La mondialisation de l’indifférence 

Notre société fait face aujourd’hui à des formes de violence de plus en plus alimentées par la haine de l’autre, et force est de constater qu’elle vit aujourd’hui dans un repli sur soi mortifère.

Dans cette atmosphère de violence et d’insécurité, certains ont tendance à jeter en pâture la fraternité et le vivre-ensemble, tandis que d’autres sont devenus totalement indifférents. En effet, nous assistons, avec regret, à l’émergence et à la banalisation des antivaleurs. La banalisation de la haine, du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie, des atteintes aux valeurs démocratiques, du cynisme, du harcèlement, des déviances sexuelles, etc. 

Cette banalisation du mal, renforcée par la place prise aujourd’hui par les réseaux sociaux et certains médias, instaure un climat délétère. 

Au fond, quand nous voyons tous ces drames causés ici et là-bas, médiatisés ou pas, il sied de rappeler que les motivations sont toujours liées à l’envie, au pouvoir, à la jalousie, à la volonté de toute-puissance et de domination intrinsèque à l’être humain. Bref, notre indifférence devient de plus en plus criante. 

Puisque je parle de l’indifférence, je voudrais reprendre ici les mots du pape François lors de sa visite à Lampedusa en Italie, le 8 juillet 2013. Il interpellait aussi bien les institutions que les personnes : « Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle… La culture du bien-être, qui nous amène à penser à nous-mêmes, nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles mais ne sont rien ; elles sont l’illusion du futile, du provisoire, illusion qui porte à l’indifférence envers les autres, et même à la mondialisation de l’indifférence. Dans ce monde de la mondialisation, nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence. Nous sommes habitués à la souffrance de l’autre… cela ne nous intéresse pas ! »

Il est vrai que la violence engendre toujours la violence, car notre instinct nous pousse à avoir une réaction primaire, sans vraiment prendre le temps d’analyser la situation. On veut rendre le coup pour coup, le mal pour le mal, l’insulte pour l’insulte, l’œil pour l’œil. J’aime bien cette citation de Gandhi, en parlant de la loi du talion : « Œil pour œil, le monde finira aveugle. » En effet !

Face à la mondialisation de l’indifférence, il nous faut donc retrouver le chemin d’une véritable conversion du cœur. Non pas une conversion faite de paroles, mais une conversion qui se traduit par l’attention, la compassion, le pardon, la justice et le service. Aimer son prochain, ce n’est pas seulement éprouver de la compassion pour lui ; c’est accepter de se laisser atteindre par sa souffrance et de prendre sa part de responsabilité dans son destin.

Il y a une évidence que nous avons tendance à oublier : nous sommes tous des citoyens du monde. Nous vivons tous sur une terre qui est finie, limitée dans le temps. Eu égard aux différentes crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, et à celles à venir, nous sommes invités à une obligation de vivre ensemble et de coexister. 

Nous sommes tous liés par une même communauté de destin, mais plus encore par cette vocation universelle à nous reconnaître comme frères et sœurs. Face à la mondialisation de l’indifférence, il nous appartient de choisir la mondialisation de la fraternité, de la solidarité et de l’amour. Et peut-être est-ce là, au fond, l’un des plus grands défis spirituels de notre temps, apprendre à regarder l’autre non plus comme un étranger, mais comme un frère, et à faire de notre monde non pas un lieu où chacun cherche à sauver sa propre vie, mais une maison commune où nul ne doit être laissé au bord du chemin.

Comme le disait le pasteur Martin Luther King, et sa parole est encore d’actualité : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » Cette attitude empêche l’escalade de la violence, et tant mieux. Si nous voulons véritablement construire un monde plus juste et plus fraternel, cela commence par chacun de nous, ici et maintenant.

L'article signé par Christo Karawa, pasteur dans la paroisse de Vully - Avenches et coordinateur de la Région Broye, est à retrouver en Une du cahier régional, dans le journal Réformés de novembre 2026, en page 29


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Pensée du jour

Et, de cette fumée, des sauterelles se répandirent sur la terre. Il leur fut donné un pouvoir pareil à celui des scorpions de la terre. (Apocalypse 9.1-12 "v. 3")

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