« L'huile de la vigilance : courir la course d'endurance de la foi » (prédication du 04.10.26 par Elsa Béguin)
Lecture biblique : Matthieu 25 La parabole des dix jeunes filles
1Alors le royaume des cieux ressemblera à dix jeunes filles qui prirent leurs lampes et sortirent pour aller à la rencontre du marié. 2Cinq d'entre elles étaient imprévoyantes et cinq étaient avisées. 3Celles qui étaient imprévoyantes prirent leurs lampes mais sans emporter une réserve d'huile. 4En revanche, celles qui étaient avisées emportèrent des flacons d'huile avec leurs lampes. 5Or, le marié tardait à venir ; les jeunes filles eurent toutes sommeil et s'endormirent. 6Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : “Voici le marié ! Sortez à sa rencontre !” 7Alors ces dix jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leurs lampes. 8Les imprévoyantes demandèrent aux avisées : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent !” 9Les avisées répondirent : “Non, car il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous. Vous feriez mieux d'aller en acheter pour vous chez ceux qui en vendent.” 10Les imprévoyantes partirent donc acheter de l'huile, mais pendant ce temps, le marié arriva. Les cinq jeunes filles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle de mariage et l'on ferma la porte à clé. 11Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent et s'écrièrent : “Maître, maître, ouvre-nous !” 12Mais le marié répondit : “Je vous le déclare, c'est la vérité : je ne vous connais pas.” 13Veillez donc, ajouta Jésus, car vous ne connaissez ni le jour ni l'heure.
Prédication : "L'huile de la vigilance : courir la course d'endurance de la foi"
Résumé :Ne vous laissez pas surprendre : la foi n'est pas un sprint livré en 24h par Amazon, c'est un vrai marathon. 🏃♂️✨ À travers la parabole des dix vierges, cette prédication nous secoue et nous rappelle que face aux galères ou à l'attente, on ne peut pas juste improviser. Alimentez votre flamme intérieure dès aujourd'hui — par la prière, le partage ou l'action — pour ne pas vous retrouver dans le noir le moment venu ! 🕯️🔥
Chers paroissiens,
Est-ce que ça vous arrive aussi d’être pris de court ? De devoir faire face à une situation où vous n’étiez pas préparés ? Je pense que c’est arrivé à tout le monde. En tant qu’enseignante, je dois être la maîtresse de l’improvisation. J’ai préparé mon cours, mais la période précédente, j’ai été remplacée. J’arrive en cours en apprenant que le remplaçant a trop avancé et fait tous les exercices que j’avais prévus ce jour-là, ou alors a préféré faire un jeu à la place de ce que j’avais préparé avec soin. Je dois donc changer tout mon plan de cours en direct. Un autre jour, je dois montrer une vidéo à des élèves. Tout marchait quand j’ai essayé quelques minutes avant le cours et puis quand j’essaie de l’enclencher, plus rien. Il faut donc constamment s’adapter à ces situations auxquelles nous ne sommes pas préparés. La parabole des dix vierges nous raconte justement l’histoire d’un moment où nous ne voulons pas être pris de court.
Ce texte se situe dans l’Evangile de Matthieu (elle n’apparaît d’ailleurs que dans cet évangile) au chapitre 25. Elle nous présente deux types de personnages distincts : il y a d’un côté les vierges folles et de l’autre les vierges sages. Le terme grec μωρός (moros) désigne quelqu’un de fou, mais aussi transmets une idée de stupidité, d’étourderie, ce que sont les vierges folles dans la parabole puisqu’elles n’ont pas pensé à emporter assez d’huile. A l’époque de Jésus, les lampes avaient en effet besoin d’une quantité d’huile assez importante pour fonctionner. Elles n’ont été assez prévoyantes. Il est communément admis que les femmes représentent l’église dans cette parabole.
