d'Eugène Delacroix
Une révolution intérieure
La gloire est éphémère et le succès fragile. Les politiciens, les sportifs ou les artistes en font la cruelle expérience. L’opinion publique est versatile. Le peuple rejettera demain celui qu’il fête aujourd’hui. C’est ce que nous rappelle le récit de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, épisode de la vie du Christ dont les Chrétiens se souviennent le dimanche des Rameaux.
Jésus est accueilli en héros. Sa réputation l’a précédé. Après trois années passées à arpenter la Galilée, guérissant les malades, enseignant les foules, accomplissant des signes et des prodiges, il est enfin reconnu. C’est la gloire. On acclame le guérisseur. On vénère le prophète. On applaudit le libérateur. Il porte l’espérance de tout un peuple. On pense qu’il va libérer le pays de l’envahisseur romain. On attend de lui un signe pour que le peuple se soulève.
Quel contraste entre cette foule en délire qui crie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » et cette foule qui hurlera quelques jours plus tard : « Crucifie-le !» Que s’est-il passé pour qu’advienne pareil retournement ? La foule était prête à suivre celui qui voulait renverser l’ordre établi, qui voulait faire des premiers les derniers et des derniers les premiers. Elle n’était pas prête au changement des cœurs.
Le malentendu est immense. Jésus n’est pas venu pour prendre le pouvoir. Il n’est pas venu pour faire la révolution. Il est venu proposer une révolution intérieure, un autre renversement, une metanoïa, littéralement une conversion. Il est facile de hurler avec les loups, de suivre la foule et son prêt à penser. Il est plus difficile de se remettre en question, de se mettre à la place de l’autre, d’entendre son point de vue et de changer soi-même de comportement en suivant la voie étroite du don de soi, de l’humilité et du service à la suite du Christ.
Daniel GEHRING, avril 2026