La première lecture se trouve dans le livre du prophète Ézechiel, au chapitre 37,

les versets 12 à 14 :

Ainsi parle le Seigneur Dieu :

Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple,

et je vous ramènerai sur la terre d’Israël.

Vous saurez que Je suis le Seigneur quand j’ouvrirai vos tombeaux

et vous en ferai remonter, ô mon peuple !

Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ;

je vous donnerai le repos sur votre terre.

Alors vous saurez que Je suis le Seigneur :

j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

Amen

 

 

La deuxième lecture se trouve dans la lettre aux Romains, au chapitre 8, les versets 8 à 11 :

Ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu.

Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair,

mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.

Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.

Mais si le Christ est en vous,« Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter. »

 

Frères et sœurs,

vous connaissez peut-être le film La nuit des morts-vivants. Ce qui remonte des tombeaux, ce sont des créatures qui appartiennent toujours au royaume de la mort. Le cimetière est une chose. Mais la prophétie d’Ézéchiel a une tout autre portée.

En effet, il est d’autres tombeaux, invisibles aux yeux, où ce sont les âmes, les esprits qui sont enfermés, sans pouvoir sortir. Le corps est en bonne santé. Mais c’est comme s’il n’y avait rien à l’intérieur : l’âme est dans la nuit, et même plus : elle est elle-même nuit, effondrement, ruines, néant.

Nous avons de la peine à imaginer comment le corps pourrait revivre après s’être complètement décomposé. Pour celui qui la vit, la mort de l’âme semble au moins aussi forte que la celle de la chair. Au point qu’il semble impossible qu’il puisse y avoir quelque chose au-delà, une issue, une nouvelle vie.

Bien des gens ont pourtant vécu ce passage, cette sortie. Un miracle pour celui qui est aux prises avec la noirceur. Et en même temps une réalité si simple, si limpide pour celui qui a dépassé l’épreuve.

C’est cela, la résurrection : un retour à la normale. Mais pas cette normale que nous imaginons. Pas juste le rajout de quelques décennies ou quelques millénaires au temps passé sur la terre. Non, quelque chose de tout à fait différent de ce que connaissons déjà et en même temps de tellement naturel.

Puisque c’est bien pour cette vie-là, pour l’éternité, que Dieu nous a créés. Et non pour cette vie étriquée que nous menons maintenant et où nous étouffons, sans forcément nous en rendre compte.

 

« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. »

« Vous vivrez. »

Dans un film, quand quelqu’un s’écrie : « Il vit ! », cela veut dire que la personne était près de basculer dans la mort, mais qu’elle est finalement restée de ce côté. Le cœur bat. Il y a des réactions. Mais peut-être avec des séquelles à vie. Ou en tout cas des mois de rééducation.

Quand Dieu nous dit : « Vous vivrez », c’est tout autre chose qu’Il promet. Non pas une dernière petite lueur qui ne s’éteindra pas. Mais au contraire le soleil éclatant d’une journée d’été.

Quelque chose de vaste, de puissant. Une qualité, une densité dont nous n’avons pas encore connaissance. Quelque chose dont notre séjour ici, maintenant, même dans les meilleurs moments, n’est jamais qu’un pâle avant-goût.

Les mots que nous utilisons sont souvent usés, fatigués. Et nous ne nous en rendons pas compte. Ce n’est pas cette langue-là que Dieu parle. Et il est bon d’en être conscient. La vie qu’il évoque n’a pas grand-chose à voir avec ce que nous entendons par ce mot. La vie qu’il évoque, aucun œil ne l’a vue, aucune oreille ne l’a entendue, et elle est inconnue même à notre cœur.

Une espérance tellement plus vaste qu’une simple portion supplémentaire de ce que nous avons déjà. Un horizon infini. Qu’il est dommage de passer à côté par peur d’être déçu ! Et les Églises de se contenter de répéter les discours des technocrates et des ONG. Sans se rendre compte à quel point c’est petit. Loin de la Parole. Loin de l’Évangile.

