Un geste qui reste à jamais
Publié leRécit et méditation sur la force des gestes et des paroles qui traversent le temps.
Un geste d’humanité
Les larmes aux yeux, mon casque vissé sur les oreilles, j’écoute Paula Koiran* raconter son voyage en train de Rivesaltes, où elle a été internée avec une partie des siens, vers Marseille, où elle espère retrouver sa mère. Juive d’origine polonaise, cette dernière a abandonné sa fille dans l’espoir de lui sauver la vie. Paula est donc une enfant cachée.
Face à elle dans le compartiment, un vieux paysan déballe du pain. Du pain blanc. Voyant le regard de la gamine affamée, il lui en tend un gros morceau, insiste pour qu’elle le mange. Soixante-quatre ans plus tard, la voix de la vieille dame tremble et se brise en évoquant ce geste d’humanité qu’elle n’a jamais oublié…
Paroles et gestes qui donnent vie
Celui qui parle à la légère blesse comme une épée, tandis que la langue des sages apporte la guérison. (Proverbes 12,18)
Nos gestes et nos paroles comptent, parfois plus que nous ne le pensons. Je le vérifie régulièrement en écoutant des personnes avancées en âge me raconter tel épisode positif ou négatif qu’elles ont vécu. Des dizaines d’années après qu’une parole a été prononcée ou un geste accompli, l’émotion qu’ils avait suscitée est là, intacte et vive comme au premier jour. Et cela sans forcément que leur auteur en ait eu conscience.
Oui, il y a des mots et des gestes porteurs de vie ou de mort, de confiance ou de honte, de guérison ou de destruction pour celles et ceux à qui nous les adressons. Et cela loin dans le temps.
Alors soyons avares de jugements, constructifs dans nos critiques et surtout généreux en paroles qui font du bien. Car il en pourrait en rester quelque chose !
Anne Rochat
Animatrice
* Le récit de Mme Koiran fait partie d’une série de témoignages sur la Shoah, recueillis au début des années 2000 par l’Institut National de l’Audiovisuel français.