Vos lieux de culte Église 29

Voici comment arriva la naissance de Jésus-Christ:

Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva avoir conçu par la vertu de l'Esprit saint,

avant qu'ils eussent habité ensemble.

Alors Joseph, son époux, qui était homme de bien et ne voulait pas l'exposer à la honte,

résolut de la répudier sans bruit.

Mais, comme il y pensait, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit:

Joseph, fils de David, ne crains point de prendre Marie pour ta femme; car l'enfant qu'elle a conçu vient de l'Esprit saint.

Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait dit par la bouche du prophète:

«La vierge enfantera et mettra au monde un fils, qu'on nommera Emmanuel» — ce qui signifie: Dieu avec nous. —

Joseph, s'étant réveillé de son sommeil, fit comme l'ange du Seigneur lui avait commandé,

et il prit sa femme avec lui.

Évangile selon Matthieu, chapitre 1, versets 18 à 24

 

 

« Voici que la vierge concevra et enfantera un fils

auquel on donnera le nom d'Emmanuel,

ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». »

 

« Dieu avec nous », cela sonne bien.

Encourageant. Réconfortant.

 

En allemand, cela donne « Gott mit uns ».

L’inscription que les soldats allemands avaient sur leur ceinturon

lors des deux guerres mondiales.

Dieu qui est de notre côté.

Dieu qui défend les mêmes idées que nous.

Dieu qui mène les mêmes combats que nous.

 

Bien sûr, aucun homme politique européen

n’oserait plus affirmer ceci.

Outre-Atlantique, c’est déjà moins évident.

Les Églises, elles, trouvent naturel de continuer sur cette ligne.

Être croyant, c’est forcément être du bon côté.

Que l’on soit contre l’avortement, ou bien pour les LGBT.

 

« Voici que la vierge concevra et enfantera un fils

auquel on donnera le nom d'Emmanuel,

ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». »

 

Voir dans ces mots une force de frappe

qui se mettrait à notre disposition,

c’est ne rien comprendre.

 

En réalité, ce qu’il y a là, c’est une nouvelle définition.

Ce qui fait que Dieu est Dieu,

ce n’est pas qu’il envoie des éclairs et fasse pleuvoir le soufre,

mais qu’il soit avec nous.

Un engagement.

Un soutien.

C’est cela l’essentiel.

Bien plus que ces pouvoirs surnaturels qu’on lui attribue.

 

Oui, « Dieu avec nous. »

Ou plutôt : « Emmanuel. »

Pour ne pas oublier l’enfant de la crèche et sa vulnérabilité.

Cette douceur qui n’a rien d’une arme,

et qui pourtant change tout.

 

Un cœur-à-cœur est instauré qui fait que,

même dans les moments les plus éprouvants,

on n’est pas seul.

On se sent compris, accueilli, accepté.

 

L’enfant de la crèche en est le signe :

Emmanuel, c’est avant tout la toute-présence de Dieu.

La toute-patience de Dieu.

La toute-douceur de Dieu.

La toute-finesse de Dieu.

La toute-transparence de Dieu.

 

Non pas une puissance de feu qui se mettrait à notre service.

Mais une manière d’être dans le monde, de l’habiter.

D’en faire une maison, un foyer, un nid.

Et de nous permettre ainsi nous aussi de l’habiter.

De nous y trouver bien.

Adéquats avec la vie.

 

Chanter le « divin enfant »,

c’est associer la divinité à un nouveau-né.

Non pas une contradiction ou une anomalie.

Mais bien plutôt une révélation, une évidence.

 

« Emmanuel » : « Dieu avec nous ».

Dieu non pas comme le Très-Haut et le Tout-Puissant.

Mais comme le Tout-Proche et le Sans-Défense.

Oui, cet enfant, divin et Dieu,

justement parce que tout proche et sans défense.

 

Mais si l’enfant de la crèche est « Emmanuel »,

c’est par un autre nom qu’on le désigne.

Un nom soufflé par l’ange à Joseph lorsqu’il lui dit :

« Elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus,

car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

 

Pourquoi ce prénom-là et pas un autre ?

Parce qu’il a une signification.

L’ange y fait d’ailleurs allusion.

« Jésus », cela veut dire : « Dieu sauve ».

 

L’enfant qui va naître est porteur de salut :

« c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

 

On croit parfois que le problème avec le péché,

c’est avant tout la réaction de Dieu.

Et que l’important, c’est que nous soyons sauvés

de cette réaction.

Que là où l’on risquait l’enfer, il y ait finalement acquittement.

 

« Manger une pomme dans le jardin d’Éden.

Se goinfrer de chocolat.

Badiner avec les filles.

Et parfois ruer dans les brancards.

Sortir des clous, des chemins tout tracés.

Tout cela, ce n’est pas si grave. C’est même plutôt sympathique.

Les bons élèves sont tellement ennuyeux !

Il n’y a que les dictateurs pour penser autrement.

 

« Elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus,

car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

 

Jésus comme un avocat qui défendrait notre cause

auprès de Son Père ?

Comme si Dieu n’avait d’autre bonheur

que de punir et d’opprimer !

 

Le prénom le dit bien :

en Jésus, c’est Dieu qui sauve.

Non pas de punitions qui nous menaceraient.

Mais de périls dans lesquels nous nous prenons

et qui étouffent peu à peu notre vie, notre âme.

 

Oubliez l’abus de douceurs.

Le péché, c’est cette crispation qui s’empare de nous

et qui transforme notre cœur en pierre ou en glace.

L’arrogance, le mépris, la dureté.

Les discours mécaniques.

Les mots sans chaleur.

Un venin qui s’instille en tout.

Un cœur qui ne bat plus.

Plus de vie. Juste de la géométrie. Des schémas.

Plus de regard. Plus de visage.

Juste des calculs.

 

Ce sont souvent juste des moments

dont on arrive à se reprendre.

Mais cela peut aussi devenir une manière d’être.

Une armure dans laquelle on se retrouve enfermé.

Un masque que l’on n’arrive plus à décoller.

 

« Elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus,

car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

 

Il n’est pas si difficile de décrire le péché.

Jésus ne vient pas juste le dénoncer.

Il vient nous en sauver.

Oui, c’est un Sauveur qui nous a été donné.

 

Seulement, son intervention n’a rien

d’une action commando spectaculaire,

comme lorsque des forces spéciales libèrent des otages.

Pour nous libérer de notre endurcissement,

il ne se montre pas encore plus dur.

Au contraire, c’est sa douceur qu’il nous offre.

Et c’est de même que pour nous libérer de notre méfiance,

de notre mépris, de notre hostilité,

c’est son amitié et sa fidélité qu’il engage à notre égard.

 

Non pas briser notre cuirasse,

mais ranimer ce cœur qui bat dessous.

En faire un cœur de chair.

Alors nous nous débarrasserons nous-mêmes

de ces défenses démesurées

que nous avons dressées autour de nous.

Alors nous saurons à nouveau vivre,

non pas juste pour nous-mêmes,

mais aussi pour les autres, avec les autres.

 

« Jésus », « Emmanuel ».

Dieu comme ce cœur fragile et tendre qui vient m’embrasser,

et qui m’invite à baisser la garde pour lui rendre la pareille.

 

Il est bon d’accueillir ce salut par lequel Dieu vient nous sauver.

Il est bon de discerner en Jésus l’image la plus parfaite

de Celui que l’on appelle le Tout-Puissant,

mais que l’on pourrait tout aussi bien appeler le Tout-Aimant.

 

Amen