Vos lieux de culte Église 29

Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui.

Mais Jean s'y opposait, en disant: “C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi!”

Jésus lui répondit: “Laisse faire pour le moment; car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice.”

Alors Jean le laissa faire. Dès qu'il eût été baptisé, Jésus sortit de l'eau;

et voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.

Aussitôt une voix se fit entendre des cieux, disant: “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection.”

Évangile selon Matthieu, chapitre 3, versets 13 à 17

 

« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi !… »

 

Frères et sœurs,

la perplexité de Jean-Baptiste semble toute naturelle.

 

« Le Messie arrive !

Il va reprendre les choses là

où ceux qui ont annoncé Sa venue les ont laissées ! »

Un changement de niveau. Mais dans la continuité.

La même chose avec plus de puissance.

Jean-Baptiste passerait ainsi de baptiseur à baptisé.

Parce qu’il y aurait maintenant un baptiseur, un baptiste,

d’une classe supérieure.

 

Seulement, ce n’est pas cela qui se passe.

Jean-Baptiste en est tout troublé. Et nous avec lui.

 

Jésus n’est pas un Jean-Baptiste puissance dix.

Et pourtant, il est bien le Messie.

On s’attendait à une progression linéaire :

ce que l’on connaît déjà, juste en plus fort.

Mais c’est autre chose qui se présente.

 

Moïse, Élie, Jean-Baptiste : on était habitué aux culturistes de la foi.

Des personnalités fortes, des meneurs d’hommes rugueux,

tout en exigences.

« Si de simples humains peuvent demander autant,

qu’est-ce que cela sera avec le Messie ? »

Un super-Moïse ? Un super-Élie ? Un super-Jean-Baptiste ?

Cela a quelque chose d’un peu effrayant !

 

Seulement, celui qui vient au Jourdain ne prend pas le relais de Jean.

Il se met simplement dans la file de ceux qui viennent se faire baptiser.

 

Une autre position qui en dit beaucoup plus long

qu’il ne le semble au premier abord.

 

Car il ne s’agit pas d’une étape préalable,

avant de passer aux choses sérieuses.

Par ce baptême auquel il se soumet,

Jésus révèle quelle est Sa relation aux hommes.

La nature de ce salut qu’Il est venu nous apporter.

 

Non pas une position en surplomb :

des exigences qui tombent d’en haut.

Mais une présence discrète, enfouie dans le monde,

enfouie dans la foule.

 

Non pas un chef qui ouvre un chemin et marche en tête.

Mais un compagnon de route qui avance à nos côtés

et qui offre un soutien, un bras sur lequel on peut s’appuyer.

 

Il faut bien le voir,

ce n’est pas pour Lui-même que Jésus se fait baptiser,

mais pour nous.

 

Ferions-nous de nous-même le pas du baptême de Jean ?

La question mérite d’être posée.

Commencer une nouvelle vie, l’idée est grandiose, le projet emballant.

On sait toutefois ce qu’il advient de nos résolutions de début d’année

qui sont pourtant nettement moins ambitieuses.

 

Pour beaucoup, entrer dans le Jourdain en s’approchant de Jean,

c’est se mettre d’emblée en position d’échec.

Quelques pas, quelques jours, quelques semaines, quelques mois,

et il faudra le reconnaître : « C’est trop difficile ! Ce n’est pas pour moi ! »

Retrouver alors cette place d’où l’on était parti,

en se disant que l’on ne nous y reprendra plus :

qu’il vaut mieux ne pas viser trop haut.

C’est cet étage-là qui nous a été donné pour que nous y vivions notre vie.

Pourquoi chercher autre chose ?

 

Beaucoup de gens se disent que la foi, la religion, ce n’est pas pour eux.

Tous ces grands mots, ces discours exaltés,

ces élans pleins d’enthousiasme !

« C’est trop pour moi ! »

Et d’autres d’ajouter :

« De toute façon, on sait comment cela se termine.

Ils se racontent des histoires ! Ils ne sont pas meilleurs que les autres.

Ils ne sont pas meilleurs que moi. »

 

Jésus, le Fils de Dieu, ne se met pas sur un tréteau

pour haranguer la foule.

Il rejoint les personnes sur leur chemin.

Non pas un coach qui hurle : « C’est mou, tout ça ! »

Un ami qui ouvre sur l’éternité chaque pas que nous faisons.

Même le tout premier.

 

Voir loin, bien sûr, cela nous sort de nos routines,

de ces habitudes à laquelle notre vie finit par se réduire.

Oui, voir loin, cela ouvre des horizons.

Mais, en même temps, cela peut être écrasant :

« Il y a encore tellement de chemin à parcourir !

C’est à peine si l’on a commencé.

Et pourtant quels efforts il a déjà fallu faire ! »

 

Dès le début, Jésus est là à nos côtés.

Et par cette présence, chaque instant ouvre sur le ciel, sur l’éternité.

Pas besoin d’attendre le bout de la route.

 

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. »

 

Une voix qui se fait entendre des cieux !

C’est souvent ce que l’on retient de ce moment du baptême de Jésus.

Avec aussi l’Esprit de Dieu qui descend sur lui comme une colombe.

 

Le spectaculaire retient notre attention.

Alors que, justement, il est là pour l’attirer, cette attention,

sur quelque chose d’autre.

 

Un homme qui se fait baptiser par Jean parmi des dizaines d’autres,

il est facile de passer à côté, de ne pas le remarquer.

Surtout que Jean prend beaucoup de place, avec son allure sauvage.

 

« CELUI-CI est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. »

 

Jésus qui ne parle pas, ou si peu.

Jésus qui ne se met pas en avant.

Jésus qui se contente d’indiquer à Jean

que le vrai chemin pour lui, celui qui est juste,

en harmonie avec le ciel et avec Dieu,

c’est cette simplicité, cette discrétion qu’il a choisie et qu’il assume.

Marcher humblement avec les hommes,

de façon à ce qu’eux puissent ainsi marcher humblement avec leur Dieu.

 

Rien de cassant, bien au contraire.

Jésus ne brise pas le roseau froissé.

Il n’étouffe pas le lumignon qui va s’éteindre.

 

Être avec les cabossés de la vie – et qui n’en est pas un ? –

c’est Son chemin.

Le chemin de Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

De grands mots qui nous cachent parfois cette réalité toute simple

d’une présence pleine d’attention et de prévenance à nos côtés :

le Fils de Dieu qui vient nous sauver,

en brisant nos solitudes, notre isolement.

En se liant à nous. En nous liant à Lui.

 

Jean-Baptiste est perplexe.

C’est autre chose qu’il attendait.

Nous aussi souvent, c’est autre chose que nous attendons.

Nous rêvons d’un champion, d’un super-héros.

Et bien des athées ne font que refléter ce souhait,

en le refusant, ou en le déclarant irréaliste.

 

Notre baptême n’est pas d’abord la marque d’une conversion,

d’un changement du tout au tout dans notre vie,

dans notre manière de la mener.

 

Ça, c’était ce qui passait avec Jean au Jourdain.

 

Notre baptême, lui, c’est bien plus la présence de Jésus

qui se fait tellement proche,

que plus rien ne peut nous séparer de Son amour, de Son soutien,

de Sa compréhension.

 

Une vie différente commence alors,

mais dans un tout autre sens que nous l’imaginions.

Une vie où nous ne sommes plus seuls.

Une vie que nous découvrons habitée.

Ouverte sur l’infini d’une attention, d’une générosité,

d’une bienveillance.

 

Oui, Jésus ma joie !

Jésus ma vie !

 

Amen