comme au loin.

Comme tu l’as fait avec l’apôtre Pierre,
Viens t’asseoir dans notre barque, emmène-nous au large,
Donne-nous le courage de faire confiance à ta parole.
Tu nous offres ton Alliance, et tu nous la rappelles
chaque fois que ton arc colore le ciel.

Seigneur, en ce jour de fête,
ton Esprit souffle au milieu de nous comme le vent du large.
Qu’il renouvelle notre obéissance, notre confiance,
pour que ta joie, notre joie, soit parfaite.

Amen

Olivier Rosselet

Lectures : Genèse 11,1-9 ; Néhémie 2,1-18 ; Matthieu 28,16-20

Intro Néhémie

Il y a une trentaine d’année (1999), j’étais au Sud du Cameroun avec une équipe de jeunes. Nous construisions les fondations d’une église au milieu de la forêt tropicale. Durant 3 semaines, chaque matin, nous prenions un temps de recueillement. La Ligue pour la lecture de la Bible nous proposait de suivre le livre de Néhémie. Cela tombait très bien, car Néhémie est la personne qui a reconstruit Jérusalem après l’exil du peuple d’Israël à Babylone. Néhémie était haut fonctionnaire du roi de Perse Artaxerxes. Voyant que Jérusalem peinait à renaître de ses cendres, Néhémie a demandé au roi l’autorisation d’aller sur place pour reconstruire Jérusalem. Avec les jeunes, nous construisions une église, et Néhémie relevait les remparts de Jérusalem. Nous n’avions pas trop de peine à nous mettre à sa place, le texte biblique rejoignait vraiment les jeunes.

Plus récemment, au début de la nouvelle législature de notre Église en 2024, départ du projet Église 29, Vincent Guyaz, président du Conseil synodal, apportait au synode, une stimulation issue du livre de Néhémie. Le pasteur relevait que les livres d’Esdras et Néhémie avaient été un seul livre qui avait été partagé en deux après coup. Esdras, c’est le prêtre, c’est celui qui va relire les Écritures, réinstaurer une foi vivante au sein du peuple. Néhémie, c’est le laïc qui va permettre au peuple de retrouver son identité et la confiance en reconstruisant les remparts de la ville.

Plus récemment encore, cet été, alors que j’étais en vacances en Haute-Savoie, je suis allé à la messe à la Chartreuse du Reposoir. Le prêtre a évoqué l’encyclique du pape Léon XIV, sortie en mai cette année. Le pape nous demande de faire attention à la manière dont nous construisons l’Église. Érigeons-nous une nouvelle tour de Babel ou bâtissons-nous la cité de Dieu à l’image de Néhémie ? Cette question m’a interpelé, et ni une ni deux, j’ai acheté l’encyclique à la Chartreuse. Ce livre a été une de mes lectures de vacances. C’est bien la première fois que je lis une encyclique en vacances, mais c’était passionnant !

Voilà, du Cameroun, en passant par le Synode, la Chartreuse et l’encyclique, j’ai choisi ce matin de vous parler de Néhémie. Néhémie a des choses à nous dire, sur la façon de bâtir Eglise 29, mais aussi sur la manière dont nous construisons notre vie.

Un laïc

Néhémie, n’est ni un prêtre, ni un prophète, c’est un laïc. Comme gouverneur, il a des responsabilités importantes, il sait gérer un projet et le mener à bien. Il a l’habitude aussi de diriger des personnes, de déléguer. Il sent les choses, il les voit et prend ses décisions en conséquence. 

Cela fait cinq ans que Jérusalem a recommencé sa construction. Mais rien ne bouge. Alors Néhémie se porte volontaire pour aller sur place à Jérusalem et diriger les travaux. Artaxerxés, roi de Perse, le nomme gouverneur et lui donne tout ce dont il a besoin.

Construire Ensemble

Sur les 13 chapitres que compte le livre de Néhémie, quatre (§3, §7, §11, §12) sont une longue liste de noms de personnes. Des Juifs de retour de Babylone pour participer à l’énorme chantier de reconstruction de leur capitale, des Juifs revenu habiter à Jérusalem.

La reconstruction n’est pas l’affaire que d’un seul homme, ni celle d’une élite. Tout le monde participe avec ses charismes, ses capacités, ses forces, ses faiblesses, sa richesse, sa personne et ses convictions. La ville rebâtie ne sera pas le résultat d’une construction de quelques élus, mais le fruit de tous : hommes, femmes et enfants, riches et pauvres, jeunes et vieux, religieux et laïcs. La nouvelle Jérusalem, c’est l’affaire de tous !

