« Un sacrifice qui ouvre sur une vie nouvelle » (05.04.26 - Pâques / Narnia)
Lecture de Romains 3 Comment Dieu sauve les êtres humains
21Mais maintenant, Dieu nous a montré comment il nous rend justes devant lui, et cela sans l'intervention de la Loi. Les livres de la Loi et des Prophètes l'attestent. 22Dieu déclare les êtres humains justes par la foi et la fidélité de Jésus Christ, il le fait pour tous ceux qui mettent leur foi en lui. Car il n'y a pas de différence entre eux : 23tous ont péché et sont privés de la présence glorieuse de Dieu. 24Mais Dieu, par sa grâce, les rend justes, gratuitement, par Jésus Christ qui les délivre de leur esclavage. 25-26Dieu a offert Jésus Christ comme un sacrifice pour le pardon des péchés : par sa fidélité qui est allée jusqu'à verser son sang, le Christ a manifesté que Dieu est toujours juste. Il l'était autrefois quand il a patienté et laissé impunis les péchés des humains ; il l'est dans le temps présent, car il veut à la fois être juste et rendre justes tous ceux qui croient grâce à la fidélité de Jésus.
Prédication: “Un sacrifice qui ouvre sur une vie nouvelle”
Résumé: La bonne nouvelle de Pâques, dans le film Narnia comme dans la Passion du Christ, c’est que le sacrifice volontaire de Jésus (Aslan) nous ouvre sur la résurrection, sur une vie nouvelle offerte à tous et toutes! Une bonne nouvelle à partager largement !
Prédication à écouter ici (désolé pour la mauvaise qualité du son)
Bien-aimé·e·s dans le Seigneur,
C’est quand la dernière fois que tu t’es sacrifié·e ? Moi c’était cette semaine quand une joyeuse troupe de musique lusitano-hispanique a commencé à jouer « corrida style » devant l’église à 13h01, alors que je venais de me coucher pour ma sieste rituelle : OK, je crois que je vais sacrifier ma sieste pour écouter votre musique… (bon c’est pas comme si j’avais le choix)
Se sacrifier, cela nous arrive dans notre vie de tous les jours. Quand je me sacrifie pour manger la dernière part de pizza (moi !), quand nous sacrifions notre salon design pour en faire une annexe de magasins de jouets pour le bonheur des enfants. A Pâques, les parents aiment d’ailleurs bien se sacrifier « pour le bien des enfants » : « non mais si je mange tous les œufs en chocolat de Pâques le soir, quand les enfants dorment, c’est pour leur bien ! » D’aucuns encore sacrifient l’économie pour une petite guerre « rapide » en Iran, et là c’est moins drôle.
Le sacrifice ultime, c’est celui du Christ. C’est Paul qui le dit avec le passage que nous avons entendu : 24Mais Dieu, par sa grâce, les rend justes, gratuitement, par Jésus Christ qui les délivre de leur esclavage. 25Dieu a offert Jésus Christ comme un sacrifice pour le pardon des péchés. Dans cette citation, nous retrouvons 2 éléments clés qui résument l’Évangile : d’une part, fondement de la Réforme, nous sommes sauvés par la grâce, gratuitement, sans avoir besoin de faire quelque chose ; d’autre part, et ce sera le sujet de cette prédication, c’est par le Christ que nous sommes délivrés de notre esclavage, entendez tout ce qui nous rend esclaves, tout ce qui nous coupe de Dieu par le sacrifice de Jésus sur la croix qui ouvre un chemin de vie.
Oui bien-aimé·e·s dans le Seigneur, en ce matin de Pâques je vous proposer de méditer sur ce mot : « sacrifice », un terme qui bien souvent nous dérange. D’ailleurs, pour les réformés en particulier, le sacrifice du Christ suscite souvent un certain malaise : comment peut-on croire en un Dieu qui exigerait la mort d’un innocent pour pouvoir nous pardonner ? Autrement dit, pourquoi Dieu aurait-il besoin de la mort du Christ pour nous pardonner ? Mais Dieu n’a pas besoin d’être apaisé de la colère de nos fautes, ou bien quoi ? En fait, plus que la notion de sacrifice, c’est celle de la volonté de Dieu le Père de sacrifier son Fils le Christ qui est remise en question.
Et puis, fondamentalement, la justice dont nous parle Paul est juste scandaleuse. En effet, un juge qui condamne des coupables et qui et qui acquitte des innocents, c’est normal ; mais un juge qui acquitte des coupables et condamne un innocent, c’est un scandale ! A vue humaine, donc, l’Évangile est un scandale : un innocent paie pour des coupables, quelle justice étonnante de Dieu au cœur de l’Évangile !
Oui, l’Évangile avec la croix est un scandale. Non par la volonté du Dieu de sacrifier son Fils, je n’y crois pas une seconde, mais par le désir de Jésus lui-même d’aller jusqu’au bout de son amour et de sacrifier sa vie pour nous, pour le pardon des péchés. Pour payer le prix du péché à notre place. Jésus a payé le prix pour nous, il a « donné sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20.28). Une fois pour toutes. Et surtout, pour nous ouvrir un chemin de vie, j’y reviendrai.
