« Partager ce trésor découvert » 

À la retraite depuis peu, Anne Lelièvre Martin, pasteure à Blonay–Saint-Légier, revient sur trente-cinq années de ministère. Un parcours atypique, entre France et Suisse, jalonné de rencontres fortes. 

Début février, lorsqu’elle évoque sa retraite imminente, Anne Lelièvre Martin peine encore à réaliser. « Je suis contente, mais je sens aussi que quelque chose se termine. » À l’aube de ce nouveau chapitre, la pasteure accepte de revenir sur un itinéraire singulier. Rien ne prédestinait Anne Lelièvre Martin à devenir pasteure. Issue d’une famille d’intellectuels, plutôt anti-religieuse, elle découvre l’Evangile seule, au fil de ses lectures, pendant ses études de lettres à Paris. « Je n’avais pas fait de catéchisme, je ne connaissais rien au christianisme. Pourtant, j’ai eu le sentiment de découvrir un trésor. » Baptisée à 19 ans dans une paroisse du Quartier latin, elle choisit le protestantisme plutôt que le catholicisme, sensible à la place accordée aux femmes et à une approche plus intellectuelle de la foi.

« J’ai choisi d’aller chez les réformés, ce courant était sans doute plus proche de ma culture. Mais je n’y connaissais rien », se remémore-t-elle avec le sourire. Le pasteur lui glisse alors « deux ou trois livres » à lire avant son baptême. 

Malgré la tolérance de sa famille, son engagement suscite quelques critiques. Pour approfondir une foi qu’elle découvre presque seule, Anne Lelièvre Martin suit des cours de théologie. « J’ai alors reçu un appel à devenir pasteure, par l’intermédiaire d’un autre jeune de la paroisse. » Après ses études de lettres, elle se consacre pleinement à la théologie, portée par le désir de « partager ce trésor » découvert. 

De la France à la Suisse

Après des ministères en France, notamment à Compiègne, Anne Lelièvre Martin rejoint la Suisse en 2002, à la suite de son mariage avec Hervé Martin, lui aussi pasteur. Dix ans à Bussigny, puis treize ans à Blonay–Saint-Légier, où elle exercera jusqu’à sa retraite. 

L’arrivée n’a pourtant rien d’évident. « Je n’avais pas mesuré l’effort culturel. La rigueur suisse, le rapport au travail, à la ponctualité… tout cela est très différent de la France. » Avec le temps, la famille trouve son équilibre, consciente aussi de la qualité de vie offerte par le pays.

Leur fille naît en Suisse et y grandit. Aujourd’hui âgée de 20 ans, elle y vit toujours, une raison de plus pour le couple de rester sur les rives du Léman. Installés à Blonay, ils s’y projettent sereinement pour la suite. Sans pour autant imaginer une retraite inactive. « J’aimerais avoir un engagement associatif », confie-t-elle. Son premier métier était celui d’enseignante, « peut-être dans ce domaine », avance-t-elle.

Des moments de grâce au cœur du ministère

Parmi les souvenirs les plus intenses, Anne Lelièvre Martin évoque ces instants où quelque chose de plus grand semble à l’œuvre. « Nous avons une chance fantastique : être présents dans les moments clés de la vie des gens. »

Une parole reçue lors d’un temps de recueillement pour Crans-Montana reste gravée en elle. « Une dame m’a dit : “Je suis arrivée en pleurant dans l’église, je repars en paix.” J’en ai encore des frissons. Il y a des choses qui nous dépassent complètement dans ce ministère. »

Après trente-cinq ans de service, elle reste frappée par l’imprévisible. « Parfois, on met beaucoup d’énergie et rien ne prend. Et parfois, quelque chose germe là où on ne l’attendait pas. »

Un regard confiant vers l’avenir

Loin de tout fatalisme, Anne Lelièvre Martin se dit résolument confiante. « Je suis très positive pour l’avenir de l’Église, malgré les difficultés. Il y a là quelque chose de magnifique. » Elle observe avec attention les jeunes générations, certaines venues volontairement au catéchisme, en quête de sens.

Pour elle, l’enjeu est clair : l’accueil. « L’Église doit être hospitalière, ouverte à des personnes d’autres cultures, insiste-t-elle. Dans le canton de Vaud, elle est appelée à devenir multiculturelle. » Une Église où l’on est libre d’entrer et de sortir, mais où chacune et chacun peut trouver sa place.

Retrouvez l'article d'Anne Vallelian, en page 29 du cahier régional du journal Réformés de mars 2026


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Yechouroun, aucun Dieu n’est semblable à ton Dieu ! Plein de majesté, il chevauche les nuages et traverse le ciel pour venir à ton aide. (Deutéronome 33.1- 5,26-29 "v. 26")

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