Première lecture : livre du prophète Ézékiel, chapitre 18, versets 26-32
« Si un homme juste renonce à se conduire bien, agit mal et meurt, il meurt à cause du mal qu’il fait. Si au contraire un méchant renonce à sa mauvaise conduite et se met à agir de manière juste et honnête, il sauve sa vie. Il peut continuer à vivre, puisqu’il s’est rendu compte de ses mauvaises actions et y a renoncé ; il n’y a plus de raison qu’il meure. Mais vous, les Israélites, vous dites : « Le Seigneur va trop loin ! » Et bien non, ce n’est pas moi qui vais trop loin, c’est vous qui passez les bornes ! Pour ma part, je jugerai chacun de vous selon sa propre conduite, je vous l’affirme, moi le Seigneur Dieu.
Changez donc de vie, détournez-vous de tout le mal que vous faites, ne laissez plus aucune faute causer votre perte. Renoncez aux mauvaises actions que vous commettez, transformez vos cœurs et vos esprits. Pourquoi voudriez-vous mourir, Israélites ? Vraiment, je l’affirme, moi le Seigneur Dieu, je ne veux la mort de personne. Détournez-vous du mal et vivez ! » (Louange à Toi, Seigneur !)
Seconde lecture : l’Évangile selon Matthieu, chapitre 21, versets 28-32
« Que pensez-vous de ceci ? ajouta Jésus. Un homme avait deux fils. Il s’adressa au premier et lui dit : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui dans la vigne ». « Non, je ne veux pas », répondit-il. Mais, plus tard, il changea d’idée et se rendit à la vigne. Le père adressa la même demande à l’autre fils. Celui-ci lui répondit : « oui, père, j’y vais », mais il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » « Le premier », répondirent-ils. Jésus leur dit alors : « Je vous le déclare, c’est la vérité : les collecteurs d’impôts et les prostituées arriveront avant vous dans le Royaume de Dieu. Car Jean-Baptiste est venu à vous en vous montrant le juste chemin et vous ne l’avez pas cru. Mais les collecteurs d’impôts et les prostituées l’ont cru. Et même après avoir vu cela, vous n’avez pas changé intérieurement pour croire en lui. » (Amen)
Message :
Est-ce qu’on vous a déjà dit : « Il faut que tu apprennes à dire « NON » ? Moi, on me le dit de temps en temps… Mais dire « non », c’est souvent difficile. On veut faire plaisir, on a peur de blesser ou de vexer l’autre. Heureusement qu’on a l’internet : « Comment refuser une invitation ou une demande poliment ? » 1) D’abord, il faut commencer par remercier son interlocuteur : « Merci pour ton intérêt ! », « Merci d’avoir pensé à moi. ! » ou « Merci pour ta confiance ! ». 2) Ensuite, on s’excuse pour le refus tout en restant honnête. Pas de mensonges. On peut commencer par « Malheureusement », ou « je regrette », ou « je suis navré », et on continue par « J’aurais aimé venir, mais… », ou « Je suis désolé de ne pas pouvoir t’aider. » 3) Finalement, il faut justifier son refus par des causes externes, pour ne pas vexer son interlocuteur. « J’ai trop de travail en ce moment », « Je suis déjà pris ce jour-là. « Ce n’est pas personnel, mais je ne fais jamais ceci ou cela. »
Rien de tout ça dans notre parabole. Un père demande un service à ses deux fils. Le premier, pas motivé, répond par un « non, je ne veux pas. » Il n’essaie même pas de formuler son refus poliment. Quant au deuxième fils, il répond « oui, père, j’y vais », pour finalement ne pas y aller. Au lieu de trouver une excuse crédible, il promet, puis trahit sa promesse. En résumé, les deux fils ont fait tout ce que les spécialistes conseillent de ne pas faire. Mais il faut dire que cette parabole est un récit minimaliste. 3 petits versets et c’est tout. L’important pour Jésus n’est pas d’expliquer les motivations des deux fils. La seule chose qui compte, c’est la question : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » « Le premier », répondent les chefs des prêtres et les anciens, sans se douter qu’ils se discréditent eux-mêmes par leur réponse. Alors, Jésus ajoute : « Les collecteurs d’impôts et les prostituées arriveront avant vous dans le Royaume de Dieu. Car Jean-Baptiste est venu à vous en vous montrant le juste chemin et vous ne l’avez pas cru, mais les collecteurs d’impôts et les prostituées l’ont cru. »
Jésus met le doigt sur une réalité tragique qui traverse comme un fil rouge toute l’histoire de l’humanité. Dieu aime son peuple, il veut le guider et le protéger. Alors il envoie ses prophètes, sans jamais se décourager. Mais les humains, la plupart du temps, ignorent les appels de Dieu et n’en font qu’à leur tête. Dans le texte poignant du prophète Ézékiel, Dieu s’exclame : « Je ne veux la mort de personne. Détournez-vous du mal et vivez ! » Quelque 600 ans plus tard, on retrouve un peu le même tableau. C’est pourquoi Jésus raconte aux chefs des prêtres et aux anciens la parabole des deux fils.
