« Pratiquons la justice » (01.02.26)

Résumé : Devant l’injustice du monde, bien souvent nous nous sentons impuissants. Pourtant, l’Evangile nous invite à nous mettre en marche humblement avec Dieu, mû par une faim et une soif de justice, et aimant la miséricorde et en faisant confiance à Dieu. Contre un esprit de défaitisme qui pourrait considérer qu’il n’y a plus rien à faire, plus rien à entreprendre et donc plus rien à espérer, l’Évangile déclare donc qu’il y a encore des défis que nous pouvons relever. Alors… que ferez-vous pour la justice ?

Lien vers l'audio ici (désolé pour la mauvaise qualité du son).

Lectures bibliques

  • Lecture tirée de l’Ancien Testament (Zacharie 7,9) : La parole de l’Éternel fut adressée à Zacharie, en ces mots : « Ainsi parlait l’Éternel de l’univers : Rendez véritablement la justice, conduisez-vous les uns envers les autres avec amour et bonté. N’opprimez ni les veuves, ni les orphelins, ni les étrangers, ni les pauvres. Ne préméditez aucun mal les uns à l’égard des autres. »
  • Lecture tirée de l’Ancien Testament (Michée 6,8) : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bon et ce que l’Éternel demande de toi : c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
  • Lecture tirée du Nouveau Testament (Matthieu 5,6) : Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils et elles seront rassasié.es.

Prédication : « Pratiquons la justice »

Bien-aimé·es dans le Seigneur, 

C’est quand la dernière fois que vous avez pratiqué la justice ?

  • Quand vous avez mis votre perruque et votre toge noire (y a-t-il des juges dans la salle) ?
  • Quand vous avez arrêté des coupables pris en flagrant délit (y a-t-il des policiers dans la salle ?)
  • Quand vous avez enfilé votre costume de superhéros (on met d’abord le costume ou le slip ?) ou quand vous avez sauvé Gotham City grâce à votre bat-stache (y a-t-il des superhéros dans la salle ?)

Plus sérieusement, aux citoyens lambdas que nous sommes, bien souvent, cela nous semble impossible de pratiquer la justice, surtout dans un monde si injuste. Qui ne s’est jamais écrié : « C’est pas juste ! »

D’ailleurs, j’aurais pu commencer cette prédication avec pléthore d’exemples d’injustice, petite ou grande, de ce conjoint s’endort en 2 sec alors que vous mettez des plombes pour vous endormir à cet enfant qui se plaint parce que n°1 a eu 1 morceau de pomme de plus que n°2 (pas sûr que dans la vraie vie ce soient des pommes) en passant par Mario Kart (oh non pas cette peau de banane). J’aurais pu aussi parler de cette personne LGBTIQ+ est moquée, ostracisée et même passée à tabac dans la rue. J’aurais pu parler des enfants qui meurent, quelles que soient les circonstances, à Crans Montana ou ailleurs. C’est pas juste.

Mais ce matin, j’aimerais prendre un instant pour parler de Martin Luther King et de ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis. Mercredi, nous avons visionné le film Selma qui raconte comment MLK a marché pour se battre contre l’injustice, en l’occurrence pour les droits de vote des noirs, contre les bastonnades policières de manifestants pacifiques, contre la violence. Comme aujourd’hui, devant la violence de la police de l’immigration ICE qui arrête toute personne en fonction de son apparence, y compris les enfants, et finit par tuer. Un parfum des années 1940 en Allemagne, un parfum de gestapo qui fait froid dans le dos. 

C’est pas juste.

Et Stella, dont une partie de la famille de James est à Minneapolis, nous le disait : devant tant d’injustice, que faire ? que dire ? Comment lutter contre cette injustice qui nous semble énorme. Oui devant toute cette injustice, nous nous sentons impuissants. Comment faire pour apporter la justice ?

D’abord, regardons ce qu’est la justice : Dans la pensée biblique la justice (Dikaiosynē) est un concept dynamique, indissociable de la relation restaurée. Elle englobe l’alignement de l’être humain avec Dieu (justice verticale) et la restauration de l’équité dans la communauté humaine (justice horizontale).

Ainsi, quand Jésus dans les béatitudes dit : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés » (Mat 5,6), il dit plusieurs choses.

D’abord, la faim et la soif. Avoir faim et soif de cette justice, c’est adopter un état d’insatisfaction sacrée face à tout ce qui défigure l’image de Dieu dans l’être humain : la violence, la pauvreté, l’exclusion, et surtout l’injustice. L’éminent théologien de la libération, Gustavo Gutiérrez, nous le rappelle : « La justice n’est pas quelque chose qui s’ajoute à la foi, mais quelque chose qui lui est constitutive. »

Avoir faim et soif de justice, c’est se laisser prendre aux tripes dans une forme de besoin primaire. Car il faut bien le reconnaître : on ne peut pas vivre sans justice.

