1ère lecture : livre des Actes, chapitre 2, versets 22-24 et 32-33
Discours de Pierre à Jérusalem à Pentecôte :
Gens d’Israël, écoutez ce que je vais vous dire : Jésus de Nazareth était un homme dont Dieu vous a démontré l’autorité, en accomplissant par lui toutes sortes de miracles, de prodiges et de signes extraordinaires au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré conformément à la décision que Dieu avait prise et au projet qu’il avait formé d’avance, vous l’avez fait attacher sur une croix et tuer par des gens sans foi. Mais Dieu l’a ressuscité, il l’a délivré des douleurs de la mort, car il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir. (…)
Ce Jésus dont je parle, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes tous témoins. Il a été élevé par la main droite de Dieu et il a reçu du Père l’Esprit Saint qui avait été promis. Il l’a répandu sur nous, et c’est ce que vous voyez et entendez maintenant. (Louange à Toi, Seigneur !)
Deuxième lecture : l’Évangile selon Matthieu, chapitre 28, versets 1-15
Après le sabbat, dimanche au lever du jour, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le tombeau. Soudain, il y eut un fort tremblement de terre ; un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect d’un éclair et ses vêtements étaient blancs comme la neige. Les gardes en eurent une telle peur qu’ils se mirent à trembler et devinrent comme morts. L’ange prit la parole et dit aux femmes : « N’ayez pas peur. Je sais que vous cherchez Jésus, celui qu’on a crucifié. Il n’est pas ici, il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez, voyez l’endroit où il était couché. Allez vite dire à ses disciples : « Il est ressuscité et il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà ce que j’avais à vous dire. »
Elles quittèrent rapidement le tombeau, remplies tout à la fois de crainte et d’une grande joie, et coururent porter la nouvelle aux disciples. Tout à coup, Jésus vint à leur rencontre et dit : « Je vous salue ! » Elles s’approchèrent de lui, saisirent ses pieds et se prosternèrent devant lui. Jésus leur dit : « N’ayez pas peur. Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Pendant qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des soldats qui devaient garder le tombeau allèrent en ville et racontèrent aux chefs des prêtres tout ce qui était arrivé. Les grands-prêtres se réunirent avec les anciens : après avoir tenu conseil, ils donnèrent une forte somme d’argent aux soldats et leur dirent : « Voici ce que vous raconterez : « Les disciples de cet homme sont venus voler son corps durant la nuit, pendant que nous dormions ! » Et si le gouverneur l’apprend, nous saurons le convaincre et nous vous éviterons toute difficulté. » Les gardes prirent l’argent et agirent conformément aux instructions reçues. Ainsi, cette histoire s’est répandue parmi les Juifs jusqu’à ce jour. (Amen)
Un moine a dit : « Les chrétiens devraient être les spécialistes de la joie de vivre. » Pâques est la fête la plus importante pour les chrétiens, c’est une fête de la joie : Jésus est ressuscité, la mort a été vaincue, elle n’a pas eu le dernier mot. Mais ce qui me frappe, en lisant les différents récits de Pâques dans les Évangiles, c’est à quel point la joie tarde à éclore, à quel point l’espérance a de la peine à émerger. Les 4 Évangiles nous proposent chacun un éclairage différent. Le plus ancien, Marc, est probablement le moins charitable envers les disciples. Les femmes, après avoir vu le tombeau vide et avoir entendu l’ange leur annoncer que Jésus était vivant, s’enfuient et ne disent rien à personne car elles ont peur. Le récit de Matthieu, que nous venons de lire, est un peu plus optimiste. Les femmes, « remplies tout à la fois de crainte et d’une grande joie, courent porter la nouvelle aux disciples. » Mais nous ne savons pas comment cette bonne nouvelle sera reçue. C’est l’Évangile selon Luc qui précise que « les apôtres pensent que ce que les femmes racontent est absurde et ne les croient pas. » Même pas une petite lueur d’espoir. Le dimanche soir, Jésus lui-même se montre à ses amis. D’abord, ils croient voir un fantôme. Puis, enfin, ils osent y croire et commencent à se réjouir. Sauf que Thomas n’est pas là. Et malgré tous leurs efforts, les autres n’arrivent pas à lui faire croire que Jésus est vivant.
50 jours après, à Pentecôte, quel contraste ! Les disciples viennent de recevoir le Saint-Esprit et on ne les reconnaît plus. Les hommes et les femmes timides et craintifs se transforment en apôtres pleins de courage. Pierre, qui avait renié Jésus 3 fois, devient vraiment la pierre sur laquelle Jésus pourra bâtir son Église. Lui, un simple pêcheur sans instruction, devient un prédicateur exceptionnel. À Jérusalem, des milliers de personnes, touchées par les paroles de Pierre, se font baptiser. Et selon la tradition, Thomas, l’incrédule, ira jusqu’en Inde pour y annoncer la Bonne nouvelle.
