« Suite à la perte, se mettre en mouvement » (prédication de l'Ascension du 17.05.26)
Lecture de Actes 1,6-11: Jésus est élevé au ciel et quitte ses disciples
6Ceux qui étaient réunis auprès de Jésus lui demandèrent : « Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le règne pour Israël ? » 7Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de savoir quand viendront les temps et les moments, car le Père les a fixés de sa seule autorité. 8Mais vous recevrez une force quand l'Esprit saint descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'au bout du monde. »
9Après ces mots, Jésus fut élevé vers le ciel pendant que tous le regardaient ; puis une nuée le cacha à leurs yeux. 10Ils avaient encore les regards fixés vers le ciel où Jésus s'en allait, quand deux hommes habillés en blanc se trouvèrent près d'eux 11et leur dirent : « Gens de la Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui vous a été enlevé pour aller au ciel, reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller. »
Lecture de Luc 15, 8-10 : La pièce d'argent perdue et retrouvée
8Ou bien, si une femme possède dix pièces d'argent et qu'elle en perde une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve ? 9Et quand elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !” 10De même, je vous le dis, il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui commence une vie nouvelle. »
Prédication : « Suite à la perte, se mettre en mouvement »
Résumé : Comme les disciples qui ont vécu une perte avec l’Ascension du Christ, nous aussi parfois devons passer par la perte. L’Évangile avec la parabole de la pièce d’argent nous invite à nous mettre en mouvement, à apporter de la lumière et balayer dans notre maison intérieure pour, ensuite, vivre la joie. Dans la confiance que l'Esprit saint nous sera donné.
Bien-aimés dans le Seigneur,
Cette semaine, quelle est la dernière chose que tu as perdue ?
- Tu as perdu… tes lunettes : Tu les as cherchées pendant 20 minutes… alors qu'elles étaient sur ton nez !
- Tu as perdu… ta voiture : tu l’as cherchée pendant 1 heure sur le parking du supermarché… avant de te rappeler que tu étais venu à pied.
- Tu as perdu… tes clés : tu les as retrouvées dans le frigo, juste à côté du lait que tu as essayé de ranger dans le tiroir à chaussettes.
- Tu as perdu… le doudou de ton enfant : Mais en fait, tu sais, Doudou a été sélectionné pour une mission secrète de la plus haute importance dans l'espace. Si, si.
- Tu as perdu… ton mot de passe : Le site te dit qu'il doit contenir une majuscule, un chiffre, un hiéroglyphe et le groupe sanguin de ton premier animal de compagnie.
- Tu as perdu… 2 kilos : mais tu les as vite retrouvés cinq minutes plus tard cachés dans un paquet de Donuts
- Tu as perdu… le contrôle de ta vie : Tout a basculé au moment exact où j'ai décidé d'acheter un t-shirt blanc alors que tu manges des pâtes bolognaises trois fois par semaine.
D’ailleurs savez-vous comment on appelle une baguette qui ne trouve pas son chemin ? Un pain perdu. Mouarf.
Plus sérieusement, la perte, c’est un thème qui nous touche tous, petits et grands, jeunes et vieux, avec des parfois petites, parfois grosses pertes qui jalonnent notre chemin de vie. J’ai perdu mon mari, ma grand-maman, j’ai perdu mon doudou. J’ai perdu… la foi, j’ai perdu la force, j’ai perdu la joie de vivre, j’ai perdu espoir…
Pour les disciples, on imagine bien le drame que la perte de Jésus a dû être. Eux aussi, si l’on veut, ils avaient perdu leur doudou version adulte… et bien plus ! D’abord quand Jésus est mort sur la croix. Les disciples ne pouvaient être qu’abattus. Puis la nouvelle se répand : « il est vivant, il vraiment ressuscité, alléluia ! » Et pourtant, 40 jours plus tard, à l’Ascension, il s’en va, définitivement. Pour les disciples, c’est encore une perte, même s’ils sont probablement moins tristes et abattus qu’à la croix, mais davantage déconcertés : perte de ce repère qu’il était dans leur vie, perte de leur lien avec Dieu. «Comment va-t-on faire sans lui ? », on imagine assez bien la scène et ce que les disciples ont pu dire… Ils regardent le ciel, sans trop comprendre… « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? », disent deux hommes en vêtements blancs. Face à leur perte, les disciples restent sans voix. Que faire désormais ?
Oui quand on vit une perte, que faire ? Face à mes pertes, est-ce que je me laisse abattre ? est-ce que je pleure un bon coup, est-ce que je crie ma révolte ? est-ce je reste sans voix ? comment est-ce que je réagis ? comment est-ce que j’arrive, ou pas, à aller de l’avant et continuer mon chemin ?
