1ère lecture : lettre aux Philippiens, chapitre 2, versets 5-11

Comportez-vous entre vous comme on le fait quand on est uni à Jésus-Christ : 

Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas voulu demeurer à l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu un être humain parmi les êtres humains, il a été reconnu comme un homme, il a accepté d’être humilié et il s’est montré obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom supérieur à tout autre nom. Il a voulu qu’au nom de Jésus, tous les êtres, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, se mettent à genoux, et que tous reconnaissent publiquement : « Le Seigneur, c’est Jésus Christ, pour la gloire de Dieu le Père. » (Nous rendons grâce à Dieu !)

 

2ème lecture : l’Évangile selon Jean, chapitre 3, versets 13-17

Personne n’est jamais monté au ciel, excepté le Fils de l’homme qui est descendu des cieux ! Et tout comme Moïse a élevé le serpent de bronze dans le désert, de même le Fils de l’homme doit être élevé, afin que toute personne qui croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Amen)

 

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle. » Voilà probablement l’une des phrases les plus célèbres de toute la Bible. C’est une Parole sur laquelle on peut s’appuyer, qui redonne l’espoir, sur laquelle on peut bâtir sa vie. Nombreuses sont les églises qui ont ce verset au-dessus de la porte d’entrée, ou bien sur les murs, à l’intérieur. Certains appellent ce verset un « condensé », ou un « concentré » de l’Évangile. C’est comme un résumé de la Bonne Nouvelle que Jésus est venu annoncer. Mais d’habitude, un condensé ou un concentré ne se mange pas tel quel, on y ajoute de l’eau ou un autre liquide pour le diluer et le rendre plus facile à consommer. Alors n’ayons pas peur d’ajouter quelques éléments à notre verset, ça ne lui fera pas perdre ni sa saveur ni sa force. 

              Voyons d’abord dans quel contexte cette phrase est prononcée : un jour, un pharisien et dirigeant juif nommé Nicodème vient trouver Jésus pour discuter avec lui. Nicodème admire Jésus, peut-être en cachette, ça pourrait être la raison pour laquelle il vient le voir la nuit. C’est un homme cultivé et en même temps humble. Lui, un pharisien et un dirigeant, est prêt à se laisser instruire par Jésus, un homme encore jeune et sans instruction. Mais pendant la discussion, le visiteur est de plus en plus perplexe. Jésus parle d’une nouvelle naissance qui est nécessaire pour voir le règne de Dieu, il dit que chaque personne doit naître de l’eau et de l’Esprit. Cet esprit qui, comme le vent, souffle où il veut. Nicodème n’arrive pas à comprendre. Mais grâce à son incompréhension, nous pouvons entendre la magnifique réponse de Jésus. En bon pédagogue, il utilise une comparaison tirée de l’histoire de leur peuple : « Tout comme Moïse a élevé le serpent de bronze dans le désert, de même le Fils de l’homme doit être élevé, afin que toute personne qui croit en lui ait la vie éternelle. » Jésus rappelle à Nicodème que les Israélites qui s’étaient fait mordre par des serpents venimeux dans le désert ont été sauvés s’ils regardaient le serpent de bronze fabriqué par Moïse. De même, à partir de maintenant, celles et ceux qui croient en Fils de l’homme auront la vie éternelle. 

              Et Jésus continue par la célèbre phrase « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle. »  Arrêtons-nous d’abord sur les mots : « Dieu a tant aimé le monde » C’est intéressant. Jésus ne dit pas « Dieu a tant aimé les justes, ou les gentils », mais le monde. Et dans l’Évangile selon Jean, le terme « monde » a une connotation plutôt négative. Peu avant sa mort, Jésus dit à ses disciples : « Vous aurez à souffrir dans le monde, mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » Et pourtant, Dieu aime le monde, malgré sa part d’obscurité. Il l’aime en toute connaissance de cause. Il aime les êtres humains tels qu’ils sont, sans condition. L’apôtre Paul dit dans la lettre aux Romains : « Dieu nous a prouvés à quel point il nous aime : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. » Si Jésus a vaincu le monde, il l’a fait non pas par la force, mais par l’amour, par le don de soi-même. Ce qui nous amène aux mots « Dieu a donné son Fils unique. »                     

