« Ecouter Dieu : c’est dans le vide que tu feras le plein » (01.03.26)
Lectures biblique : 1 Samuel 3
1Le jeune Samuel servait le Seigneur, sous la surveillance d'Héli.
En ce temps-là, il était rare que le Seigneur parle directement à un être humain ou qu'il lui accorde une vision.
2Une nuit, le prêtre Héli, qui était devenu presque aveugle, dormait à sa place habituelle. 3Samuel aussi dormait. Il était dans le sanctuaire du Seigneur, près du coffre de l'alliance. Avant l'aube, alors que la lampe du sanctuaire brûlait encore, 4le Seigneur appela Samuel. Celui-ci répondit : « Oui, maître ! », 5puis il accourut auprès d'Héli et lui dit : « Tu m'as appelé ; me voici ! » – « Je ne t'ai pas appelé, dit Héli ; retourne te coucher. » Samuel alla se recoucher.
6Une seconde fois le Seigneur appela : « Samuel ! » L'enfant se leva et revint dire à Héli : « Tu m'as appelé ; me voici ! » – « Non, mon enfant ! répondit Héli, je ne t'ai pas appelé ; retourne te coucher. » 7Samuel ne connaissait pas encore personnellement le Seigneur, car celui-ci ne lui avait jamais parlé directement jusqu'alors.
8Pour la troisième fois, le Seigneur appela : « Samuel ! » Samuel se leva, revint trouver Héli et lui dit : « Tu m'as appelé ; me voici ! » Cette fois, Héli comprit que c'était le Seigneur qui appelait l'enfant. 9Il lui dit alors : « Va te recoucher. Et si on t'appelle de nouveau, tu répondras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !” » Samuel alla donc se recoucher à sa place.
10Le Seigneur vint et se tint là ; comme les autres fois, il appela : « Samuel, Samuel ! » L'enfant répondit : « Parle, ton serviteur écoute ! »
Prédication : « Ecouter Dieu : c’est dans le vide que tu feras le plein »
Résumé : Comment retrouver la connexion à Dieu ? Le récit de Samuel nous montrer que nous avons besoin de 3 choses : d’abord de compter sur la persévérance de Dieu, ensuite de bénéficier du discernement d’autres personnes, et enfin d’être bien disposé en disant « me voici ». Ainsi c’est dans le vide, dans le silence, la nuit, l’écoute de Dieu, que nous pourrons faire le plein.
Version audio ici (désolé pour la mauvaise qualité du son).
Bien-aimé·es dans le Seigneur,
C’est quand la dernière fois que vous avez « fait le vide » ?
- Quand vous avez utilisé votre « pompe à vide pour vin » pour votre bouteille entamée pour éviter de finir comme le Chat : « quand mon verre est plein, je le vide ; quand mon verre est vide je suis plein ; et quand je suis plein on me vide (et je me plains) »
- Quand vous avez essayé la méditation pour faire le vide en vous : « j’ai essayé, mais ça ressemble quand même vachement à une sieste »
- Quand vous avez fait le vide… aux toilettes, lors de de votre dernier Game of Throne ?
- Quand vous vous êtes dit qu’il fallait vraiment ranger un peu et qu’en fait vous avez fait… ça.
Vous le savez peut-être, avec Sarah nous sommes en train de préparer notre déménagement en mai prochain (pas très loin, à Lutry toujours) et nous sommes justement dans ces questions de « faire le vide », de désencombrer son intérieur et comme disait l’autre, « le plus compliqué c’est de trouver le juste milieu ».
En cette période de carême, ce thème du désencombrement est tout à fait de saison. En effet, si l’on fait chaque année son « nettoyage de printemps », pourquoi ne pas faire aussi chaque année, le désencombrement de son intériorité ?
Car je le crois, Bien-aimé·es dans le Seigneur, dans notre société du « trop plein », nous avons besoin de vide. Même si souvent, celui-ci n’a pas très bonne presse.
Regardez le jeune Samuel, lui qui vivait précisément dans un temps de vide. En ce temps-là, il était rare que le Seigneur parle directement à un être humain ou qu'il lui accorde une vision. (1 Sam 3,2) Aujourd’hui encore, il n’est pas rare que nous ayons l’impression de perdre la connexion avec Dieu ou l’impression que Dieu s’absente. Un ami m’avait transmis un jour cette image : « la foi c’est comme le wifi : c’est invisible mais elle a le pouvoir de te connecter à ce dont tu as besoin ». Mais dans la pratique, ce n’est pas toujours aussi simple de se connecter à Dieu. Toi aussi, l’as-tu expérimentée cette difficulté à te connecter à Dieu ?
Oui dans notre propre vie, force est de constater qu’en ce qui concerne la communication avec Dieu, il y a des hauts et des bas, avec parfois des vides, et il ne faut pas s’en culpabiliser… Il peut y avoir des moments où nous avons l'impression que Dieu nous parle, et d'autres où c'est le silence total, même en lisant des textes bibliques. Et c’est parfois dans les moments où nous pouvons penser être au plus bas qu’apparaissent les plus belles choses… Peut-être que parfois nous avons besoin d’expérimenter le vide pour se reconnecter à Dieu. Dit autrement, c’est dans le vide que tu pourras refaire le plein.
