L’humanité au cœur des drames

Se trouver aux côtés des personnes qui traversent l’une de pages les plus sombres de leur vie est la mission des membres de l’Equipe de soutien d’urgence du Canton de Vaud. Portrait d’un engagement hors norme.

Les membres de l'Equipe de soutien d'urgence (ESU) du Canton de Vaud agissent sur mandat des « feux bleus », notamment de la police cantonale, en cas d'accidents, de catastrophes, de violences ou de décès brutaux. Pierre Bader, pasteur et pompier de formation, assure la coordination de cette équipe qui soutient les victimes, les témoins ou les proches, qui sont soumis à une forte charge émotionnelle.

« Face à des situations de détresse, nous proposons une présence et un soutien pour permettre aux gens d'exprimer leur souffrance et de mobiliser leurs ressources personnelles », explique celui qui a cofondé ce service il y a plus de vingt ans. Son organisation a été confiée aux deux Eglises historiques reconnues comme institutions de droit public (L’Eglise réformée du canton de Vaud et l’Eglise catholique dans le canton de Vaud).

« Nos interventions sont au service de tous, confessionnellement neutres et dans le respect des convictions de chacun », précise Pierre Bader. Prêts à intervenir 24h/24h, les membres de l’ESU assurent un service de piquet à tour de rôle 365 jours par an. Au total, les équipières et les équipiers de l’ESU interviennent plus de 240 fois par année.

 

 

En région

Isabelle Court et Marc Bovet sont respectivement pasteure et diacre à l’EERV. Marc a rejoint l’ESU il y a de cela 11 ans tandis qu’Isabelle faisait partie de la volée de 2017, après plus de 2 ans de formation. Les 2 ministres, qui résident et exercent dans la Région La Côte reviennent sur cet engagement pas comme les autres.

Quand vous êtes appelés sur le terrain, quel est votre rôle ?
M. B. : Quand le message d'appel retenti, on prend contact avec la centrale d'engagement des feux bleus. L'opérateur nous dit 2 mots de la situation et nous met en contact la patrouille qui se trouve sur place. Pendant le trajet je n'essaie pas d'imaginer la situation en dehors des informations reçues, car une fois sur la place la réalité est souvent différente. Je me répète simplement les infos reçues pour les intégrer. Arrivé sur les lieux, je prends un bref temps d'échange avec les gendarmes avant de rencontrer la famille et les personnes présentes. Avec le temps, on se connait et on fait vraiment équipe ensemble. Dans un moment où la vie bascule et ne sera jamais plus comme avant, je suis là en premier pour écouter et accueillir l'immense tristesse, le désarroi, la colère, l'incompréhension et laisser les réactions fortes s'exprimer. Etre quelqu'un qui est là, qui a du temps pour les personnes concernées en laissant venir petit à petit les questions et parfois en faisant des suggestions et pouvoir trouver ensemble comment mettre « un pied devant l'autre »   pour les jours qui vont suivre. L'important c'est que les personnes ne se retrouvent pas toutes seules, qu'elles puissent être entourées par la famille, les amis proches.   Etre là, pas pour faire à la place des gens mais pour permettre qu'ils découvrent qu'ils ont des ressources même au cœur du drame le plus douloureux. Etre là parfois quand tout bouge dans la maison comme un phare qui reste à un endroit et où les gens peuvent se retrouver.

I. C. : Les personnes qui sont touchées par ces drames sont choquées par ce qui leur arrive. Elles sont un peu comme un boxeur groggy qui vient de recevoir un uppercut d’une grande violence et se retrouvent sonnées et chancelantes. Notre rôle est de leur permettre de reprendre le contrôle et le fil de leurs existences en intégrant la tragédie. Concrètement je cherche avec elles des solutions aux problèmes immédiats qui se posent, je réponds à leurs questions ; je suis là simplement, dans le dialogue ou parfois sans rien dire, présence humaine dans ces situations de chaos où l’humain est broyé.

De quel type de drame parle-t-on ?
I. C. : La plupart du temps, ce sont des décès : suicides, accidents, morts brutales inexpliquées. Nous sommes présents lors de l’annonce de ces décès aux familles. Parfois nous accompagnons également les personnes témoins des accidents qui ont causé ces décès.

M. B. : Dans une grande majorité des situations nous sommes présents avec la patrouille de gendarmerie. Si le décès a eu lieu à domicile nous venons après les gendarmes, en soutien. Il y aussi les lieux d'accidents (route, gare), les braquages, pour les témoins et les personnes impliquées.

Comment faites-vous pour tenir le coup émotionnellement face à tous ces drames ?
M. B. : L'enracinement dans ma foi est ce qui me porte principalement. Avant que la porte ne s'ouvre, et que je fasse l'annonce va chambouler la vie d'une famille, je dis dans mon cœur au Christ : après Toi. Je n'ouvre pas ma bible et ne prie pas avec les gens, mais je sais le Christ présent et je suis au cœur de mon ministère. Après chaque intervention, je prends un temps pour moi en allant marcher un moment. Il y a aussi des temps de supervisions que nous vivons régulièrement avec les équipiers. Nous sommes là ponctuellement dans la vie des gens et nous savons que le relais sera pris par des collègues ou des médecins, suivant le choix des familles.

I. C. : Mon engagement à l’ESU a beaucoup de sens pour moi. Si je devais traduire cela en terme théologique, je dirais que je suis comme les femmes au pied de la croix du Christ le vendredi saint : impuissante à changer le cours des évènements mais là, simplement, pour accompagner celle ou celui qui souffre. Et je vois aussi les personnes se relever et reprendre pied dans leurs vies, ce qui est pour moi la définition de la résurrection.
 

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