« A la table de l’inclusivité pour guérir les cœurs » (03.09.23)

Lecture de Luc 5 : Jésus appelle Lévi et mange avec des pécheurs

27Après cela, Jésus sortit et vit un collecteur d'impôts, nommé Lévi, assis à son bureau. Jésus lui dit : « Suis-moi ! » 28Lévi se leva, laissa tout et le suivit. 29Puis Lévi lui offrit un grand repas dans sa maison ; beaucoup de collecteurs d'impôts et d'autres personnes étaient à table avec eux. 30Les pharisiens et les spécialistes des Écritures qui faisaient partie de leur groupe critiquaient cela ; ils dirent aux disciples de Jésus : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les collecteurs d'impôts et les pécheurs ? » 31Jésus leur répondit : « Ce ne sont pas les personnes en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. 32Je ne suis pas venu appeler ceux qui croient faire la volonté de Dieu, mais ceux qui se reconnaissent pécheurs, pour qu'ils changent de vie. »

33Les pharisiens dirent à Jésus : « Les disciples de Jean, de même que les nôtres, jeûnent souvent et font des prières ; mais tes disciples, eux, mangent et boivent. » 34Jésus leur répondit : « Pensez-vous pouvoir obliger les invités à un mariage à jeûner pendant que le marié est avec eux ? 35Mais des jours viendront où le marié leur sera enlevé ; alors ces jours-là, ils jeûneront. » 

 

Prédication : « A la table de l’inclusivité pour guérir les cœurs »

Résumé : En partageant un repas avec des exclus de la société de l’époque, Jésus par cet acte pose un geste fort d’inclusivité. Par ce repas, il redit ainsi que la bonne nouvelle est pour tous, et surtout pour les marginaux de toutes sortes, et qu’il n’est pas venu pour juger mais pour guérir et faire changer les cœurs. Un bonne nouvelle pour chacune et chacun de nous à le suivre et convertir notre part pécheresse en nous.

Version audio à écouter ici.

Chers frères et sœurs en Christ,

Vendredi dernier, alors que j’avais laissé ma voiture pour un service, mon garagiste m’appelle. Au ton de sa voix, je comprends que la situation est grave. Vous savez, comme quand on vous annonce un décès… Là c’était pareil, notre (pas si vieille) Seat Alhambra était décédée (ou presque). Plus possible de la réparer, même en mettant du scotch. Du coup recherche en urgence de voiture familiale d’occasion. Pas simple avec 3 enfants, donc 3 sièges-enfants ou réhausseurs alignés derrière. Et puis, les voitures, c’est tout un monde, inconnu pour moi. Du coup, je sollicite des avis d’amis ou de collègues pour trouver une bonne voiture familiale, si possible avec un grand coffre, pas comme celle-ci. Et là, rapidement, nous avons tous les avis – et leurs contraires. Sur les voitures, et sur les marques. « Telle marque, oui c’est de la qualité, mais telle autre, non, oublie, surtout pas ! » 

  • Une Fiat : surtout pas, d’ailleurs tu sais quelle est la définition du mot FIAT ? « Ferraille Invendue A Turin ».
  • Une Peugeot : tu achètes, tu marches…
  • Une Renault ? Tu t’ennuies le week-end, achètes une Renault. Renault, tous les jours un bruit nouveau…

Ah la mauvaise réputation…

Mauvaise réputation. C’est si difficile d’aller contre elle. Comme une barrière infranchissable. Pour les voitures, mais aussi, bien sûr, pour les humains.

Dans le passage que nous venons d’entendre, Lévi est collecteur des taxes, une catégorie sociale qui avait fort mauvaise réputation. En effet, ils étaient considérés comme des traîtres à la patrie (sorte de collabo avec l’occupant romain), voleurs, escrocs. Vraiment, ce sont les dernières personnes à qui on penserait pour devenir des disciples de Jésus…

Ces collecteurs de taxes, avec qui mangeaient-ils ? Lévi est sûrement bien seul à manger, comme dans la série The Chosen, seul avec son chien. Il est infréquentable et nombreux sont ceux qui doivent l’éviter. Ou alors il mange avec d’autres collecteurs d’impôts. Sinon, il reste assis derrière son bureau, à l’écart, doublement enfermé par le regard méprisant des autres.

Mais Jésus sait voir derrière l’apparence du collecteur des taxes. Il sent le cœur en quête de Lévi et le potentiel de cet homme. D’ailleurs, la tradition chrétienne a supposé que Lévi, changeant de nom suite à sa conversion, prendra le nom de Matthieu, celui qui donnera son nom à l’évangile du même nom.

Et pour appeler Lévi, deux mots suffisent : « Suis-moi ». Le consentement de Lévi est immédiat et émouvant. Il se lève, quitte tout pour se mettre à l’école de Jésus de Nazareth. Aucune question de sa part, aucune objection, aucune réticence. Aucun marchandage. Cela semble irréaliste. Pourtant, nous comprenons que ce qui est décisif, c’est le geste de Jésus qui cherche à inclure Lévi, en lui signifiant qu’il est un homme qui a du prix aux yeux de Dieu, même s’il n’en a plus vraiment aux yeux des autres humains. Il est aimé et désormais il a une place. Quelle bonne nouvelle, digne d’une fête hors norme !