Car Dieu nous parle, comme il parle à Samuel. Et ce texte, au cœur de la nuit, en plein milieu d’un temps vide, je le vois comme un enseignement sur l’écoute de Dieu. J’aimerais ici souligner 3 points, un par personnage de ce récit.
1. La persévérance de Dieu
D’abord Dieu. La difficulté, pour nous humains, c’est de l’entendre et surtout de le comprendre. Pour Samuel, comme pour nous, on voit bien que ce n’est pas évident, il ne comprend pas tout de suite. Il a fallu que Dieu l'appelle 1, 2, 3 fois, comme s'il fallait un certain temps d'apprentissage, un certain temps pour comprendre que c'est Dieu qui appelle et qui parle. Il a fallu du temps pour que la vocation de Samuel soit reçue et comprise ! Et Dieu, dans cette phase, se montre persévérant. Il insiste. Il répète. Cette persévérance de Dieu me touche, car je le reconnais, bien souvent je n’entends pas ce qu’il me dit, à cause du bruit environnement, du brouhaha du monde, ou simplement parce que je fais la sourde oreille. Oui ce matin je veux rendre grâce pour cette persévérance de Dieu, c’est mon premier point.
2. Notre besoin des autres dans le discernement
Le deuxième point, c’est notre besoin des autres et de leur discernement pour comprendre ce que nous entendons de Dieu. Ici, c'est Eli qui a pour rôle de rendre Samuel attentif à l'appel de Dieu, de lui expliquer que cette voix, ce n'est pas la sienne, mais c'est bien celle de Dieu. C'est peut-être aujourd'hui le rôle de la communauté d'aider chacun à être attentif à cet appel. Oui nous avons besoin des autres pour discerner ce que Dieu nous dit, pour le comprendre. Nous avons besoin de témoins qui fassent des présentations, nous avons besoin de gens qui décodent pour nous ce que nous venons de vivre. Alors bien sûr, c’est encore plus difficile parce que Dieu ne nous parle pas forcément avec nos mots courants, à « haute voix », mais il parle plutôt à notre cœur, à notre esprit, il parle surtout en mettant dans notre tête de « bonnes idées », de « bons sentiments ». Peut-être faut-il apprendre à faire silence en soi pour entendre, à s’arrêter d’agir pour réfléchir et comprendre, à faire le vide pour faire le plein ?
3. La mise à disposition de Samuel: “Me voici”
La persévérance de Dieu, le besoin des autres et, mon 3e point, la mise à disposition. Ici Samuel « était dans le sanctuaire du Seigneur, près du coffre de l'alliance ». Il était dans au bon endroit, au bon moment. Dans le temple, mais aussi les oreilles grandes ouvertes. Même en dormant, il garde les oreilles grandes ouvertes. Il entend, et même s’il ne comprend pas, il dit « me voici ».
Ces deux mots ne sont pas anodins pour qui connait l’ancien testament. « Hineni » (הִנֵּנִי), cela veut dire « Me voici », mais surtout cela traduit une disponibilité totale envers Dieu. Dans la Bible, ce sont Abraham, Moïse et Esaïe qui les utilisent dans leur récit de vocation. « Me voici », ce n’est pas juste dire « je suis là », mais c’est dire « je veux faire ta volonté, je suis ton serviteur », avant même de connaître la tâche demandée. Autrement dit, cela revient à dire à Dieu : « Seigneur, je suis entièrement présent et prêt à ce que tu veux pour moi ». Tout cela en 2 mots : me voici.
Ainsi, pour écouter, nous avons besoin, comme Samuel, d’être bien disposé, et simplement de dire « me voici, je t’écoute, parle Seigneur ». Écouter, ce n’est pas parler, c’est se taire. Aussi dans la prière. Car beaucoup de gens pensent que prier, c’est demander une multitude de choses à Dieu, un peu comme l’énumération d’une liste de courses. En réalité, prier, c’est surtout écouter ce que Dieu a à nous dire. C’est faire le vide de nos pensées qui nous font « vagabonder » pour nous centrer sur Dieu et sur sa volonté.
Ici à MLK, nous avons entamé ce chemin de carême en cherchant à méditer ce thème de l’écoute de Dieu dans une communauté éphémère de partage biblique sur WhatsApp. Travailler ce thème de l’écoute de Dieu, c’est donc d’une part faire place à la méditation de Sa Parole, à la prière, au silence, au vide, mais aussi se mettre à l’écoute des autres. En effet, mon prochain, parfois involontairement, se transforme en ange, en « messager » de Dieu, c’est l’étymologie de « mal’akh » (מַלְאָךְ). Et si je considérais ce que me dit l’autre comme un message de Dieu ? Essayez !
Le carême, c’est un moins pour un plus : moins de viande pour plus de solidarité, par exemple, si vous vous passez de viande, vous pouvez utiliser l’argent non dépensé en le donnant à des œuvres de solidarité. Pour ma part, j’ai choisi de faire carême de réseaux sociaux, moins de superflu sur les réseaux, pour davantage de rencontres en présentiel, davantage d’écoute de ce que Dieu peut me dire à travers les autres, plus de partage. D’ailleurs, en passant, il reste encore des places, n’hésitez pas à vous inscrire !
Ainsi, ce que je vous propose pour ce carême, c’est cela : moins de plein et plus de vide, autrement dit moins de blabla pour plus d’écoute de Dieu, moins d’activisme forcené pour plus de prière. Car j’en suis convaincu, c’est dans le vide que tu feras le plein.
Amen.