Cette soif se traduit directement par les actions concrètes de la mission, comme l’enseigne le prophète : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bon et ce que l’Éternel demande de toi : c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. » (Michée 6,8)

Intéressant, non ? Pratiquer la justice ne va pas sans ces deux choses : 

  • aimer la miséricorde, donc savoir offrir et recevoir le pardon,
  • et marcher humblement avec ton Dieu

Autrement dit pratiquer la justice ne va pas sans les valeurs fondamentales du pardon et de la confiance humble en Dieu. Si tu veux un monde plus juste, commence par pardonner, commence par remettre ta vie complètement en Dieu, et il fera le nécessaire. Comme le disait Marie l’autre jour à la prière, c’est quand je pense que je ne peux plus que Lui il peut. Il en va ainsi aussi pour l’injustice du monde. Il faut faire confiance…

Mais la confiance ne suffit pas, évidemment. Si tu veux un monde plus juste, commence par te mettre en route. Commence par marcher. 

« En marche », c’est la traduction originale qu’a donnée André Chouraqui de ces versets bien connus de Jésus sous le nom de « Béatitudes ». Là où l’on traduit habituellement par « bienheureux », Chouraqui traduit par « en marche ». « En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés ! » (Matthieu 5,6) En marche, parce que le bonheur humain n’est pas statique, il est en mouvement. Il est joie face aux difficultés de la vie. Oui le bonheur est une espérance qui met en route.

Oui le combat pour la justice est une marche. Comme à Selma, ou comme hier à Lutry pour demander justice pour Crans Montana. Comme aujourd’hui à Minneapolis où tant de marches de résistance ont lieu. Marcher ensemble pour faire passer un message contre l’injustice. Car comme disait MLK : « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere ».

Marche humblement donc. Oser parler aussi. Ne pas rester silencieux, comme le disait MLK : In the end, we will remember not the words of our ennemies but the silence of our friends.

Lève-toi. Marche. Parle. Pour la justice. D’ailleurs au commencement de son combat, quand il reçoit des menaces de mort, MLK prie et entend dans son cœur une voix intérieure qui lui dit « Martin, lève-toi, lève-toi pour le droit, lève-toi pour la justice, lève-toi pour la vérité ». 

Se lever ensemble, car ensemble nous sommes plus fort. Avec Dieu, nous sommes plus fort. Avec Dieu, « We shall overcome… some day ! » Car c’est une promesse que nous nous fait : le Christ nous garantit que cette faim de justice sera rassasiée. Cette promesse est le moteur de notre persévérance face aux défis actuels.

Contre un esprit de défaitisme qui pourrait considérer qu’il n’y a plus rien à faire, plus rien à entreprendre et donc plus rien à espérer, l’Évangile déclare qu’il y a encore des défis que nous pouvons relever… un jour à la fois. Il y a encore des combats pour la justice que nous pouvons engager avec espérance.

Car au fond, l’espérance est le refus de subir un ordre des choses ou un avenir qui ne correspond pas avec l’Évangile. Cette béatitude déclare que l’avenir dépend aussi de nous, de notre manière de nous impliquer dans les actions en faveur de la justice, dans le présent. 

Ici à MLK, nous distribuons chaque semaine près de 80 sacs de nourriture pour lutter contre l’injustice de la pauvreté. Ici à MLK nous accueillons tout personne de manière inconditionnelle quelle que soit son origine, sa confession, sa condition sociale, son apparence, son identité de genre, sa situation de santé, etc. pour lutter contre l’injustice de la discrimination. Ici à MLK, nous cherchons à transmettre la joie et l’espérance du gospel pour lutter contre l’injustice du non-sens et de la désespérance qui guette notre société.

Et toi, dans ta vie, quel combat souhaites-tu mener pour la justice ? Que peux-tu faire pour plus de justice ? pour moins de « c’est pô juste » mais plus de sérénité, d’équilibre et de dignité dans les relations humaines ? Que peux-tu faire pour que notre monde, ton monde, soit davantage en paix ? Car comme le disait MLK : « La vraie paix ce n’est pas simplement l’absence de tension ; c’est la présence de la justice ».

Et cela, c’est à la portée de tous et toutes. Pas besoin de perruque et de robe noire, d’uniforme de policier ou de cape de superhéros : la justice est à notre portée si nous marchons humblement avec Dieu et que nous aimons la miséricorde. Que Dieu nous aide ainsi, avec son appui et sa direction, à pratiquer la justice.

Amen.

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