« Un repas… et ça repart ! » (17.09.23)

Lecture de Luc 9 : Jésus et ses disciples nourrissent une foule nombreuse

10Les apôtres revinrent et racontèrent à Jésus tout ce qu'ils avaient fait. Il les emmena et se retira avec eux à l'écart près d'une localité appelée Bethsaïda. 11Les foules l'apprirent et le suivirent. Jésus les accueillit, leur parla du règne de Dieu et guérit ceux qui en avaient besoin. 12Le jour commençait à baisser ; alors les douze disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Renvoie tous ces gens, afin qu'ils aillent dans les villages et les campagnes des environs pour y trouver à se loger et à se nourrir, car nous sommes ici dans un endroit inhabité. » 13Mais Jésus leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Ils répondirent : « Nous n'avons que cinq pains et deux poissons. Irons-nous acheter des vivres pour tout ce monde ? » 14Il y avait là, en effet, environ 5 000 hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les s'installer par groupes de cinquante environ. » 15Les disciples obéirent et les firent tous s'installer. 16Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et dit une prière de bénédiction pour ces aliments. Il les partagea et les donna aux disciples pour qu'ils les distribuent à la foule. 17Chacun mangea à sa faim. On emporta douze corbeilles pleines des morceaux qu'ils eurent en trop.

 

Prédication : « Un repas… et ça repart ! »

Résumé: Devant nos découragements et nos sentiments d’avoir les batteries à plat, Jésus nous offre, par le miracle de la multiplication des pains et des poissons, un encouragement. Par ce repas, le Christ veut nous rebooster en nous rappelant qu’à travers nous des miracles sont possibles. Yes we can !

 

(après l’extrait vidéo)

Version audio à écouter ici

 

Chers frères et sœurs en Christ,

« Un mars et ça repart ! » : qui n’a jamais espéré que cela pourrait marcher ? Juste croquer dans la barre chocolatée qui nous reboosterait complètement pour nous aider à repartir de bon pied pour un avenir meilleur ! Une barre pour lutter contre les coups de barre ! Un chocolat pour les coups de barreou pour quand on est super crevée (c’est comme être crevée, mais avec une cape et un collant), que l’on soit en mars ou en septembre, d’ailleurs.

Un Mars, quand j’ai un coup de mou dans ma vie, ou dans ma foi aussi, et que j’aurais bien besoin d’un coup de boost. Quand notre société de malade m’épuise et que j’ai les batteries à plat. Quand le burnout ou la dépression se fait proche. Quand je n’ai plus d’énergie, plus de « dzé » en bon vaudois. Comme cette choriste à qui j’ai rendu visite cette semaine et qui me racontait qu’elle doit bosser comme une tarée 12h/par jour et qui est « à la limite », sur la ligne de crête comme elle disait (un peu comme sur une slackline), avant de tomber du côté obscur… Oui quand je suis à plat, j’aurais bien besoin d’un mars pour repartir.

Les apôtres aussi avaient besoin de coups de boost. Cela a d’ailleurs été ma découverte en préparant cette prédication : ce miracle bien connu de la multiplication des pains – qu’on raconte 6x dans les évangiles, quand même, cela dit quelque chose de la centralité de ce récit – eh bien il se situe chez Luc après l’envoi en mission des 12 apôtres (Luc 9, 1ss) et juste après le retour de ceux-ci au début de notre passage.

Dans quel état d’esprit étaient les apôtres ? le texte ne le précise pas, mais nous pouvons imaginer facilement que, suite à leur envoi en mission, ils avaient des sujets de joie, mais aussi probablement des découragements, des difficultés dont ils souhaitaient parler à Jésus. Peut-être un peu fatigués de la mission, ayant besoin de reprendre des forces… et en tout cas désirant avoir un bon debriefing avec leur maître. « Seigneur, allons à l’écart où nous serons peinards pour causer… Nous avons besoin de tes conseils, parce que tu sais, c’est pas simple d’être tes envoyés dans le monde… ». Vous voyez la scène ?

Et là, juste à ce moment-là, la foule débarque. Et vient déranger les apôtres. « Oh non les gars, pas maintenant, nous sommes en retraite de réflexion missionnaire ». Eux qui étaient venus dans le désert, à l’écart pour avoir un moment d’intimité avec Jésus afin de parler ensemble de leur mission, doivent faire avec cette foule. Au lieu de s’agacer de cette irruption, Jésus accueille la foule. Il se laisse déranger et va même en faire une leçon miraculeuse pour les disciples. Au désert, signe du vide et du manque par excellence, va surgir le plein, pleine présence et miracle nourrissant, à la fois pour la foule et à la fois pour les apôtres. Le désert, lieu de l’absence devient avec le Christ lieu de la présence. Du rien surgit le plein.

Parce qu’au fond, ce récit de miracle, dans sa version chez Luc, vient en réponse à l’envoi en mission. Comme une réponse au découragement probable des apôtres. Ou en tout cas comme un encouragement pour ceux-ci. Et cet encouragement, il se décline en 3 points.

