Rencontre avec Line Dépraz, pasteure à la cathédrale

Du 4 au 30 juin l’exposition «Mettre en lumière l’invisible» sera installée à la cathédrale de Lausanne. Cette exposition résulte d’un partenariat avec la Fondation Surgir et présentera des portraits de «Multiplicatrices», des femmes qui proposent des ressources aux personnes migrantes victimes de violences de genre. Rencontre avec Line Dépraz, pasteure du Ministère de La Cathédrale.

Comment est l’idée de la collaboration avec la Fondation SURGIR est-elle née?

Nous avions espéré collaborer dans le cadre du 750e anniversaire de la cathédrale, mais la richesse du programme ne l’a pas permis. Le projet a donc été repris en 2026.

Quel est le but de l’exposition?

Cette exposition veut donner une place à des femmes issues de la migration dont les voix et les récits de vie sont trop souvent encore marginalisés. Les «Multiplicatrices» sont des femmes issues de l’immigration qui s’impliquent activement dans le programme d’accompagnement et de prévention des violences de genre de Surgir afin d’apporter plus d’outils et de ressources à leur communauté. Leur rôle va bien au-delà de la transmission d’informations: elles créent des espaces de confiance, traduisent et contextualisent des contenus sensibles, accompagnent des personnes en situation de vulnérabilité et contribuent à briser l’isolement auquel sont souvent confrontées les femmes migrantes. Leurs expériences personnelles nourrissent une expertise précieuse, à la fois intime et communautaire.

Comment mettez-vous la question de la lutte contre les violences de genre en lien avec l’Évangile?

Traditionnellement, dans les Églises réformée et catholique, il y a au mois de juin le dimanche des réfugié·e·s. qui fait écho à la journée mondiale des réfugié·e·s le 20 juin. Cette mobilisation veut rendre hommage au courage des personnes ayant fui la violence et la persécution, tout en plaidant pour leur accueil et leur inclusion. En partenariat avec les œuvres d’entraide, c’est aussi une façon de se souvenir que nous sommes toutes et tous «des étrangers et voyageurs sur la terre». La question de l’accueil de l’autre est centrale pour les Églises. Avec elle, la lutte contre toute forme de violences. L’exposition veut visibiliser des femmes actives au quotidien, dans leur communauté, pour défendre le droit de chacune à vivre dignement. Elle veut briser le silence dans lequel les victimes se réfugient trop souvent et transformer les parcours de résilience en leviers de changement social.

En écho à l’exposition des Multiplicatrices, trois cultes déclineront les impératifs de l’accueil inconditionnel, basé sur cette invitation biblique: «Quand un émigré viendra s’installer chez toi, dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas (…) vous le traiterez comme un indigène, comme l’un de vous; tu l’aimeras comme toi-même; car vous-mêmes avez été des émigrés dans le pays d’Égypte».

Que répondez-vous aux personnes qui disent que le travail du féminisme est fait, qu'il faut passer à autre chose?

Si c’était vrai, cela se saurait. Les paroles de Simone de Beauvoir restent hélas d’actualité: «Rien n'est jamais définitivement acquis. Il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question».

Cela dit, je puise mon énergie à remettre l’ouvrage sur le métier chaque jour dans la vie même de Jésus qui n’a jamais cessé d’aller à la rencontre des personnes vulnérables pour leur porter attention et leur témoigner l’amour et la tendresse de Dieu. Tant de personnes manquent aujourd’hui de considération. C’est un devoir éthique d’y remédier par tous les moyens.

Pensée du jour

Il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant ! (Hébreux 10.19-31 "v. 31")

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