Dimanche 12 mars 2023 s'est tenu à Nyon le culte régional de La Côte.

A la demande de plusieurs personnes, voici la prédication proposée ce jour-là.

Jean 16,19-24 + Ro 8,26-28 Prière de fermer la porte ! Prière de ne pas fumer ! Prière de ne pas déranger ! de ne pas stationner, de porter un masque ! etc. C’est incroyable le nombre d’invitation à la prière que l’on retrouve dans notre espace public… Vous ne trouvez pas ? Impossible de passer à côté. Le mot prière est partout... 
Et si cette formule polie et impersonnelle « Prière de.. » n’exprimait pas seulement pour nous un ordre ou une interdiction, mais aussi un rappel urgent : N’oublie pas la prière ! N’oublie pas que la prière sauvera le monde... et l’église !
Il est vrai que lorsqu’on pense à la prière, surgit aussitôt en nous toutes sortes de pensées qui expriment davantage un devoir plutôt qu’une réjouissance. Même dans nos cultes, il suffit de dire : Prions ! Pour qu’aussitôt les visages de l’assemblée se crispent avec sérieux et constipation comme au garde à vous !
Aurions-nous oublié cette invitation du Christ entendue toute à l’heure : « Jusqu’à maintenant vous n’avez rien demandez en mon nom. Demandez et vous recevrez, et ainsi votre joie sera complète ». 
Demander et prier avec joie, n’est-ce pas un peu fou que de le penser ? Ce qui semble procurer de la joie, c’est que Jésus nous invite à demander en son nom. C’est l’invocation de son nom sur des situations et des événements qui nous dépassent et nous submergent qui apportent soulagement et apaisement. C’est de pouvoir lâcher, déposer et confier en son nom et à sa personne qui nous procurent de la joie.
Passer du devoir de prier à la joie de prier, quel renversement !..
Et si c’était précisément la joie, un des plus grands effets et des exaucements de la prière en nous. Car prier demeure un acte renversant. Renversant, au sens d’inverser l’orientation de notre prière. Certaines de nos prières, surtout quand elles sont à l’impératif, donne l’impression que nous rappelons à Dieu ses devoirs. Nous croyons important de le mettre au courant d’une situation à laquelle il n’attache pas suffisamment d’importance. Nous cherchons par la prière à l’attendrir et l’émouvoir comme si c’est lui qui devait changer, plutôt que nous. 
Or, c’est bien nous qui attachons peu d’importance à ses paroles et ses commandements d’amour. C’est nous qui sommes appelés à changer et nous convertir.  

Au bout du compte, c’est qui, qui prie qui ? Ne serait-ce pas précisément Dieu qui nous prie, bien plus, que nous qui prions Dieu ?...
Pour illustrer ce renversement de perspective, rien ne vaut qu’un peu d’humour avec le fameux sketch de Raymond Devos sur la prière : « J’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de Lui ! En passant devant la vieille église d’un village abandonné de Lozère, poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré. Et là, j’ai été ébloui, par une lumière intense...insoutenable... C’était Dieu… Dieu en personne, Dieu qui priait!...
Je me suis dit : Qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même ? Pas lui ? Pas Dieu ?... Non, Il priait l’homme ! Il me priait, moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui! Il disait: O homme! si tu existes, un signe de toi !.. J’ai dit : Mon Dieu je suis là ! Il a dit : Miracle ! Une apparition humaine !... Je vais pouvoir leur dire là-haut : l’homme existe, je l’ai rencontré !
»
Cette vision renversante de la prière version Raymond Devos nous fait prendre conscience d’une réalité qui nous échappe souvent : C’est Dieu qui prie l’homme et qui est rarement exaucé…
Mais que signifie l’exaucement de la prière ? Après tout, ni Jésus à Gethsémané, ni Paul avec son écharde dans la chair ont été exaucé. Et pourtant les deux ont trouvé dans la prière une force, un courage et un apaisement qui ont été déterminant pour eux. 
La prière n’a pas changé leur situation, mais leur coeur...
Dans les temps troublés et incertains que nous vivons nous sommes invités à veiller et prier. A redoubler de prière. 
Le désir et la joie de prier viennent souvent après le besoin de prier. C’est lorsque nous nous sentons impuissants devant une situation complexe et difficile que nous nous disons : « Il n’y a plus qu’à prier ». 
Prier apparaît comme le dernier recours quand on ne peut plus rien faire d’autre que de se faire du souci. Alors, on « fait une prière ». L’expression « faire une prière » est d’ailleurs très révélatrice. On reste dans une vision utilitariste de la prière. En réalité, il ne s’agit pas tant de faire une prière que d’être en prière. C’est tout différent. Prier c’est précisément cesser de faire. C’est se reposer devant Dieu et déposer peu à peu ce qui nous agite, nous inquiète et nous pèse. Prier, c’est laisser prier Dieu en nous et faire son œuvre en nous. C’est se rendre enfin disponible et disposé à accueillir pleinement sa présence et son Esprit en nous. 
L’apôtre Paul dit précisément que c’est l’Esprit-Saint qui nous vient en aide parce que nous ne savons pas ce qu’il convient de demander. Il dit ensuite quelque chose qui est proprement renversant : L'Esprit lui-même prie Dieu en notre faveur par des soupirs qu'aucune parole ne peut exprimer.
Etre en prière consiste pour Paul à laisser l’Esprit lui-même prier Dieu en nous au-delà des mots par des soupirs inexprimables. 

