« Le fleuve de la justice » (prédication du 18.10.26)

Lecture d’Amos 5,14-24

14Cherchez donc ce qui est bien et non pas ce qui est mal. Ainsi vous vivrez, et le Seigneur, le Dieu de l'univers, sera vraiment avec vous, comme vous le prétendez ! 15Détestez ce qui est mal, aimez ce qui est bien. Au tribunal, rétablissez le droit. Alors le Seigneur, le Dieu de l'univers, se montrera peut-être bienveillant pour les derniers descendants de Joseph.

16Voici donc ce que déclare le Seigneur, le Dieu souverain de l'univers : « Sur toutes les places publiques on entendra des lamentations. Dans toutes les rues les gens s'écrieront : “Quel malheur ! Quel malheur !” On convoquera pour le deuil les ouvriers de la ferme, et pour les chants mortuaires les pleureurs professionnels. 17Dans toutes les vignes il y aura des lamentations quand je passerai parmi vous », dit le Seigneur.

18Quel malheur de voir ceux qui attendent le jour où le Seigneur interviendra ! Que vous apportera-t-il, ce jour du Seigneur ? Un bonheur lumineux ? Non, ce sera un jour de ténèbres, 19comme pour quelqu'un qui fuit devant un lion et tombe sur un ours. Il entre à la maison, appuie la main au mur, et se fait mordre par un serpent ! 20Lumineux, le jour du Seigneur ? Non, ce sera un jour de ténèbres, un jour d'obscurité, sans la moindre lumière !

21« Je déteste vos fêtes, je ne veux plus les voir, dit le Seigneur. Je ne peux plus sentir vos assemblées solennelles, 22ni les sacrifices complets que vous venez me présenter. Je n'éprouve aucun plaisir à vos offrandes de grains. Je ne regarde même pas les veaux gras que vous m'offrez en sacrifice de paix. 23Éloignez de moi le vacarme de vos cantiques ; je ne veux plus entendre le son de vos harpes. 24Que le droit jaillisse comme une source ! Que la justice coule comme un torrent intarissable !

Prédication : Le fleuve de la justice

Résumé : Face aux injustices criantes de notre monde, de la révolte des jeunes aux drames humanitaires, le véritable danger qui nous guette n'est pas la haine active, mais notre apathie silencieuse. En croisant les voix du prophète Amos et de Martin Luther King, ce message lance une claque monumentale à nos piétés confortables et refuse de dissocier la foi de la condition humaine. C'est un appel vibrant à sortir de notre léthargie pour transformer nos vies en un fleuve de justice inépuisable, là où nous sommes.

Prédication à écouter ici.

Bien aimé·e·s dans le Seigneur,

C’est quand la dernière fois que vous avez hurlé (ou entendu) « c’est injuste » !

Quand au supermarché vous avez minutieusement choisi la file qui semblait avancer le plus vite, pour finalement vous retrouver bloqué derrière une personne qui souhaite régler ses achats avec des pièces de 5 centimes. Pendant ce temps, la file que vous venez de quitter défile à la vitesse de l'éclair. C’est pas juste !

Quand tu cherches à insérer une clé USB à l'aveugle derrière ton ordinateur, que tu te trompes de sens la première fois, que tu la retournes, que tu te trompes de sens la deuxième fois, que tu la retournes à nouveau et réalises que le premier sens était le bon. C’est pas juste !

Quand à la fin de ta série policière préférée ou de la séance de tirs au but de ton équipe nationale à la coupe du monde, tu subis malencontreusement une coupure de courant. C’est pas juste !

Plus sérieusement, ces derniers jours vous n’avez pas pu manquer la révolte de la Génération Z (donc les jeunes nés entre 1997 et 2012) française, des lycéens en colère devant des conditions d’études qu’ils jugent injustes : la génération 6-7 fait son mai 68. Un peu partout, de la France au Chili, du l’Inde au Brésil, en passant par l’Albanie, la « Gen Z » se mobilise dans un mouvement global de contestation sociale sans précédent à travers le monde, avec notamment leurs codes numériques et culturels communs. La jeunesse du monde entier serait-elle en train de se soulever contre l’injustice ?

Et nous, que faisons-nous face à l’injustice ? Face aux enfants entassés dans des camps de réfugiés aux portes de l'Europe alors que nous débattons du prix de l’essence ou de Netflix ? Face aux rapports climatiques qui s'accumulent ? Face aux personnes qui profitent de leur position de pouvoir pour profiter sexuellement d’autres ? L'injustice, encore aujourd’hui, hurle. Bien souvent, nous préférons faire l’autruche.

C’est précisément dans ce vacarme de faux-semblants que claque la voix du prophète Amos, un paysan rugueux arraché à ses troupeaux : « Recherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez... Haïssez le mal, aimez le bien, faites régner la justice aux portes de la ville. » Et puis, ces mots monumentaux : « Que la droiture coule comme de l’eau, et la justice comme un cours d’eau qui ne tarit jamais. »

Vingt-sept siècles plus tard, c’est un jeune pasteur noir, à Washington qui, devant deux cent cinquante mille personnes, s’exprime avec ses tripes. Avec les mots même du prophète Amos, MLK réclame que la justice coule comme des eaux puissantes. Pourquoi ? Parce que King avait compris que le cri d’Amos n’était pas un appel à une vague réforme morale, mais une exigence de changement en profondeur. 

