« L’eau de la grâce qui ouvre sur un monde nouveau » (prédication du 20.09.26)

Lecture biblique : Ezekiel 47 : la source du temple

1Il me ramena vers l'entrée de la Maison. De l'eau sortait sous le seuil de la Maison à l'est, car la façade de la Maison était à l'est ; l'eau descendait sous le côté droit de la Maison, au sud de l'autel. 2Il me fit sortir par le chemin de la porte nord et il me fit faire le tour par dehors jusqu'à l'extérieur de la porte qui donne sur l'est. L'eau coulait sur le côté droit.

3Lorsque l'homme sortit vers l'est, il avait dans la main un cordeau et il mesura mille coudées ; il me fit traverser l'eau, et j'avais de l'eau jusqu'aux chevilles. 4Il mesura encore mille coudées et me fit traverser l'eau, et j'avais de l'eau jusqu'aux genoux. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser, et j'avais de l'eau jusqu'aux reins. 5Il mesura encore mille coudées ; c'était un torrent que je ne pouvais traverser, car l'eau était si profonde qu'il fallait y nager ; c'était un torrent qu'on ne pouvait traverser.

6Il me dit : As-tu vu, humain ? Il me conduisit et me ramena au bord du torrent. 7Quand il m'eut ramené, il y avait beaucoup d'arbres au bord du torrent, de chaque côté. 8Il me dit : Cette eau sortira vers le district oriental, descendra dans la plaine aride et entrera dans la mer ; lorsqu'elle se sera jetée dans la mer, les eaux de la mer deviendront saines. 9Partout où le torrent arrivera, tous les êtres vivants qui grouillent vivront ; il y aura une grande quantité de poissons, car cette eau arrivera là-bas et les eaux deviendront saines, et il y aura de la vie partout où arrivera le torrent. 10Alors des pêcheurs s'y tiendront. Depuis Eïn-Guédi jusqu'à Eïn-Eglaïm, on étendra les filets. Ces poissons, selon leurs espèces, seront comme les poissons de la grande mer ; ils seront très nombreux. 11Ses marais et ses lagunes ne seront pas assainis, ils seront abandonnés au sel. 12Près du torrent, sur ses rives, de chaque côté, pousseront toutes sortes d'arbres fruitiers. Leur feuillage ne se flétrira pas, leur fruit ne s'épuisera pas ; ils donneront des primeurs tous les mois, parce que ses eaux sortiront du sanctuaire. Leur fruit servira de nourriture et leur feuillage de remède.

Prédication : « L’eau de la grâce qui ouvre sur un monde nouveau »

Résumé : Face à nos deuils, nos « c’est mort ! », la vision d’Ezékiel de l’eau apporte l’espérance d’un monde nouveau. L’eau qui coule, comme la grâce dans nos vies, ouvre sur une création nouvelle. Inspirant aussi pour nos temps secoués par le réchauffement climatique ?

Prédication à écouter ici.

 

Bien-aimé·e·s dans le Seigneur,

C’est quand la dernière fois que vous avez dit « c’est mort ! » ?

  • Quand vendredi soir tu t’es dit : « Ce week-end, je range toute la maison, je fais de l’admin, je trie mes papiers et je vais courir. » Et samedi matin: c'est mort.
  • Quand tu t’es acheté une belle plante verte en te disant: « Cette fois, je l'arrose précisément tous les mardis, je lui parle et elle va s'épanouir. » La plante deux semaines plus tard :« C'est mort ».
  • Quand ton équipe de foot favorite (ou pas) perd déjà largement, ou quand tu vois le bus sur le point de partir, ou quand tu vois ta sauce brûler au fond de la casserole, à chaque fois tu t’es dit « c’est mort ».