Et je me pose la question : est-ce que les chrétiens d’aujourd’hui ressemblent plutôt aux disciples d’avant Pentecôte, ou d’après ? La question peut sembler pessimiste, mais en lisant certaines théories des théologiens modernes, je suis parfois perplexe. Juste quelques exemples : C’est vrai, les Évangiles disent que Jésus est le Fils de Dieu, mais il ne l’a jamais affirmé lui-même. Et son Père, c’est Joseph, c’est évident... Oui, Jésus est né à Bethléem, mais les anges dans le ciel, c’est de la pure imagination de l’auteur de l’Évangile… C’est vrai, Jésus a dit des paroles remarquables, mais toutes ces guérisons, tous ces miracles, on est bien embêté, comment les expliquer ? Oui, Jésus est ressuscité, mais pas avec son corps, quand même, il ne faut pas exagérer...Ce qui fait un peu penser à la fausse rumeur répandue par les autorités juives à l’époque : les disciples sont venus pour voler le corps de Jésus. On peut comprendre ce désir de vouloir garder les deux pieds sur terre, d’être prudent, réaliste, ne rien espérer, comme ça, on ne peut pas être déçu. Mais si on enlève tout ce qui nous dépasse, tout ce que nous ne comprenons pas : le Saint Esprit, les miracles, les anges, la résurrection, que reste-il de la foi ? « Nous sommes plus empressés de croire au pouvoir de la mort qu’au pouvoir de la vie. Pourtant, lorsqu’elle est malade de la résurrection, la foi chrétienne peut-elle être autre chose qu’un fatalisme de croque-mort ? Il ne lui reste qu’une morale gentillette pour amateurs du dimanche matin… » Une « morale gentillette ». J’ai envie de dire : « Dieu nous en garde ! » Le christianisme n’est pas avant tout une morale, une liste d’interdits et d’obligations. Si nous sommes rassemblés là aujourd’hui, ce n’est pas parce que Jésus de Nazareth a prononcé quelques sermons remarquables il y a 2 000 ans. Nous croyons qu’il est ressuscité, qu’il est toujours vivant, qu’il agit dans nos vies, qu’il nous transforme par son Saint-Esprit, il nous relève et nous met en mouvement. Un professeur de théologie nous a dit une chose qui m’a marquée. La résurrection est l’évènement le plus important de l’histoire du monde. Ce qui veut dire qu’il faut relire toute l’histoire à la lumière de la résurrection. Non seulement ce qui s’est passé après, mais aussi ce qui s’est passé avant. On peut prendre comme exemple la Bible. Pendant ce temps de Carême, je me suis donné comme objectif de relire la Bible, depuis le début, tous ces livres qu’on lit peu d’habitude : l’Exode, le Lévitique, les Juges, les livres des Rois etc. Et on se dit ouh là là, toutes ces guerres, trahisons, meurtres…Mais si on regarde ces récits à la lumière de la résurrection, ça permet de les lire d’une manière différente, apaisée. Oui, tous ces gens sont aussi concernés par la grâce de Dieu, ils ne sont pas exclus de la résurrection de Jésus juste parce qu’ils ont vécu avant lui. Jésus lui-même dit des patriarches Abraham, Isaak et Jacob : « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » L’icône de la résurrection : Jésus descend aux enfers pour libérer les morts…
Devant toutes les guerres qui font rage dans le monde, les injustices, la misère, la crise climatique, il nous arrive d’être déprimés, découragés. Mettre les lunettes roses ne suffit pas. Mais si on met les lunettes de la Résurrection, ça change beaucoup de choses : « Non, le monde n’est pas hors contrôle. Malgré les apparences, il est entre de bonnes mains. Parce qu’il est entre les mains de Dieu qui est Amour. Jésus a donné sa vie pour nous, il est ressuscité, il est vivant à jamais. La vie est plus forte que la mort. La vérité triomphe du mensonge, la justice de l’injustice, l’amour est plus fort que la haine ». Et si nous vivons dans cette confiance, dans cette espérance, cela devrait se voir. Et on en revient à la citation du début : « Les chrétiens devraient être les spécialistes de la joie de vivre. » Une religieuse française, Petite sœur Magdeleine, appelait cela d’avoir des « allures de ressuscité » et invitait ses sœurs à être comme un « sourire sur le monde » Il ne s’agit pas de vivre dans le déni des réalités du monde. Elle disait : « Au cœur de tant de détresses, il nous faut cependant garder l’espérance au nom de tous ceux qui sont trop accablés et ne peuvent plus espérer. » Oui, notre monde a besoin de la joie de Pâques, il a besoin d’espérance. Une joie et une espérance qui sont le fruit de l’Esprit Saint, et c’est pourquoi elles ne dépendent pas de l’actualité mondiale ou des circonstances changeantes de nos vies.
Et nous, les chrétiens, pouvons être témoins de cette joie et de cette espérance pour notre entourage, par nos paroles et par nos actes. Bien sûr, nous restons des êtres humains, faibles et fragiles. Il nous arrive de traverser des épreuves, ou bien nos proches traversent des épreuves qui peuvent assombrir la joie. Mais Jésus est ressuscité, il s’est relevé d’entre les morts. Et il nous relève, nous aussi, de nos épreuves, il nous fait revivre, il nous aide à retrouver la joie et l’espérance. Et c’est peut-être un témoignage encore plus fort que si l’on était que dans la joie tout le temps. Et j’aimerais conclure par ces paroles de Petite sœur Magdeleine, tirées d’une de ces lettres : « Pour chacun et chacune d’entre vous, je demande une grâce de joie. Je la demande envers et contre tout, plus spécialement encore pour ceux qui souffrent et qui vivent dans le plus sombre tunnel. Qu’ils regardent bien…et tout au bout leur apparaîtra une petite lumière qui réjouira leur cœur d’espérance. » Amen