Lecture : l’Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 1-12

 

Quand Jésus vit les foules, il monta sur une montagne et s’assit. Ses disciples vinrent auprès de lui, il prit la parole et leur donna cet enseignement : 

« Heureux ceux qui sont humbles de cœur, car le royaume des cieux est à eux !

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

Heureux ceux qui sont doux, car ils recevront la terre en héritage !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !

Heureux ceux qui sont pleins de bonté pour les autres, car on sera plein de bonté pour eux !

Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu !

Heureux ceux qu’on persécute à cause de leur combat pour la justice,

Car le royaume des cieux est à eux !  

Heureux êtes-vous quand on vous insulte, quand on vous persécute et quand on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous, criez votre joie, car une grande récompense vous attend dans les cieux. C’est ainsi, en effet, qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » (Amen)

 

Quelle bonne surprise ! C’est peut-être ce que se sont dit les gens en entendant les paroles de Jésus. D’habitude, quand un prophète apporte un message de Dieu, il y a 9 chances sur 10 qu’il s’agisse d’une prophétie de malheur. Ou au moins d’un avertissement ou d’une réprimande. Ce jour-là, les foules ont suivi Jésus, un jeune rabbi venu récemment de Nazareth, peut-être un prophète, celui qui guérit des malades et annonce la Bonne nouvelle d’un Royaume de Dieu tout proche. Mais contrairement aux prophètes, Jésus commence son discours par « Heureux », répété encore et encore, 9 fois en tout. Ce sont les Béatitudes, qui ouvrent le Sermon sur la montagne. Et le mot qu’il utilise est très fort. Il ne s’agit pas d’un bonheur ordinaire. Le mot « makarios » en grec, veut dire bienheureux, impossible d’être plus heureux. L’équivalent en hébreux est le mot « esher/ashrei ». C’est ce mot-là qui ouvre tout le livre des Psaumes : « Heureux l’homme qui ne suit pas les conseils des méchants. » Ps 146 : « Heureux celui qui met son espoir en l’Éternel. » Quand Jésus dit « heureux », il parle d’un bonheur qui ne vient pas de ce monde, qui ne vient que de Dieu. Et c’est aussi lui qui accomplit les promesses. La plupart sont formulées au passif que l’on appelle le « passif divin » Pour les juifs, c’est une manière indirecte de parler de Dieu, en évitant de dire son nom, par respect : « ils seront consolés, ils recevront la terre, ils seront rassasiés… » Et on pourrait ajouter à chaque fois « par Dieu »

               « Heureux ceux qui sont humbles de cœur car le Royaume des cieux est à eux. » Ce n’est sûrement pas un hasard si la 1ère béatitude parle d’humilité (ou de pauvreté spirituelle). Cette vertu dont les Pères de l’Église disent qu’elle est à la base de toutes les autres. C’est par la (petite) porte de l’humilité que Jésus nous fait entrer dans les Béatitudes, et dans tout le Sermon sur la montagne. Oui, c’est d’avoir un cœur humble qui nous permet de nous engager sur le chemin du Royaume des cieux : 

              « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! » Le risque, c’est de faire un raccourci un peu simpliste : les gens qui pleurent sont heureux/devraient être heureux, puisque c’est Jésus qui le dit. Mais le verbe utilisé décrit les larmes de deuil, il s’agit d’une grande souffrance. Jésus qui a pleuré devant la tombe de son ami Lazare nous dit : « vous qui pleurez, Dieu ne vous oublie pas, il pleure avec vous, et Lui-même vous consolera. » Oui, nous avons cette espérance qu’un jour, Dieu lui-même « essuiera les larmes sur tous les visages », comme le promet Esaïe et l’Apocalypse. En attendant ce moment, n’ayons pas peur de prendre le temps de pleurer avec ceux qui pleurent. Et ensuite, avec l’aide de Dieu, nous pourrons peut-être les consoler.

              « Heureux ceux qui sont doux, car ils recevront la terre en héritage ! Heureux ceux qui sont pleins de bonté pour les autres, car on sera plein de bonté pour eux ! Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu ! » J’aime répéter que dans le Royaume de Dieu, tout semble à l’envers... Quand on regarde comment fonctionne notre monde, on a l’impression que l’avenir appartient à ceux qui crient le plus fort, les assoiffés du pouvoir, ceux qui attaquent les premiers, ceux qui se vengent, qui écrasent les faibles, qui manipulent les autres…Bref les arrogants, les cyniques, les coléreux, les violents… Et voici que Jésus déclare : « Heureux les doux et ceux qui sont pleins de bonté, heureux les artisans de paix ! » C’est vraiment le monde à l’envers : tous ces gens qu’on ne voit pas, qui ne font pas de bruit, qui œuvrent discrètement pour un monde meilleur, Jésus les déclare bienheureux. Et c’est un encouragement pour nous. Il n’est pas dans notre pouvoir d’établir la paix dans le monde. Mais nous savons que la douceur, la bonté et la paix sont les fruits de l’Esprit  Saint (Galates 5). Et en accueillant l’Esprit de Dieu dans notre cœur, nous pourrons apporter un peu de douceur, de bonté et de paix aux personnes autour de nous. Et ce n’est pas rien…                                                

