« Aimer comme Jésus le demande, défi impossible ? » (15.03.26 - par Philippe Fonjallaz de Portes Ouvertes)

Lectures bibliques 

Psaumes 37:1-11 

[1] De David. Ne t’irrite pas contre les méchants ! Ne jalouse pas ceux qui font le mal ! [2] Car, rapidement, comme l’herbe aux champs, ils seront fauchés et se faneront comme la verdure. [3] Mets en l’Eternel toute ta confiance ! Fais ce qui est bien, et, dans le pays, tu demeureraset tu jouiras de bons pâturages en sécurité. [4] En Dieu, mets ta joie et il comblera les vœux de ton cœur. [5] C’est à l’Eternel qu’il te faut remettre ta vie tout entière. Aie confiance en lui et il agira. [6] Il fera paraître ta justice comme la lumière, et ton droit comme le soleil à midi. [7] Demeure en silence devant l’Eternel. Attends-toi à lui, ne t’irrite pas contre ceux qui réussissent dans leurs entreprises, en mettant en œuvre de mauvais desseins. [8] Laisse la colère, calme ton courroux, ne t’irrite pas, car, en fin de compte, tu ferais le mal. [9] Or, qui fait le mal sera retranché : mais ceux qui comptent sur l’Eternel auront le pays comme possession. [10] D’ici peu de temps, fini le méchant ! Tu auras beau le chercher : il ne sera plus. [11] Mais ceux qui sont humbles auront le pays comme possession, et ils jouiront d’une grande paix.

Matthieu 5:38-40, 43-48

[38] Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. [39] Eh bien, moi je vous dis : Ne résistez pas à celui qui vous veut du mal ; au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. [40] Si quelqu’un veut te faire un procès pour avoir ta chemise, ne l’empêche pas de prendre aussi ton vêtement. 

[43] Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. [44] Eh bien, moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. [45] Ainsi vous vous comporterez vraiment comme des enfants de votre Père céleste, car lui, il fait luire son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons, et il accorde sa pluie aux justes comme aux injustes. [46] Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, allez-vous prétendre à une récompense pour cela ? Les collecteurs d’impôts eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? [47] Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens n’agissent-ils pas de même ? [48] Votre Père céleste est parfait. Soyez donc parfaits comme lui.

Prédication : «Aimer comme Jésus le demande, défi impossible ? » (Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes)

Version audio ici (désolé pour la mauvaise qualité du son).

J’aimerais commencer par ce verset qui est d’une exigence absolue et qui, sans éclairage, nous paraît inatteignable lorsque Jésus dit : « Votre Père céleste est parfait. Soyez donc parfaits comme lui » (Matthieu 5:48)

Est-ce que nous pourrions vraiment devenir parfait comme Dieu l’est, dans sa majesté et dans sa gloire ? 

A la lumière de ce que nous connaissons de l’identité de Dieu, c’est inatteignable. Un Dieu en qui il n’y a aucune faute, qui est juste et impartial et qui ne supporte pas le mal et le péché.

Le passage que nous avons lu dans l’Evangile de Matthieu conclut des textes dont le titre, dans la Bible du Semeur, est « La loi de Jésus ». Jésus y reprend des commandements donnés à Israël et en augmente la portée. Je n’en reprends ici qu’un exemple :

Vous avez appris qu’il a été dit à nos ancêtres : Tu ne commettras pas de meurtre … Eh bien, moi, je vous dis : Celui qui se met en colère contre son frère en répondra devant le tribunal. Celui qui dit « imbécile » passera devant le Grand-Conseil, et celui qui le traite de fou est bon pour le feu de l’enfer (Mat 5:21-22)

Cette déclaration conforte le sentiment que l’appel à la perfection est très exigeant. La probabilité est très faible que l’un de nous soit un meurtrier. Par contre, qui de nous ne s’est jamais mis en colère, n’a pas traité quelqu’un ou n’a pas pensé de quelqu’un qu’il est un imbécile ou un insensé ? Jésus ne nous ménage pas.

Si l’on remonte au début de ce chapitre, il y a une clé qui peut nous aider à comprendre ce que Jésus veut communiquer : c’est l’enseignement sur les béatitudes.

Heureux ceux qui sont doux, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui témoignent de la bonté, ceux qui ont le cœur pur, ceux qui répandent autour d’eux la paix.