 

« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. »

 

L’Esprit de Dieu en nous ! L’image est bien connue. Mais pas vraiment claire. On connaît l’esprit de vin : inodore, incolore, insipide. Ou bien ce souffle dont on parle si souvent, mais qui peut n’être qu’un courant d’air, ou gonfler une baudruche sans consistance.

Alors, « je mettrai en vous mon esprit » : qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Être plein de vide ? Gonflé à bloc par du vent ? Je joue sur les mots, bien sûr. Parce que souvent nous en restons aux mots, et nous ne cherchons pas à voir à quelle réalité ils renvoient.

 

L’apôtre, lui, est un peu plus précis : « Vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit. »

L’Esprit comme le contraire de la chair. Une distinction qui embrouille plus qu’autre chose. Être arraché à la matière et au corps pour ne plus être que pure pensée, telle serait l’œuvre de l’Esprit. Planer loin de ce qui est charnel : la sexualité bien sûr, mais aussi les plaisirs de la table, et jusqu’aux beautés de ce monde qui est poussière et retournera à la poussière.

En réalité, cette vision des choses n’a rien à voir avec la foi chrétienne. Elle relève de la philosophie grecque, de Platon. Un univers familier des interlocuteurs de l’apôtre. Et c’est pourquoi il s’amuse à le subvertir en donnant à ces mots un tout autre contenu. La chair non pas comme le corps, mais comme ces émotions, ces états d’âme qui nous habitent : la colère, l’orgueil, l’intellectualisme, le nombrilisme, le mépris. Tout ce qui tourne autour de notre moi.

L’Esprit, c’est juste le contraire : ce qui nous fait sortir de nos ruminations et de nos obsessions. Ce qui nous décentre de nous-mêmes et nous porte au-dehors vers l’autre, vers Dieu, vers ce corps infini dont je me découvre un des membres.

 

L’apôtre précise encore les choses. Il dit : « Si le Christ est en vous, […] l’Esprit vous fait vivre. »  L’Esprit qui a le visage, la voix, la personnalité du Christ. Non plus une force vague et anonyme. Mais des traits bien concrets.

On se retrouve en terrain connu. Et l’on a envie de dire : « Tout ça pour ça ! » Est-ce vraiment cela cette vie inouïe que Dieu promet ? Jésus. Juste Jésus, puisque c’est ainsi que le Christ s’est révélé à nous lors de ces années passées sur la terre rapportées dans les évangiles.

Vu de l’extérieur, rien d’extraordinaire donc. Mais, vous le savez, les apparences sont souvent trompeuses. Et c’est pourquoi il ne faut pas en rester à cette approche extérieure, à ce brave philanthrope né à Bethléem et mort sur une croix à Jérusalem dont on a entendu parler à l’école du dimanche et au catéchisme.

Vivre de l’Esprit du Christ, de l’Esprit de Jésus, ce n’est pas simplement imiter ce que l’on a cru comprendre de cette personne. C’est être pris dans le mouvement qui le portait : voir avec ses yeux, aimer avec son cœur.

Et c’est cela, l’infini promis par Dieu ! Un infini surprenant, puisqu’il ne bouleverse pas tout autour de lui. Une vie toute simple. Mais qui a une portée incroyable, une densité inouïe. Parce qu’elle est vécue en Dieu grâce à l’Esprit. 

C’est cela, la résurrection la plus phénoménale qui soit. Non pas juste que nos corps usés puissent être rajeunis, renouvelés pour l’éternité. Mais que nos cœurs si souvent fatigués puissent prendre les dimensions du ciel, ici et maintenant, en devenant le lieu de l’amour du Christ, le lieu d’où l’amour du Christ vient irriguer ce monde.

Oui, tel est le miracle que Dieu nous a promis et auquel nous devons croire de toute notre force : c’est bien ici et maintenant, dans notre cœur, que Dieu vient transformer ce monde, et lui donner une dimension encore inconnue. C’est nous qui sommes le vrai lieu du Royaume. Le vrai lieu du ciel. Le commencement de la vraie vie.

 

Amen

le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché,

mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes.

Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous,

celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts

donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Amen