Vos lieux de culte Église 29

Comme une grande foule accompagnait Jésus, il se tourna vers elle et lui dit:

"Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même sa propre vie,

il ne peut être mon disciple.

Et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

En effet, quel est celui d'entre vous, qui, voulant bâtir une tour, ne commence d'abord par s'asseoir,

et ne calcule la dépense, pour voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout,

— de peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse achever la tour, et qu'alors tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui,

en disant: Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever!

Ou bien, quel est le roi qui, partant pour faire la guerre à un autre roi, ne commence par s'asseoir,

et n'examine s'il peut, avec dix mille hommes, aller à la rencontre de celui qui vient contre lui avec vingt mille?

Autrement, pendant que celui-ci est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.

Ainsi, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple."

Évangile selon Luc, chapitre 14, versets 25 à 33

 

« Si quelqu’un vient à moi,

et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants,

ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie,

il ne peut être mon disciple. »

 

Frères et sœurs,

nous pensions que le christianisme était la religion de l’amour,

et voilà que Jésus nous invite à haïr !

Il va même si loin qu’il l’affirme :

c’est une condition indispensable pour être son disciple.


Haïr ceux qui nous sont hostiles,

ceux qui se présentent comme nos ennemis,

on comprendrait.

Haïr ceux qui ne pensent pas comme nous,

ceux qui ne vivent pas comme nous,

ce n’est pas très glorieux,

mais c’est une tendance assez banale.

C’est humain.

 

Jésus, lui, demande que nous haïssions,

et même plus, exige que nous haïssions

nos proches, notre famille, nos intimes :

notre père, notre mère, notre conjoint, nos enfants,

nos frères, nos sœurs et jusqu’à notre propre vie.

 

Ceux qui partagent notre vie,

ceux qui sont notre vie,

ceux que nous aimons le plus,

Jésus nous demande de les haïr.

C’est fou. C’est scandaleux !

Comment peut-on simplement envisager cela ?

À plus forte raison nous y inviter ?

Et même l’exiger de nous ?

Comment est-il possible

que cette parole soit parvenue jusqu’à nous ?

Que personne n’ait eu le bon sens de la retirer de la Bible ?

 

Oui, face à cette parole, il est facile de monter les tours.

De s’indigner.

Et aussi de prendre Jésus de haut,

en brandissant nos valeurs qui sont visiblement

autrement plus généreuses et plus nobles que les siennes.

 

Seulement, attention à ne pas s’emballer

en montant sur ses grands chevaux.

Vous l’avez certainement déjà entendu :

les apparences sont parfois trompeuses.

Et c’est la source de bien des malentendus :

on croit comprendre quelque chose,

alors qu’en réalité c’est tout autre chose qui est dit.

 

Nous entendons Jésus dire :

« Si quelqu’un vient à moi,

et ne hait pas son PÈRE, sa MÈRE, sa FEMME, ses ENFANTS,

ses FRÈRES, ses SŒURS, et même sa PROPRE VIE,

il ne peut être mon disciple. »

Mais, en réalité, c’est autre chose qu’il dit :

« Si quelqu’un vient à moi,

et ne hait pas SON père, SA mère, SA femme, SES enfants,

SES frères, SES sœurs, et même SA propre vie,

il ne peut être mon disciple. »

 

En d’autres mots, Jésus ne vise pas des personnes.

Il vise un certain type de relation

que nous avons avec ces personnes.

Une relation marquée par la possessivité.

Quand nous voyons nos proches, notre famille,

comme un capital dont nous disposerions,

une fortune dont nous serions riches,

et dont la raison d’être serait de nous faire plaisir,

de nous assurer différents services, dont un certain prestige.

 

C’est quelque chose de tellement naturel

que l’on ne s’en rend même plus compte.

On se définit souvent soi-même par ses proches.

On est l’enfant de parents extraordinaires

ou au contraire catastrophiques.

