Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le Diable.
Il jeûna quarante jours et quarante nuits ; et après cela, il eut faim.
Le tentateur, s'approchant, lui dit :
Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.
Jésus répondit : Il est écrit :
« L'homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »
Alors le Diable le transporta dans la ville sainte ; il le mit sur le faîte du temple,
et il lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ;
car il est écrit : « Il ordonnera à ses anges de veiller sur toi, et ils te porteront dans leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte contre quelque pierre. »
Jésus lui dit : Il est aussi écrit : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. »
Le Diable le transporta encore sur une montagne très haute ;
il lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et il lui dit :
Je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant devant moi, tu m'adores.
Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit :
« Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne rendras de culte qu'à lui seul. ».
Alors le Diable le laissa ; et voici que des anges s'approchèrent, et ils se mirent à le servir.
Évangile selon Matthieu, chapitre 4, versets 1 à 11
« L’homme ne vivra pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Frères et sœurs,
vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemble
cette parole qui sort de la bouche de Dieu ?
Quand on ne se pose pas la question, cela semble une évidence, c’est :
« Il faut... », « Vous devez … », « Tu dois … », « C’est ça qu’il faut faire… »
Des consignes. Des ordres. Des marches à suivre.
Des directives qui tombent d’en haut, sans un regard.
Pourtant, dans la Bible,
la voix de Dieu a souvent des accents très personnels :
« Va dans le pays que je te montrerai.
Je te ferai devenir une grande nation ; je te bénirai. » (Genèse 12, 1b-2a)
« Cette terre sur laquelle tu es couché,
c’est à toi que je la donnerai et à ta postérité […]
Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras. » (Genèse 28, 13b+15a)
« J’ai déchargé de son fardeau ton épaule […]
Dans ta détresse, tu as crié et je t’ai délivré. » (Psaume 81, 7a+8a)
« Ne crains point, car je t’ai racheté.
Je t’ai appelé par ton nom ; tu es à moi. » (Ésaïe 43, 1b)
« Je ferai de toi mon épouse pour toujours […]
Oui, je serai ton époux en toute fidélité,
et tu connaîtras l’Éternel. » (Osée 2, 19a+20)
C’est cette parole-là qui sort de la bouche de Dieu,
et qui permet à l’homme d’être vivant.
Une parole pleine d’attention et de sollicitude.
Une parole qui dit une relation,
et même plus qu’une relation, un engagement, une fidélité.
C’est de cela que nous vivons.
Non pas juste d’avoir cette nourriture
qui permet à notre corps de tourner.
Mais de savoir que nous comptons pour Quelqu’un,
qu’un cœur bat pour nous,
et que donc nous ne sommes pas seuls au monde,
que nous ne sommes pas abandonnés.
C’est une réalité essentielle.
Et pourtant il est facile de la perdre de vue.
Bien des gens le disent :
« L’important, c’est d’avoir du pain, des vêtements, un abri.
Le reste, c’est secondaire. Cela vient dans un deuxième temps. »
Jésus dit que non.
Les biens matériels ne peuvent pas être séparés du reste.
Nous ne sommes pas que des estomacs.
« L’homme ne vivra pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » :
Quelqu’un qui s’intéresse à moi et qui me le dit.
Quelqu’un pour qui je compte et qui ne le garde pas pour lui.
On croit parfois que les trois tentations au désert
sont très différentes les unes des autres.
Mais en réalité, quand on regarde de près, on s’aperçoit
que, d’une certaine façon, c’est trois fois le même enjeu.
Et qu’une fois que l’on a déjoué le premier piège du diable,
balayer les autres se fait comme une évidence.
« Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. »
Ce que Jésus dit est tout simple :
juste ne pas traiter Dieu comme un jouet, mais comme une personne ;
comme quelqu’un avec qui l’on parle ; un visage, un regard, une voix.
