« S'abaisser pour honorer » (prédication du 21.06.26)
Lecture de Luc 14,1.7-11 : Prenez la dernière place
1Un jour de sabbat, Jésus se rendit chez un des dirigeants des pharisiens pour y prendre un repas. (…) 7Jésus remarqua comment les invités choisissaient les meilleures places. Il leur dit alors une parabole : 8« Lorsque quelqu'un t'invite à un repas de mariage, ne t'installe pas à la meilleure place. Il se pourrait en effet qu'une personne plus importante que toi ait été invitée 9et que celui qui vous a invités l'un et l'autre vienne te dire : “Laisse-lui cette place.” Alors tu devrais, tout honteux, te mettre à la dernière place. 10Au contraire, lorsque tu es invité, installe-toi à la dernière place, pour qu'au moment où viendra celui qui t'a invité, il te dise : “Mon ami, rapproche-toi des meilleures places.” Ce sera pour toi une marque d'estime devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11En effet, celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. »
Prédication : « S’abaisser pour honorer ! »
Résumé : A l’inverse de la logique du monde où l’on honore les puissants et où l’on se bat avec orgueil pour les meilleures places, le Christ nous invite à entrer dans la logique de l’Évangile. D’une part, en nous abaissant pour honorer notre prochain. Et d’autre part, en nous laissant déplacer par Dieu dans notre chemin de foi.
Bien-aimés dans le Seigneur,
C’est quand la dernière fois que tu as été honoré·e ?
- Quand tu as eu l’honneur… de passer dans une haie d’honneurs, ou d’être garçon d’honneur, avec ou sans pantalons qui tient.
- Quand tu as eu l’honneur… de recevoir un prix, à l’école, à l’uni ou par tes collègues, genre le plus grand amateur de donuts, à moins que ce soit ton insouciante devise qui fasse effet : « donut worry about a thing »
- Quand tu as eu l’honneur… de marcher sur le tapis rouge du festival, au festival de canes. D’ailleurs sais-tu que fait un canard au festival de Cannes ? Il reçoit une palme.
Plus sérieusement. Les places d’honneurs, aujourd’hui, on voit bien ce que c’est. Tapis rouge de Cannes, ou d’Evian pour le G7, ou pour celui qui est à la tête d’une des plus puissantes fédérations au monde qui se couche devant Trump, ou honneurs aux plus grands joueurs (ici Messi qui gagne environ 80 mio par an, quand même), etc.
Dans la logique du monde, on se bat pour les places d’honneurs. Poussez-vous, c’est à moooooi (un peu comme au Black Friday)! Dans la logique du monde, c’est le premier arrivé, premier servi. Comme les canapés à MLK c’est pour mooooooi (non c’est moi qui vais dessus !)(non c’est moi, mais pousse-toi !), vous voyez le genre ? Dans la logique du monde, on honore les puissants, les forts, ceux qui gagnent, les stars, ceux qui font le buzz. On honore les orgueilleux.
Mais comme nous le savons, la logique de l’Evangile est autre, et Jésus le montre bien avec sa parabole. Elle nous invite d’une part, à laisser les places d’honneur aux autres, et d’autre part à se laisser déplacer par Dieu. Regardons.
Le premier point mis en avant par Jésus est l’humilité. En effet, dans la réflexion du Christ sur la manière de choisir sa place en société, l’accent porte sur l’humilité. Jésus ne met pas en avant les questions d’honneurs ou de réputation, mais une certaine modestie. Jésus exhorte à ne pas se croire le centre du monde, à ne pas tout faire pour se placer soi-même sous le feu des projecteurs. L’évangéliste Luc pose un paradoxe en conclusion de la parabole du Christ : « quiconque s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé ».
Mais attention, prendre la dernière place ne veut pas dire se dévaloriser. Mais cela veut dire laisser d’abord sa place à l’autre pour l’honorer (je reviendrai sur cette notion d’honorer).
- Et moi, est-ce que j’arrive à m’abaisser avec humilité pour laisser la place à d’autres ?
Le second point point mis en avant par Jésus est le déplacement. L’hôte ne valide jamais la place occupée, mais il vient la questionner et la bousculer. Il y a sans doute là matière à interroger les déplacements auxquels invite toute relation à Dieu et notamment les déplacements du regard porté sur soi-même. L’effet miroir se confirme : Jésus ne cherche-t-il pas à permettre aux personnes avec lesquelles il partage son repas, des pharisiens, de se laisser déplacer dans leurs convictions ? À travers eux, il invite le lecteur à se souvenir que sa propre place n’est pas déterminée par ce qu’il est mais par le regard que Dieu pose sur lui, un regard qui invite toujours à un déplacement.
- Et moi, est-ce que j’arrive à me laisser déplacer par Dieu ?