On est le père ou la mère d’enfants qui nous remplissent

de joie, de fierté, ou encore de soucis.

 

Oui, possessifs !

« C’est mon quartier ! » « C’est ma ville ! »

« C’est mon Église ! » « C’est ma paroisse ! »

« C’est ma conviction ! » « C’est mon choix ! »

« C’est mon affaire ! »

 

Bien sûr, cela ne va pas

sans un certain sentiment de responsabilité.

Mais qui n’est pas forcément toujours très heureux.

« C’est à moi d’agir. »

« C’est à moi d’intervenir. »

« C’est à moi de prendre la bonne décision. »

 

On en arrive vite à se crisper.

« On ne peut pas laisser les choses comme ça.

Il faut faire quelque chose, sinon, cela pourrait se dégrader.

Et qui va le faire si je ne le fais pas, moi ?

Je n’ai pas le choix. »

 

C’est justement contre cette crispation-là que Jésus s’élève.

Parce qu’elle risque de tout figer, de tout bloquer,

de tout asphyxier.

La possessivité, cela ne laisse pas d’espace.

Et alors cela ne respire plus.

L’Esprit ne peut plus souffler.

Il n’y a plus de mouvement.

Plus d’inattendu.

Plus de surprise.

Juste notre anxiété qui laisse sa trace sur tout.

 

L’écologie est toujours plus affectée par ce travers.

C’est devenu une affaire d’experts,

persuadés qu’eux seuls ont la solution,

et que tout repose entre leurs mains :

l’avenir de la planète, de l’humanité.

 

Il y a aussi ces militants qui font de leurs efforts dans ce domaine

une affaire personnelle, un motif de fierté.

Ah, si seulement tout le monde faisait comme eux,

tout serait réglé !

« Édictons des lois dans ce sens.

Que tout le monde soit contraint de faire de même. »

 

« Si quelqu’un vient à moi,

et ne hait pas SON père, SA mère, SA femme, SES enfants,

SES frères, SES sœurs, et même SA propre vie,

il ne peut être mon disciple. »

 

Jésus nous invite à plus de simplicité et de liberté.

Nous libérer de tout ce à quoi

nous accrochons un peu trop notre cœur,

comme si notre vie, notre personne, notre identité

en dépendaient.

Nous libérer aussi de cette pression que nous nous mettons

et qui fait souvent plus de mal que de bien.

 

Malgré tout ce que nous croyons,

tout ce que l’on nous dit aussi,

notre vie n’est pas entre nos mains,

mais entre celles de Dieu.

Et il en va de même du sort de cette planète.

 

Déjà, nous ne sommes pas seuls à y vivre.

Des milliards de milliards d’organismes sont là qui la façonnent,

qui lui donnent son apparence, son visage.

 

Et il y a aussi l’Esprit de Dieu qui souffle partout,

et surtout bien plus fort que nous l’imaginons.

Une force décisive, qui échappe cependant à nos calculs

et à nos schémas.

 

L’écologie ne se réduit à des questions techniques.

Le recyclage, l’isolation, l’optimalisation énergétique.

Planifier, organiser, mettre en œuvre.

 

La foi nous fait entrer dans une autre vision.

Un regard beaucoup plus large où l’on s’émerveille

de tout ce que la main de Dieu a suscité et suscite encore.

Cette richesse qui nous dépasse

et que nous avons à accompagner, à encourager,

et non à remplacer par les produits de notre intelligence

et de notre industrie.

 

Être croyant, ce n’est pas avoir les choses bien en main.

C’est bien plutôt être à l’écoute.

Être attentif à toutes les impulsions qui viennent d’ailleurs,

de plus loin.

Être surtout disponible pour ce chemin

que Dieu trace aujourd’hui pour nous et avec nous.

Ce chemin qui seul peut nous conduire au-delà de notre horizon.

Vers le ciel ;

Vers ce Royaume de justice et de paix

qui germe déjà sur cette terre.

 

Amen