« Je fais un rêve : que règne la paix » (07.12.25)

Ésaïe 11 : Un nouveau David

1Un rameau sort du vieux tronc de Jessé, une nouvelle pousse sort de ses racines. 2L'Esprit du Seigneur est sans cesse avec lui, l'Esprit qui donne la sagesse et le discernement, l'aptitude à décider et la vaillance, l'Esprit qui fait connaître le Seigneur et enseigne à l'honorer. 3Il lui inspirera d'honorer le Seigneur. Il ne jugera pas selon les apparences, il ne décidera rien d'après des racontars. 4Mais il rendra justice aux défavorisés, il sera juste pour les pauvres du pays. Sa parole, comme un bâton, frappera le pays, sa sentence fera mourir le méchant. 5La justice et la fidélité seront pour lui comme deux ceintures qu'on porte toujours autour des reins. 6Alors le loup séjournera avec l'agneau, la panthère se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau se nourriront ensemble et un petit garçon les conduira. 7La vache et l'ourse se lieront d'amitié, leurs petits seront couchés côte à côte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. 8Le nourrisson jouera sur le nid du serpent, et le petit garçon pourra mettre la main dans la cachette de la vipère. 9On ne commettra ni mal ni destruction sur toute la montagne qui appartient au Seigneur, car la connaissance du Seigneur remplira la terre tout comme les eaux recouvrent le fond des mers. 10Ce jour-là, le descendant de Jessé sera comme un signal dressé pour les peuples du monde. Ils viendront le consulter. Et du lieu où il s'établira rayonnera la gloire de Dieu.

Prédication : « Je fais un rêve : que règne la paix »

Résumé : Comme MLK l’a fait dans son fameux discours, Esaïe fait un rêve, celui de la paix et de la justice, sorte de nouvel Eden. Un rêve, une utopie, qui nous invite nous aussi à cultiver l’espérance, à ne pas rester enlisés dans nos angoisses et dans le marasme du monde actuel pour garder les yeux ouverts sur le Christ qui vient, ce « signal dressé pour les peuples du monde ».

Prédication à écouter ici.


Bien aimé·e·s dans le Seigneur,

L’autre matin, mon fils Isaac – 4 ans – me dit : 

  • Tu sais papa, cette nuit j’ai fait un rêve.
  • Ah bon, et de quoi tu as rêvé ?
  • J’ai rêvé… d’avoir une montre stylée !

Et vous, sur un plan plus fondamental, de quoi rêvez-vous ?

  • Moi je rêve de voler
  • Moi je rêve de parler aux animaux, comme Yakari
  • Moi je rêve de vivre dans un monde de bonbons et de sucreries
  • Moi je rêve d’un Noël blanc, mais s’il n’y a plus de blanc, je boirai du rouge
  • Moi je ne ronfle pas, je rêve que je suis une moto

Plus sérieusement, de quoi rêvez-vous ? d’amour et d’argent ? de paix et de justice ? Mais le réveil, celui de la réalité, est souvent brutal. Non, assurément, nous ne vivons pas dans un monde de paix et de justice. 

1. Le rêve de MLK

Vous n’êtes pas sans le savoir, le pasteur Martin Luther King Jr., lui aussi, a fait un rêve avec ce fameux discours en 1963 : « Le moment est venu de tirer notre nation des sables mouvants de l'injustice raciale pour la hisser sur le roc solide de la fraternité ; [...] J'ai un rêve qu'un jour l'état de l'Alabama (…) sera transformé en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs. [...] Je rêve que, un jour, sur les collines de terre rouge de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité. [...] Avec une telle foi nous serons capables de distinguer, dans les montagnes de désespoir, un caillou d'espérance. »

Le passage d’Esaïe que nous avons lu ce matin n’aurait-il pas inspiré MLK pour cet immense discours ? Le loup, ce sont les fils du gouverneur de l’Alabama, tandis que l’agneau prend la couleur des petits garçons et des petites filles noirs de cet état, où tous se prennent la main comme frères et sœurs. Le veau et le lionceau, ce sont les esclaves et les propriétaires, qui prennent eux aussi place à la table de cette fraternité. L’esprit de discernement rend alors chacun capable de reconnaître un caillou d’espérance dans les montagnes de désespoir. 

Sur le moment, probablement que les gens ont pris MLK pour un illuminé : quel rêve inimaginable ! Impossible ! Et pourtant. L’histoire témoigne que son rêve ne fut pas vain, que sa foi, ancrée dans le drame des noirs et leurs combats, a été féconde. Pensez juste que 45 ans après ce discours, un noir accèdera à la présidence des Etats-Unis…

Et je le crois, c’est exactement la même chose avec ces versets du prophète Esaïe. A première vue, ceux-ci ressemblent plus à un conte de fées digne d’un Disney. Une jolie fable, certes, mais inimaginable, impossible. Car vous en conviendrez, notre monde actuel reste une jungle où les loups dévorent les agneaux, un monde où les forts agressent les plus faibles. Un monde où règnent l’injustice, la violence, la guerre, le jugement « selon les apparences », les manipulations en tout genre, etc.

