Vos lieux de culte

En effet, ce commandement que je te prescris aujourd'hui

n'est certainement pas au-dessus de tes forces ni hors de ta portée.

Il n'est pas dans le ciel, pour que tu dises :

"Qui montera pour nous au ciel, nous l'apportera et nous le fera entendre,

afin que nous le mettions en pratique ?"

Il n'est pas de l'autre côté de la mer, pour que tu dises :

"Qui passera pour nous de l'autre côté de la mer, nous l'apportera et nous le fera entendre,

afin que nous le mettions en pratique ?"

Cette parole, au contraire, est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur,

afin que tu la mettes en pratique.

(Deutéronome 30, 11-14)

 

« Le commandement

que je te prescris aujourd’hui

n’est pas trop élevé pour toi,

ou hors de ta portée […]

Ce que je t’ordonne est tout près de toi,

dans ta bouche et dans ton cœur,

de sorte que tu peux l’accomplir. »

 

Frères et sœurs,

plus j’avance en âge,

plus je prends conscience d’un gros défaut

qui m’a empêché de vraiment avancer :

j’ai souvent eu tendance à brûler les étapes.

 

Dans mes études,

mais aussi dans l’exercice de la musique,

je voulais commencer tout de suite

par les œuvres les plus difficiles,

alors que je ne maîtrisais pas encore les bases.

J’y mettais beaucoup de cœur,

mais en vain.

Je jouais au virtuose ou à l’érudit,

mais je n’en étais pas un.

Eh oui, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.

Pour devenir un virtuose ou un érudit,

il faut commencer par être un débutant.

Accepter d’être un novice,

un apprenti.

 

Le problème est important.

Et il est plus répandu qu’on le croit.

Notre époque nous incite

à vouloir tout tout de suite.

L’approfondissement,

avec la lenteur que cela demande,

n’est pas vraiment la tendance du moment.

 

Dans la foi, ça a été un peu la même chose pour moi.

Après plus de vingt-cinq ans de ministère,

et plus de trente ans de théologie,

je m’aperçois avec étonnement

ne m’être longtemps pas posé de questions

sur le sens des mots utilisés.

 

L’approche était différente :

il y avait les mots à la page (dialogue, ouverture à l’autre, …),

et ceux qui étaient passés de mode

(le fameux patois de Canaan !)

comme perdition, justification ou sanctification.

Qu’il y ait derrière ces mots, non pas juste une idée,

mais un vécu, une expérience,

une réalité digne d’attention,

cela ne m’effleurait même pas.

 

Oui, souvent, on en reste

à une première impression,

à un préjugé,

au lieu d’aller regarder de plus près.

Au lieu de creuser

pour découvrir

de quoi il en retourne vraiment.

 

Dans le passage du Deutéronome

que nous avons entendu tout à l’heure,

Dieu parle du commandement

qu’Il donne à Son peuple.

 

Et notre âme de démocrate de se mettre en alerte.

C’est que nous n’aimons pas être commandés.

Cela nous semble dégradant.

Nous voulons avoir notre mot à dire.

Décider nous-mêmes de notre vie.

 

J’exagère, bien sûr.

Mais ce mot de « commandement »,

qui revient très souvent dans la Bible,

fait partie de ces mots qui suscitent plus une émotion,

qu’ils ne renvoient à une réalité précise et concrète.

 

Oui, Dieu qui donne des ordres !

Dieu qui ne cherche pas à convaincre,

mais à se faire obéir.

Dieu qui veut imposer Sa volonté

et donc m’empêcher de vivre

ce que, moi, je veux vivre.

 

Combien de gens voient « Tu ne tueras pas ! »

comme une brimade,

sans même s’arrêter et réfléchir

au contenu de cette parole ?

Juste parce que l’on dit

que c’est un commandement.

 

Et c’est ainsi que la méfiance s’insinue :

la religion, la foi,

c’est quelque chose qui est là

pour m’étouffer.

Dieu, c’est un tyran,

un sadique.

Un ogre qui ne veut pas

que je vive.

 

Une chose que j’ai apprise

avec les années,

c’est que je ne devrais pas prendre

mes ressentis,

mes sentiments,

pour argent comptant.

 

Mes peurs, mes rejets, mes agacements,

et aussi mes enthousiasmes, mes adulations,

je dois les examiner de plus près.

