Première lecture : livre de la Genèse, chapitre 18, versets 1-3

L’Éternel apparut à Abraham parmi les chênes de Mamré, alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente pendant la chaleur du jour. Il leva les yeux et vit trois hommes debout non loin de lui. Quand il les vit, il courut depuis l’entrée de sa tente à leur rencontre et se prosterna jusqu’à terre. Il dit : « Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas loin de ton serviteur. » (Nous rendons grâce à Dieu !)

 

Deuxième lecture : Lettre aux Éphésiens, chapitre 3, versets 14-19 

C’est pourquoi je me mets à genoux devant Dieu le Père, dont dépendent toutes les générations dans les cieux et sur la terre. Je lui demande qu’il fortifie votre être intérieur par la puissance de son Esprit, et que le Christ habite dans vos cœurs par la foi. Je demande que vous soyez enracinés et solidement établis dans l’amour. Ainsi vous aurez la force de comprendre combien l’amour du Christ est large et long, haut et profond. Et vous connaîtrez alors son amour, bien qu’il surpasse toute connaissance, et vous serez ainsi comblés de toute la plénitude de Dieu. (Louange à Toi, Seigneur !)

 

Troisième lecture : l’Évangile selon Jean, chapitre 14, versets 15-18

Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Et je prierai le Père, qui vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il soit éternellement avec vous : l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviendrai près de vous. (Amen)

 

On peut l’imaginer comme un trèfle à 3 feuilles. Ou comme un spinner…Ou comme cette bougie à 3 mèches…Vous avez probablement vu ce symbole de l’œil dans un triangle…Ou bien on peut écrire ces deux équations impossibles : 1=3 et 3=1. Certains la voient comme une personne avec ses deux mains. D’autres préfèrent l’image plus dynamique de trois personnes qui dansent en cercle en se tenant par la main. Comment décrire un Dieu qui est en même temps au-dessus de nous, avec nous, et en nous ? 

              En bons protestants, voyons d’abord où l’on peut trouver la Trinité dans la Bible. Et là, c’est une surprise : le mot « Trinité » n’existe pas dans la Bible. Et rares sont les textes où le Père, le Fils et l’Esprit se retrouvent explicitement ensemble. Il est d’autant plus intéressant de chercher les passages où la Trinité est comme cachée, mais où on peut la deviner… Ce que je trouve remarquable, c’est qu’elle est là dès le tout début. Lisons les trois premiers versets de la Bible : Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. Or la terre était informe et vide ; les ténèbres couvraient la surface de l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit : « que la lumière soit ! ». Toute la Trinité est là : il y a le Père qui crée le monde, il y a son Esprit qui plane sur les eaux et, finalement, il y a la Parole de Dieu. Cette parole dont parle l’Évangile selon Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Toutes choses ont été faites par elle (…). La Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous. » Et si on reste dans la Genèse, il y a cette déclaration énigmatique de Dieu quand il décide de créer l’homme : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » Dieu qui parle au pluriel… Certains voient aussi la Trinité dans les trois anges qui rendent visite à Abraham. Icône d’Andreï Roublev…Quant au Nouveau Testament, on y trouve plusieurs passages qui parlent du Père, du Fils et du SE. Le récit le plus connu où la Trinité est physiquement présente, on pourrait dire, c’est le baptême de Jésus : l’Esprit Saint descend sur Jésus sous la forme d’une colombe, et on entend la voix du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé. Je mets en toi toute ma joie. »

              Le pape Benoît 16 disait : « Dieu, tel que l’imaginent la plupart des gens, n’existe pas. Et heureusement… » C’est vrai que dans notre relation à Dieu, nous sommes très influencés par notre famille, notre éducation, la société dans laquelle nous vivons. Et il arrive facilement que notre image de Dieu s’en trouve déformée, jusqu’à devenir une vraie caricature. Et c’est surtout le pauvre Père qui en fait les frais. Passons vite en revue quelques-unes de ces caricatures de Dieu : P.ex., Dieu comme un « vieillard » fatigué et irascible, qui n’aime pas les nouveautés... Ou le Dieu « conducteur de marionnettes », qui ne me laisse pas la moindre liberté, et qui décide tout à ma place. Ou encore le Dieu « flic », qui épie mes moindres mouvements, pour pouvoir me punir. Un Dieu qui fait peur. Ou encore Dieu « quelque chose au-dessus de nous » : une sorte d’intelligence ou d’énergie cosmique, un dieu impersonnel. Mais il y a aussi le Dieu « doudou », une sorte de nounours en peluche géant que je peux serrer dans mes bras quand ça ne va pas, et que j’oublie le reste du temps. Et on pourrait continuer longtemps... 

