Nos églises, des jardins à retrouver
Et si nos églises étaient, depuis toujours, des jardins de pierre ? Leur architecture raconte une foi où création, espérance et Evangile se rejoignent, et nous invite à laisser cette espérance façonner notre manière de faire Eglise et d’habiter la création.
Avec l’été, peut-être avez-vous pris le temps de visiter une église ou une cathédrale, ou simplement d’y trouver un peu de fraîcheur. Quelques instants assis sur un banc, le regard levé vers les voûtes, à contempler ce que les pierres racontent. Car entrer dans certaines églises romanes ou entrer dans une cathédrale de style gothique, c’est bien plus que pénétrer dans un bâtiment : c’est entrer dans un jardin.
Les bâtisseurs du Moyen Age ne cherchaient pas seulement à élever de hauts murs ; ils voulaient raconter la foi. Les colonnes s’élancent comme les troncs d’une forêt, leurs chapiteaux se couvrent de feuilles et de fleurs, les voûtes déploient une véritable canopée de pierres, tandis que les vitraux inondent l’espace d’une lumière aux couleurs de la création. Au cœur de ce jardin retrouvé se dresse la croix du Christ, nouvel Arbre de Vie offert à toute l’humanité.
Nos ancêtres ont inscrit cette conviction dans la pierre. Gaudi, dans sa cathédrale végétale de la Sagrada Familia à Barcelone, nous le rappelle. Mais aujourd’hui, les bouleversements climatiques, l’effondrement de la biodiversité et les interrogations qu’ils suscitent nous invitent à redécouvrir le lien entre notre espérance chrétienne et notre responsabilité envers la création. Plusieurs paroisses se sont d’ores et déjà aujourd’hui engagées dans la démarche Eco-Eglise.
D’une certaine manière, les cathédrales étaient déjà des bâtiments « EcoEglise ». Non parce qu’elles étaient bas carbone au sens où nous l’entendons aujourd’hui, mais parce que toute leur architecture enseignait que l’être humain habite une création vivante reçue de Dieu. La question qui nous est désormais posée est simple : comment traduire aujourd’hui cette même conviction dans notre manière d’habiter nos églises et de faire Eglise ?
Réduire notre consommation d’énergie, choisir un chauffage sans énergies fossiles, favoriser la biodiversité autour de nos bâtiments ou réfléchir à un usage plus sobre de nos ressources ne détourne pas l’Eglise de sa mission. Au contraire, cela lui donne une expression nouvelle, dans la continuité de cette théologie de la création déjà inscrite dans nos édifices.
Car la Bible ne commence pas seulement dans un jardin ; elle s’achève aussi auprès d’un fleuve, sous l’ombre d’un arbre dont les fruits nourrissent et dont les feuilles guérissent. Entre l’Eden de la Genèse et la cité nouvelle de l’Apocalypse, où l’Arbre de Vie porte des fruits pour la guérison des nations, se déploie toute l’histoire du Salut. Au centre de cette histoire se dresse la croix du Christ, nouvel Arbre de Vie, signe que Dieu ne renonce jamais à sa création, mais travaille à sa réconciliation.
Prendre soin de la création, ce n’est pas regarder en arrière avec le regret d’un Eden perdu. C’est tourner notre regard vers l’horizon de Dieu et accueillir, dès aujourd’hui, les prémices du Royaume qui vient. Nos actions ne prétendent pas sauver le monde ; elles témoignent de notre confiance en celui qui le renouvelle et elles rendent visible l’espérance qui nous habite.
Peut-être sommes-nous ainsi appelés à redécouvrir que nos églises sont des lieux où le soin de la création devient visible ? Annoncer l’Evangile, c’est aussi apprendre à habiter le jardin que Dieu nous confie. En ce domaine également, l’Eglise est appelée à être prophétique et pionnière. Dans ce sens, le mois de septembre chaque année, nous invite à vivre en paroisse le temps de la Création. Cet événement œcuménique mondial invite les chrétiens et les chrétiennes à prier et agir pour l’écologie.
Portée par ces réflexions et élans, notre Région 8 proposera, dès cette rentrée 2026, un parcours KT Eco-Eglise. Les jeunes de 9e et 10e années qui suivent le catéchisme (KT 9-10) seront invités à créer un jardin et un chemin de prière à l’ombre d’un clocher. Un projet concret pour redire que l’espérance chrétienne est celle d’une création réconciliée, où toute la richesse du vivant trouve sa place.
Cet article est signé par Amaury Charras, pasteur dans la paroisse de Payerne - Corcelles - Ressudens.
Retrouvez-le en Une du cahier régional, dans le journal Réformés de septembre 2026, en page 29
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