Et pourtant. Il me semble que ces versets ont plus à nous dire que juste un doux rêve. Ils sont, je le crois, la préfiguration de l’avenir que notre Dieu désire pour l’humanité. Un avenir pour lequel il s’est engagé tout au long de l’histoire, par son alliance, par la voix de ses prophètes, et définitivement par son Fils. Oui, pour moi, ces versets sont des graines d’espérance dans un monde de ténèbres qui, à la fin des temps, se réaliseront. Regardons cela de plus près.

2. Le contexte sombre d’Esaïe

Le premier élément à souligner est que le prophète Esaïe, lui aussi, vit dans un contexte désespérant. A cause de la conduite catastrophique des rois d’Israëlle projet de Dieu semble voué à l’échec. Voilà tout ce qu’il reste de la belle plantation de la dynastie royale davidique : une vieille souche qui semble stérile.

3. Un nouvel Eden… qui parle (aussi) de nous !

Mais plutôt que de sombrer dans le catastrophisme, le prophète invite à l’espérance avec ce texte extraordinaire, digne d’une utopie. Ce que nous lisons ici, c’est un nouvel Eden, avec ce rétablissement de l’innocence de l’origine, avec cette paix qui touche tous les êtres vivants, toute la création. Dieu vient apporter non seulement la paix, mais aussi la réconciliation. Il vient pour réconcilier ce qui ne paraît pas réconciliable, comme le loup et l'agneau. Il vient nous aider à réconcilier toutes les dimensions de notre être, nous qui à l’intérieur sommes souvent prompt au jugement hâtif et injuste ou à la violence envers nous-même... 

Oui, même d'une vieille souche pourrie, celle de Jessé, père du roi David, comme celle de notre cœur trop sec et de notre monde pourri, il peut sortir une nouvelle pousse. Quand l'Esprit nous anime, nous sommes ce rameau ouvert à l’avenir. 

Car de qui donc parle Esaïe quand il annonce un envoyé inédit, plein de sagesse de force et de bonté ? Martin Luther King l’avait compris : c’est de chacun de nous dont il est question, quand il se lève pour le droit et la justice, pour la paix et la dignité.

C’est aussi de nous qu’Ésaïe parle avec cette image d’un frais rameau plein de promesse et de vie.

C’est aussi de nous qu’Ésaïe parle quand il raconte que le loup et l’agneau feront équipe ensemble.

Oui cette prophétie d’Esaïe parle de nous !

4. La réalisation de la prophétie d’Esaïe en Christ

Ayant dit cela, bien évidemment que cette lecture personnelle et symbolique de ce passage n’est pas suffisante. Évidemment que ce texte nous parle d’abord du Sauveur à venir, du Christ. Évidemment que ce texte à une dimension « eschatologique », entendez par là que sa réalisation ne se produira qu’à la fin des temps. Dans la méditation de ce passage, j’ai été touché par le verset 6 qui se révèle être central pour la compréhension du passage : « 6Alors le loup séjournera avec l'agneau, la panthère se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau se nourriront ensemble et un petit garçon les conduira. » Un petit enfant les conduira. Un petit enfant comme celui de Noël, fragile et fort en même temps, qui conduira son peuple.

L’autre jour, dans ma lecture du soir, le 5e tome de l’épopée romanesque la Traversée des Temps d’Eric-Emmanuel Schmitt, je tombe sur ce passage : « La doctrine de Jésus ? L’amour universel, la paix, le refus du conflit »[1]. N’est-ce pas exactement ce dont il est question dans ce passage : l’amour, la paix, l’absence de conflit ? Oui ce passage, c’est ma lecture chrétienne, nous parle du Christ.

5. Garder les yeux ouverts sur le Christ

Mais cette vision utopique, peut-on l’expérimenter dans nos vies ici-bas ? Bien sûr, pas complètement avant la fin des temps. Néanmoins, peut-être que nous pouvons la cultiver, peut-être que nous pouvons y travailler, que nous pouvons choisir de prendre la direction de cette utopie.
Car ce texte, au fond, vient nourrir notre espérance. Nous sommes parfois inquiets pour l'avenir, comme dans une impasse, dans notre monde usé, pollué, fini… ? Et bien non, nous dit Dieu. Même d'une vieille souche pourrie, il peut sortir une nouvelle pousse. C’est comme s’il nous disait : ne désespérez pas, avec le Christ, l’impossible devient possible. Ne restez pas enlisés dans vos angoisses, votre marasme ambiant. En marche, et gardez les yeux ouverts !

Garder les yeux ouverts sur la lumière de Dieu. Garder les yeux ouverts sur Christ qui vient. Garder les yeux ouverts sur ses attitudes qui peuvent inspirer ma vie : amour, paix, justice, non-jugement, bienveillance. Garder les yeux ouverts sur … ce « signal dressé pour les peuples », l’étendard, le phare qui rayonne de la gloire de Dieu. Garder les yeux ouverts, et aller le consulter (par la prière, la méditation de Sa Parole, être à l’écoute de ses signes). Au fond, garder les yeux ouverts sur l’espérance, c’est croire qu’un enfant vient dans une crèche nous annoncer le Royaume et transformer notre monde, à commencer par nous-mêmes.

Ainsi, les yeux grands ouverts sur l’espérance du Christ à venir, nous pourrons, ensemble, faire un rêve.

Amen.


[1] Eric-Emmanuel Schmitt, Les deux Royaumes, Albin Michel, p. 458.

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