« Accueillir à la Pasto et à MLK » (04.01.26 - avec Chloé Ryser et Alain Félix)

Résumé : C'est quoi l'accueil ? comment et pourquoi accueillir? En guise de prédication, échanges libres avec Chloé Ryser et Alain Félix, aumôniers à la Pastorale de la rue de Lausanne. Un beau moment de partage.

Prédication à écouter ici.

  • B : Chloé et Alain, merci d’être là ce matin ! Pour vous, aumôniers à la Pasto, comment ce thème de l’accueil fait écho à ce texte bien connu de l’épiphanie et de la visite des mages à Jésus qui vient de naître ?
  • C : Au fond, il n’est pas tellement question d’accueil, mais plutôt de gens qui vont à la rencontre de Jésus ; ce qui finalement n’est pas si différent : dans l’accueil on va à la rencontre de l’autre.
  • A : Pour moi, la première partie avec Hérode pose la question de « pourquoi accueille-t-on ? ». Y a-t-il de bonne ou de mauvaise raison d’accueillir ? Hérode cherche à profiter pour son intérêt personnel, ce n’est pas un accueil. Dans l’accueil inclusif, au contraire, on vise un accueil désintéressé.
  • A : Par ailleurs, dans la seconde partie du texte, dans la maison, cela pose la question : « qui accueille qui ? ». Je dirais « les deux ! ». On a tendance à envisager l’accueil comme « je t’ouvre ma porte », donc à sens unique, alors que pour moi, pour qu’il y ait rencontre, il faut qu’il y ait réciprocité…
  • B : Mais au fond, qu’est-ce que cela nous fait, d’accueillir ? qu’est-ce que cela change ?
  • C : Accueillir provoque quelque chose en nous : si cela nous ne procurait pas de plaisir, on ne le ferait pas. Nous avons besoin de quelque chose qui génère de la joie, ce n’est jamais désintéressé…
  • A : Je garde une certaine méfiance envers une certaine attitude chrétienne qui dit qu’on doit accueillir, parce que cela va à l’encontre de cela, de la joie que l’accueil provoque. Souvent, quand je fais les choses par devoir, je n’y trouve pas mon compte.
  • B : Je garde cela : faire les choses parce qu’elles me provoquent de la joie. Pour bien vivre l’accueil, de quoi avons-nous besoin ?
  • C : D’abord je trouve important de dire qu’on a tous des talents et on n’est pas tous fait pour accueillir tout le monde partout. On est capable d’accueillir ce que l’on est capable d’accueillir. Il faut partir de là.
  • B : C’est la question des limites qui est essentielle dans l’accueil.
  • C : Exactement. L’accueil n’est jamais complètement inconditionnel, car il y a toujours des limites, de part et d’autre. A la Pasto, il y a la charte qui évoque notamment le respect. Et après il y a les limites de chacun qui peuvent être variables, tout comme le seuil de tolérance (et de patience).
  • A : Pour moi, pour pouvoir vraiment accueillir l’autre, « il faut » savoir s’accueillir soi-même avant. C-à-d que la rencontre avec l’autre peut remuer des choses en toi et si tu n’es pas au clair avec ça cela peut être compliqué dans la rencontre avec l’autre, avant, pendant et après. La rencontre avec l’autre peut nous chambouler, nous remettre en question. Elle nous déplace symboliquement. Elle nous transforme, autant nous que l’autre.
  • B : Un peu comme les mages qui se déplacent et repartent transformés… En parlant des mages, sur un plan symbolique, c’est quoi les cadeaux de l’accueil ?
  • A : Notre cadeau principal, c’est donner du temps à la personne, l’écouter. Avoir du temps pour quelqu’un, c’est le regarder, l’écouter, le considérer, j’ai envie de dire tout ce qu’il y a très peu dans notre société, et pour moi ça va avec l’amour inconditionnel de Dieu à quelque part. Mon boulot d’aumônier c’est essayer d’être porteur de cet amour inconditionnel de Dieu pour l’autre et cela passe par le temps. Le regard et le sourire posé sur le mendiant dans la rue, même si cela prend 3 secondes, c’est toujours du temps, et c’est important.
  • C : C’est aussi la question de s’arrêter, en lien avec le temps. C’est une pause, un temps différent, si tu t’arrêtes dans ta marche, tes pensées, pour dédier un moment à une personne, qui peut être très court ou beaucoup plus long. Juste un regard, ou un sourire, malgré un refus d’une signature, permet de dire « tu es une personne en face de moi, je te reconnais comme personne ».
  • B : Ou comme des frères et sœurs en humanité. Cela fait écho en moi avec cette thématique de la famille chrétienne, voire plus largement de la famille humaine. Si vous deviez compléter « Accueillir l’autre, c’est… » que diriez-vous ?
