"Mais sanctifiez dans vos coeurs le Christ, le Seigneur.

Soyez toujours prêts à répondre pour votre défense à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance,

mais faites-le avec douceur et respect, en avant une bonne conscience, afin que, pour les faits mêmes dont vous êtes accusés,

ceux qui décrient votre bonne conduite en Christ soient couverts de confusion;

car il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal.

En effet, Christ aussi est mort une fois pour les péchés, lui le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu;

il a été mis à mort quant à la chair, mais il a été rendu à la vie quant à l'Esprit."

(1 Pierre 3, 15-18)

 

 

« Soyez toujours prêts à répondre pour votre défense à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance, mais faites-le avec douceur et respect. »

 

Frères et sœurs,

les propos de l’apôtre nous plongent dans un contexte bien différent du nôtre. Ces mots s’adressent à un petit groupe marginal et souvent regardé de travers. Alors de la politesse et de la discrétion : ne surtout pas susciter d’hostilité.

Depuis cette époque, la situation a bien changé. Le christianisme est aujourd’hui la première religion sur terre. La colonisation n’y est pas pour rien. Avec aussi le fait du prince.

Le rapport de force, c’est efficace. « Nous sommes les plus forts, les plus riches. Mettez-vous avec nous. Vous vous en porterez bien ! »

 

« Soyez toujours prêts à répondre pour votre défense à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance, mais faites-le avec douceur et respect. »

 

La douceur comme méthode. Cela aussi a son efficacité. Vous savez, le gant de velours qui permet à une main de fer de cacher sa brutalité. Ou encore ce miel dont on enduit la cuillère et qui permet de faire passer l’amertume du médicament.

Seulement, ici, la douceur n’est pas un « truc » de management ou de « public relations ». Il ne s’agit pas d’un emballage pour faire passer autre chose. La douceur, c’est l’essentiel, le vrai contenu. Une attitude de vie qui dit tout l’Évangile. Un monde où il n’y a ni vainqueur, ni vaincu. Un monde où la rencontre se vit juste pour elle-même. Sans stratégie sous-jacente. Sans intention masquée.

 

L’apôtre invite à la douceur. Et il ajoute un autre mot : « Phobos ». Presque toutes les traductions mettent « respect ». Le premier sens du mot grec est cependant « crainte ». Alors trembler devant ce que les hommes pourraient nous faire ? L’apôtre évoque certainement autre chose. Cette crainte de Dieu, qui est avant tout le sentiment, la sensation, de Sa présence agissante, de Sa proximité vibrante.

 

Pourquoi rappeler cette crainte ? Tout simplement pour éviter le piège dans lequel les croyants tombent si souvent : Dieu comme un thème de discussion. Ou pire encore : Dieu comme un produit à placer grâce à des arguments béton. Tellement loin de Celui à qui j’ai confié ma vie et qui la tient dans Ses mains, qui la porte dans Son cœur, ici maintenant.

Quand on est pris dans cette relation à Dieu, quand on se sent porté par l’intérêt personnel qu’Il a pour nous, par Son amour vivant, aucun argument ne peut nous faire changer de voie. Et mes mots à moi aussi perdent de leur importance. Puisqu’au-dessus de mes interlocuteurs aussi se tient la main de Dieu qui a créé leurs cœurs et qui les accompagne sur les chemins de la vie.

 

L’apôtre nous invite donc à sortir du rapport de force. Et c’est pourquoi il parle de douceur. Il nous invite aussi à ne jamais perdre de vue, ou plutôt de cœur, la présence agissante de Dieu. Et c’est pourquoi il parle de crainte. Un troisième accent porte sur l’espérance. Puisque l’apôtre dit : « Soyez toujours prêts à répondre […] à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance. »

Spontanément, nous aurions plutôt tendance à mettre en avant notre foi, ce en quoi nous croyons : le Christ, parfaitement homme et parfaitement Dieu ; avec aussi la Trinité, un seul Dieu en trois personnes : le Père, le Fils, le Saint Esprit. N’est pas bien cela la spécificité du christianisme ?

