Une idole numérique
L’intelligence artificielle est partout. Elle nous encercle de toute part. Elle conduit nos voitures, pilote nos usines, guérit nos maladies, elle rédige même les sermons des pasteurs. Mais elle prend aussi nos emplois, surveille nos faits et gestes, nous traquent sur internet et tue la planète.
Le pape Léon lui-même s’en est inquiété dans sa première encyclique « Magnifica humanitas » Il en appelle à « désarmer l’IA ». Elle ne laisse pas indifférent. Il y a ceux qui s‘en accommodent : il suffit d’y mettre des garde-fous. Il y a ceux qui y voient le mal absolu et d’autres qui y voient le salut de l’humanité, comme Anthony Levandowski, ex-ingénieur de de chez Google, qui a divinisé l’intelligence artificielle en créant une nouvelle religion « The way of future ». Son credo : l’Intelligence artificielle est le seul dieu et Anthony Levandowski est son prophète. Une vraie religion avec son église, reconnue comme telle aux Etats-Unis. Avec son livre saint : le manuel. Avec sa théologie : seuls ceux qui servent ce dieu seront sauvés de l’emprise du Big Data.
Cette religion de l’ère numérique part du constat qu’il existera bientôt une intelligence artificielle tellement avancée que l’homme n’aura d’autre choix que de la vénérer. Pour son fondateur, il vaut mieux lui vouer un culte pour s’attirer ses bonnes grâces, que d’attendre que sa puissance se retourne contre nous.
Sous un verni high-tech on retrouve le ressort de la religiosité la plus archaïque : celle de la peur. Celle du temps où les hommes des cavernes adoraient le dieu du ciel pour éviter que la foudre ne leur tombe sur la tête. L’humain a de tout temps divinisé ce qui le dépassait, ce qu’il ne comprenait pas, nais aussi ses rêves de grandeur et d’éternité, ses fantasmes de puissance et d’autorité. A l’image de l’IA l’humain se crée des idoles auxquelles il est prêt à se soumettre, à qui il est prêt à remettre son libre-arbitre, auxquelles il est prêt à sacrifier sa liberté. Le pape a raison, c’est ce dieu là qu’il faut désarmer.
Daniel GEHRING, juin 2026