Vous trouverez ici des articles relatant les activités passées de la paroisse ou les "Chroniques malhabiles d'un diacre de campagne" publiées chaque mois dans le journal "Réformés".

Il y a bien des années de cela, dans le cadre d’une formation obligatoire, je me retrouve dans un couvent de bonnes sœurs pour une semaine de silence !

Pas convaincu mais n’ayant pas trop le choix, je me suis dis qu’il y avait certainement quelque chose d’intéressant à vivre. Cela dit, en compagnie d’un collègue pasteur avec lequel j’aimais bien babiller d’ordinaire, nous avons vite réalisé que le silence était certainement une excellente chose, mais que, en bons protestants que nous étions, il s’agissait de ne pas abuser des bonnes choses.

Un soir, à la nuit tombée, nous décidâmes donc d’aller écluser quelques bières dans un endroit discret. A l’entrée du bâtiment principal, il y avait un petit salon, fort accueillant, et après nous être dit que tout le monde était certainement couché, nous avons convenu que nous ne risquions rien à nous y installer.

Las, il ne s’écoula pas 15 minutes avant que la grande porte ne s’ouvrit, laissant le passage à deux curés, de noir vêtus, et suivis d’une vingtaine d’enfants ; sans doute le retour d’une longue journée pour un camp de jeunes catholiques. Évidemment, la paire de pères pairs est tombée sur nous et nous a demandé ce que nous faisions là à cette heure-ci !? C’est un peu gênés que nous leur avons confessé que nous étions des ministres protestants en semaine de silence…

Les curés ont scruté notre installation, sans trop savoir qu’en penser. Et c’est alors que le plus âgé des deux nous lance : «Vous nous laissez 10 minutes pour coucher les enfants et on vient vous rejoindre ?» C’est avec plaisir que nous avons accepté cette proposition et 10 minutes plus tard, nous nous retrouvions à quatre, partageant bières, chips et saucisson dans un joyeux élan de spontanéité oecuménique ! Depuis ce jour, je suis resté un fervent partisan de l’oecuménisme.

Bernard Gobalet, diacre.

Pour les raisons de sécurité (dépradations, etc.) bien connues malheureusement de nos paroisses, beaucoup de nos temples doivent rester fermés. Durant les beaux jours, à La Sarraz, nous tentons de ré-ouvrir en journée, en installant également quelques chaises et tables sur le parvis. Il est donc possible de lier le plaisir de boire un café ou autre à la découverte d’un lieu de culte assez particulier de par son style architectural peu commun. De plus, le lieu étant souvent utilisé à des fins de répétitions musicales (orgue, flûte, piano…) il est fort possible que votre visite soit agrémenté par quelques prestations de ce type.

Tout cela est rendu possible par l’excellente collaboration entre la paroisse réformée et «Little Cabbage», une magnifique boutique cadeau en face du temple, qui tient également une petite cafétéria ainsi que la terrasse du parvis. Un immense merci à Alexandre Minuz et Miroslava Stankovic Minuz, les responsables, qui se donnent sans compter pour contribuer à l’animation du centre ville.

Tout en buvant votre petit café sur la terrasse du parvis, vous pourrez même «admirer» le pilori en face, dernier lieu de supplice du canton, à côté de la magnifique fontaine de 1845. Il consiste en une espèce de menottes auxquelles on attachait les petits délinquants ainsi que les femmes adultères(!), les livrant ainsi à la vindicte populaire et au jeté de détritus.

Si vous prenez préalablement contact avec votre diacre serviteur, vous pourriez même visiter le tombeau très original de François 1er de La Sarraz, sis derrière le temple, dans la chapelle du Jacquemart. Il s’agit de l’unique mausolée vaudois, datant de la période savoyarde, muré et redécouvert par un heureux hasard et des ouvriers en 1835.

Alors voilà, n’hésitez plus, la terrasse du parvis vous attend (n’oubliez pas de commander vos boissons au Little Cabbage juste en contrebas).

Bernard Gobalet, diacre.

