Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne appelée montagne des oliviers,
Jésus envoya deux de ses disciples, en disant:
"Allez au village qui est en face; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché,
sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis; détachez-le, et amenez-le.
Si quelqu’un vous demande: Pourquoi le détachez-vous? Vous lui répondrez: Le Seigneur en a besoin."
Ceux qui étaient envoyés allèrent, et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit.
Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent: “Pourquoi détachez-vous l’ânon?”
Ils répondirent: “Le Seigneur en a besoin.”
Et ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et firent monter Jésus.
Quand il fut en marche, les gens étendirent leurs vêtements sur le chemin.
Et lorsque déjà il approchait de Jérusalem, vers la descente de la montagne des oliviers,
toute la multitude des disciples, saisie de joie, se mit à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus.
Ils disaient: “Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts!”
Quelques pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus: “Maître, reprends tes disciples.”
Et il répondit: “Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront!”
Évangile selon Luc 19, 29-40
« Je vous le déclare :
s’ils se taisent, les pierres crieront ! »
Frères et sœurs,
dans notre canton, le dimanche des Rameaux est associé
à la fête des confirmations.
Longtemps, une étape de la vie, un rite de passage :
la fin de l’école obligatoire, le début de l’âge adulte.
Maintenant, cela ne concerne plus
qu’une toute petite minorité d’une classe d’âge.
Alors l’accent s’est déplacé sur un engagement.
L’aboutissement d’un parcours, d’une réflexion.
Une prise de position.
Une prise de parole.
Les Rameaux comme un geste d’adhésion au Christ.
Le pas de la foi.
Un acte personnel pour lequel chacune et chacun
s’engage en son âme et conscience.
« Je vous le déclare :
s’ils se taisent, les pierres crieront ! »
Jésus renverse cette perspective
à laquelle nous nous sommes habitués.
Les exclamations de ses disciples
n’ont rien d’extraordinaire.
C’est le bon sens même qui s’exprime par leur bouche.
Ils se contentent de constater qui est Jésus.
Et s’ils se taisaient,
il se trouverait forcément quelqu’un
pour remplacer leur voix.
D’autres personnes.
Ou même simplement la création :
les oiseaux, les arbres, les rivières,
et jusqu’aux simples cailloux.
Le Christ n’est pas une énigme insoluble
que seuls quelques élus seraient à même de déchiffrer.
Sa seigneurie crève les yeux pour ceux
qui ont le cœur au bon endroit.
Pour tous ceux qui ne sont pas aveuglés
par la jalousie, l’avidité, la colère, la tristesse ou la peur.
Pour tous ceux qui ont la simplicité
de l’eau qui coule dans les ruisseaux
et des fleurs qui colorent les champs.
« Je vous le déclare :
s’ils se taisent, les pierres crieront ! »
Juste après avoir prononcé ces mots,
Jésus pleure sur Jérusalem et sa destruction à venir
en disant :
« et ils ne te laisseront pas une pierre sur une autre pierre,
parce que tu n’as point reconnu le temps
où tu as été visitée. »
Le cri des pierres,
non pas simplement comme la reprise
des exclamations des disciples,
mais comme un cri de douleur et de détresse.
Ne pas accueillir le Roi qui vient à nous,
ce n’est pas juste une décision personnelle
qui ne regarde que nous.
Cela a des conséquences.
Refuser le salut, refuser le Sauveur,
ce n’est pas simplement décliner une offre.
C’est aussi prendre un engagement.
Choisir la ruine.
Même si, bien sûr, le plus souvent on n’en est pas conscient.
« Voici que ton roi vient à toi,
il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne. »
Le monde des rois avec leurs sujets
nous semble complètement dépassé.
Nous sommes des démocrates.
Nous sommes adultes.
Nous décidons nous-mêmes de notre vie,
sans personne qui nous dise ce que nous devons faire,
ce que nous devons penser.
Personne au-dessus de nous.
Nous sommes libres.
Pleinement responsables.
Notre vie est entre nos mains.
Mais n’est-ce pas un vœu pieux plus qu’une réalité ?
Bien sûr, personne avec une couronne
qui demanderait notre allégeance.
Mais combien de fois nos opinions
ne sont-elles qu’un couper-coller
de ce que nous avons lu dans les médias ?
Combien de fois les priorités que nous suivons dans notre vie
nous sont-elles dictées par des experts
que nous suivons aveuglément ?
Les magazines nous disent où partir en vacances.
Les assureurs quels contrats sont les plus adaptés
à notre situation.
Et bien sûr, la parole de notre banquier
retient tout particulièrement notre attention.
Nous n’avons pas de roi, c’est vrai.
Par contre, des instances auxquelles nous faisons allégeance,
il y en a un bon nombre.
Nous sommes loin d’être aussi souverains
que nous le pensons.
« Voici que ton roi vient à toi,
il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne. »
Dans notre société de consommation,
c’est le client qui est roi.
Du moins, c’est ce que l’on essaie de nous faire croire.
Alors nous ne savons pas vraiment que faire d’un roi.
Nous aimerions pouvoir le choisir
comme on le fait d’un abonnement de téléphonie
ou de tout autre produit.
En faisant le compte des pours et des contres.
« Il y a ça que j’aime bien.
Par contre, ça, ça me plaît nettement moins. »
« Voici que ton roi vient à toi,
il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne. »
Le prophète Zacharie ne dit pas :
« Voici quelqu’un qui arrive.
Ne regarderais-tu pas s’il pourrait être ton roi ? »
Non, il le dit très clairement :
« Voici que ton roi vient à toi. »
Jésus n’est pas notre roi
parce que nous aurions décidé de lui attribuer cette fonction.
Il est notre roi,
parce qu’il est venu de Dieu pour l’être.
Nous n’avons pas à lui donner notre évaluation
ou à lui accorder notre suffrage.
Nous avons à l’accueillir, tout simplement.
« Voici que ton roi vient à toi,
il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne. »
Quel roi bizarre, a-t-on envie de dire.
On le sait bien, un roi, c’est monté sur un beau cheval blanc,
avec une garde d’honneur aux uniformes flamboyants.
Un roi, ça en jette.
C’est impressionnant.
Alors, Jésus, c’est peut-être un roi,
mais un roi atypique.
Un marginal,
qui a certainement quelque chose d’intéressant à dire,
mais justement comme un marginal.
Un petit grain de folie.
Quelque chose de décalé.
Une touche de couleur dans la vie.
Zacharie dit :
« Voici que ton roi vient à toi,
il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne. »
Jésus est monté sur un âne.
Il se présente avec simplicité et humilité.
Mais en même temps, il est le roi.
Non pas un roi parmi d’autres.
Mais le roi suprême.
Le roi des rois, le seigneur des seigneurs.
Celui qui nous ouvre la voie.
Celui qui nous montre le chemin de la vie.
Celui qui nous révèle ce qui est vraiment essentiel
dans l’existence :
la simplicité, la douceur,
un cœur qui s’expose,
une vie qui se donne.
En le voyant approcher de Jérusalem,
les disciples se sont écriés :
« Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur !
Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! »
Un moment fort.
Un moment joyeux.
Un moment qui engage.
Car il ne s’agit pas juste de célébrer celui qui s’avance.
Un roi, on le suit.
Un roi, on lui fait allégeance.
Et c’est cela qu’il doit y avoir
dans notre joie et nos louanges de ce jour.
Un ralliement.
Une vraie suivance.
Une confiance totale dans Celui qui arrive.
Ne surtout pas rester spectateur, dubitatif, muet.
Car, Jésus le dit bien, « s’ils se taisent, les pierres crieront. »
Amen