Pour retrouver la réalité

que ces sentiments ont fini

par recouvrir complètement.

 

« Le commandement

que je te prescris aujourd’hui

n’est pas trop élevé pour toi,

ou hors de ta portée […]

Ce que je t’ordonne est tout près de toi,

dans ta bouche et dans ton cœur,

de sorte que tu peux l’accomplir. »

 

Une idée est très répandue :

que ce que Dieu nous commande,

c’est quelque chose que nous ne ferions pas

de nous-mêmes,

spontanément.

Quelque chose qui ne nous est pas naturel,

et même, qui nous est contraire.

 

Quand on s’arrête pour y réfléchir,

c’est tout de même fou !

Celui qui nous a créés,

qui nous a donné la vie,

qui nous a donné notre visage,

qui a façonné notre cœur,

viendrait nous imposer

quelque chose de totalement autre,

de totalement différent.

Quelque chose

qui n’aurait rien à voir

avec nous.

 

« Le commandement

que je te prescris aujourd’hui

n’est pas trop élevé pour toi,

ou hors de ta portée ».

 

Il ne s'agit pas juste

d’une question de difficulté

mais aussi et surtout

d’une question de contenu,

de nature.

 

Dieu nous connaît mieux

que nous nous connaissons

nous-mêmes.

Il sait tout de nous.

Il connaît les moindres recoins

de notre cœur,

puisque c’est Lui qui l’a fait.

 

Ce qu’Il nous demande,

c’est quelque chose qui nous correspond,

quelque chose qui va nous révéler à nous-mêmes,

quelque chose qui va nous aider à grandir,

et permettre à la richesse qui est en nous

de s’exprimer.

 

Rien à voir

avec ces ordres absurdes

que l’on donnait au service militaire

pour briser les volontés.

 

Non, c’est tout le contraire.

Une parole qui épouse parfaitement

notre être,

qui en révèle tous les contours

et aussi toutes les forces.

Comme une main qui suit les lignes d’un objet,

qui les met en valeur,

qui les fait ressortir.

Quelque chose d’incroyablement personnel,

d’incroyablement intime.

Dieu qui m’a créé

et qui me révèle

le secret, le mystère de cette création :

cette relation, ce lien

qu’Il a mis au cœur de mon être

et qu’Il vient habiter de Sa présence,

de Son Esprit.

 

Non pas une consigne extérieure,

mais une impulsion, un geste,

qui me fait entrer en vibration,

qui me met au diapason

de Celui qui m’a créé et qui me crée,

et de cette bonté qui porte

tout ce qui sort de Ses mains.

 

« Le commandement

que je te prescris aujourd’hui

n’est pas trop élevé pour toi,

ou hors de ta portée. »

 

Impossible d’imaginer

quoi que ce soit

de plus adéquat,

de mieux adapté.

Pas un ordre de marche aveugle !

Mais une attention,

une prévenance incroyables.

Dieu qui veut nous aider

à être nous-mêmes,

à réaliser tout ce potentiel

qu’Il a mis en nous.

 

« Le commandement

que je te prescris aujourd’hui

n’est pas trop élevé pour toi,

ou hors de ta portée […]

Ce que je t’ordonne est tout près de toi,

dans ta bouche et dans ton cœur,

de sorte que tu peux l’accomplir. »

 

Le bon Samaritain de la parabole

ne se pose pas les questions

du Maître de la Loi.

Il n’a pas besoin qu’on lui dise

comment toucher à l’éternité.

Il n’a pas besoin qu’on lui dise

qui est son prochain.

 

Son geste est tout naturel.

Une évidence.

Il ne cherche pas à faire une bonne action.

Il se laisse toucher par la compassion

et suit son cœur

sans chercher plus loin.

Sans attendre de félicitations

ou de médaille.

Sans mettre en branle toute une comptabilité.

 

Juste le cœur qui parle et que l’on écoute.

 

« Le commandement

que je te prescris aujourd’hui

n’est pas trop élevé pour toi,

ou hors de ta portée […]

Ce que je t’ordonne est tout près de toi,

dans ta bouche et dans ton cœur,

de sorte que tu peux l’accomplir. »

 

Eh oui, la foi, la vie avec Dieu,

c’est ce qu’il y a de plus simple,

de plus naturel.

Il suffit de se lâcher.

 

Et si l’on essayait ?

 

Amen

 

Pasteur Jean-Nicolas Fell