Quelqu’un avec qui l’on passe du temps,
avec qui l’on discute : à qui l’on parle et que l’on écoute.
Une relation. Une rencontre. Une conversation.
Quelque chose de vivant avec Quelqu’un de vivant.
Quand on est dans cela,
cela va de soi de ne pas traiter cette personne comme un objet,
de ne pas faire n’importe quoi avec elle,
juste pour faire le malin, juste pour se mettre en évidence.
Ne pas trahir la confiance qui nous est faite.
« Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. »
Non pas parce qu’il pourrait t’en vouloir et te punir pour cela.
Mais parce que c’est à un autre niveau que se place cette relation.
Parce c’est une autre proximité qui se joue là.
Et que serait dommage de la gâcher par des gamineries.
Car c’est cela que le diable propose à Jésus dans la deuxième tentation :
une gaminerie, qui tourne en bourrique Celui qui nous dit :
« Tu es précieux à mes yeux » (Ésaïe 43, 4a).
Oui, il est facile de passer à côté de la relation,
en passant ses journées à avaler de la nourriture, des images,
des informations, ou encore des likes sur Facebook.
Il est aussi facile de prendre la relation à la légère,
et d’en faire un instrument, un jouet, pour se mettre en évidence,
ou pour se sentir bien.
Bien des conseils donnés dans les magazines nous y invitent.
Il est enfin facile de rester en surface, de ne pas aller en profondeur,
d’en rester à une forme de jeu où l’on se contente de faire semblant,
où l’on ne met pas son cœur.
Dans la troisième tentation, Jésus réplique au diable en disant :
« Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur Dieu,
et tu ne rendras de culte qu’à lui seul. »
Une oreille distraite pourrait laisser penser que l’important,
c’est de se tourner vers la bonne personne : celle qui, seule, peut donner
tous les royaumes du monde et leur gloire.
Comme si Jésus approuvait cet objectif que le diable met en avant.
Comme s’il était normal d’avoir l’accumulation de biens, de prestige,
de pouvoir, de plaisir comme seul horizon.
Vous savez, cette « réussite » que l’on nous vend dans les médias,
et à laquelle nous devrions consacrer toute notre énergie.
À entendre ces bons conseils, il ne reste plus de place pour la rencontre,
la relation, le face-à-face, et tout ce qui s’y joue.
Cette densité que cela apporte à ma vie, à ma personne.
C’est justement cette réalité-ci que Jésus rappelle
dans cette troisième confrontation,
comme il l’a fait dans les deux premières.
Si quelqu’un compte vraiment pour moi,
aucun problème de me mettre à genoux devant lui.
Par contre, s’il ne compte pas pour moi, je ne le fais pas.
Et cela, même si par ce geste, je pouvais obtenir
tout le pouvoir, toutes les richesses dont je rêve.
La relation n’est pas un jouet pour mon bon plaisir, pour mon amusement.
La relation, c’est l’essentiel.
C’est là que se révèle mon visage.
C’est là que je découvre qui je suis : ma personne et mes richesses.
C’est là que mon cœur est réveillé de Sa torpeur
et qu’il devient vivant, pleinement vivant.
C’est de cela que le diable a voulu détourner Jésus,
et qu’ainsi la vie devienne une promenade solitaire
dans un magasin plein de toutes sortes choses à consommer, à utiliser, à jeter.
Mais Jésus ne s’est pas laissé prendre au piège.
Et il a su repousser ces plaisirs et ces amusements que le diable lui faisait miroiter.
En rappelant cette réalité essentielle de la relation
qui, seule, fait de nous des hommes et des femmes au sens plein du terme.
Une réalité qu’il est donc bon de vivre au quotidien dans nos vies,
avec nos proches, nos familles, nos amis ;
et aussi avec tous ceux que Dieu place sur nos routes,
pour que nous voyons en eux des prochains,
pour que nous comprenions que nous sommes liés,
bien plus que nous le pensons.
Amen