Oui bien-aimé·e·s dans le Seigneur, la relation à Dieu (car c’est bien lui qui se trouve derrière le passif utilisé dans ce passage) nous déplace toujours, et elle nous invite à changer le regard que nous portons sur nous-mêmes. Nous ne sommes pas figés à une place que nous nous donnerions ou que d’autres nous donneraient en fonction de notre statut social, de notre histoire et de ses événements heureux ou malheureux, de nos culpabilités ou de nos fiertés, de nos échecs ou de nos réussites. Non. Dieu vient nous déplacer, et ce déplacement vient nous libérer d’un conditionnement dans lequel on pourrait être enfermé ou s’enfermer. Découvrir que nos places ne sont pas figées fait prendre conscience du regard que Dieu porte sur nous et qui fonde toute relation à lui.
Ainsi, avec humilité et se laissant déplacer par Dieu, il s’agit avant tout de suivre l’exemple du Christ, lui qui est né dans une mangeoire à Noël, qui est entré à Jérusalem sur un âne aux Rameaux, qui a lavé les pieds de ses disciples à jeudi saint, qui est mort sur la croix pour nous sans cesser de penser au malfaiteur à côté, etc. Prendre le chemin de l’abaissement, de l’humilité, de la dernière place. Pour honorer les autres.
Et c’est ce que nous devons faire, bien-aimé·e·s dans le Seigneur, suivre Jésus avec qui nous sommes, comme nous l’avons entendu avec les engagements des baptisés et confirmants ! Oui vraiment, nous devons suivre l’exemple du Christ dans son humilité et son abaissement, et réapprendre la culture de l’honneur, comme Thierry et Monique Juvet l’ont décrite. Non pas celle de l’honneur dans l’armée, ou celle qui accorde une grande importance à la réputation. Non la culture de l’honneur, c’est honorer son prochain, c’est reconnaître en lui ou en elle les charismes et les dons que Dieu lui a confiés, c’est les mettre en valeur, les élever. C’est se réjouir pour ce que Dieu a placé en lui ou en elle. C’est encourager dans une atmosphère de confiance et de joie. En somme, c’est mettre en pratique le commandement « aime ton prochain comme toi-même ».
« Comme toi-même ». Honorer les autres commence par s’honorer soi-même, sans fausse modestie, en se regardant honnêtement dans un miroir. Comme avec cette phrase : « Je reconnais et honore ma propre lumière, sachant que chaque petit pas que je fais est un acte d’amour envers moi-même. » Oui cela commence par soi, en soignant sa petite lumière comme nous le chantons parfois.
Alors, bien-aimé·e·s dans le Seigneur, nous aussi dans notre société, dans nos relations, dans notre travail, dans notre Eglise, cherchons à vivre cette culture de l’honneur ! Nous aussi, nous cherchons à honorer notre prochain en reconnaissant les qualités que Dieu a déposées en lui ou en elle, en portant sur l'autre un regard qui l'honore, qui l’élève, en relevant le beau et le bon, en le lui disant et en l'encourageant à le cultiver ?
Oui chers frères et sœurs, en ce jour de fête où chacun nous pouvons penser à notre engagement à la suite du Christ, je vous invite à vivre cette culture de l’honneur, celle qui cherche à honorer non seulement Jésus le Christ, reconnaissant (pour) qui Il est, Sauveur humble et aimant, mais également honorer notre prochain en reconnaissant les qualités que Dieu a déposées en lui, en elle. Vivre la culture de l’honneur, c’est une manière de vivre l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui qui a bien besoin de regards positifs, valorisants, reconnaissants. Et lutter contre l’orgueil de la compétitivité du « je suis meilleur que toi ». Je me souviens de cette collègue pasteure qui m’avait dit un jour ceci : « Sais-tu quelle est la définition du collègue ? celui qui fait le même travail que toi, mais moins bien ». Si cette boutade peut faire sourire, elle est révélatrice du contexte de compétition, d’orgueil, de méfiance envers les autres qui est présent dans notre société. Jésus nous invite à porter un autre regard pour non pas rabaisser mais honorer les autres ; une mission de tous les jours, une mission pour notre vie à la suite du Christ.
Ici à MLK aussi, nous cherchons à partager cette bonne nouvelle : chacun a une place, y compris mon pire ennemi, y compris les drogués qui se shootent devant la porte, y compris celle que j’aime moyennement. Ici à MLK, nous aussi cherchons à honorer le Christ en lui rendant gloire et honneur. Ici à MLK aussi, nous cherchons à nous abaisser pour honorer notre prochain. Ici à MLK aussi, nous cherchons à nous laisser déplacer par Dieu dans notre chemin de foi. Même si c’est difficile.
Alors, si nous cherchons à mettre en pratique l’Evangile, nous ferons un point d’honneur à honorer Jésus et notre prochain, et ça, ce sera vraiment la place d’honneur.
Amen