« Un lieu où l’on peut se sentir vivant »
Dans le cadre de sa formation d’art-thérapeute, Hélène Besse Morand a effectué un stage à la Ruche d’art Riviera à Vevey. Interview.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel et ce qui vous a menée vers l’art-thérapie ?
Je suis ergothérapeute de première formation, spécialisée dans l’accompagnement d’enfants. Après plusieurs années de pratique, j’ai ressenti le besoin d’élargir ma manière d’accompagner, notamment face à des situations de phobie scolaire, sans orienter systématiquement vers un suivi psychologique.
J’ai commencé à intégrer des supports créatifs — carnets, peinture, différents médiums — et cela s’est rapidement imposé comme une évidence. C’est ce qui m’a menée à me former à l’art-thérapie à l’école L’Atelier, à Genève, où je termine actuellement mon cursus, avec l’envie d’intégrer pleinement cette approche dans ma pratique.
En quoi la Ruche d’art Riviera vous a-t-elle semblé être un lieu pertinent pour un stage dans le cadre de votre formation en art-thérapie ?
La Ruche d’art n’est pas à proprement parler un lieu d’art-thérapie, mais elle en porte beaucoup de principes fondamentaux : un cadre sécurisant, bienveillant, non jugeant, ouvert à l’expérimentation. Ce sont précisément les bases sur lesquelles repose une séance d’art-thérapie.
La grande différence, bien sûr, c’est que dans une thérapie, il existe une relation spécifique entre le patient, l’œuvre et le thérapeute, ce qui n’est pas le dispositif de la Ruche d’art Riviera. En revanche, les facilitatrices ont toutes des formations dans l’accompagnement et la relation d’aide et sont garantes de la sécurité du groupe, ce qui est essentiel.
Qu’est-ce que cette expérience vous a permis d’observer ou de comprendre ?
Je crois profondément que notre société fait face à deux grands défis : retrouver du lien social et renouer avec une créativité manuelle. En tant qu’art-thérapeute, je suis convaincue que toucher la matière — peinture, glaise, tissu — est fondamental. Toucher, c’est sentir, et sentir, c’est ressentir. Quand on transforme la matière, on se transforme soi-même un peu aussi. Cela nous reconnecte à quelque chose de très primaire : il n’y a pas besoin de grand-chose pour créer, seulement de la confiance dans nos gestes créateurs.
La Ruche d’art Riviera est un lieu qui permet vraiment de se faire du bien. C’est pour cela que je l’ai choisi pour mon stage : pour observer comment, à l’échelle de la société, un lieu totalement ouvert peut fonctionner. Grâce au cadre sécurisé posé par les facilitatrices, on se confronte à d’autres cultures, d’autres milieux sociaux. C’est un lieu où l’on peut se sentir vivant, où il y a énormément de générosité. Un véritable lieu d’appartenance.
Qu’avez-vous appris lors de ce stage ?
J’ai énormément appris sur le fonctionnement du groupe. J’ai été fascinée par l’entraide spontanée entre les personnes. Il y a une posture d’accueil et d’ouverture partagée, autant chez les participants que chez les facilitatrices. J’ai aussi appris à me positionner dans un groupe, à créer du lien, et à accompagner des personnes qui n’avaient parfois jamais peint de leur vie. Cela peut faire émerger des émotions très intenses, aussi bien de joie et de réussite que des émotions plus inconfortables, comme la frustration ou l’anxiété. C’est pourquoi la présence des facilitatrices est essentielle pour garantir un climat de confiance et de sécurité.
Propos recueillis par Anne Vallelian à retrouver en page 30 du cahier régional du journal Réformés de mars 2026
Service communautaire Présence et solidarité - La Ruche d’art Riviera
Chaque mardi et jeudi, de 14h à 17h, rue de Fribourg 12, Vevey. Matériel à disposition pour peindre, dessiner, créer. Informations au 077 432 64 19 ou 021 331 57 35.
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