               « Heureux celles et ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. » Heureux ceux qu’on persécute à cause de leur combat pour la justice, Car le royaume des cieux est à eux ! » C’est intéressant : la justice revient 2 fois dans les Béatitudes. Jésus insiste sur l’importance de la justice, et en cela, il est bien un prophète. La justice pour les pauvres, les faibles, les étrangers, les veuves, les orphelins, c’est un sujet qui traverse comme un fil rouge toute l’histoire de Dieu avec son peuple… Et c’est un sujet toujours actuel. Il y a tant d’injustices, d’inégalités, de discriminations dans notre monde. Tant de gens sont méprisés, calomniés, maltraités, persécutés… Devant toutes ses misères, on peut ressentir un découragement, une grande lassitude. Ça fait mal d’y penser, alors souvent, on préfère se concentrer sur ses propres soucis, il y en a bien assez. 

C’est humain de vouloir se protéger, de vouloir oublier. Mais Jésus ne nous laisse pas tranquilles. Il insiste : « Heureux celles et ceux qui ont faim et soif de justice » Avoir faim et soif, c’est une image forte. Trouver à manger et à boire est une question vitale. Et chercher la justice également. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus » dit Jésus. Avoir faim et soif de justice : c’est ne pas s’habituer à l’injustice et à la souffrance, c’est se laisser toucher, agir, espérer, prier, sans se décourager. Et chacun et chacune, nous pouvons faire quelque chose pour qu’il y ait un peu plus de justice dans notre monde. Offrir un peu de son argent, offrir son temps, offrir ses prières… Il y a tant de choses que nous pouvons faire !

               « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! » Cette Béatitude peut nous paraître un peu abstraite, trop éloignée de notre quotidien, voire carrément inaccessible. Qui oserait dire qu’il a le cœur pur ? Mais cette promesse peur devenir très concrète et accessible à chacun/chacune. Si nous demandons humblement à Dieu dans la prière de purifier notre cœur, alors petit à petit, il nous apprendra à le voir. Peut-être pas de le voir face à face, mais de le voir en toute chose. Dieu nous fera la grâce de le voir dans la beauté de la nature, dans les petits bonheurs du quotidien, dans les personnes autour de nous, et même dans les épreuves. Il nous apprendra à nous émerveiller et à vivre dans la reconnaissance. Et être reconnaissant, c’est être heureux.

              « Heureux êtes-vous quand on vous insulte, quand on vous persécute et quand on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. » Pour la première fois, Jésus s’adresse directement à ses disciples. Il parle enfin de lui-même, et c’est important. Car la personne de Jésus nous aide à mieux comprendre les Béatitudes. On peut dire que Jésus, à lui seul, incarne toutes les Béatitudes. Lui qui est doux et humble de cœur, qui pleure avec ceux qui souffrent, qui est plein de bonté pour tous les faibles et laissés pour compte, qui apporte la paix. Jésus est persécuté et finalement tué parce qu’il cherchait la justice et disait la vérité. Et si nous voulons vraiment être ses disciples, nous sommes appelés à marcher dans ses traces. Même si en Suisse, il y a peu de risques que nous soyons persécutés. Devant cette tâche, on ne se sent pas du tout à la hauteur, et c’est normal. Mais souvenons-nous de la 1ère Béatitude : « heureux ceux qui sont humbles de cœur ». Jésus ne nous demande pas d’accomplir des exploits, d’être des super-héros/héroïnes de la foi. Il nous invite simplement à le suivre avec un cœur humble. Et s’il nous demande des choses difficiles, il nous offre en même temps son aide pour les accomplir. Même avec son aide, ce n’est pas un chemin facile, ça nous coûte, mais paradoxalement, c’est le chemin du bonheur. Jésus le répète 9 fois…

              Ce chemin du bonheur est accompagné de belles promesses dont la plupart sont formulées au futur : Mais cela ne veut pas dire qu’elles sont valables seulement pour un avenir lointain : à la fin des temps, ou après notre mort… Le Royaume des cieux est toujours entre « pas encore là et en même temps déjà là ». Ce qui veut dire que nous pouvons déjà maintenant avoir comme un avant-goût, comme un aperçu de ce qui nous attend. Et vous en avez peut-être fait l’expérience : chaque fois que l’on est sur la même longueur d’onde que Jésus, que l’on arrive à marcher un petit bout dans ses traces, p.ex. à être humble, doux, apporter la paix, chercher la justice, tout à coup on se sent vraiment heureux, on se sent carrément bienheureux. Et je me dis que c’est peut-être un signe que Jésus nous donne, comme s’il disait : « Voilà, c’est bien, là tu es sur le bon chemin ». 

 

C’est pourquoi, je T’en prie, Seigneur,

Donne-moi le courage, là où je vis chaque jour,

De chercher ton Royaume et ta justice,

Même si cela doit me coûter quelque chose.

Ne me laisse pas au repos, Seigneur !

Donne-moi le désir de chercher ta volonté,

Aide-moi à marcher humblement avec Toi. 

Amen