La perte, c’est évidemment un thème qui traverse nos existences, mais aussi la Bible avec notamment ces 3 paraboles du chapitre 15 de l’Evangile selon Luc, avec deux paraboles parmi les plus célèbres : celles de la brebis perdue et celle du fils prodigue ou du fils retrouvé. Plusieurs fois dans les Évangiles, nous trouvons des doublets (deux paraboles sur le même thème), mais ici nous avons, et c’est je crois unique dans les Evangiles, un triopack. Est-ce que cela veut dire que le thème est particulièrement important ?
Entre les 2 paraboles très connues, on trouve la petite parabole de la pièce perdue. Parabole mineure peut-être, courte, mais là, avec sa spécificité. Quelle est-elle ? Regardons cela de plus près.
D’abord, à la différence de la brebis et du fils, la pièce d’argent ne s’est pas perdue par elle-même. Elle a été perdue, on ne sait pas comment ni par qui. La perte a lieu, sans qu’il n’y ait de coupable à accuser. C’est ainsi la parabole la moins moralisante des trois : elle évite d’avoir un regard trop sévère à son propre égard ou à l’égard des autres. En fait, il faut bien avouer que nous ne savons pas toujours comment cela se fait qu’on perd, qu’on se perd, ou qu’on est perdu.
Ensuite, deuxième différence majeure, il s’agit d’une femme. A l’inverse du monde masculin du berger, cette parabole touche le monde féminin de la maison. Dieu se présente sous des traits féminins, à l’intérieur de la maison. La maison représente ce qui a trait à la sécurité, à l’intimité, c’était le domaine des femmes pendant longtemps. Nos pertes peuvent aussi toucher notre « intérieur » : et si c’était parfois à l’intérieur de nous que nous nous sentons perdus ?
Face à la perte, qui est dans ce milieu modeste de la parabole, catastrophique, avec la pièce d’argent qui représente tout de même un salaire journalier, face à la perte donc, que faire ? Face à la perte du Christ pour les disciples, que faire ? face à nos pertes, que faire ?
Assez simplement, la femme de la parabole agit. Elle allume une lampe pour y voir clair. Elle balaie la maison pour y faire de l’ordre. Elle cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé la pièce. Sans se laisser abattre, elle prend les choses en main et fait tout ce qu’elle peut pour vivre des retrouvailles. Certes parfois, une perte est définitive, il ne peut y avoir, sur terre en tout cas, de retrouvailles. Mais la réaction de la femme est importante : elle nous montre que la perte ne doit pas nous abattre mais doit nous mettre en chemin. Au fond, cette petite parabole met en exergue une vraie démarche et un cheminement intérieur : apporter de la lumière, pour y voir clair ; balayer pour faire de l’ordre, dans notre maison intérieure, cela commence par là. Et se mettre en marche pour vivre à nouveau la joie. Une décision d’action.
Pour les disciples aussi, leur perte déconcertante de leur maître les met eux aussi en mouvement, en marche. Pour eux, cela signifie aller dans la confiance dans le monde : « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures. » (Mc 16,15) leur dit Jésus dans l’Evangile de Marc. Va avec confiance et sois témoin de la bonne nouvelle. Met de la lumière dans la vie des hommes et des femmes. Balaie, mets de l’ordre dans ta vie spirituelle et marche à ma suite. De disciples, qui m’a suivi, deviens apôtre, mon envoyé. Avec la puissance de l’Esprit Saint, « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »
Pour nous aussi, cette parabole est aussi une exhortation à nous mettre en chemin, à faire de l’ordre dans notre maison intérieure et à aller avec confiance sur les chemins de vie témoigner de l’amour que nous avons reçu. Aller… vers l’autre, esseulé, retrouver celui qui est perdu, aller… à MLK pour se retrouver, pour faire de l’ordre dans sa maison intérieure, pour vivre la joie, celle qui nous vient de Dieu, celle du gospel. La même joie que Dieu ressent quand un homme pêcheur admet que Dieu le cherche et se laisse trouver.
Ainsi, face à nos pertes, comme les disciples ont vécu l’Ascension du Christ comme une perte, la parabole de la pièce perdue nous invite à nous mettre en mouvement : faire de l’ordre dans notre maison intérieure et nous engager à mettre l’Evangile au centre de nos vie pour vivre la joie des retrouvailles avec le Christ. Un cheminement à vivre, donc, dans la confiance que Dieu viendra toujours nous rechercher et nous offrir sa consolation et sa joie. Car le vrai doudou, c’est lui, le Dieu trois fois saint. Que sur notre chemin de vie jalonné de pertes, il nous bénisse et nous garde.
Amen.