PARU DANS LE RÉFORMÉS DE MAI

Les 19 et 20 mars dernier, la paroisse de La Sarraz organisait, pour la première fois semble-t-il, un week-end ensemble. But de ces deux jours : profiter de la neige et des environs de Zinal, mais surtout tisser des liens, échanger et se rencontrer autrement qu’à la sortie d’un culte ou lors du catéchisme. L’objectif était également de proposer des activités aux jeunes et à leur famille. « Nos enfants grandissent et on avait vraiment envie de partager du temps avec eux et en paroisse », remarque Gabrielle Colin, l’une des organisatrices.

Samedi matin, une trentaine de personnes âgées de 7 à 55 ans - dont une bonne moitié de jeunes - prenait donc la route du val d’Anniviers, direction le Foyer La Lyrette, à Ayer, un espace accueillant les groupes et disposant d’une cuisine, de dortoirs et de quelques chambres.

Les uns ont skié, les autres ont marché ou profité du soleil : à 17h le samedi, les groupes se sont formés pour partager des jeux de société. L’apéro avalé, une personne par famille s’est attelée au brassage de la fondue dont il n’est pas resté un gramme. « Le fait de jouer ensemble, puis de cuisiner et ensuite de ranger ou faire la vaisselle a permis plein d’échanges, intergénérationnels notamment, se réjouit la pasteure Réka Luczki. Mes enfants âgés de 7 et 9 ans ont particulièrement aimé les jeux. » Comme celui du « Je n’ai jamais… » qui a permis au groupe de découvrir des talents : qui eut cru que le plus âgé de l’équipe était celui qui pratiquait le plus d’activités extrêmes ?

Au réveil, un temps de méditation a permis aux participants de prier et chanter ensemble avant de déjeuner : pain frais et tresses de la boulangerie de Grimentz et confitures maison de quelques mamans. Au final, jeunes et parents étaient ravis de cette parenthèse ensoleillée.

« Sans doute faudrait-il, à l’avenir, choisir une activité plus démocratique que le ski qui n’est pas à la portée de toutes les bourses et devient difficilement compatible avec les réalités climatiques actuelles », tempère Rebekah Della Casa, Conseillère de paroisse. Qui vivra verra, mais le ton est donné : la paroisse de La Sarraz se réjouit déjà d’organiser une nouvelle sortie.

Sylviane Pittet

PARU DANS LE RÉFORMÉS D'AVRIL 2022

Avant la période Covid, tous les 4-5 ans, j’avais à coeur d’effectuer un «pèlerinage» dans un haut-lieu du protestantisme en France, durant mes vacances d’été. Cette année-là, j’avais jeté mon dévolu sur la maison natale de Pierre et Marie Durand, au Bouschet-de-Pranles. Frère et sœur martyrs, lui pasteur supplicié et elle protestante enfermée pendant 38 années dans la Tour de Constance à Aigues-Mortes (photo).

Après cette très intéressante visite dans une maison remarquablement conservée et aménagée en musée, j’arrive à l’inévitable boutique, où je passe souvent autant de temps que dans le musée lui-même. Comme il y avait peu de monde, le vieux gardien qui tenait la caisse noue le dialogue avec moi et poursuit la conversation en me racontant l’histoire suivante.

Il y a quelques années de cela, une religieuse catholique, en tenue de bonne sœur, est venue voir le musée. Au sortir de sa visite, le gardien voit avancer vers lui la visiteuse en question, bouleversée, en larmes, qui tremblait d’émotions. Très inquiet, notre gardien se dirige rapidement vers elle, la soutient et lui demande qu’est-ce qu’il se passe, fait-elle un malaise, peut-il faire quelque chose ?

La vieille religieuse catholique regarde alors le vieux guide protestant dans les yeux et lui dit, avec une infinie tristesse : « Mais comment avons-nous pu vous faire cela ? » Toute sa vie durant, jamais, on ne lui avait parlé des persécutions que les protestants avaient subi en France depuis la Révocation de l’Edit de Nantes. La visite de ce musée, totalement due au hasard, lui avait ouvert les yeux sur un drame qu’on lui avait complètement caché sa vie durant.

Comprenant tout ce qui devait alors se bousculer dans la tête de la religieuse, le guide sentit à son tour l’émotion l’envahir. Sans plus de mots, qui auraient été inutiles, ils se tombèrent alors dans les bras, versant ensemble leurs larmes, symbolisant ainsi une merveilleuse quoique anonyme réconciliation dans le pardon demandé et accordé.