Tout le contraire de la Tour de Babel. Un projet orgueilleux, qui ne favorise pas ce qu’il y a de bon dans l’être humain. Au contraire, ce projet permet à l’humain d’assouvir sa volonté de puissance, de maitrise de bout en bout, son besoin de tout gérer seul, de ne devoir rien à personne, et encore moins à Dieu. Babel, c’est l’homme à l’envers, ce n’est pas l’homme à l’image de Dieu, mais l’homme qui s’en détourne.

Le pape Léon XIV le dit de la manière suivante : Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque. D’en faire un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. L’humanité court le risque de perdre son visage. (Encyclique, intro p. 7)

Résister

L’apôtre Paul est conscient du danger qui nous guette. Dans sa lettre aux Corinthiens, il écrit : Que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit (I Cor 3.10) .

Du temps de Néhémie, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Tout le monde n’est pas d’accord. Des oppositions fortes cherchent à enrayer le processus de reconstruction, à diviser, à garder certains privilèges. 

Les ouvriers sur les murailles ont dans une main la truelle et dans l’autre une lance, nous dit la Bible (Neh 4.11). Ils doivent résister, se défendre contre ceux qui veulent détruire.

La tentation est toujours forte de se construire une tour de Babel plutôt qu’une nouvelle Jérusalem. Demandons à Dieu de nous préserver de cette tentation de toute puissance. Que l’Esprit Saint fasse de nous des artisans de paix, des bâtisseurs d’amour (St-François d’Assise).

Pour que notre construction résiste à la tentation, construisons sur la pierre d’angle. C’est la pierre d’angle qui fait la solidité de la maison. Cette pierre d’angle, nous la connaissons, c’est Jésus-Christ. Regardez, dit Dieu, j’ai choisi une pierre précieuse et je la pose dans Sion comme pierre principale. Celui qui s’appuie sur elle ne sera pas déçu (I Pierre 2.6). Notre personne est à l’image d’une construction, nous sommes des pierres vivantes, nous sommes le temple du St-Esprit (I Pierre 2.5). Appuyons-nous sur la pierre d’angle, Jésus-Christ.

Prière

Néhémie avant d’entreprendre quoi que ce soit, avant même de s’adresser au roi Artaxerxes, Néhémie jeûne et prie. Il intercède pour son peuple. Par la suite, il accompagne les différentes étapes de la reconstruction par la prière. Celle-ci manifeste d’ailleurs souvent les tensions, les hésitations, le découragement, la colère qu’il éprouve lui-même face aux enjeux. C’est une prière vraie qui ne cache rien de ses faiblesses. Quand Néhémie se sent menacé, il en appelle à Dieu, il exprime son besoin d’être fortifié. Sa prière lui donne la force de continuer.

Le peuple, lui aussi, est engagé dans la prière, elle fait partie de la résistance au même titre que la lance que chaque ouvrier tient dans sa main. Le peuple reconstruit Jérusalem, et non pas Babel.

Dans le cadre d’Église 29, un groupe de prière se met en place. Il se réunira dès la rentrée, le 1er mercredi du mois de 19h à 20h à Lussy. Libre à chacune et chacun d’y participer et prier pour notre future paroisse.

Nouvelle Jérusalem

L’image de la reconstruction de Jérusalem évoque la promesse du Nouveau Testament, celle de la ville sainte qui nous est donnée. Dans l’Apocalypse, la nouvelle Jérusalem descend vers nous comme un don pour tout le peuple de Dieu, comme une épouse parée pour son époux dit la Bible (Ap 21.2). 

Jésus aussi nous envoie pour construire, pour construire son Église. 

Le prophète Néhémie disait :  « Allons et bâtissons ! ».

Aujourd’hui, Jésus nous dit :  « Allez et baptisez ! ».

Olivier Rosselet

Lectures : Esaïe 55,10-11 ; 1 Pierre 1,22-25 ; Matthieu 13,10-16

La sécheresse

« La pluie et la neige tombent du ciel. Elles n’y retournent pas sans produire un résultat : elles arrosent la terre, elles la rendent fertile et font pousser les graines. Ainsi, elles donnent des graines à semer et de la nourriture à manger. » (Esaïe 55,10)

On aimerait bien voir tomber cette eau – peut-être pas la neige, mais de la pluie ne ferait vraiment pas de mal, s’avère nécessaire. 