  • A : Accueillir l’autre, c’est ne pas essayer de le faire devenir quelqu’un d’autre. Quand j’accueille, je ne suis pas là pour défendre quoi que ce soit, ma vision de Dieu ou autre. Accueillir l’autre, alors, c’est… le recevoir tel qu’il est, le considérer comme une sœur ou un frère en Christ, comme quelqu’un d’important. Voire comme quelque qui a autant de valeur aux yeux de Dieu que moi, parce qu’on a souvent tendance à ne pas le croire.
  • B : Avez-vous des anecdotes à raconter par rapport à cette question de l’accueil ?
  • C : Une anecdote que j’ai vécue : En prison, on allait visiter le pavillon des mineurs, et le jeune qu’on a rencontré m’a dit plus tard : « ce jour-là, j’avais envie de me suicider, et heureusement que vous êtes arrivés, parce que grâce à vous je suis toujours là ». C’est que vrai que ça a été un moment hyper fort avec ce jeune, et après on a continué d’avoir une relation très profonde. Ce jour-là, on est arrivé au bon moment au bon endroit avec la bonne personne et cela a vraiment fait la différence.
  • A : Je suis plus frappé par des événements où par hasard je me suis retrouvé au bon endroit au bon moment. Après il faut essayer d’avoir l’attitude juste pour rencontrer. De s’ouvrir à ça et à l’action de l’Esprit Saint à travers toi. Un jour j’allais faire les courses à la Palud, et en haut de la madeleine une Rom mendie. « Oh je suis fatigué, je n’ai pas envie de la voir au retour ». Je fais un détour, je passe par le métro… et la voici sur mon chemin à nouveau, elle s’était déplacée. J’ai compris le message et je suis allé vers elle. Au fond, accueillir l’autre, c’est accueillir Dieu. Et accueillir ses signes dans ma vie.
  • B : Accueillir, c’est donc accueillir les signes de Dieu aussi sur mon chemin… (comme les mages, soit dit en passant)
  • C : Dans ma vie, j’ai essayé de redire souvent « Laisse-toi surprendre » par les événements de la vie qui te font sortir de ta routine et qui débouchent souvent sur des choses incroyables. Dans les rencontres il y a beaucoup de cela : laisser nos a priori de côté, par ex ce que l’on a entendu de la personne, pour vivre la rencontre.
  • A : C’est aussi une question de disponibilité pour rencontrer et accueillir l’autre. Par ex : si je suis fatigué, cela influe sur mes capacités à accueillir l’autre. D’ailleurs si je suis à 70%, c’est aussi pour garder du temps pour me ressourcer. Pour prendre soin de l’autre, il faut savoir prendre soin de soi. Et le corolaire de ça, c’est que parfois pour prendre soin de soi, je dois refuser l’accueil de l’autre afin de pouvoir continuer sur la durée.
  • B : Alors parlons des limites de l’accueil ? Doit-on tout accueillir ?
  • C : Les limites, c’est hyper important. Et non, accueillir l’autre cela ne veut pas dire tout accepter. En tant que chrétien on a parfois du mal avec cela. Quand on accueille, on a nos limites aussi. Jusqu’où je suis d’accord dans une rencontre, jusqu’où je peux aller avant de mettre fin à la rencontre. C’est un des gros défis de l’accueil, notamment avec les personnes qui pètent des câbles : jusqu’où je fais paratonnerre où la personne peut se décharger et quand la limite est franchie et la personne doit partir.
  • B : Pour terminer, si vous deviez donner un message pour la communauté de MLK qui est là ce matin, ce serait quoi ?
  • C : Moi je dirais : on a tous une capacité d’accueil et on est tous des accueillis. Simplement il faut savoir quelle est notre manière d’accueillir, que chacun puisse trouver sa manière d’accueillir. Et on n’a pas besoin d’être tous pareil, au contraire. On a tous notre personnalité, notre manière de faire, etc. L’accueil c’est partout tout le temps, avec le facteur, le chauffeur de bus ou mon voisin, peu importe.
  • B : C’est beau : « on est tous des accueillis »… Cela me fait penser à une vidéo où l’on parlait de Noël comme la fête des pauvres, des migrants, etc.
  • C : On a tous nos pauvretés. Souvent on parle de la pauvreté matérielle, mais on en oublie plein d’autres. Par ex la solitude c’est une grande pauvreté.
  • A : L’accueil c’est pas toujours simple. Mais je pense qu’il faut souligner que l’on a tous des possibilités d’accueillir. Mais on a aussi le droit de ne pas accueillir. Ce qui est essentiel : si on décide d’accueillir, faisons le bien, mais pas à moitié. Être au clair sur comment je veux accueillir et essayer le faire.
  • C : tout en laissant la place à l’imprévu. On organise souvent les chose d’une manière et après cela ne se passe pas exactement comme on avait pensé…
  • B : Accueillir l’autre, c’est accueillir l’imprévu et l’imperfection, merci ! Tout ce que vous avez dit, je l’accueille aujourd’hui. Que Dieu nous aide à vivre cet accueil de tous les jours dans notre vie !
    Amen.

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