Tout le monde peut se reconnaître dans cette histoire toute simple. Elle nous invite à nous poser la question : « Lequel des deux fils suis-je dans mon rapport à Dieu ? » Quand mon Père me demande quelque chose, qu’est-ce que je réponds ? Est-ce que je refuse, comme le premier fils, juste peut-être plus poliment : « Seigneur, merci pour ton intérêt ! Merci pour ta confiance ! Mais je suis navrée, je ne peux faire ce que Tu me demandes. Ce n’est pas personnel, mais là, je n’ai vraiment pas le temps, Tu comprends. » Ou bien je réponds comme le deuxième fils « oui, Père, j’y vais », et après j’oublie ma promesse… Heureusement, Dieu est patient. Il attend, au cas où je changerais d’avis, et Il se réjouit quand ça arrive. Bien sûr, l’idéal serait de répondre à l’appel de Dieu par un « oui » et d’y aller, tout simplement. Et parfois, on y arrive. Mais juste pour nous rendre compte de la marge de progression qui nous reste, j’aimerais faire un clin d’œil à 2 personnes très connues : François d’Assise et à Thérèse de Lisieux, et voir comment ils ont répondu à l’appel de Dieu.
François a 23 ans, il est fils d’un riche marchand de tissu d’Assise. Un jour, il se promène à cheval quand il croise un pauvre lépreux en fin de vie. Alors, François se sent submergé par une compassion infinie, il descend du cheval, prend le lépreux dans ses bras et l’embrasse. Quelques mois plus tard, il est en train de prier dans une chapelle qui tombe en ruine, quand il entend : « François, répare ma maison ! » François croit d’abord que Dieu lui demande juste de réparer la chapelle et commence à vendre les biens de son père pour payer les travaux. Mais son père, scandalisé, porte plainte devant l’évêque. Alors, devant tout le monde, François se déshabille complètement, rend ses habits à son père et affirme que désormais, son seul Père sera celui qui est aux cieux. Il passera le reste de sa vie à s’occuper des lépreux, des pauvres et à annoncer l’Évangile avec ses frères franciscains, le tout dans une pauvreté radicale.
Quant à la petite Thérèse, à 14 ans, elle n’a qu’un désir : entrer au monastère pour y passer toute sa vie. Soutenue par son père, elle n’hésite pas à demander au pape en personne la permission d’y entrer dès l’âge de 15 ans. Entrée au Carmel le jour de son 15ème anniversaire, Thérèse y vivra cloîtrée, jusqu’à ce qu’elle meure de tuberculose à l’âge de 24 ans. Mais pendant ces quelques années, elle ira tellement loin sur le chemin d’amour, d’humilité et d’abandon qu’elle sera non seulement déclarée sainte, mais aussi la plus jeune « docteure de l’Église » de tous les temps, et l’une des 4 femmes à posséder ce titre.
À côté des personnes comme François et Thérèse, on peut se sentir tout petit et insignifiant. On peut se sentir carrément nul. Mais ce n’est pas grave, je trouve. Au contraire, c’est bien ! C’est justement cet état d’esprit qu’il faut pour être réceptif à l’appel de Dieu. Jésus dit : « les collecteurs d’impôt et les prostitués arriveront avant vous dans le Royaume de Dieu ». Pourquoi ? Méprisés par la plupart des gens, les collecteurs d’impôt et les prostituées n’ont sûrement pas une très haute opinion d’eux-mêmes. Ils savent que devant Dieu, ils ont les mains vides. Ce qui les rend humbles. Alors quand ils entendent l’appel de Dieu, ils sont touchés et pleins de reconnaissance. C’est pour ça que Jésus nous les donne en exemple. Alors que si nous sommes comme les chefs des prêtres et les anciens, contents de nous-mêmes et enracinés dans nos certitudes, nous risquons de passer à côté de l’appel de Dieu. Mais revenons une dernière fois à François et Thérèse. Même s’ils sont admirables, Dieu ne nous demande pas de devenir St. François ou Sainte Thérèse. Dieu nous demande avant tout de devenir pleinement nous-mêmes. Et être pleinement soi-même, c’est une belle vocation. Avec tout ce que je suis, et là où je me trouve, avec les dons reçus de Dieu, vivre pleinement comme son enfant. Un enfant qui veut obéir à son Père non pas par peur, mais par amour, pour Lui faire plaisir.
Et cela se joue dans les petites choses du quotidien. Chaque jour, Dieu me lance des petits appels discrets. Chaque jour, j’ai de nombreuses occasions de répondre à son appel ou pas. Alors que je suis très occupée, quelqu’un vient me déranger, me solliciter, comment est-ce que je l’accueille ? Après une dispute, vais-je chercher la réconciliation ? Dans une crise, est-ce que je me tourne vers Dieu pour chercher de l’aide ? Devant toutes ces inondations, tremblements de terre, guerres et autres catastrophes, est-ce que je me dis que je ne peux rien faire ? Ou bien j’essaie d’aider, au moins par mes prières ? Tous ces petits gestes, ces décisions quotidiennes, si elles vont dans le bon sens, changent petit à petit l’orientation de toute notre vie. On devient plus réceptif aux appels de Dieu, et il devient plus facile d’y répondre. Quand notre Père nous demande un service, on arrive plus souvent à répondre :
Seigneur, merci pour ton intérêt !
Merci pour ta confiance !
Je veux bien essayer de faire ce que Tu me demandes.
Je ne suis pas sûre d’y arriver, mais je Te fais confiance.
Je T’en prie, donne-moi le courage de commencer,
La force pour persévérer, et ton Esprit d’amour
Pour me guider à chaque instant. Amen