Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors
et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur se présenta devant eux,
et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière.
Ils furent saisis d’une grande crainte.
Alors l’ange leur dit :
« Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle,
qui sera une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.
Et voici le signe qui vous est donné :
vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Évangile selon Luc, chapitre 2, versets 8 à 14
« Gloire à Dieu dans les hauteurs
et sur terre, la paix pour les hommes
sur qui Dieu répand sa bonté ».
Frères et sœurs,
le chœur des anges fait partie non seulement du récit de Noël,
mais aussi de l’atmosphère dans laquelle baigne cette fête.
Non seulement de la joie,
mais aussi comme un émerveillement.
Avec une pointe de solennité.
Un culte aux dimensions de l’univers.
Un chant qui remplit le ciel et au-delà.
Noël est la dernière fête où il semble normal de chanter,
et de le faire ensemble, en chœur.
Avec ces vocalises dans lesquelles on ne se lance
qu’à cette occasion :
« Glo-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-ria in excelsis De-e-o ! »
Alors oui, il est bon de joindre nos voix au divin chœur
qui proclame au ciel les louanges
de celui qu’annoncent les anges.
Mais un peu de retenue se justifie aussi.
Car nous ne sommes pas des anges.
Et à reprendre trop promptement leur chant,
nous oublions que celui-ci est d’abord un message
qui nous est adressé.
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! »,
ce n’est pas juste un cri d’enthousiasme qui sort du cœur.
C’est d’abord et avant tout une révélation.
Et pour l’entendre, pour bien en prendre la mesure,
il faut quitter les Noëls merveilleux
des crèches de notre enfance,
avec tous ces anges vêtus de blancs et d’or
qui volètent dans un ciel brillant de milliers d’étoiles.
Il est normal que le ciel nous fascine,
puisque nous y voyons le reflet de quelque chose
d’incroyablement profond et fort qui est aussi en nous.
Le ciel comme la pureté et la liberté.
Un espace infini où il n’y a plus rien qui fasse obstacle.
Ou il n’y a plus rien qui nous empêche
de voir, d’avancer, d’aimer.
La vie, notre vie, qui devient incroyablement vaste.
L’immensité de Dieu, l’éternité de Dieu qui se fait notre mesure.
Et pas besoin de devenir astronautes pour cela.
L’Esprit saint nous fait entrer dans une telle dimension.
Notre cœur, notre esprit qui voient loin, qui aiment loin.
La grandeur de Dieu, c’est partout qu’elle se manifeste,
qu’elle se réalise.
Pas juste dans ces années-lumière qui séparent les galaxies.
Mais aussi sur cette terre. Aussi dans nos cœurs.
Le ciel, non pas comme un endroit précis,
mais comme une dimension de cette vie, de ce monde.
Le ciel comme la profondeur de cette vie, de ce monde.
Alors « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! »
« Gloire ! » : on entend déjà les trompettes.
Avec aussi des lumières par milliers.
Le mot hébreu « Kavod » qui est souvent traduit ainsi
renvoie, lui, au poids, à la densité.
Non pas quelque chose d’éblouissant, d’exaltant.
Mais quelque chose qui laisse une empreinte.
Qui apporte un ancrage.
Quelque chose de concret avec un effet bien sensible :
notre vie en est marquée ; elle n’est plus la même.
Dieu qui vient dans notre monde, dans notre vie,
comme un être humain
En prenant les choses dans l’ordre.
En naissant d’une femme.
En étant un petit enfant. Un bébé.
Non pas un tour de prestidigitation.
Non pas une comédie.
Mais quelque chose qui a du poids,
et même, qui en a sacrement.
Dieu qui se risque.
Dieu qui s’expose.
Dieu qui s’engage.
Non pas une blague.
Mais une nouvelle définition de Dieu.
Dieu, c’est Celui qui s’est fait homme pour nous.
C’est Celui qui s’est fait homme comme nous.
Pour que nous ne soyons plus jamais seuls.
Pour que Sa divinité soit toujours à notre hauteur,
à notre portée.
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! »
Quelque chose s’est passé dans les cieux.
Du lourd, comme on dit.
Puisque maintenant l’humanité y a sa place.
Puisque maintenant l’humanité y est chez elle.
Puisque maintenant l’humanité a en eux son horizon.
Un lien a été créé qui change fondamentalement
les deux pôles qu’il relie.
D’un côté l’humanité ou plutôt l’humain
qui se découvre suffisamment grand
pour accueillir le Très-Haut, le Tout-Puissant.
Et de l’autre les cieux, l’infini, la divinité, l’éternité,
qui se révèlent la maison de ceux que l’on appelle les mortels
et dont on croyait qu’ils n’étaient que poussière.
Alors oui, « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! »
Et aussi « Paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
La paix, cela fait rêver,
quand on voit tout ce qui se passe
en Ukraine, à Gaza, au Soudan,
avec aussi cette violence toujours plus présente dans nos pays,
cette tension, cette agressivité diffuse qui montent,
jusqu’à la fameuse goutte qui fera déborder le vase.
Seulement, cette paix dont nous rêvons,
pour que cela soit quelque chose de vivant,
et non pas juste une apparence creuse et artificielle,
il faut qu’elle prenne racine dans un terreau bien particulier.
C’est cela que chantent les anges :
non pas juste un souhait de paix, qui ne mange pas de pain,
mais qui n’est que rarement efficace.
Mais cette paix qui est devenue réalité, et même plus, chair,
en Jésus.
Non pas juste une absence de conflit entre le ciel et la terre,
entre Dieu et les hommes.
Mais une communion, et même plus une union.
Dieu et l’humain qui ne sont plus étrangers l’un à l’autre,
mais qui sont une même vie, une même destinée.
La paix que Dieu apporte sur terre aux hommes qu’il aime,
c’est cette solidarité-là.
« Entre votre vie et la mienne,
il n’y a pas l’épaisseur d’un papier de cigarettes.
Nous sommes dans la même barque. »
C’est cela la vraie racine de la paix :
se sentir concerné par ce que vivent les autres,
en faire son souci.
Vivre vraiment ensemble, en s’en donnant les moyens.
En se donnant de la peine. En y mettant aussi le temps.
Tellement plus qu’une indifférence respectueuse.
« Paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Cette paix, elle ne se trouve pas
dans les mots chantés par les anges.
Cette paix, elle est là dans cet enfant qui est à la fois
le fils de Marie et celui de Dieu.
Parfaitement homme, et parfaitement Dieu,
comme disent les conciles.
L’Évangile nous dit que les bergers ont été saisis de frayeur
en se trouvant interpellés par les anges.
Nous avons un peu de peine à comprendre cela.
Peut-être parce que nous avons fait des anges
un joli spectacle lumineux qui vient égayer la nuit.
Alors que leur parole a une tout autre portée :
la force de la voix de Dieu,
cette voix qui a fait surgir l’univers du néant.
Alors, sachons nous-mêmes entendre cette voix
et en être saisis.
Ce n’est pas juste un joli cantique
qui résonne au-dessus des champs près de Bethléem.
Ce sont des mots incroyablement bouleversants.
Des mots qui signalent une nouvelle Création.
Alors oui, « gloire à Dieu au plus haut des cieux,
et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Amen