En me documentant pour préparer cette prédication, j’ai lu un commentaire qui disait que la perfection demandée par Jésus est moins liée au caractère de notre Dieu tout-puissant et souverain …

… Qu’au fait que nous devons chercher à être parfait comme le PÈRE céleste ! (v. 48) La référence au Père m’a touché. C’est l’image du Dieu qui nous a adoptés, qui est proche de nous et qui nous aime. Il considère chacun-e de nous comme son enfant.

La perfection, à la lumière de l’ensemble du chapitre 5 de Matthieu, est donc bien plutôt liée à la perfection dans l’Amour, que Dieu a porté à son comble en acceptant que son fils Jésus Christ meure sur la Croix pour nous.

Jésus me démontre ainsi son Amour infini et parfait, sans condition, qui permet que je sois pardonné, sauvé et que ma relation avec Dieu soit restaurée.

Et Jésus nous appelle à aimer à notre tour en suivant son exemple. Aimer pleinement, sans condition, y.c. ceux que nous ne trouvons pas « aimables » et ceux qui nous veulent du mal. 

L’ensemble de cet enseignement de Jésus nous révèle le chemin de transformation qu’il nous reste à parcourir pour tendre à cette perfection dans l’Amour. Nous comprenons bien que notre attitude ne reflète souvent pas ce à quoi Jésus nous appelle. Nous avons besoin de son aide pour transformer notre caractère.

Jour après jour, cela doit nous amener à nous remettre en question sur notre façon de gérer les rancunes, les ressentiments, l’hostilité et les conflits, jusqu’aux « petits » conflits du quotidien, en couple, dans notre activité professionnelle ou dans notre Eglise. Cela doit nous questionner sur notre façon de réagir lorsque nous sommes blessés par un comportement, lorsque quelqu’un nous dénigre ou lorsque nous avons de l’inimitié pour une personne.

En fait, il peut aussi s’agir d’attitudes apparemment banales, mais qui reflètent notre cœur. C’est d’ailleurs ce que Jésus indique lorsqu’il étend le commandement de ne pas commettre de meurtre à la colère et aux insultes « ordinaires ».

Voici quelques exemples tirés de mon quotidien :

  • Quand je suis au volant, comment est-ce que je réagis lorsque quelqu’un me « pique » une place de parc ?
  • Quand nous sommes en conflit avec mon épouse, quelle est mon attitude pour régler cette situation ?
  • Quand un collègue (voire un membre de mon Eglise) m’énerve par ses attitudes, est-ce que je suis capable de garder un regard bienveillant ?
  • Quand je me sens mis de côté ou mal accueilli, quelle attitude est-ce que j’adopte ?
  • Et qu’en est-il si quelqu’un ne m’a rien fait du tout, mais que sa tête ne me revient pas ?

Notre cœur peut être parfois bien tordu et nous peinons à aimer à l’image de Jésus. C’est aussi ce qui fait que nous avons sans cesse besoin de son pardon et du renouvellement de nos pensées.

Dans la première épitre de Pierre, chapitre 3, il est écrit : « Dans votre cœur, reconnaissez le Seigneur – c’est-à-dire Christ – comme saint » (15). Pierre nous appelle à agir en faisant place à Jésus dans toute sa sainteté. Afin qu’il nous sanctifie. C’est le travail du Saint-Esprit. Afin qu’il nous rende capables de témoigner de notre foi et de notre espérance « avec humilité et respect » (16). La présence sainte de Jésus dans notre cœur, au travers du Saint-Esprit, nous permet (et je cite quelques versets de l’épitre de Pierre) de nous « appliquer avec zèle à faire ce qui est bien » (13), à « garder une conscience pure » (16) et à éventuellement « souffrir en faisant le bien » (17), « sans craindre les hommes ni se laisser troubler » (14).

Et qu’en est-il si nous devions passer par la persécution : soumis à l’injustice, à la violence, au rejet, confrontés à des personnes qui nous offensent ou nous calomnient ? 

Est-ce que nous serions alors prêts à subir ces épreuves en continuant à rester attachés à l’enseignement de Jésus par lequel il nous demande de répondre par l’Amour, en toutes circonstances ?

A l’issue d’un culte précédent, un participant m’a dit : « c’est bien joli d’aider les chrétiens victimes et de leur apporter de l’aide post-traumatique ! Mais ne vaudrait-il pas mieux leur apprendre à se défendre et créer des milices d’auto-défense. »

Ce n’est pas une remarque déplacée. Et il ne s’agit pas pour les chrétiens persécutés d’être des victimes expiatoires. Nous devons les aider à défendre leurs droits, à se positionner et se protéger contre les persécuteurs.

