Bientôt le soir, demain dimanche 8 février
Je suis un écosystème ambulant à moi tout seul, disions-nous la semaine dernière. Une fois qu’on dit cela, il faut s’empresser d’ajouter que je ne me réduis pas à mon seul corps pour autant.
Le fait d’avoir conscience de tout cela, le fait de pouvoir parler de mon corps, dit quelque chose d’une extériorité, et c’est cela que je voudrais ce soir aborder avant de reprendre dès la semaine prochaine quelques éléments plus théologiques.
En effet, la philosophie, l’anthropologie - et la biologie dans une certaine mesure - s’accordent à dire que c’est le propre de l’humain de savoir se raconter, s’analyser, revenir sur ses pas et poursuivre autrement le chemin. Il y a en soi une conscience toute tournée vers soi, qui fait de l’humain un être vivant particulier – parmi tous les autres êtres vivants qui l'entourent.
Ça flanque le vertige d’y penser. Cela dit à la fois notre grandeur et notre fragilité. Et plus encore : notre responsabilité, au sens de cette exigence de savoir répondre. Répondre de soi, se situer dans son environnement et dans ses relations ; pour ne pas dire tout bonnement se placer dans l’étendue de l’univers. Chacun de nous est à la fois seul et infiniment relié à la vie, au monde. Et enjoint à s’exprimer, à se dire, à se nommer.
J’aime cette idée d’extériorité, qui donne un peu l’impression qu’il y a un pilote dans cette fabuleuse machine qu’on appelle simplement corps. Un pilote présent, comme dans ces films de science-fiction, où l’humain pilote un robot humanoïde.
Et comme pour le pilote, la conscience, l’âme permet au corps que je suis de prendre la mesure de ce qui se passe en lui. Dans les émotions qui le traversent, à la fois les joies et les peines qui, tour à tour, réchauffent ou raidissent les membres. Une conscience qui me fait me connecter aussi au mal qui me traverse, ma fragilité, ma douleur physique – simplement mon vieillissement programmé dans mes cellules.
Dans ces moments-là, il sait, le pilote, qu’il n’est pas lui-même la douleur, le mal qui habite sa machine. Et sa seule responsabilité alors est de savoir ce qu’il veut en faire, ou – humblement – ce qu’il peut en faire.
Il y a et il y aura toujours une voix, un appel en nous, qui nous invite à prendre la distance, à prendre la mesure de ce qui se passe. Un appel à ne pas fusionner pour autant avec ce corps au point de ne plus pouvoir en répondre. Une voix, somme toute, un appel à la vie, un appel à l’existence, tel un doux murmure dans lequel se glisse déjà la voix de Dieu.
Amen !
Sandro Restauri, pasteur