« La paix » (15.02.26 - prédication du pasteur Alexandre Mayor)

Lectures bibliques

  • Matthieu 5, 9
  • Mt 6, 27- 32
  • Jean 14, (27)-31

Prédication : « La paix »

Résumé : x

Lien vers l'audio ici (désolé pour la mauvaise qualité du son).

 

 

La paix, précieuse paix ; on la veut pour soi, pour les autres, pour le monde.

J’ai choisi de parler de la paix, à partir de passages bibliques et de quatre questions.

  1. Est-ce que les inquiétudes me volent la paix ?
  2. Est-ce que la paix est un but ultime ?
  3. Comment est-ce que je peux recevoir la paix de Dieu ? (confiance) (Jn 14)
  4. En quoi suis-je artisan.e de paix ?

    1. Est-ce que les inquiétudes me volent la paix ?

C’est l’expérience de beaucoup d’entre nous d’être troublé par les bruits de guerre, les mauvaises nouvelles, les faits divers.

Les personnes qui passent pas mal de temps à s’informer sont parfois rendues inquiètes par les nouvelles qui leur parviennent.

Est-ce que nous n’avons pas besoin de focaliser autrement notre attention parfois ? Je me suis laissé dire que le mot paix apparait presque 100 fois dans le Nouveau Testament alors que le mot guerre seulement une dizaine de fois. Peut-être que lire plus souvent la bible et un peu moins regarder des vidéos sur internet nous laisseras plus paisible.

A force de nourrir notre intérieur de nouvelles mauvaises sur lesquelles nous n’avons pas prise, ou si peu, nous nous laissons envahir, et pouvons y perdre une partie de notre calme et de notre paix.

Je n’encourage pas à se couper du monde ou à ne pas s’informer. Au contraire. Mais les informations qu’on nous sert ne nous apprennent parfois presque rien de nouveau, approfondissent peu notre compréhension des enjeux, et portent souvent sur le malheur.

Il n’y a pas que les informations qui peuvent nous troubler et nous inquiéter. Il peut y avoir tant de choses, comme la santé, le travail, notre famille, la situation financière. A chacune et chacun ses inquiétudes. … quelles autres inquiètudes

a) Face à cela un bon remède nous vient des stoïciens. Un de leur principe est devenu une belle prière :

Mon Dieu donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer
Donne-moi le courage de changer les choses que je peux,
Et donne-moi la sagesse de faire la différence entre les deux.
La sagesse d’accepter les choses que l’on ne peut pas changer. Est-ce que ça vous parle ? … 

(Développer sur les cercles de préoccupation, influence et contrôle.)

b) Jésus dit un peu la même chose quand il parle des inquiétudes dans le chapitre 6 de l’évangile de Matthieu. A chaque jour suffit sa peine. C’est pour la peine du jour présent pour laquelle la prière demande du courage. Pas au-delà, et pas pour une peine sur laquelle nous n’avons aucune prise.

Il s’agit donc de s’engager pour ce qui est à notre portée (la peine du jour), et de ne pas nous inquiéter outre mesure pour ce qui est au-delà de notre portée.

Ce passage de Matthieu invite aussi à l’observation de la nature, et à la générosité de celle-ci. C’est à mon sens une invitation à voir ce que l’on a, ce que l’on reçoit chaque jour, et du coup à être dans une attitude de reconnaissance qui chasse les inquiétudes.

(peine du jour : les oiseaux volent et sont actifs/ présent (pas futur, demain ; qqch de supportable)/ reconnaissance que Dieu, la vie pourvoit

 2. Est-ce que la paix est un but ultime ?

Si on se place d’un point de vue collectif, on peut sans doute dire que la paix est un but, c’est le shalom des juifs, cet état de plénitude, d’harmonie, ou chacune et chacun trouve sa place et ou la paix se fait aussi au niveau social, économique, politique

Mais au niveau personnel, si la paix est importante, elle n’est sans doute pas ultime. Être en paix avec soi-même, en d’autres termes trouver une forme de paix intérieur, ou de bonheur, est très recherché. Le développement personnel donne des idées pour trouver cette paix intérieure, un apaisement.  Je pense qu’on y trouve beaucoup de bonnes choses, de bonnes idées. 

En même temps, force est de constater que la paix n’est pas toujours le but ultime du Christ. A Gethsémané, le Christ n’a pas vraiment la paix. Sur la croix non plus. Et c’est sans doute parce qu’il a mis autre chose au premier plan. Cette première chose, pour la résumer en un mot, on pourrait dire que c’est le service.