Amos et Martin Luther King partagent le même ADN spirituel. Ils refusent de dissocier la foi en Dieu de la condition humaine. Ils refusent de chanter des louanges le dimanche tout en acceptant l'oppression le lendemain. Amos s'en prend violemment aux élites de son temps qui écrasent les pauvres sous des taxes injustes tout en organisant de magnifiques cérémonies religieuses. Dieu dit par sa bouche : « Je déteste, je méprise vos fêtes, je ne puis sentir vos rassemblements. » C'est une claque monumentale, pour nous aussi. Dieu nous dit : je me fiche de vos beaux chants gospel et de vos prières polies si, à la sortie du culte, vous fermez les yeux sur le racisme systémique, sur l'exclusion des marginaux et sur l'exploitation des faibles. Oui, bien-aimé·es dans le Seigneur, si Amos était là ce matin, que nous dirait-il ? (silence)

Cela me fait réfléchir…

Combien de fois, moi aussi, je reste dans mon petit confort pour ne pas affronter les injustices, combien de fois moi aussi je fais l’autruche ? (silence) 

Combien de fois, moi aussi, je fais partie de celles et ceux qui contribuent indirectement à l’injustice, volontairement ou involontairement ? (silence)

Ne vous y trompez pas, bien aimé·e·s dans le Seigneur, ce message n’est pas là pour nous culpabiliser. Le Dieu auquel je crois est celui du pardon, de la miséricorde, de la grâce. Il n’empêche. Ce message d’Amos est là pour nous réveiller. Le prophète nous invite à l’introspection, à oser regarder au fond de soi nos fêlures, nos manquements. Et ceux du monde.

Bien sûr, nous ne sommes pas des personnes qui cherchons le mal, nous sommes juste des gens distraits par le confort et le matérialisme de notre temps. Mais le silence des honnêtes gens fait l’affaire des tyrans. Martin Luther King exactement la même chose: « Au final, nous ne nous souviendrons pas des paroles de nos ennemis, mais du silence de nos amis. » Le véritable danger qui nous guette, ce n'est pas la haine active, c'est l'apathie silencieuse. C’est la passivité devant l’injustice. C’est ne plus se laisser toucher par ce qui est révoltant.

Et c’est ici, bien aimé·e·s dans le Seigneur, que réside le véritable enjeu spirituel de notre résistance. La lutte pour la justice, c’est avant tout un combat spirituel. Pourquoi ? Parce que comme disait MLK : « L’injustice n’importe où menace la justice partout ». Parce que chaque fois qu'un être humain est humilié, c’est l'image de Dieu qui est piétinée. Dieu ne regarde pas nos sociétés depuis un nuage lointain dans le ciel. Dieu est dans la boue avec la victime. Résister à l'injustice, c'est affirmer que le mal n’aura pas le dernier mot. C’est un acte de foi. 

Cette flamme de la résistance spirituelle, nous la retrouvons chez d’autres contemporains. Pensez au docteur Denis Mukwege, ce chirurgien congolais, « l’homme qui répare les femmes ». Au milieu de la violence la plus sauvage, face à l’utilisation du viol comme arme de guerre, cet homme refuse de baisser les bras. Porté par sa foi chrétienne, il soigne, il reconstruit et il dénonce les complicités internationales qui profitent du pillage des ressources de son pays. Il incarne ce fleuve de justice qui refuse de tarir. 

Bien aimé·e·s dans le Seigneur, c’est désormais à nous de prendre le relai. Le texte d’Amos se termine par cette image magnifique : « Que la justice coule comme de l'eau, et la droiture comme un torrent qui ne tarit jamais. » 

Alors, que faisons-nous aujourd'hui ? Bien sûr, nous ne sommes pas tous appelés à diriger des marches à Washington ou à parler à la tribune de l'ONU. Mais nous sommes tous appelés à faire couler ce fleuve de justice là où nous sommes. Cela commence par refuser les discours de haine et de division dans nos repas de famille ou sur nos lieux de travail. Cela continue par des choix de consommation plus justes, qui respectent le travail humain et la Création. Cela se traduit concrètement par les dons que vous pouvez faire pour la distribution alimentaire, ici à Saint-Laurent, pour lutter sur le terrain de la précarité en faveur de la dignité humaine. C’est aussi oser des paroles qui dénoncent l’injustice.

Dénoncer l’injustice, comme le sont pour moi les VSS. La semaine qui a précédé les vacances scolaires, j’ai été touché par l’appel d’une collègue concernant ces VSS, violences sexistes et sexuelles, des propos ou des comportements non désirés qui portent atteinte à la dignité et à l'intégrité physique ou psychologique. Aujourd’hui, des affaires sortent dans les Églises, y compris l’Église réformée, la parole doit être libérée. Plusieurs théologiens de haut rang sont pointés du doigt pour avoir abusé de leur position. Si certains cherchent à protéger ces hommes, il faut absolument lutter là contre, au nom de la justice ! Des arguments fallacieux tels que « Les faits sont anciens », 

« On en parle trop dans les médias » ou encore « Cela ruine la carrière de ces théologiens/pasteurs », eh bien tout cela ne fait que continuer de faire le jeu de la culture de l’abus. Ainsi, dénoncer les abus, mais aussi dénoncer la culture du silence, c’est oser une parole de justice, aussi pour les victimes.

Bien aimé·e·s dans le Seigneur, ne baissons donc pas les bras face à l'immensité de la tâche. L'arc de l'univers moral est long, disait King, mais il fléchit vers la justice. Le Dieu d’Amos, le Dieu de Martin Luther King, le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu qui marche à nos côtés chaque fois que nous choisissons le bien, chaque fois que nous tendons la main, chaque fois que nous disons « non » à l'inacceptable.

Frères et sœurs, le moment est venu de sortir de notre apathie et de marcher. Ensemble, faisons régner la justice. Together, we shall overcome.

Amen.

Réactions libres

Questions possibles

  • Comment le discours de Amos résonne avec ma foi ? que vient-il secouer ?
  • Que puis-je faire à mon échelle pour un monde plus juste ?

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