Cela me rappelle une petite blague : c’est un patient appelle son médecin pour un rendez-vous urgent : « Docteur, il faut absolument que je vous voie aujourd'hui ! » Le médecin regarde son planning complet et soupire : « Ah, aujourd'hui c'est mort... » Le patient, terrifié : « Quoi ?! Mais je venais juste pour un rhume ! »

« C’est mort » : c’est en langage moderne que s’est dit le peuple juif en 597 av. JC quand le roi Nabuchodonosor II les a vaincus. Non seulement, ils ont subi la destruction du Temple, le lieu de la présence de Dieu pour eux, mais aussi ils se voient exilés à Babylone, la pire ville au monde. Mettez-vous un instant leur place : quelle espérance ont-ils pu avoir, alors qu’ils venaient de tout perdre ? Leur monde s’était écroulé, il n’y avait plus d’avenir. Oui pour les juifs c’était « mort ».

Plus d’avenir, c’est mort, cela me fait penser à qui est en train de se passer de manière insidieuse avec le réchauffement climatique. Hier, plus de 5000 personnes ont manifesté à Lausanne pour rappeler qu’ils ne voulaient pas d’été à 50 degrés. La terre, la création que Dieu nous a confiées, est en train de mourir, et nous ne faisons rien contre cela ? Est-ce que, concernant le climat, nous aussi nous nous disons : « c’est mort » ?

Dans d’autres situations de nos vies, nous pouvons également nous dire cette petite phrase. Chacune et chacun doit travers des deuils, petits ou grands : deuil de relations, de projets, de personnes, de vision du monde : « C’est mort ».

Et face à nos deuils, qu’est-ce que Dieu nous dit ? Car Dieu nous parle, bien-aimé·e·s dans le Seigneur, il nous parle aujourd’hui encore. Il nous parle à travers sa Parole, il nous parle à travers de rêves ou de visions, il nous parle à travers des personnes que l’on peut nommer « anges », « messagers » ou « prophètes ». Martin Luther King en était un, lui qui a porté son rêve d’égalité et de justice, ancrés dans sa foi, jusqu’à la mort. Ezékiel en était un autre, lui qui a reçu cette vision du temple et de l’eau, une vision à transmettre aux exilés à Babylone.

Pour ceux-ci, Dieu a abandonné son peuple, mais Ézéchiel leur rappelle que malgré l’absence du Temple, Dieu reste présent et que la restauration est promise. Le Temple est même au centre de la vision de renouveau d'Ézéchiel. Bien qu'il ait été profané et détruit, il est désormais transformé en un symbole de bénédiction, de guérison et de présence de Dieu à travers toute la Création. 

Oui bien-aimé·e·s dans le Seigneur : cette vision est un sacré signe d’espérance pour le peuple exilé en deuil de son Temple. D’abord parce que de ce nouveau temple coule une eau qui grandit de plus en plus pour se transformer en fleuve. Ce fleuve traverse des terres autrefois stériles, transformant les déserts en deltas fertiles, rétablissant les poissons, la végétation et même guérissant les eaux salées de la mer Morte. De la mort à la vie, d’une terre aride à une création pleine de vie. L'eau de ce fleuve est si puissante que les eaux salées de la Mer morte deviendront douces et regorgeront de vie. Une mer morte qui devient vivante, c’est pas merveilleux ça ?

En fait, Ézéchiel aurait pu dire que le fleuve contourne la mer Morte. Au lieu de cela, il y pénètre. Le point est théologique, bien-aimé·e·s dans le Seigneur : la vie divine coule dans les endroits les plus morts et les plus désespérés. Le verbe hébreu utilisé (raphaʾ) signifie guérir, restaurer, rendre entier. Dieu ne contourne pas le lieu de la mort, il y pénètre. Les arbres qui portent des fruits chaque mois symbolisent la restauration de la Création. Cette vision comporte donc aussi un message d’espérance pour notre terre, pour la création, alors que nous traversons ces temps de crise climatique.

Mais c'est bien joli tout ça, avec cette vision, le temple, la nouvelle création, mais comment y parvenir ? Ça paraît un peu utopique, non ? 

D’abord, il faut bien comprendre ce que cela veut dire pour nos vies. Ce texte, il est à lire comme une métaphore. La source décrite par Ezekiel, dès les premiers pères de l’Église, on l’a vue dans la Parole qui irrigue, qui féconde, qui fait vivre. Certains ont même reconnu les 4 évangiles dans les 4 niveaux d’eau décrits. La Parole de Dieu, c’est une Parole qui nous parle d’une abondance qui dépasse notre entendement, qui nous parle d’une source d’amour qui est en Dieu et qui n’a pas de limite. 