Dans le passage de Matthieu 6 que nous avons entendu, on lit de « se préoccuper du royaume de Dieu et de sa justice ». Le service, la recherche du royaume, sa justice, sont plus importants que de se sentir en paix, paisible, tranquille

Pour le dire autrement, peut-être que parfois notre conscience nous aiguillonne et ne nous laisse pas en paix. La faire taire serait un moyen de trouver la paix, mais en même temps nous y perdrions une aspiration à la justice qui est plus importante que notre quiétude.

Il ne faudrait pas que la paix soit au détriment du mouvement qui veut changer les choses pour le mieux. Il ne faudrait pas que notre soif de paix nous fasse abandonner nos velléités d’améliorer le monde.

Parfois on peut servir dans la paix, et parfois on ne peut pas. Et dans ce cas, c’est sans doute alors le service et le mouvement qu’il faut préférer à la paix.

Cela nous amène à la troisième question :

3. Comment est-ce que je peux recevoir la paix de Dieu ?

Si être en paix n’est pas plus important que la préoccupation du service du royaume, la paix joue une place importante dans les évangiles. …

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » dit le Christ dans l’évangile de Jean. « Ne soyez pas inquiet et n’ayez pas peur. » Il parle à ses disciples dans un contexte où ils vont bientôt être séparés. C’est une sorte de discours d’adieu.

Il ne sera bientôt plus avec eux. Et il leur donne la paix.

Dans ce discours il est aussi beaucoup question de demeurer en Dieu, et de demeurer dans ses commandements. Et que lui demeure en ses disciples et amis.

C’est comme s’il leur disait, restez dans cet art de vivre que je vous ai appris, que j’ai vécu devant vous. Vivez dans cet amour et nous resterons liés. Et par ce lien vous êtes liés à Dieu, à l’ultime, à l’amour-même. Alors vous pouvez être en paix, parce que vous savez que votre vie est alignée sur ce qui a ultimement de la valeur.

Le Christ peut leur donner la paix, parce qu’au-delà des apparences, il est vainqueur du monde, de ce monde plein de tragédies et d’injustices.

Nous aussi par la foi, nous pouvons recevoir la paix du Christ, croire que les soucis petits et grands, ne sont que l’ombre des réalités où Dieu est vainqueur.

Ce qui importe ce n’est pas de ne pas souffrir, mais d’être en lien avec celui qui nous aime et dans une suivance de cet amour.

-La lettre aux Romains parle aussi de la paix de Dieu que les croyantes et croyants reçoivent par la foi. Là il est question de la réconciliation apportée par Jésus à la croix. Nous sommes en paix car Dieu a pourvu à la réconciliation.

La paix de Dieu se reçoit par la confiance en lui. Peut-être qu’aujourd’hui nous pouvons prier Dieu qu’il vienne au secours de notre petite foi, pour qu’elle grandisse et nous permettent d’être plus dans cette paix ?

4. En quoi suis-je artisan.e de paix ? Comment ?  (et par là enfant de Dieu)

Nous avons commencé par essayer de sortir des inquiétudes qui peuvent nous voler notre paix. Nous avons ensuite vu que la paix intérieure ne pouvait pas être un but au détriment de notre appel au service et au détriment de notre conscience.

Et nous venons de nous rappeler de la paix est un cadeau de Dieu que l’on reçoit dans la foi.

J’aimerais maintenant finir avec ce magnifique verset : « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu ». Ou « Heureuse les artisanes de paix car elles seront appelées filles de Dieu ».

La paix se reçoit dans la foi. Mais elle est aussi quelque chose à construire patiemment, comme travaille un artisan.

Il y a du travail. Souvent un travail de réconciliation à faire. Dans la lettre de Paul aux Romains, la paix est associée à la réconciliation apportée par Dieu.

Par quoi passe cette nécessaire réconciliation dans nos vies là où il y a des conflits ou des guerres ?

Il y aurait bien des choses à dire. Mais allons à l’essentiel. C’est bien souvent l’autre qu’on a perdu en route, sa vérité, ses souffrances, son droit, son point de vue, ses besoins.

Quand il y a opposition et guerre, on s’est embrigadé, souvent même barricadé dans un point de vue. Ce qui compte c’est notre propre vision, celle de notre camp, nos souffrances, etc.

Une des manières de dépasser cela, d’en sortir, que ce soit dans une guerre entre deux personnes ou deux nations, c’est de sortir de cet auto-centrement mortifère. C’est de réaliser qu’on n’a qu’une partie de la vérité, que tout comme l’autre, ou l’autre groupe, on est imparfait.

-Ecoutons un passage de Romain Rolland, un auteur français qui écrivait depuis Genève durant la première guerre mondiale. Il s’est fait traiter de traître et de lâche dans son pays parce qu’il dénonçait la guerre. Mais plus tard reçu le prix Nobel de la paix. Je pense que c’était un artisan de paix. Bien que français et tenant pour son pays, il récusait le nationalisme, et le mensonge au service d’intérêts. Et il voyait aussi la part de vérité de l’autre.

