Vos lieux de culte Église 29

Jésus étant né à Bethléhem, en Judée, aux jours du roi Hérode,

des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem, et ils dirent:

“Où est le roi des Juifs qui vient de naître?

Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer.”

A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

Ayant rassemblé tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple,

il s'informa auprès d'eux du lieu où le Christ devait naître.

Ils lui dirent: "C'est à Bethléhem, en Judée; car voici ce qui a été écrit par le prophète:

«Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es certainement pas la moindre entre les principales villes de Juda;

car c'est de toi que sortira le chef qui paîtra Israël, mon peuple»."

Alors Hérode, ayant appelé les mages en secret,

s'enquit exactement auprès d'eux du temps où l'étoile était apparue;

et, les envoyant à Bethléhem, il leur dit:

"Allez, prenez des informations exactes sur ce petit enfant;

et, quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille, moi aussi, l'adorer."

Après avoir entendu le roi, les mages partirent.

Et voici que l'étoile, qu'ils avaient vue en Orient, allait devant eux,

jusqu'au moment où, arrivée au-dessus du lieu où se trouvait le petit enfant, elle s'arrêta.

A la vue de l'étoile, ils eurent une fort grande joie.

Étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie, sa mère;

et, se prosternant devant lui, ils l'adorèrent.

Puis ils ouvrirent leurs trésors, et ils lui présentèrent des dons, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Ensuite, ayant été divinement avertis par un songe de ne pas retourner auprès d'Hérode,

ils revinrent dans leur pays par un autre chemin.

Évangile selon Matthieu, chapitre 2, versets 1 à 12

 

« Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. »

 

Frères et sœurs,

les mages ont vu l’étoile, et ils se sont mis en route.

 

Une histoire si bien connue qu’elle nous semble naturelle,

que nous n’y voyons rien de particulier.

 

Pourtant, quand on y pense,

voir un nouvel astre dans le ciel, et dans la foulée, tout laisser

et se lancer dans un voyage de plusieurs semaines, à travers des déserts,

avec un but aux contours bien vagues.

 

La démarche n’a rien d’évident.

Elle demande une sacrée volonté, une sacrée audace.

Avec aussi une grande foi, une grande confiance.

Il est clair : tout n’est pas entre leurs mains, loin de là.

 

On nous dit que les mages étaient des spécialistes des étoiles.

Seulement, ils n’étaient pas que cela.

Et c’est ce qui explique leur périple.

 

Des spécialistes, à l’époque, il y en avait bien d’autres.

Hérode en convoque tout un bataillon auprès de lui.

Des experts qui savent que c’est à Bethléem en Judée

que le Messie doit naître,

à deux heures de marche de Jérusalem.

Mais ils ne se mettent pas en route.

 

Des spécialistes, oui. Pas des pèlerins. Pas des croyants.

Des hommes de connaissance. Pas des hommes de cœur.

 

Nous vivons dans un monde incroyablement touffu

en informations en tous genres,

à des années-lumière de celui dans lequel les mages se mouvaient.

Aujourd’hui, des nouvelles, des nouveautés,

il y en a des dizaines chaque jour,

et même des milliers à la minute, si on le souhaite.

Un flux qui nous submerge.

Nous laissant à peine un espace pour respirer.

 

Maintenant, nous sommes tous des spécialistes,

avec dans notre poche toutes les informations possibles et imaginables.

Il suffit de quelques manipulations.

Seulement, un spécialiste, un vrai, cela sait aussi faire le tri,

pour ne garder que ce qui est utile, que ce dont on va tirer profit.

Et à notre époque, c’est une tâche presque surhumaine.

 

Dans le tsunami d’informations auquel nous sommes confrontés,

l’apparition d’une nouvelle étoile a peu de chances

de retenir notre attention.

Je ne parle bien sûr pas d’astronomie.

Mais de ces nouvelles

qui seraient à même de bouleverser une vie, et même le monde,

si on les prenait vraiment au sérieux.

De ces nouvelles qui mériteraient que l’on y accroche son cœur,

et même son existence.

 

Pour tomber dessus, mieux vaut ne pas en rester aux médias classiques,

et promener son attention dans les chemins de traverse.

Aller là où il n’y a pas de foule, là où il n’y a pas grand bruit.

Là où un simple geste, un simple mot,

parfois même juste un regard, juste un silence,

ont une chance d’avoir vraiment du poids.

 

Un sacré défi, n’est-ce pas ?