Pour comprendre ce récit, il faut aussi saisir le contexte historique du mariage. A l’époque de Jésus, il n’y avait pas de cérémonie de mariage comme aujourd’hui, qu’elle soit civile ou religieuse ; tout se concentrait autour du banquet nuptial. Les fiancées étaient conduites en cortège de la maison de leur père à la maison de leur fiancé où elles attendaient sous le dais la venue du fiancé avec des lampes à l’huile. Dans le mariage décrit dans cette parabole, tout semble aller de travers. Le fiancé est tellement en retard que les jeunes filles s’endorment. Quand il arrive enfin, la moitié des jeunes filles se voient refuser l’entrée.
L’huile est donc au coeur de cette parabole. Les vierges qui n’ont pas pris d’huile avec elles sont considérées comme folles car elles n’ont pas été prévenantes et se retrouvent prises de court. Le mot grec ἔλαιον signifiant huile fait écho à l’autre mot grec ἔλεος, la miséricorde. Je reviendrai sur la symbolique de l’huile plus tard.
Cette parabole nous indique qu’il faut être vigilants et nous préparer chaque jour pour la seconde venue de Christ, car nous ne savons pas quand celle-ci aura lieu. Je me définis comme chrétienne protestante et pratiquante, néanmoins suis-je vraiment prête au retour de Christ ? Dans le texte, l’impatience se fait rapidement sentir. L’époux qui tarde à venir représente le retour de Christ. Il faut attendre, toujours attendre… Or, nous sommes actuellement dans un monde où tout va vite et où l’attente n’est pas vue d’un très bon oeil. Les gens commandent de plus en plus sur internet et sont outrés si la livraison prend plus d’un ou deux jours. Le géant Amazon a même commencé à proposer la livraison le jour même pour les personnes qui ne pourraient pas attendre quelques heures. Et pourtant, les petits commerçants, eux, n’arrivent pas à suivre ce rythme effréné et se retrouvent sur le banc de touche alors qu’ils proposent des produits de qualité. Si, au restaurant, la commande n’arrive pas dans les dix minutes, certains sortent directement leur téléphone pour écrire un mauvais avis sur Google, même si attendre un peu plus est justifié par la qualité de la cuisine et donc de l’expérience gustative. Dans un monde qui va de plus en plus vite, on veut avoir tout et tout de suite. Dieu, au contraire, dit : attends. Certaines personnes perdent la foi, frustrées de ne pas avoir reçu de réponse immédiate à leur prière. Mais il serait faux de se représenter Dieu comme un distributeur automatique Selecta qui marcherait à chaque coup et nous donnerait tout de suite ce que l’on veut. Dieu sait ce qui est bon pour nous et s’il dit parfois “attends”, cela peut être bénéfique sur le long terme, car il voit la situation dans son ensemble, ce dont nous sommes incapables.
Vous souvenez-vous de vos cours de sport à l’école ? Préfériez-vous le sprint ou l’endurance ? Quand j’étais au collège, je préférais le sprint. J’avais beaucoup de peine à courir en raison de mon asthme et au moins, avec le sprint, en quelques secondes, le calvaire était terminé. La course d’endurance, c’était bien autre chose. Je me souviens que le maître nous disait : “Dans endurance, il y a le mot “durer”. Vous devez donc tenir les douze minutes en courant autour du terrain sans vous arrêter”. S’ensuivait un véritable supplice qui ne prenait fin qu’au coup de sifflet de l’enseignant nous renvoyant aux vestiaires.