J’aime personnellement beaucoup cette expression de « soupirs inexprimables ». Car le soupir exprime à la fois une forme de lassitude, mais aussi d’aspiration profonde. Lorsque nous sommes en prière nous laissons notre âme et notre esprit soupirer tout en aspirant que notre réalité change et évolue. Nous soupirons parce que nous contribuons à l’agitation et l’inquiétude de ce monde. Nous soupirons à propos de nos propres égarements et manquements. Et nous languissons et aspirons à trouver enfin le calme et le repos au coeur de nos vies et de ce monde. 
Soupirer devant Dieu (faire le bruit du soupir) produit un relâchement et une détente. Nous déposons, nous remettons à Dieu le poids pesant de ce monde et de nos vies. En soupirant profondément, nous nous vidons complètement et créons  davantage d’espace pour l’accueil d’un nouveau souffle.
Nous sommes le temple du Saint-Esprit, la demeure du Souffle divin affirme l’apôtre Paul. En soupirant profondément, nous nous lui faisons offrande de notre prière. C’est le premier mouvement de la prière et souvent nous nous arrêtons là.
Mais si nous faisons l’effort de demeurer en silence et de nous taire, alors vient le deuxième mouvement de la prière.
L’Esprit-Saint vient prendre le relais de nos soupirs et c’est lui qui maintenant vient prier en nous par des soupirs inexprimables. 
Il nous inspire, il vient donner un nouveau Souffle à notre prière. Il vient porter notre prière et son exaucement à notre place. Notre prière ne nous appartient plus, ni le souci de son exaucement. Quelqu’un en nous prie et prend le relais.  La prière devient ainsi la respiration de l’âme.
Jésus a dit que notre Père sait déjà ce dont nous avons besoin avant même que nous le lui demandions.  On peut se demander alors à quoi ça sert de prier ?... Peut-être à rien d’autre que d’être devant lui et nous reposer en lui. 
Dans sa Présence et cet échange de soupirs inexprimables, il y a quelque chose qui peu à peu se transforme en nous. C’est peut-être cela le plus utile dans la prière. Nous laisser transformer par un changement complet de notre intelligence et vivre une retournement du coeur.
Nous ne mesurons pas tout ce qui se passe lorsque nous sommes en prière. Ce n’est pas parce que nous ne faisons rien d’autre que d’être là, et de s’épancher devant Dieu, que rien ne se passe et rien ne se fait. La prière commence par nous changer avant de changer peut-être le cours des choses autour de nous et des événements qui nous arrivent. Le changement le plus perceptible, c’est que la prière va imprégner et inspirer nos paroles et nos actes.

Il m’arrive souvent de penser que lorsque je prie, c’est comme si je bronzais devant Dieu. Je me laisse ensoleiller au contact des rayons de sa lumière et de la chaleur de son Amour. 
Apparemment rien ne se passe, et pourtant, en Sa Présence mon coeur s’est réchauffé, le flot tumultueux de mes pensées s’est apaisé et mon esprit a retrouvé sa clarté. 
Chers amis, Dieu aime ce monde malgré la violence et les excès qui l’anime. Et il nous invite à prier ensemble pour ce monde et pour son Eglise. 
Même si nous nous gênons de prier à haute voix devant les autres et si nous ne savons comment prier et quoi demander, nous pouvons juste soupirer ensemble devant Dieu et laisser l’Esprit soupirer en nous dans l’attente que son Règne advienne. 
Au delà des mots et des formules, nous pouvons lui offrir notre silence et nos balbutiements en lui disant du fond du coeur : Les mains ouvertes devant toi, Seigneur, pour t’offrir le monde ! 
Les mains ouvertes devant toi, Seigneur, pour t’offrir ma vie et ma prière !                            

AMEN

Pensée du jour

Singulier combat (Genèse 32,23-33)

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