Dans l'univers de Narnia créé par l’auteur chrétien C.S. Lewis, nous retrouvons cette thématique de « sacrifice – résurrection ». Pour ceux qui ne connaissent pas, Narnia, c’est un monde fantastique parallèle où 4 frères et sœurs (Peter, Susan, Edmund et Lucy) débarquent par inadvertance en passant par une armoire magique qui sert de portail. Dans ce monde, les 4 enfants apprennent qu'ils font l'objet d'une prophétie visant à renverser la maléfique Sorcière Blanche. Cependant, Edmund, séduit par les promesses de pouvoir et les friandises de la Reine Jadis, s'enfuit pour la rejoindre, trahissant ainsi ses frères et sœurs. A l’inverse, les trois autres enfants rejoignent le camp d'Aslan, le lion majestueux et véritable roi de Narnia. Pour sauver Edmund de la mort promise aux traîtres par la "Magie Profonde", Aslan conclut un pacte secret avec la Sorcière Blanche : il s'offre en sacrifice à la place du jeune garçon. Accompagné discrètement par Lucy et Susan, Aslan se rend sur la Table de Pierre. Là, il vit sa Passion, à la manière du Christ : il est humilié, tondu et lié par les créatures de la Sorcière. La Sorcière Blanche porte elle-même le coup fatal avec un couteau, laissant le lion sans vie. Au petit matin, Lucy et Susan pleurent sur le corps inanimé du lion, regardez :
Étonnant, non, comme la structure narrative de la résurrection d'Aslan reflète étroitement celle de Jésus :
- Le Sacrifice Volontaire : Tout comme Jésus se livre pour racheter l'humanité, Aslan s'offre volontairement à la Sorcière Blanche pour racheter un des enfants, Edmund qui était condamné à mort pour sa trahison ;
- L'Humiliation et la Mort : Avant d'être tué sur la Table de Pierre (symbole de la Loi ou de la Croix), Aslan est tondu, muselé et moqué par les créatures de la Sorcière, rappelant les outrages subis par le Christ.
- Les Témoins Féminins : Susan et Lucy sont les premières à découvrir le tombeau (la Table de Pierre brisée) et à le voir ressuscité au lever du jour, tout comme les femmes dans les Évangiles.
- La "Magie encore plus Profonde" : Aslan explique sa résurrection par une loi plus ancienne que le temps : si une victime innocente est tuée à la place d'un traître, la Table se brise et la Mort elle-même commence à "travailler à l'envers".
Aslan, ainsi, s’offre en sacrifice comme le Christ l’a fait. Alors bien sûr, Paul relit la croix dans les catégories du sacrifice de son époque, mais il faut souligner que cette lecture inverse radicalement la notion de sacrifice. Habituellement, c’est l’humain qui offre un sacrifice à Dieu pour obtenir sa faveur, alors qu’ici, c’est Dieu qui s’offre en sacrifice à l’humain pour lui montrer sa justice. Et la justice du Dieu de l’Évangile, ce n’est pas Dieu qui punit les humains, mais Dieu qui meurt pour les humains. Quel renversement !
Mais qu’est-ce que cela change au fond pour moi, ce sacrifice et cette grâce ? Un collègue prenait cette image : Dieu fait grâce, comme le condamné à mort dans le couloir de la Mort attend une parole de grâce. C’est de cette grâce-là dont il s’agit avec le sacrifice de Jésus: une parole de grâce pour toutes et tous qui nous délivre de l’angoisse de la mort et du péché. Dieu fait grâce : je n’ai plus à avoir peur du jugement de Dieu, du péché ou de la mort. Désormais, grâce au sacrifice du Christ, une vie nouvelle m’est offerte avec Dieu. Quelle bonne nouvelle.
Ayant posé cela, je ne suis pas toujours sûr de me rendre bien compte de ce que tout cela veut dire pour ma vie. Mystérieusement, Dieu a payé pour nous, la grâce est offerte pour toutes et tous, sans exception : par le sacrifice du Christ, nous sommes toutes et tous graciés. Mystérieusement, par la foi du Christ (non par la mienne !), la mort est vaincue et une vie nouvelle est possible. La résurrection que nous fêtons ce matin, c’est la victoire du Christ sur la mort : par son sacrifice, la mort est vaincue, quelle bonne nouvelle pleine d’espérance pour nos vies compliquées remplies de souffrance !
Le tombeau du Christ, c’est donc comme l’armoire de Narnia : il ouvre sur un autre monde, une autre vie. Pâques, c’est d’abord un passage que nous pouvons emprunter avec le Christ par la foi seule : recevoir sa grâce pour notre vie, une fois pour toutes, et être sauvés de la mort, comme gracié·e. Il suffit d’y croire, de faire confiance à celui qui nous a ouvert un chemin de vie. Et qu’on se le dise, croire n’est en rien un sacrifice, foi de pasteur!
Amen