Vous avez remarqué, Jésus demande à Lévi de le suivre mais c’est lui, le maître, qui le suit, le nouveau disciple, pour faire la fête chez lui, comme pour entériner, concrétiser, célébrer ce changement de vie ! Et en s’asseyant à table avec lui et d’autres collecteurs de taxes, Jésus vient faire voler en éclats les barrières sociales. Il faut en effet savoir qu’en Orient, le fait de partager un repas n’était pas anodin : c’était le signe d’un accueil et d’une amitié. Pour les pharisiens, en partageant la table avec des pécheurs, Jésus manifeste une amitié avec le péché, eux qui ont une compréhension de la religion qui repose sur la séparation entre le pur et l’impur (donc pour eux il faut avant tout éviter l’impureté… pour ne pas être contaminé !). Pour Jésus, à l’inverse, il y a du bon et du mauvais en chaque être humain. En partageant ce repas avec des pécheurs, Jésus honore ce qu’il y a de meilleur en chacun, quand bien même il serait collecteur des taxes et pécheur.

D’ailleurs, la suite du passage le dit bien : L’Evangile est une noce. On ne jeûne pas pendant la fête, on se réjouit. Le temps du jeûne viendra plus tard.

La noce, c’est la fête, celle de l’accueil sans condition, de la grâce, du partage, celle de la joie d’être en présence du Christ. Car un repas, dans la Bible, c’est tout cela : comme une préfiguration du Royaume de Dieu, dans l’accueil inclusif de chacun, dans le partage des dons de Dieu et dans la reconnaissance pour tout ce qui nous est donné dans notre vie. Comme un geste d’amour, aussi, comme le montre l’étymologie du mot « agape ». Ce terme, qui désignait un repas entre les premiers chrétiens et qui s'est banalisé et est devenu synonyme de repas, vient du terme agapao (« aimer »). Oui le repas est un signe d’amour du prochain et de partage.

Ainsi, en partageant la table avec des exclus, des marginaux, Jésus pose un acte inclusif quasi prophétique : l’amour de Dieu est pour toutes et tous, et en particulier pour les marginaux, les pécheurs, ceux que la société pointe du doigt. Et face à eux, Jésus ne se présente pas comme un juge, mais comme un médecin. Il n’est en effet pas venu pour juger, mais pour guérir. D’ailleurs si vous lisez les deux paragraphes qui précèdent ce passage, Jésus guérit. Un lépreux d’abord, là aussi un exclu, puisun homme paralysé, marginal aussi du fait qu’il ne pouvait pas se déplacer seul, et qu’il aura besoin de 4 compagnons pour le faire passer par le toit pour arriver à Jésus. Jésus ne vient pas juger, il vient guérir. Un Jésus guérisseur des cœurs, un Jésus inclusif, un Jésus qui vient appeler à une conversion, littéralement à un changement de comportement et de regard, à une repentance. Un appel à la repentance pour chacun de nous aussi…

Car ce texte, ce matin, vient nous dire deux choses. Premièrement, il nous rappelle que nous sommes, toutes et tous, invités à rejoindre la table du Royaume, avec le Christ au centre, un Christ inclusif qui nous redit, à chacune et chacun, son amour inconditionnel pour nous tous, que l’on soit SDF à Saint-Laurent ou tout autre personne exclue, marginale, répudiée par la société.

Par ailleurs, ce texte nous rappelle que nous avons tous une part en nous pareille au collecteur des taxes et c’est cette part en nous qui a besoin de l’Evangile, cette part qui a besoin de guérison. Vraiment, nous sommes invités à accueillir la bonne nouvelle de Jésus Christ sur nos fautes et nos errances. C’est cette part de pécheur en nous que Jésus veut convertir, veut guérir : nous pouvons repenser à la dernière fois que nous avons blessé quelqu’un sans le vouloir, la dernière que nous nous sommes plantés et cela a eu des conséquences négatives, la dernière fois que nous avons raté la cible, coupant le lien avec des frères et sœurs et avec Dieu. Oui chers frères et sœurs, je nous invite ce matin à confier tout cela à Dieu, ces blessures, ces fautes, ces manquements…

Et c’est la bonne nouvelle de ce matin, chers frères et sœurs, Jésus veut s’inviter chez nous aussi, quelle que soit notre marginalité, où que nous en soyons sur notre chemin de vie : allons-nous nous laisser déplacer par son appel ? Il veut venir à notre table partager un repas avec nous, geste intime et fraternel, pour nous rappeler combien il nous aime, chacune et chacun : allons-nous lui ouvrir la porte ? Il veut venir guérir nos cœurs et changer nos fautes : allons-nous le laisser faire et ouvrir sur un chemin de repentance ?

Oui chers frères et sœurs, contrairement aux voitures, tel un Dieu inclusif, le Christ nous veut tous et toutes à sa table unique, quelle que soit notre marque, car nous sommes pour lui, des invités … de marque !

Amen.

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