L’autre, cet étranger

Dans le livre du Lévitique, nous lisons: «L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été des étrangers au pays d’Égypte» (ch 19,34). C’est dans ce chapitre que se trouve le commandement repris par Jésus: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». Ce passage du Livre du Lévitique est particulièrement fort parce qu’il élargit la notion de «prochain», de «prochaine». Il ne s’agit pas seulement de celles et ceux qui nous ressemblent ou qui appartiennent à notre groupe, mais aussi de la personne «étrangère», qui est différente, extérieure, parfois même perçue comme une menace. Cette prescription met en lumière une exigence éthique radicale: aimer la personne étrangère «comme soi-même », c’est-à-dire avec la même dignité, la même considération que pour soi ou pour un·e proche. Cette exigence se fonde sur la mémoire collective: «car vous avez été étranger·es en Égypte».

Autrement dit, l’expérience passée de vulnérabilité devient la base d’une responsabilité morale envers autrui. Quand Jésus de Nazareth reprend «Tu aimeras ton prochain comme toi-même», il s’inscrit dans cette tradition, et il la pousse encore plus loin, notamment dans des paraboles comme celle du Bon Samaritain, où le «prochain» devient celui qui agit avec compassion, indépendamment des frontières sociales, religieuses ou ethniques. Cet enseignement est subversif pour l’époque. Jésus renverse la question initiale: Qui est mon prochain, ma prochaine? Question qui est une manière de délimiter, de tracer une frontière. Jésus répond en déplaçant complètement le centre de gravité: le prochain, la prochaine, n’est plus une catégorie à identifier, c’est une attitude à adopter. Nous savons bien que cela ne va pas de soi. Faut-il pour autant renoncer à s’y exercer?

Philippe Zannelli

Pensée du jour

Je lui ferai rendre des comptes pour les jours de Baal. (Osée 2.4-15 "v. 15")

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