Osons dire la vérité aux aînés de ces jeunes gens (qui partent à la guerre), à leurs guides moraux, aux maîtres de l’opinion, à leurs chefs religieux ou laïques, aux Eglises, aux penseurs, aux tribuns ... Quoi! vous aviez, dans les mains, de telles richesses vivantes, ces trésors d’héroïsme! A quoi les dépensez-vous? Cette jeunesse avide de se sacrifier, quel but avez-vous offert à son dévouement magnanime? L’égorgement mutuel de ces jeunes héros! La guerre européenne   ….

Etait-il impossible d’arriver, entre vous, sinon à vous aimer, du moins à supporter, chacun, les grandes vertus et les grands vices de l’autre? Et n’auriez-vous pas dû vous appliquer à résoudre dans un esprit de paix (vous ne l’avez même pas, sincèrement, tenté) les questions qui vous divisaient – celle des peuples annexés contre leur volonté – et la répartition équitable entre vous du travail fécond et des richesses du monde? Faut-il que le plus fort rêve soit perpétuellement de faire peser sur les autres son ombre orgueilleuse, et que les autres perpétuellement s’unissent pour l’abattre? A ce jeu puéril et sanglant, où les partenaires changent de place tous les siècles, n’y aura-t-il jamais de fin, jusqu’à l’épuisement total de l’humanité?

Ces guerres, je le sais, les chefs d’Etat qui en sont les auteurs criminels n’osent en accepter la responsabilité; chacun s’efforce sournoisement d’en rejeter la charge sur l’adversaire.

C’est la raison, la foi, la poésie, la science, toutes les forces de l’esprit qui sont enrégimentées, et se mettent dans chaque Etat, à la suite des armées. Dans l’élite de chaque pays, pas un qui ne proclame et ne soit convaincu que la cause de son peuple est la cause de Dieu, la cause de la liberté et du progrès humains.

Lisez ou relisez Romain Roland « Au-dessus de la mêlée » sa voix a encore qqch à nous dire.

(Attention quand une cause nationale ou autre devient la cause de Dieu)

-J’aimerais vous donner un autre exemple d’artisans de paix. Deux hommes, Rami et Bassam. L’un est israélien, l’autre est palestinien. Tous les deux ont perdu leur fille dans le conflit israélo palestinien.

Malgré leur perte ils sont engagés dans la réconciliation entre les nations palestinienne et israélienne. Ils s’appellent mon frère.

Avec des centaines de familles qui ont perdu un membre, ils ont une organisation qui travaille à la réconciliation. En étant réunies, ces familles sont obligées d’être ouverte aux souffrances de l’autre, à ses peurs, à ses besoins, à la vision des autres. Et c’est ainsi qu’elles avancent au-devant d’une paix qui semble si difficile aujourd’hui.

Ces familles sont principalement juives et musulmans.

Mais à mon sens elles vivent selon l’esprit du Christ et celui qui devrait être celui des chrétiens, à savoir un esprit de réconciliation qui se décentre, qui évite de nous emprisonner dans des groupes antagonistes.

Nous sommes en effet appelés à l’universel dans notre rapport à l’autre, à la suite de Dieu, qui fait pleuvoir et briller son soleil sur les justes et les injustes.

Nous serons artisans de paix quand nous écouterons toutes les causes, même celle de nos ennemis, avec l’oreille impartiale de Dieu qui fait grâce à toute et tous, car personne n’est juste.

Quelle question allez-vous garder de ce matin ?

1)Est-ce la question du vol de la paix intérieure par les inquiétudes ? … Dans ce cas nous pouvons nous concentrer sur ce qui est à notre portée et dire cette prière : donne-moi mon Dieu la sagesse d’accepter ce que je ne peux pas changer. Et Seigneur je me concentre sur aujourd’hui, sur le travail d’aujourd’hui. A chaque jour suffit sa peine. 

2)Ou peut-être avez-vous réalisé que vous vouliez absolument être en paix, alors que ne pas être en paix est parfois synonyme de mouvement, de vie, de votre désir de servir, d’une conscience qui n’est pas endormie.

3)Si c’est la 3e question qui vous a parlé, vous allez pouvoir faire ou renouveler un pas de confiance en Dieu qui offre sa paix, et dire : Seigneur, merci pour ta paix, toi qui a vaincu le monde.

4)Finalement, il se peut que vous vous sentiez appelé à être artisane ou artisan de paix, et à promouvoir la réconciliation, à écouter les raisons, les souffrances, les besoins, des autres, surtout de vos « ennemis ».

Que la paix de Dieu qui surpasse tout soit avec nous.

Amen

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