Rencontre avec Daisy, multiplicatrice

Du 4 au 30 juin l’exposition «Mettre en lumière l’invisible» sera installée à la cathédrale de Lausanne. Cette exposition résulte d’un partenariat avec la Fondation Surgir et présentera des portraits de «Multiplicatrices», des femmes qui proposent des ressources aux personnes migrantes victimes de violences de genre. Rencontre avec Daisy, Multiplicatrice.

Un élément en particulier vous a-t-il convaincue de devenir Multiplicatrice?

Oui, assister à une séance au sein de l’association Ademag et écouter les témoignages des victimes m’a profondément marquée. J’ai ressenti une forte envie de m’engager en constatant qu’elles ne se sentent pas, ou pas suffisamment, soutenues par le système en place dans le canton. Cela a renforcé ma volonté d’aider des personnes vulnérables et de contribuer, à mon échelle, à leur apporter un soutien plus humain et attentif

Quel est le travail concret d’une Multiplicatrice ? Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans l’exercice de cette fonction?

Le travail concret d’une Multiplicatrice correspond, pour moi, à la manière dont je me définis dans ce rôle. Daisy, la Multiplicatrice, est une femme qui a elle-même vécu des violences et qui met son expérience personnelle, son parcours professionnel, son militantisme et son réseau au service des victimes.

Une Multiplicatrice est là pour soutenir, accompagner et aider les femmes à se revaloriser, à retrouver leur estime de soi et à reprendre confiance. Elle apporte du courage, mais surtout une présence constante, adaptée aux besoins de chaque victime, quelles que soient les raisons.

Elle offre un soutien humain et moral essentiel, et permet aussi à la victime de se sentir comprise, notamment grâce à une proximité d’expérience et, souvent, à une langue commune. Cela facilite l’expression des ressentis, car la barrière de la langue peut être un véritable obstacle lorsqu’il s’agit de mettre des mots sur ce que l’on vit.

Ce qui est le plus compliqué dans cette fonction, c’est la charge émotionnelle, mais aussi ma difficulté à poser des limites. Mon premier réflexe est souvent de vouloir « sauver », car c’est une valeur qui m’habite profondément. Cependant, j’apprends à me rappeler que je ne suis pas une sauveuse, mais une femme qui fait de son mieux avec les moyens dont elle dispose. Trouver cet équilibre entre engagement, empathie et protection de soi reste un défi constant.

Qu'est-ce qui vous touche dans le contact avec ces femmes?

Ce qui me touche particulièrement dans le contact avec ces femmes, c’est leur courage. Il en faut énormément pour supporter des situations de maltraitance, mais encore plus pour trouver la force de sortir de cette spirale de violence.

Ce qui me marque aussi, c’est leur force profonde : cette capacité à tomber, à être brisées, et malgré tout à se relever. C’est une résilience impressionnante, qui force le respect et qui me touche profondément.

L’accès aux personnes migrantes n’est-il pas spécialement complexe?

Non, pas du tout. Nous sommes, d’une certaine manière, toutes et tous des personnes migrantes sur cette planète. Pour ma part, j’ai migré à l’âge de 18 ans dans ce merveilleux pays, et c’est précisément ce parcours qui me permet d’être au cœur de cette réalité complexe.

Cette expérience m’apporte plusieurs avantages : une meilleure compréhension des ressentis des femmes migrantes, la richesse de pouvoir communiquer dans leur langue d’origine, et la capacité de jouer un rôle de médiatrice entre la victime et les différentes institutions, si elle le souhaite.

La compréhension culturelle est également essentielle. Pour le dire simplement, je suis à la fois «de là-bas» et «d’ici», ce qui me permet de créer un lien de confiance et de faciliter l’accompagnement.

Pensée du jour

Il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant ! (Hébreux 10.19-31 "v. 31")

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