Célébrer son patrimoine
Quand on vient au monde, il y a un certain nombre de choses qu’on ne choisit pas, alors pourquoi s’en vanter ou s’en cacher ? Et que faire de ce patrimoine ?
On ne choisit pas de naître suisse, ghanéen ou bolivien. On ne choisit pas de grandir dans un milieu culturel marqué par la religion chrétienne, musulmane ou bouddhiste. On ne choisit pas d’appartenir à une famille croyante ou athée. On ne choisit pas ses origines. Alors pourquoi devrait-on s’en vanter ou s’en cacher ? Pourquoi serait-ce un motif d’orgueil ou de honte ?…
Prenons le cas de la Suisse. On entend tout et son contraire à son sujet. Certains la conspuent, d’autres l’exaltent. Certains se plaisent à ne relever que ses travers tandis que d’autres n’affichent que ses réussites – sportives, notamment. Pourquoi ce besoin de toujours se comparer aux autres, de se vouloir pire ou meilleur que les autres ? ….
Être suisse, ghanéen ou bolivien fait partie de notre identité. C’est comme un héritage que l’on reçoit sans avoir le choix de le refuser. Ce que l’on peut choisir, en revanche, c’est de faire fructifier ou non ce patrimoine….
Ainsi en va-t-il du christianisme. Ni meilleur, ni pire que les autres religions. Comme les autres, le christianisme a ses limites, ses misères et ses grandeurs. Comme les autres, il peut aussi bien susciter l’extrémisme le plus violent que l’altruisme le plus remarquable. Plutôt que de considérer la tradition chrétienne comme un machin vieillot tout juste bon à rappeler quelques principes de morale ou à offrir un peu de rituel dans les moments forts de l’existence, on peut faire l’effort de la connaître et de la comprendre comme une constante remise en question, qui tend à nous libérer de toute aliénation politique, religieuse ou sociale, comme une instance critique pour notre temps, comme une vision de l’humain et du monde qui privilégie la dimension spirituelle et relationnelle pour lutter contre la prédation et la consommation à outrance….
Célébrer son héritage n’est pas se prévaloir d’appartenir à telle nationalité, d’avoir telle racine religieuse. Célébrer son héritage, c’est avoir une attitude de respect et d’ouverture à son égard, plutôt qu’une attitude de mépris ou d’indifférence.
À nous de savoir ce que nous entendons faire du patrimoine, qui, fondamentalement, constitue notre identité : un chantier animé dont nous sommes un des ouvriers… ou un musée.
Cet article est signé par Florence Clerc Aegerter, pasteure dans les paroisses du Jorat et d’Oron – Palézieux. Retrouvez-le dans son entier en Une du cahier régional, dans le journal Réformés de juillet-août 2026, en page 29.
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