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai particulièrement été interpellé par l’incendie des champs de blés de ces dernières semaines, pas loin d’ici à Denens d’ailleurs, mais ailleurs dans le canton aussi, ayant à l’esprit les importants feux de forêt qui, en France, dévastent les Pyrénées-Orientales, la Drôme – mais aussi en Bretagne, en Savoie et ailleurs encore. Au total 7,800 hectares de forêts ont été ravagées par les flammes en France (c’étaient les informations de mercredi). Ça, c'est pour le plus spectaculaire, mais la sécheresse fait évidemment d’autres ravages – que je n’ai pas besoin de rappeler ici.

Dans ces moments, on reprend peut-être conscience de notre fragilité, de la vitesse à laquelle les choses peuvent basculer. On se questionne peut-être aussi sur notre part de responsabilité – que l’on pense au changement climatique en général, ou plus spécifiquement à ce que nous faisons de nos champs et de notre eau dans notre région.

Cette manière de poser les enjeux n’est pas si étrangère à la « Parole de Dieu » telle que la Bible en parle. En effet, c’est bien dans un contexte de crise existentielle, de remise en question radicale, que se développe un regard, une manière de voir les choses, qui s’appuient sur la « Parole de Dieu ».

Avant d’en dire plus, j’aimerais dire comment elle nous concerne la Parole de Dieu – et pourquoi je fais une prédication sur ce sujet.

La Parole de Dieu comme boussole

Pour les protestants, la Parole de Dieu, c’est ce qui est censé nous orienter – par sa Parole, Dieu nous enseigne, il nous ouvre les yeux et les oreilles sur la réalité. Il nous indique le nord. Mais en vérité, c'est plus que ça : la Parole de Dieu transforme le monde – comme la pluie qui fait pousser les champs. 

Mais le deuxième aspect, c’est que c’est nous qui sommes aujourd’hui porteurs et porteuses de cette Parole – nous, c'est-à-dire le corps du Christ vivant sur terre, cette assemblée convoquée par Dieu pour prolonger la résonance de sa Parole dans le monde.

La Parole c’est à la fois un don que Dieu nous fait – c’est aussi une responsabilité qui nous revient. Non pas de faire exister la Parole de Dieu – mais bien de témoigner de cette Parole, de son existence.

Il me semble important aujourd’hui de revenir à cette dimension fondamentale de notre existence – existence croyante, ecclésiale, chrétienne – à cause des défis auxquels nous devons faire face collectivement, aussi un peu à cause du processus de refonte qu’est Église29. 

Donc voici pour les principes. Mais qu’est-ce que c’est cette Parole maintenant ? Qu’est-ce qu’on veut exactement dire par là ? Je vais prendre maintenant le temps de revoir cela en détail avec vous.

Les prophètes

C’est dans les prophètes de l’Ancien Testament qu’on trouve les racines de ce qu’est la Parole de Dieu pour nous chrétiens.

La Parole de Dieu ce sont avant tout ces mots qui ont été prononcés par des prophètes : des mots qu’ils ont adressés aux dirigeants d’Israël, ainsi qu’au peuple dans son ensemble. Des personnes qui, après réflexions, expériences et inspirations – peut-être aussi avec une part d’expériences mystiques et extatiques – prennent le risque de porter une Parole qui vient de Dieu et de la communiquer aux responsables politiques et au grand publique.

La parole des prophètes est souvent en concurrence ou en conflit avec celles d’autres groupes et autorités : prêtres, rois et autres devins prétendent aussi à un accès à la parole. L’enjeu est commun : il s’agit d’orienter la vie collective, en fonction de la parole des divinités – de Dieu – cette parole qui, dans l’orient ancien, maintient le monde dans l’existence. C’est la parole des divinités qui fait exister le monde. Et donc s’orienter sur cette parole est un enjeu fondamental si l’on veut exister comme peuple, comme état, comme groupe.

La mise par écrit des prophètes

D’habitude, la parole des prophètes est surtout une performance immédiate, orale, sur la place publique – mais avec l’Ancien Testament, on voit une tradition qui compile, met par écrit, rassemble et actualise des textes. Pourquoi ? 

Parce qu’ils ont découvert dans ces paroles de prophètes une force qui orientent leur vie – une force qui ne se lie justement pas à la caste des prêtres, ou des rois, mais qui se maintient de manière indépendante – jusqu’à ce que, plusieurs siècles après, les paroles du prophète continuent à éclairer l’existence actuelle du peuple. En relisant les paroles des prophètes anciens à la lumière des événements présents, le monde s’éclaire – et la Parole de Dieu devient à nouveau audible.