Premièrement, vous l’aurez remarqué, c’est un repas que le Christ offre, à la fois à la foule qui a faim et à la fois aux apôtres qui reviennent de mission. Quand on vit des temps difficiles, un repas permet de reprendre des forces. Comme Elie, dans le désert, qui déprimé veut mourir. Et Dieu qui lui envoie un ange qui deux fois, le réveille pour lui offrir à manger (1 Roi 19). Oui ce miracle est d’abord un repas, un festin, quasi familial, que Jésus offre à ceux qui ont faim. D’ailleurs en levant les yeux au ciel et en prononçant la bénédiction sur la nourriture, Jésus se comporte comme un chef de famille qui bénit la table au commencement du repas. Il rend grâce pour ce qu’il a, pour le peu qu’il a. Et c’est parce qu’il rend grâce pour ce qu’il a, qu’il y en a plus qu’assez. 

Dans ma vie, quelle place a le repas partagé ? comment puis-je offrir cet espace revivifiant à ceux et celles qui sont à bout de force ?

Deuxièmement, si ce repas est un encouragement pour les apôtres, le Christ veut aussi les aider à prendre conscience de leur valeur. En effet, avec la petite phrase « donnez-leur vous-mêmes à manger », le Christ leur fait une place, il leur donne une responsabilité, dans cet avènement du Royaume.

En effet, Jésus aurait très bien pu distribuer la nourriture seul. Mais en laissant la place aux disciples, il leur donne un rôle. Ou plutôt il leur répond. Ce sont les disciples qui avaient dit à Jésus qu'il fallait renvoyer les gens pour qu'ils puissent se nourrir. Jésus leur permet de les nourrir. Il leur offre une place active dans le miracle.

De cette manière, Jésus les encourage dans leur élan missionnaire. Il est là mais il a besoin d’eux. Car le message c’est aussi celui de la communauté : donnez-leur, ensemble, à manger. Ensemble. Car seul on ne peut rien. Dans ce texte, il n’y a pas un disciple qui œuvre tout seul, mais c’est une communauté de disciples qui œuvre en faisant confiance à Jésus.

Bien souvent, nous sommes un peu comme les disciples, nous avons peur de faire le job demandé. Nous n’avons pas assez confiance en nous-mêmes. Et  pourtant, Dieu lui a confiance en nous et en nos capacités. Et il nous envoie, tout en nous accompagnant.

Dans ma vie, comment puis-je entendre ce « donnez-leur vous-mêmes à manger ? » comment puis-je recevoir ce geste de confiance du Christ envers moi, cette place qu’il me fait dans l’avènement de son Royaume ?

Et puis troisièmement, Jésus ne fait pas que prêcher la foule, il la nourrit (comme avec la manne dans le désert), à la fois matériellement et spirituellement. Ainsi le Christ nous offre une ressource spirituelle, pour nous tous aujourd’hui encore, et cette ressource c’est le repas du Seigneur, la Sainte Cène, qui peut nous « rebooster » spirituellement, elle qui est comme préfigurée dans ce récit de miracle. D’ailleurs aujourd’hui aussi nous partagerons le repas du Seigneur pour venir nous rebooster spirituellement dans nos vies ! 

Est-ce que j’arrive à vivre la Sainte Cène ou le culte comme un moment qui me rebooste spirituellement ?

En ce week-end du jeûne, ce texte de la multiplication des pains et des poissons vient nous encourager à nous nourrir les uns les autres, notamment par le partage. A prendre des repas ensemble, concrètement, pour reprendre des forces avant de repartir. D’ailleurs nous avons décidé de partager un repas désormais après chaque culte ici à MLK. Jeûner donc non pas matériellement, mais jeûner de la folie consommatrice de notre société qui épuise, jeûner et recharger nos batteries spirituelles.

Ainsi chers frères et sœurs, quelle bonne nouvelle pour nous tous ce matin : devant nos découragements et nos sentiments d’avoir les batteries à plat, Jésus vient nous offrir, par le miracle de la multiplication des pains et des poissons, un encouragement. Par ce repas, le Christ veut nous rebooster en nous rappelant qu’à travers nous des miracles sont possibles. Oui le Christ a même besoin de nous pour agir dans le monde! Quel encouragement ! Yes we can !

Et pour notre Eglise MLK aussi, ce texte vient nous encourager. A accueillir inconditionnellement, même quand nous sommes dérangés. A continuer à donner à manger, comme nous le faisons avec la distribution alimentaire du lundi. Et que Dieu, avec ce que nous sommes et le peu que nous avons, peut faire des miracles. Comme disait Samuel à la prière jeudi, « moins y en a, plus on en trouve ! ». Un appel à la confiance donc, et à l’action, pour que chacune et chacun puisse être nourri.e par le Seigneur à travers nous. Et pour que l’on puisse dire, non pas « un Mars et ça repart », mais « un culte MLK… et ça repart » !

Amen.

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