Certains trouvent ces questions trop alambiquées. Ils préfèrent les actes. Mettre en avant l’amour qui naît de notre foi. Le souci des pauvres, des petits. Le souci de la justice. Un intérêt pour chacune, pour chacun.

L’apôtre, lui, ne parle ni de foi, ni d’amour, mais d’espérance : « Soyez toujours prêts à répondre […] à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance. »

Non pas juste le monde de Dieu comme dans les exposés sur la foi. Ni non plus juste le monde des hommes comme dans la diaconie. Mais l’interface entre ces deux mondes. Car c’est ça l’espérance : l’espace que nous créons dans notre quotidien, dans nos vies humaines pour être prêts à accueillir ce que Dieu donne, ce qu’Il a promis de donner.

 

L’injonction de l’apôtre est redoutable. Car notre espérance n’est pas forcément à la hauteur de notre foi. Dieu est tout-puissant, nous n’avons aucune peine à le répéter. Et nous sommes enthousiasmés par les promesses si belles qu’Il nous a faites et que l’on trouve dans les livres des prophètes.

Mais quelle place cela a-t-il dans notre quotidien, dans la façon dont nous menons notre vie, dans ce qui habite nos cœurs ? Nos agendas, nos plannings parlent une autre langue. Des activités, des achats, des projets, des loisirs, des cours, des formations, des investissements, des voyages, des spectacles.

« Quand le Royaume viendra, pas de souci : on fera de la place. Mais en attendant, c’est une vie pleine que nous voulons mener. Ainsi, si le Royaume tarde à venir, ou même s’il ne vient pas, on aura quand même bien profité ! »

 

« Soyez toujours prêts à répondre […] à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance. »  Votre espérance…

 

Vous vous rappelez les Noëls de votre enfance ? Cette attente extraordinaire, cette soif d’émerveillement qu’il y avait en vous. À tel point que, même si vous aviez reçu en cadeau la lune, cela n’aurait pas été assez.

Qu’il est petit en comparaison, l’espace de l’espérance dans nos cœurs maintenant ! Et cela, alors même que nous attendons tellement plus qu’alors : de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera (cf. 2 Pierre 3, 13).

 

Comment retrouver cet infini au cœur de notre cœur ? Comment donner à l’espérance la place qui devrait lui revenir ici, maintenant, dans notre quotidien ?

L’apôtre donne cette piste : « Sanctifiez dans vos cœurs le Christ, le Seigneur. » On peut le dire aussi plus simplement : « Faites au Christ une place bien particulière dans votre cœur. »

Nous avons tous des dizaines de personnes qui sont importantes pour nous. Des proches qui nous aiment et qui nous soutiennent. Des guides qui nous inspirent par leurs paroles ou par leurs vies. Jésus, c’est autre chose. C’est unique. Mon phare, bien sûr. Mais aussi tellement plus. Une proximité qui n’a pas son pareil. Un soutien unique. Une attention qui réveille l’infini en moi, le ciel dans mon cœur. Un intérêt qui me fait avancer, qui me tire vers le haut, qui me permet de vivre dès aujourd’hui ces nouveaux cieux, cette nouvelle terre que nous attendons et où la justice habite.

 

« Soyez toujours prêts à répondre […] à tous ceux qui vous demandent raison de votre espérance. »

Ce que les premiers chrétiens rencontraient, ce n’était pas de l’intérêt. Mais de l’hostilité, du mépris. Avec cette tentation de répondre sur le même ton.

L’apôtre propose, lui, de tirer l’échange vers le haut. Mettre au centre ce qu’il y a de plus grand chez les chrétiens : cet espace en eux pour la limpidité que Dieu a promise et que nous attendons.

Il est si facile de se perdre dans une inflation de discours et d’arguments. Notre tâche à nous, c’est de garder toujours plus vaste dans nos vies et dans nos cœurs la place pour Celui qui s’est donné pour nous. Oui, Jésus, le Christ, mon Seigneur et mon Dieu.

 

Amen