Dans le Psaume 37, David propose une réponse interpelante : « Ne t’irrite pas contre les méchants ! Ne jalouse pas ceux qui font le mal ! (1) et plus loin « Ne t’irrite pas contre ceux qui réussissent dans leurs entreprises en mettant en œuvre de mauvais desseins. Laisse la colère, calme ton courroux, ne t’irrite pas, car, en fin de compte, tu ferais le mal. » (7-8)

L’expression « Ne t’irrite pas » revient donc à trois reprises. L’appel est clair : celui de ne pas nous laisser emporter par la colère, qui ne règle pas les choses. Au contraire, elle laisse une porte ouverte à Satan pour remplir notre cœur d’amertume, de ressentiment voire de haine.

De son côté, Jésus va encore plus loin en appelant à aimer ses ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent !

Là, il n’est pas question d’être « passif », comme dans le Psaume 37, mais à activement aimer et prier pour ses ennemis !

Jésus sait que nous ne pouvons répondre à cet appel que par l’action du Saint-Esprit pour nous transformer. Par notre propre volonté, nous sommes bien incapables de répondre au mal par le bien.

David préconise l’attitude à adopter pour « désarmer » le mal et faire retomber leur faute sur les méchants :

  • Mettre en l’Eternel toute ta confiance
  • Faire ce qui est bien
  • Mettre ta joie en Dieu
  • Compter sur Dieu qui fera justice

Si nous sommes confrontés à des événements ou des comportements qui nous blessent, nous sommes appelés à porter nos regards vers Dieu.  Et à ne pas nous focaliser sur le mal. Dieu peut transformer le mal en bénédiction.

Dieu peut, selon sa volonté, faire justice ici et maintenant. Mais David énonce également une réalité spirituelle. Le mal que nous subissons ne pourra pas forcément être réparé dans ce monde, mais il y a une perspective qui est éternelle. Dieu fera justice et guérira toutes les blessures lorsqu’il établira son Royaume.

Cela m’amène à vous partager l’histoire d’Ayuba, un jeune homme chrétien du Nigeria où les chrétiens subissent une persécution violente.

Le village d’Ayuba a été attaqué par le groupe islamiste Boko Haram. Son père a prévenu ses enfants de s’enfuir, ce qu’ils ont fait. Lorsque Ayuba est revenu au village, il a trouvé son père assassiné. Sa grand-mère, rescapée, a raconté que les attaquants ont tué son père après lui avoir posé la question s’il était chrétien ou musulman et qu’il a répondu « chrétien ».

Ayuba a dû à nouveau fuir son village, car le groupe Boko Haram a publié une liste de noms de personnes qu’ils menaçaient de revenir tuer, et sur laquelle figurait son nom.

Après ces événements, Ayuba était rempli de colère et de haine, de colère contre Dieu. Il alors décidé qu’il se vengerait de la mort de son père et a juré qu’il ne pardonnerait jamais.

Suite à son séjour dans notre centre post-traumatique, Ayuba a dit : « Maintenant, je n’en veux plus à cet homme. Je me suis demandé ce que j’avais à gagner de rester toujours blessé et de ne jamais avoir l’esprit tranquille. J’ai donc décidé de me débarrasser de ma colère et de trouver la paix. Dieu m’a amené ici pour me guérir. »

Si Ayuba a pu vivre cette transformation du cœur, dans une situation aussi dramatique, c’est un témoignage qui doit nous interpeler !

Si nous agissons selon les règles de ce monde « œil pour œil, dent pour dent », quels ambassadeurs de notre Seigneur sommes-nous ? Comment amènerons-nous des personnes à Jésus ?

Jésus sait également que notre réaction face au mal a un impact sur notre propre vie. La colère, la vengeance et l’amertume sont comme un cancer. Le pardon et l’Amour apportent la guérison et la paix. Ayuba et beaucoup de chrétiens persécutés nous en donnent témoignage.

Demandons que Dieu nous donne la force et la grâce de faire face à ce défi de tendre à la perfection dans l’Amour et d’être ainsi des messagers de paix autour de nous.

APPEL : Si vous avez une situation où vous reconnaissez manquer d’amour, où vous avez blessé quelqu’un par votre attitude, vos paroles ou même vos pensées. Si vous avez été blessé, meurtri par une personne et que vous avez de la peine à pardonner. Alors il est peut-être temps de le remettre à Dieu !    

AMEN

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