PARU DANS LE "RÉFORMÉS" DE MARS 2022

John Capt (1877-1932) et Charlotte née Droz donnèrent naissance à La Vallée à trois garçons : Edouard, Gaston et Marcel. Edouard émigra à Casablanca où il fonda une fabrique de meubles, Marcel partit à Sospel, près de Nice, où il s’établit comme coiffeur et Gaston resta en Suisse, maréchal-ferrant de son état ; c’était mon grand-père maternel.

Mais revenons à Marcel, mon grand-oncle, qui s’établit donc dans le sud de la France, où il prit femme et fonda une famille. Il y coula des jours heureux, s’y fit de nombreux amis, dont un assez particulier pour un Combier bien protestant : le curé du village ! Et oui, une surprenante et profonde amitié lia les deux hommes pourtant si différents.

En 1975, sentant sa fin arriver, Marcel fit venir le curé. Il ne demanda pas les derniers sacrements (il eut fallu pour cela qu’il se fût converti), mais comme il n’y avait pas de pasteur dans la région d’une part et qu’il tenait son ami curé en très haute estime d’autre part, il insista pour que ce fut lui qui présida son service funèbre.

Le curé accepta, quelque peu embarrassé car il était tenu à des règles liturgiques inapplicables en la circonstance, et mon grand-père rendit son dernier soupir apaisé et entouré de l’amour des siens.

Comme l’estime entre les deux amis était réciproque, le curé prit très à coeur les dernières volontés de son ami Marcel. Après réflexion, il chercha à contacter un pasteur afin de lui demander l’envoi de toutes les informations nécessaires à une liturgie protestante de service funèbre. Ce fut fait et le jour de la cérémonie, le curé rendit un dernier hommage à son vieil ami parpaillot en lui offrant un service religieux protestant.

Je n’ai jamais connu ce curé, et très peu mon grand-oncle, mais j’aime cette histoire que ma famille m’a racontée, car c’est une belle histoire d’amour fraternel, au-delà de différences qui pesaient pourtant beaucoup à l’époque.

PARU DANS LE "RÉFORMÉS" DE FÉVRIER 2022

Après quinze ans d’essais aussi infructueux les uns que les autres et des dizaines de milliers de francs engloutis en vain par la Commune, il semble que la sonorisation de l’immense temple de Duredon atteigne enfin un niveau acceptable. Même si un paroissien se plaint de ne rien avoir entendu car ce n’était pas assez fort alors qu’un autre, informe que c’était trop fort pour son appareil ; le reste de l’assemblée dominicale semble relativement satisfait.

Ce problème étant (enfin) réglé, un autre surgit aussitôt de par la voix d’un paroissien : «Mais pourquoi donc les ministres ne montent-ils plus en chaire ?» Evidemment, si le lutrin devant le choeur avait été soigneusement équipé d’un micro fixe… personne n’avait songé remonter un jour en chaire et donc à l’équiper de sorte. Il faut dire que cette dernière, dans le Temple de Duredon, trône à plusieurs mètres de hauteur ! Heureusement, le technicien avait prévu deux micros sans fil…

Durant les trois mois qui suivent, mon collègue pasteur et moi-même montons en chaire. Même si personnellement, l’idée de trôner si haut au-dessus des paroissiens ne m’enchante pas (je n’ai pas l’esprit à dominer) mais je sens bien que cela fait plaisir à plusieurs paroissiens.

A l’issue de ce temps d’essai donc, un dimanche, je demande à l’assemblée ce qu’elle pense de tous ces cultes avec prédications «à la hauteur» ?

C’est alors que le même paroissien qui avait demandé l’utilisation de la chaire dit : «Ben j’ai chopé un terrible mal de nuque à force de vous regarder là-haut !». Inutile de dire que la période «prédications en chaire» s’arrêta net aussitôt.

Depuis ce jour, je me suis dit que ce n’était pas forcément une bonne idée de tenter de donner satisfaction immédiatement à toutes les demandes, même parfois contradictoires. Un maximum d’énergie pour des résultats parfois nuls. Alors je m’efforce plutôt de rester à l’écoute, de prendre le temps de parler, d’échanger, de privilégier le savoir-être au savoir-faire.

Bernard Gobalet, diacre.

Pensée du jour

Pour une conversion cohérente (2 Chroniques 34,22-33)

Lire la suite Proposé par : Pain de ce jour