Et pourtant, quand il s’agit de notre foi et de notre identité en Christ, nous pouvons affirmer que la vie chrétienne est une course d’endurance et non un sprint. Nous ne savons pas quand Christ va revenir, comme nous ne savons pas le jour de notre mort. Il faut donc être prêt pour ce jour, conserver notre huile avec nous et tenir notre foi et notre engagement envers Christ sur la durée. Choisir de prendre sa croix et de suivre Christ est un engagement à vie. C’est une sorte de course d’endurance où il ne faut pas abandonner au premier tour. Il serait néanmoins naïf de penser que c’est toujours facile. Nous vivons dans un monde de plus en plus sécularisé où il est parfois difficile de vivre sa foi comme on l’aimerait. Martin Luther King disait : “Avoir la foi, c'est monter la première marche, même si l'on ne voit pas tout l’escalier”. Même si nous ne pouvons pas prédire le futur, nous pouvons nous raccrocher à notre foi en Christ et à la conviction que ses paroles sont la vérité qui nous permettra d’accéder au Royaume des cieux. Jésus dit dans Jean 14 :6 : “Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.” Même si nous devons encore attendre, il ne faut pas perdre des yeux la base de notre foi.
L’huile décrite dans la parabole peut représenter plusieurs choses. Elle pourrait évoquer le Saint-Esprit qui est la présence de Dieu à nos côtés. Cependant, elle pourrait aussi représenter notre foi, notre foi qui nous guide dans notre vie. En outre, elle pourrait aussi symboliser la lumière de Christ qui brille dans la nuit et nous guide afin que nous puissions voir le chemin à suivre dans les ténèbres que pourraient être notre monde. Pour moi, ce qui m’aide à persévérer dans la foi, c’est la prière qui symbolise la relation personnelle avec Dieu, ainsi que la vie communautaire qui me permet de tisser des liens avec des personnes qui ont décidé de suivre le Christ, même si nous venons d’horizons différents. Pour d’autres personnes, ce qui pourrait entretenir la flamme en attendant le retour du Christ, cela pourrait être un moment seul avec le texte biblique afin de s’en imprégner, la louange qui permet de crier son amour pour Jésus ou alors faire des actions de bienfaisance et aller à la rencontre de l’autre. Ce qui nous aide à tenir bon pourrait représenter des choses différentes pour chacun d’entre nous selon notre interprétation, l’important étant que c’est cela qui aide à s’accrocher au coeur des ténèbres.
Ce n’est en effet pas une coincidence si la parabole se déroule au milieu de la nuit. Les ténèbres peuvent représenter ce qui se passe de douloureux dans ce monde. Les mauvaises nouvelles que nous voyons défiler devant nos yeux dès que nous ouvrons notre téléphone, un journal ou que nous allumons la télévision et qui forcément nous affectent de près ou de loin. Ou alors les maladies physiques ou mentales qui peuvent envahir le corps ou l’esprit alors que nous prions Dieu pour une guérison. L’huile, quelque soit la définition qu’elle pourrait avoir dans votre vie combat les ténèbres et permet de chasser ces choses qui nous handicapent ou nous empêchent d’avancer. L’huile est un symbole de notre espérance.
La fin de la parabole peut paraître brutale, voire choquante. Les cinq jeunes filles qui n’ont pas été prévoyantes se voient refuser l’entrée en se faisant claquer la porte au nez. Il est trop tard. Elle ne pourront pas entrer et rencontrer l’époux. Comme je l’ai dit plus tôt, les jeunes femmes représentent l’église et le fiancé symbolise Christ. Même si la fin paraît très dure notamment quand le fiancé s’écrie “Je ne vous connais pas”, cette parabole est justement là pour choquer l’auditoire afin que l’église se réveille, ne basse pas la garde et continue de prendre soin de son huile. Il faut être prêt que cela arrive demain ou dans cinquante ans.
Au final, cette parabole nous exhorte à être prêts pour ce qui nous attend pour la suite de notre vie de chrétiens. Soyons prêts car nous ne savons ni le jour ni l’heure. Nous devons veiller sans nous affaiblir, veiller avec cette huile qui a une signification personnelle pour chacun et qui nous fortifie et enfin gagner la course d’endurance. Nous devons nous nourrir de cette huile pour tenir bon face aux ténèbres et pouvoir entrer dans le Royaume des cieux. Que Dieu vous bénisse.
Amen