              Avec le Fils, c’est quand même plus facile : il a été un homme comme nous. Mais nous sommes plus à l’aise avec son « côté Jésus », le côté humain. Son « côté Christ », celui par lequel tout a été créé, avec sa dimension cosmique, ça nous dépasse un peu. Et puis il y a l’Esprit, peut-être la personne la plus énigmatique des 3. Petite parenthèse : en hébreu, l’Esprit de Dieu, ou souffle de Dieu : « Rouah » est un nom féminin… À quoi ressemble-t-elle ? À une colombe, au feu, à l’eau, au vent, une nuée ? Certaines Églises accordent une place importante au Saint Esprit. Dans notre Église réformée, on est plutôt prudent, timide... Une chose est sûre : l’Esprit échappe à toutes nos tentatives de l’enfermer dans des catégories ou de lui mettre des limites. Comme le vent, il souffle où il veut et il arrive toujours à nous surprendre. 

              Nous confessons un Dieu qui est Trinité, mais souvent, nous avons de la peine à en tirer des conséquences concrètes pour notre vie. Et c’est dommage. Car si Dieu est trois personnes, ça veut dire que Dieu est relation, que c’est là sa nature profonde : une relation d’amour entre le Père et le Fils, qui s’aiment dans l’Esprit. Il y a comme un courant de vie, un courant d’amour qui coule sans arrêt entre les trois personnes. Le théologien américain Richard Rohr écrit dans son livre « La danse divine » : « Nous pouvons nous ouvrir à cet amour et le célébrer. Nous pouvons accepter l’invitation de la Trinité à nous joindre à sa danse. » Déjà les Pères de l’Église imaginaient la Trinité comme 3 personnes qui dansent en cercle. N’ayons pas peur de cette image, car nous sommes aussi, chacun de nous, invités à nous joindre à cette danse divine ! Nous sommes invités à participer à l’amour de la Trinité. Si l’Église est le corps du Christ, notre place est dans le cercle. Voilà comment décrit la dynamique de la Trinité Maître Eckhart : « Au sein de la Trinité, le Père sourit et engendre le Fils. Le Fils rend ce sourire au Père et engendre l’Esprit. Toute la Trinité rit et nous engendre, nous. » Une image pleine de tendresse, joyeuse, dynamique. On est loin des caricatures d’un Dieu fatigué ou d’un Dieu qui fait peur ! 

              Le réformateur Philippe Mélantchon a dit : « La Trinité est un mystère fait pour être adoré et non pour être analysé. » Sans surprise, ce sont les mystiques qui savent le mieux adorer le mystère de la Trinité. La mystique chrétienne n’a pas pour but de vivre des états surnaturels ou extatiques. Son but, c’est de s’unir à Dieu pour se laisser remplir de ses dons. Et si on la comprend comme ça, nous devrions tous essayer d’être des mystiques… Mais pour se laisser remplir, il faut d’abord se vider. Sortir de soi-même, renoncer à sa propre volonté, faire silence. Un mystique le résume ainsi : « Autant tu sors de toi-même, autant Dieu entre, ni plus, ni moins ». Il est clair que si nous sommes trop pleins de nous-mêmes, ça ne laisse pas beaucoup de place à Dieu pour agir en nous. Et le meilleur moyen de lui faire de la place, c’est la prière. Se vider, sortir de soi-même, ces expressions sont des tentatives pour décrire ce processus mystérieux où l’âme s’unit au Père, pour se laisser remplir des dons de l’Esprit. Où est le Fils là-dedans ? Il a un rôle très important...Car le sens de cette démarche n’est pas de garder les dons de Dieu pour soi-même. Presque tous les mystiques sont d’accord là-dessus. 

              Le but ultime, c’est de vivre comme Jésus, le Fils de Dieu. Comme le dit Paul : « d’être enracinés et solidement établis dans l’amour. Comprendre combien l’amour du Christ est large et long, haut et profond. » C’est cela le sens de notre union avec le Père. Et il est généreux. Et quand il nous remplit de son amour, de sa joie, de sa paix, c’est tellement abondant, qu’il n’est presque pas possible de les garder pour soi-même. Naturellement, ces dons s’écoulent vers les autres, on ne peut que les partager. Et on peut s’enrichir mutuellement parce que chaque personne est unique et reçoit de Dieu les dons qui lui sont propres. Nous contemplons ce mystère : Dieu est Amour. L’amour entre les trois personnes de la Trinité. L’amour qui est comme un courant de vie, comme une danse. Et nous sommes invités nous aussi à plonger dans ce courant d’amour de la Trinité. Nous sommes invités à nous joindre à sa danse. Amen