Sur les pas de Dieu
Une année nouvelle s'en vient…

« Des moments les heures sont nées,
Et les heures forment les jours,
Et les jours forment les années
Dont le siècle grossit son cours.
Mais Toi seul, ô mon Dieu, par siècles Tu mesures
Ce temps qui sous Tes mains coule éternellement !
L'homme compte par jours; Tes courtes créatures
Pour naître et pour mourir ont assez d'un moment.
Combien de fois déjà les ai-je vus renaître,
Ces ans si prompts à fuir, si prompts à revenir !
Combien en compterai-je encore ? Un seul peut-être !
Plus le passé fut plein, plus vide est l'avenir.
Bénis donc cette grande aurore
Qui m’éclaire un nouveau chemin ;
Bénis, en la faisant éclore,
L’heure que tu tiens dans ta main !
Si nos ans ont aussi leur germe
Dans cette heure qui le renferme,
Bénis la suite de mes ans,
Comme sur tes tables propices
Tu consacrais dans leurs prémices
La terre et les fruits de nos champs !
Que chaque instant, chaque minute,
Te prie et Te loue avec moi,
Que le sablier dans sa chute
Entraîne ma pensée à Toi !
Qu'un soupir, à chaque seconde,
De mon cœur s'élève et réponde !
Que chaque aurore en remontant,
Chaque nuit en pliant son aile,
Te dise : « Toute heure est fidèle ;
Compte ta Gloire en les comptant ! »
Mais si des jours que Tu fais naître
Chaque instant me reporte à Toi,
Toi, dont la pensée est mon être,
Souviens-Toi sans cesse de moi !
Donne-moi ce que le pilote
Sur l'abîme où sa barque flotte
Te demande pour aujourd'hui :
Un flot calme, un vent dans sa voile,
Toujours sur sa tête une étoile,
Une espérance devant lui !
Qu’enfin sur l’éternelle plage
Où l’on comprend le mot Toujours !
Je touche, porté sans orage
Par le flux expirant des jours,
Comme un homme que le flot pousse
Vient d’un pied toucher sans secousse
La marche solide du port,
Et de l’autre, loin de la rive,
Repousse à l’onde qui dérive
L’esquif qui l’a conduit au bord !
Ainsi soit-il
D'après Alphonse Lamartine