Ce sont d’abord des paroles de promesses, d’engagements – d’encouragements.

« Le peuple qui marche dans la nuit, voit une grande lumière. Pour celles et ceux qui vivent dans le pays de l’obscurité, une lumière se met à briller. Seigneur, tu les inondes de bonheur, tu fais grandir leur joie. Ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant les récoltes. » (Ésaïe 9,1-2)

Dans ce cas, c’est une parole qui est dite alors que la menace assyrienne pèse sur le royaume. Alors que la situation est incertaine, précaire, insécurisée. C’est une parole d’espérance, qui porte dans la souffrance, qui annonce la vie.

Les paroles ce sont aussi des paroles de jugements, qui indiquent les impasses des comportements et politiques actuelles. « Oui, la méchanceté brûle comme un feu qui dévore les épines de toutes sortes. Il gagne les buissons de la forêt et fait monter vers le ciel des colonnes de fumées. » (Ésaïe 9,17)

Ici, c’est une parole tranchante, qui démasque et dévoile ce qui ne va pas, les causes de l’injustice et de la souffrance – qui offre une interprétation de la crise, en appelant au changement. Et là où le changement n’a pas lieu, le feu continue de se répandre.

« À cause de la colère du Seigneur de l’univers, le pays est en flammes. On dit que le feu dévore le peuple. Personne n’a pitié de son frère. Les gens déchirent à droite et ils ont encore faim. Ils dévorent à gauche et ils ne sont pas rassasiés. Chacun s’attaque à son prochain. » (Ésaïe 9,18)

Des paroles qui sont promesses qui nourrit l’espérance et jugement qui appelle à la conversion, à un repositionnement actif. Des paroles qui transforment celles et ceux qui les entendent.

La parole dans la chair

Donc les mots de ces prophètes ont été mis par écrit. Mais avec Jésus, c’est encore une étape supplémentaire qui est franchie : cette parole n’est plus seulement écrite, elle est devenue une vie humaine, concrète. La Parole de Dieu se présente à nous dans l’histoire de cette personne – dans ce qu’elle enseigne d’une part, mais aussi dans ce qu’elle fait, dans ce qu’elle vit et dans ce qu’elle subit.

C’est le constat qu’on fait les premiers chrétiens, à la suite de la mort et de la résurrection de Jésus : il y a une concordance, une résonance forte, entre la parole des prophètes, telle qu’elle a été retenue et mise par écrit, et la vie de cet homme. Les promesses et le jugement que l’on vit à l’écoute des paroles des prophètes, on le vit dans la rencontre de cette personne et la découverte de son histoire. 

Entendre la Parole ce n’est donc pas uniquement écouter des prophètes, lire leurs écrits : c’est écouter cette personne et s’exposer à son histoire. La Parole, ce ne sont pas uniquement des mots : c’est une vie concrète, singulière et unique. C’est cette vie qu’il s’agit d’écouter, d’entendre, de percevoir.

La Parole dans le corps du Christ

Et il faut encore faire un pas de plus : non seulement la Parole est cet homme, Jésus. Mais à partir de lui, les chrétiens et les chrétiennes deviennent celles et ceux qui, comme corps du Christ vivant, exposent leur propre vie au monde afin qu’il entende la Parole de Dieu. Nous sommes, dans nos vies, dans ce que nous faisons, disons et subissons, les porteurs de la Parole du Dieu vivant dans le monde.

Non pas moi qui vous parle maintenant, mais vous, vous qui êtes assis, là, à m’écouter parler depuis maintenant bien trop longtemps.

J’ai commencé en évoquant la sécheresse et les incendies. Le manque d’eau. C’est un aspect des crises que nous traversons. Il y en a d’autres.

C’est bien dans ce contexte que nous avons à porter la Parole dans le monde, par notre vie – pas uniquement par nos discours, ou par nos actes, mais par notre vie dans son ensemble. Et nous avons à le faire sans nous faire d’illusion : la parole que nous portons, et notre vie elle-même, sera contestée. Elle ne mettra pas tout le monde d’accord. 

Mais ce n’est pas l’enjeu : l’enjeu est que notre vie soit porteuse de cette parole. 

Parole de jugement : oui, nous nous effondrerons sous le poids des injustices et du mal que nous continuons à propager.

Parole de promesse – « oui, je serai avec vous jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20).

Amen

Pensée du jour

[…] des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation. (Apocalypse 5.6-14 "v. 9 b")

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