En fait, au-delà de la Parole, cette eau qui ressort du Temple, elle renouvèle abondamment l’espérance de ceux qui ont le cœur brisé. Oui cette eau vive est pour moi une image pour dire l’abondance de la grâce de Dieu. 

Alors, pour parvenir à cette nouvelle création, il nous faut recevoir la grâce, de il nous faut nous y plonger véritablement, il nous faut oser aller mettre les pieds dans l'eau, et pas juste dans le pédiluve à l'entrée de la piscine, mais y plonger petit à petit, jusqu’à ce que ce soit intégralement. Vous avez remarqué qu'il y a quatre étapes ? Eh bien, c'est vraiment l'idée de petit à petit recevoir la grâce, de gouttelette à ruisseau qui deviendra fleuve, et, après, y plonger, s'y engager de plus en plus, oser affronter ses peurs, pour aller dans le grand fleuve. Je crois que c'est vraiment cela, le chemin qui nous est donné par cette vision : recevoir la grâce, l'accepter dans sa vie et en faire quelque chose, la laisser prendre de plus en plus de place dans notre vie, pour permettre à une création nouvelle de voir le jour.

La grâce, c’est cet amour de Dieu inconditionnel pour chacune et chacun de nous, indépendamment de nos mérites. Gratos mec ! La grâce comme une eau vive qui vient donc renouveler nos vies et nous ouvrir sur de nouveaux lendemains. Comme dans la vision, c’est parce que nous sommes acceptés tels que nous sommes que nous pouvons porter des fruits.

Car le temple, on pourrait le voir plus largement comme le Dieu trois fois saint, ou même plus particulièrement pour nous Chrétiens comme le Christ Ressuscité. A Pâques, la Vie est plus forte que la mort. Et cela est valable aussi pour nos vies : même quand nous croyons que « c’est mort », ou que nous sommes à terre après un temps d’épreuve, ou que nous n’en pouvons plus de toujours tomber, tout peut recommencer, continuer, se relever, tout peut ressusciter. Par et avec le Christ.

Bien-aimé·e·s dans le Seigneur, si j’osais un jeu de mot pourri, je dirais que le message prophétique d’Ézéchiel, c’est qu’il faut se mouiller ! Cette vision ne nous appelle pas à rester inactifs, mais à oser plonger dans le torrent de la grâce ! Si nous choisissons de plonger dans la véritable eau vive, nous pouvons contribuer à un monde plus juste et plus revigorant pour toute la famille humaine ainsi que pour la Création. Oui cette vision est un appel à l’engagement, personnel et collectif. 

C’est pourquoi je vous invite à dire ensemble cette profession de foi, en pensant à toutes les choses qui vous touchent dans le monde où vous vous dites « c’est mort ». Car Dieu, comme aux exilés, vous promet un avenir et une espérance.

Profession de foi

Nous croyons en Dieu, qui crée toutes choses,
qui embrasse toutes choses, qui célèbre toutes choses,
qui est présent dans chaque partie du tissu de la Création.
Nous croyons en Dieu, source de toute vie,
qui baptise cette planète d’eau vive.

Nous croyons en Jésus-Christ, visible dans celui qui souffre,
le pauvre, celui qui souffre de malnutrition,
le réfugié climatique, qui aime et prend soin de ce monde
et souffre avec lui.
Et nous croyons en Jésus-Christ, graine de vie,
venu pour réconcilier et renouveler ce monde
et tout ce qu’il contient.

Nous croyons au Saint-Esprit, le souffle de Dieu,
qui agit avec Dieu
et qui agit parmi nous et avec nous aujourd’hui.
Nous croyons en la vie éternelle en Dieu.
Et nous avons l’espérance qu’un jour Dieu mettra fin à
la mort et à toutes les forces destructrices.
Amen

(Lutheran Theological College, Inde du Sud, adapté)

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