Et en même temps qui n’a de sens

que si l’on est un homme ou une femme de cœur.

Un homme ou une femme prêt à se laisser interpeller.

Prêt à bouleverser le confort de son quotidien, de ses habitudes,

pour se mettre en chemin.

 

Il est bien sûr plus facile de commenter les gros titres

au Café du commerce.

Dans les rues et les échoppes de la ville des mages,

on ne parlait certainement pas de cette étoile.

 

Ils auraient pu communiquer sur leur découverte.

En faire un sujet de conversation dans les dîners en ville.

Avec même quelques soirées spéciales pour les plus intéressés.

 

Ils se sont bien plus simplement mis en route.

Parce que, si, quand on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt,

le sage, lui, porte l’attention sur ce qui lui est désigné.

Et l’homme de cœur va encore plus loin,

puisqu’il se lève et commence un périple.

 

Être disponible pour accueillir une nouvelle bouleversante.

Et l’être aussi pour y répondre.

 

Pas une nouvelle fracassante qui s’imposerait d’elle-même.

Juste une nouvelle étoile

qui se perd parmi ces milliers dont le ciel est parsemé.

Mais il vaut la peine de la remarquer et de la prendre au sérieux.

Et même d’y accrocher son cœur.

Se laisser arracher à son cadre, à ses routines.

Se mettre en marche.

Des semaines et des semaines à travers le désert.

Sans être très clair sur le but du voyage.

Juste cette certitude intérieure que c’est bien cela qu’il fallait faire.

 

« Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. »

 

Offrir de l’or, de l’encens et de la myrrhe,

cela nous semble avant tout un geste de grand respect

et aussi de grande générosité.

Une démarche somme toute normale

lorsque l’on rend visite à quelqu’un d’important, à un souverain.

 

Les mages, eux, ne parlent pas d’une ambassade officielle.

De salutations qu’ils seraient venus transmettre de la part

d’autres personnes importantes.

Ils parlent d’adoration.

S’ils sont venus, c’est pour se prosterner devant ce roi des Juifs

qui vient de naître.

Un geste qui ne nous est plus familier.

Dans notre pays, on ne se prosterne devant rien ni personne.

Et on a tendance à soupçonner ceux qui le font de formalisme,

pour ne pas dire d’hypocrisie.

 

Les mages n’attendent aucune récompense.

S’ils veulent se prosterner devant le roi des Juifs qui vient de naître,

ce n’est pas pour la photo, ou pour épater la galerie.

C’est pour eux-mêmes.

Parce que ce geste leur permet

d’être ce qu’ils sont vraiment en profondeur.

De trouver leur vérité.

 

Nous pensons ne nous prosterner devant rien ni personne.

Mais est-ce seulement possible ?

Jean Calvin a dit que le cœur humain est une fabrique d’idoles.

Vous savez, ces statues auxquelles on rend un culte.

 

La question n’est pas de savoir si nous nous prosternons ou pas,

mais devant qui ou devant quoi.

Les mages l’ont bien compris,

pour éviter de se prosterner devant n’importe quoi,

il suffit de se prosterner devant le seul qui mérite qu’on l’adore.

Se prosterner devant le Christ qui est doux et humble de cœur.

Celui qui ne crie pas et n’élève pas la voix.

Celui qui ne brise pas le roseau froissé,

et n’étouffe pas le lumignon qui va s’éteindre.

Celui qui n’a ni beauté ni éclat pour attirer nos regards.

Celui qui n’ouvre pas la bouche

comme l’agneau que l’on mène à la boucherie.

 

Les médias ne cessent de nous inviter à hurler avec tel groupe ou tel autre.

À nous extasier devant telle nouveauté.

À faire des « Oh ! », des « Ah ! »,

et à étaler notre science dans les commentaires des articles.

 

Dans ce feu d’artifice permanent,

incroyablement éblouissant et assourdissant,

une étoile apparaît dans le ciel,

tellement pâle dans ces explosions de lumière.

 

Il vaut la peine de lui prêter notre attention.

Et même, de nous mettre en route pour la suivre.

Découvrir ainsi ce qui seul est digne de louange et d’adoration :

non pas le vacarme du monde des hommes et des puissants,

mais la douceur et la nudité de Celui que Dieu nous a envoyé

pour qu’il nous sauve non par sa force, mais par sa fragilité.

Non par ses coups de gueule, mais par son murmure.

 

Sachons nous prosterner devant Lui.

 

Oui, à Toi nos cœurs, nos vies, Christ, notre roi.

 

Amen