              Donner son Fils unique, c’est donner ce que l’on a de plus précieux. Et dans le cas de Dieu qui est Père, Fils et Esprit, c’est se donner soi-même. Dieu est celui qui se donne. Un amour qui se donne. Il se donne une première fois avec la venue de son Fils dans le monde. Et il le fait d’une manière très surprenante. Son Fils n’arrive pas sur un nuage, dans la gloire et la puissance. C’est tout le contraire. À Noël, Jésus vient comme un nouveau-né, fragile et vulnérable, qui a besoin de ses parents et qui doit tout apprendre. Il naît dans une famille modeste, comme le fils d’un simple charpentier. Adulte, il travaille pour gagner sa vie, comme tout le monde. En prenant sur lui notre humanité, Dieu a vraiment vécu comme l’un d’entre nous, y compris avec nos fragilités et nos limites. Et Dieu se donne une deuxième fois à Pâques. Pour nous sauver, Jésus va jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix. Mais comme il le dit lui-même : « Personne ne me prend la vie, mais je la donne volontairement. » S’Il donne sa vie, ce n’est pas par obligation, c’est par amour. On en revient toujours à l’amour. C’est un mystère qui nous dépasse. J’aime bien ce que dit Frère Roger : « Dieu de toute miséricorde, ne sachant plus comment exprimer que Tu n’es qu’amour, tu es venu sur la terre comme un humble, à travers le Christ. » Le mot humble me semble très important. Les théologiens utilisent le mot « Kénose » pour parler de l’humilité de Dieu. Dieu qui se vide, se dépouille volontairement, Dieu qui s’abaisse jusqu’à nous. Comme le chante l’hymne que l’on trouve dans la lettre aux Philippiens : « Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas voulu demeurer à l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. » 

              Et maintenant, quelles sont les conséquences de cet abaissement de Dieu ? Pour nous, concrètement ? Le plus important, bien sûr, c’est la Bonne nouvelle du Salut : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Cet amour et cette générosité de Dieu semblent presque trop belles pour être vraies.  Comme le dit un chrétien du 5ème siècle (Salvien de Marseille) : « La grandeur de la justice de Dieu ne peut être comprise par l’homme. Sa justice est si grande qu’elle ressemble presque à de l’injustice ! » Comme dans cette histoire fictive : Lors d’un procès, le juge reconnaît l’accusé coupable et lui inflige la plus haute amende possible. Puis le juge se lève, enlève ses attributs de juge et paie la totalité de l’amende lui-même, puisqu’il s’agit du propre père de l’accusé… Pour l’être humain, la réaction naturelle devant cette générosité de Dieu est la reconnaissance. Mais nous sommes invités à aller plus loin que de dire simplement « Merci ! ». Paul nous dit : « Comportez-vous entre vous comme on le fait quand on est uni à Jésus-Christ » Être uni à Jésus, c’est essayer de l’imiter, de marcher dans ses traces. C’est suivre Celui qui est doux et humble de cœur, qui se fait serviteur de tous. Qui s’approche avec compassion de toutes les personnes déshéritées, souffrantes, perdues. C’est suivre Celui qui n’hésite pas à donner sa vie pour les autres et qui demande pardon pour ceux qui sont en train de le clouer sur la croix.

             Marcher dans les traces de Jésus, c’est un apprentissage qui dure toute la vie. Nous resterons toujours des apprentis, nous ne serons jamais au bout de notre formation. Mais si on ne fait pas les choses à moitié et si l’on persévère, les résultats sont là.  Petit à petit, nous sommes façonnés, transformés. Jésus nous apprend à servir les autres, et nous permet de les voir avec son regard d’amour. Il nous apprend à pardonner. Il nous aide à renoncer à notre égoïsme, à nos préjugés, à l’attachement à des choses inutiles. Il nous libère de nos peurs. Marcher dans ses traces n’est pas un chemin facile, mais c’est un chemin qui fait sens. Où l’on apprend à vivre comme un enfant de Dieu. Et le monde a besoin de ce témoignage. Les gens qui souffrent, qui perdent l’espoir en ont besoin. Celles et ceux qui cherchent un sens à leur vie en ont besoin. Nous sommes invités à témoigner par toute notre vie de l’espérance qui nous habite et de la grâce que nous avons reçue de Dieu. Témoigner par toute notre vie de son amour inconditionnel pour chaque personne. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle. » Amen